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T. V GUERRE ET I. A DIPLOMATIE

taille d'Auslerlilz, par exemple, sans avoir égard a ce qui s'est passé alors dans le cœur des soldats et la tête du capital ne ! — Plus les mouvements des trouj^es ont un air inécanicjue. c'est-a-dire sont parfaits, et plus ils al lestent la prorondeur de Taction psycli(3logi([ue d'oti ils procèdent, le caractère hautement spirituel du pouvol et de l'ohéissance qui les produisent. — C'est seu- 1( îuent dans leurs rapports extérievirs que les armées, encore plus que les nations, sont des forc(*s brutales, ou moins morales que brutales.

L'é\olution militaire a beau dillcrer d'un peuple à un autre, elle a toujours pour caractère — et ce caractère lui est commun avec révolution industrielle a laquelle on Ta vainement opposée — d'être un long travail de dialectique sociale, par lequel, d'abord, le groupement social des hommes se substitue ou se superpose, ii i lieu de se subordonner, à leur groupement vital, et par lequel, ensuite, la cohésion intérieure du groupe va en augmentant avec ses dimensions. Partie de la famille, dont elle n'est à l'origine qu'un extrait valide et masculin, l'armée s'en détache peu à peu jusqu'au point oii

- s divisions — compagnies, bataillons, escadrons, etc.

— ne correspondent plus du tout a celles des familles, ni à celles mêmes des communes ou des provinces. Le chef de l'armée, primitivement confondu avec le chef de lii famille ou du clan, se distingue de lui, et c'est de moins en moins pour des raisons d'hérédité, c'est de plus en plus pour des raisons de capacité qu'il est choisi. lUen de plus logicjue et de plus rationnel. Il en est de même de l'évolution industrielle. De la petite industrie familiale, on passe à l'industrie quasi-familiale, aux petits ateliers avec des apprentis qui sont pour ainsi dire adoptés et Ibnt partie de la famille, puis aux grands ateliers où s'elface tout caractère domestique. On naissait d'abord patron, héréditairement: on le devient maintenant. — En même temps, l'organisation militaire devient plus

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centralisée, plus hiérachisée, plus cohérente, comme Forganisation du travail dans les ateliers ; et, par les pro grès du machinisme guerrier, de rartillerie, correspoii dant au machinisme industriel, la puissance des ai niéesp^è^ se développe plus rapidement encore que leur grossissement numérique.

Les guerres, comme les armées, ont évolué dans le sens d'une centralisation et d'une cohésion logique crois-, santés. Le progrès ici, d'après Spencer, «part delà bataille (homérique) où les individus combattent sans plan, pour aboutir à la bataille d'après un plan sous le commandement d'un chef.)) Disons plutôt qu'au début il avait pluralité de petits plans partiels et contradictoires, mais nul plan d'ensemble, chaque petit chef dirigeant son petit peloton suivant son petit hut sans souci de l'opération générale, et que le progrès a consisté a passer de cette plavi-conscience\^^vV\ç^o\\ Y iini-conscience totale. ;j Alors, une bataille, un siège ont apparu comme unet amvre logique au premier chef, comme un problème anxieux suivi d'une discussion meurtrière et d une solution glorieuse. Grâce à \auban, dit M. Yast dans Y Histoire générale , dans les sièges, ((l'ouverture solennelle de la tranchée, le tracé des trois parallèles, l'assaut final, sont invariablement réglés comme les cinq actes d'une tragédie classique. )) De même que chaque siège, ., chacpie bataille et chaque campagne est un déroulement classique, c'est-à-dire logi(|ue, d'opérations enchaînées, ^ un nœud qui conduit à un dénouement.

(^es transformations s'accomplissent à mesure qu(* les armées et les guerres s'agrandissent. Carie monde des Etats belligérants va en diminuant au cours du progrès social, mais ils vont s'amplifiant, pareils aux vaisseaux de guerre qui étaient autrefois très petits et très nombreux et qui à présent sont en très j)^tit nombre mais gigantesques. Aussi le champ des opérations militaires n'a-t-il cessé de s'étendre, de même que le champ des

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iicgocialions diplonialiques, qui, dans son cercle exorbilant, embrasse aujourd bui la mappemonde tout entière. 11 y aurait a désespérer de rbumanité si cet agrandissement de la guerre et de la diplomatie, comme ( ( lui des Etats, n'était un acbeminement logique et peutrire nécessaire vers la pacification finale, a Les guerres sonl la grande calamité universelle du moyen âge, » (lit M. de Greef, et il semble en faire la caractéristique - uiglante de cette période de riiistoire. En réalité les guerres sont la grande calamité de toutes les époques de morcellement politique. Avant l'Empire romain, dans toute la Gaule morcelée en clans, dans toute la Germanie iiiorcelée en tribus Jjelliqueuses, dans toute fllalie morc( lée en petits Etats, dans toute la Grèce morcelée en ( ités, partout, la guerre sévissait comme au moyen âge, à cela près qu'elle était plus cruelle encore et plus atroce prut-ctre, puisque les batailles médiévales se réduisaient souvent à des chocs d'armures entre quelques barons féodaux. Sans unité impériale ou sans union fédérative, il y aura toujours guerre et militarisme, ou j^aix armée ( I menace perpétuelle de guerre. Voila pourquoi il faut bénir et non maudire l'Empire romain, et aussi bénir r I Empire arabe, l Empire chinois, l' Empire russe. Sup- |)()Sons que les Etats-Unis, au lieu de former un seul rorps de nations, se soient détachés les uns des autres a|)rès s'être alTranchis en commun de la domination anglaise : dans cette hypothèse on peut affirmer avec certitude qu'ils auraient du s'armer jusqu'aux dents et que, au lieu d'une seule grande guerre entre eux, celle de sécession, ils en auraient eu déjà d'innombrables. G est la grande réponse à faire aux sociologues tels que Turgot et Le Play, qui, trop fraj^pés des vices propres aux grands Etats, vantent outre mesure les petits peuples chasseurs ou pasteurs, ou demi-civilisés.

Le malheur est que le procédé belliqueux de l'agrandissement des Etats, la conquête, est du cannibalisme en

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grand. Quand un Etat en absorbe ainsi un autre pour i le détruire et le dévorer, n'est-ce pas là une véritable antliropopliagîe nationale? Ce qu'il y a de plus odieux encore, c'est de voir trois ou cjuatre nations se livrer une sorte de vivisection sur une autre pour se lajiarta-l ger. On s'est beaucoup scandalisé du partage de la l^ologne, aj^pareniment pour iaire croire cpio c'était un attentat isolé. Mais, bien longtemps avant d'avoir vu ce speci tacle, l'Europe avait assisté sans se lamenter au partagé de ritalie et de l'Allemagne, et je ne vois pas en ([uoif le partage, aujourd liui projeté, de la Cbine, sans compter celui de la Turcpiie, dilVère de ceuv qui précédent,^ si ce n'est en ce qu'il en sera la reproduction extrêmement anqDlifiéeet qu'il s'exercera sur le plus pacifique et le moins turbulent des peuj^les. — Quant aux j^euplcsj l)arbares de rAlVi([ue, ce n'est pas seulement le droit de la force que nous invoquons contre eux, c'est, dirait-on, une sorte de devoir de la force qui nous inspire bypocritement nos exactions. Toutefois, il est à remarquer ([ue, si le caimibalisme collectif dont il s'agit n'est j3as près de disparaître, il tend lui-même, à l'exemple du cannil)alisme individuel, à se transformer en une forme collective de l'esclavage, en une domestication des na-. tions conquises, comme on le voit déjà ])ar nos protectoiats colouiaux.

Ij'accord entre parties divisées étant d'autant moins difïicile ou d'autant plus facile que ces parties sont moins nombreuses, l'agrandissement des Etats, qui a fait diminuer leur nombre, ne peut qu'être favorable, en somme, à la Paix. En attendant que la possibilité d'un lien fédé- . ratif entre eux se fasse clairement apercevoir et rende inévitable^ l'aspiration unanime îi la réalisation de cet

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Idéal, les peuples doivent se contenter d'une forme basse et imparfaite de l'harmonie qui consiste à ^'équilibrer. Ce terme, comme celui de puissance, est emprunté à la mécani(pie. La conception de Véquilibre européen correspond, jusqu'à un certain point, en politique extérieure, à ridée de la hulance des pouvoirs, bien insuffisante aussi, en politique intérieure. Ici et là et d'abord Ui avant ici, car il est remarquable que la politique extérieure a précédé en ceci la politique intérieure, le besoin d'échapper à la prépondérance d'une seule puissauce ou d'un seul pouvoir en tenant en échec deux grandes puissances ou deux grands pouvoirs Tun par l'autre s'est fait sentir parmi les principales nations de l'Europe.

L'Italie du moyen âge nous donne l'image réduite et anticij)ée de l'Europe des temps modernes. Le type de rV.tat moderne est né là, dans la téte du tyran milanais, du tyran florentin ou romain^ Nos révolutions modernes, françaises notamment, se voient en raccourci dans l'histoire de Florence avant les Médicis. Nos idées politi([ues, notre immoralité politique ont pris naissance sur cette terre classique des hommes d'Etat sans scrupules of des capitaines sans merci. — Enfin, l'équilibre européen, ce fameux équilibre si inslable, ce pauA^'e idéal d'une Europe en ruines qui n'ose plus même soupirer vei s son unité perdue et cherche à se leurrer avec un simulacre d'harmonie, l'équilibre européen aété précédé par l'équilibre italien. (( Les principaux Etats italiens, dit M. Lavisse, se faisaient échec pour maintenir Féquilil)re de leurs forces». De là la diplomatie, invention toute italienne aussi. (( L'Italie est la terre natale de

t. Ce n'est pas, en effet, des petites ré pub liqu es \is\\ennes, mais hien^ comme le fait remarquer Sumner-Maine, d'après Villari, dos tyrannies italiennes, que procèdent nos démocraties. Là, pour la première lois, s'est constitué l'Etat moderne c< avec ses départements administratifs nettement dessinés. »

Tarde. — Transf. du poussoir, 12

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Fambassadeur , ce faux agent de concorde et de paix ». — Mais c'est sous Philippe II, et par opposition au rêve de monarchie universelle qu'il tenait de Charles^ Quint, qu'a commencé à se développer, en France, en Angleterre et ailleurs, Vidée de réc[uilihre européen, si (( On désirait, dit Ranke, que deux grandes puissances dont les forces seraient a peu près égales, fussent oppo A sées Tune à l'autre, afin que les puissances d'un rang inférieur puissent toujours trouver protection auprès de Tune contre Fautre. La destruction de cet équilibre pa- 31 laissait devoir conduire immédiatement à la monarchie universelle ».

Aussi, deux tendances sont en présence dont l anta^ n gonisme fait la vie politique de l'Europe depuis qu4 l'hégémonie de la papauté a été détruite: à savoir, \sl tendance qui pousse toujours un conquérant, un rot glorieux, un Charles-Quint, un Henri IV, un Louis XIV, un Napoléon, à rêver l'Empire d'Occident, et la tendance à maintenir ou a rétahlir une sorte d'équihhre plus oUy moins stahle ou instahle par la mutuelle limitation des grandes puissances. Cet antagonisme corres23ondà celuiqui, dans l'intérieur de chaque Etat, depuis la destruction de la hiérarchie féodale hasée sur le contrat, met en présence deux tendances également opposées, la tendance des rois à la monarchie ahsolue, sans nul ohstacle à leur pouvoir centralisé, et la tendance des puhli-. cistes et des peuples à organiser un état d'équilibre interne constitué par deux ou trois grands pouvoirs indépendants et capables de s'entre-arrêter. On ne doit pas s'étonner de voir le vœu de domination universelle et le vœu d'absolutisme conçus à la fois par de grands hommes d'Etat, pas plus que de voir l'idéal de l'équilibre européen et celui du régime parlementaire régner ensemble dans d'autres esprits. Ces deux couples de tendances alternent: tantôt l'un de ces couples, tantôt l'autre prévaut. Et il ne faudrait pas croire que

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le penchant au pouvoir absolu et a l'unité impériale soit i exclusivement propre aux monarques ; il est souvent I en eux Téclio d'une aspiration générale.

Et, de fait, le rêve de Téquilibre soit national, soit international, est bien étroit. C'est le rêve du repos, de l'inaction. Mais le rêve de l'action est lié a celui de l'unité. Toutes les fois que le besoin d'action l'emporte sur C(4ui du repos, il est inévitable qu'une grande somme de pouvoir absolu soit confiée h un homme en qui s'incarne la soif générale d'entreprise et de domination.

La dualité de tendances que nous venons de noter dans la politique extérieure et dans la politique intérieure, i nous la rencontrons aussi en économie politique ori a I longtemps régné, sous la forme de la concurrence préconisée comme la seule ouvrière du Progrès, l'idéal de l'équilibre. A cet idéal s'est opposé et s'oppose de plus en phis cehii du monopole absolu de l'Etat organisateur ou réglementateur du travail. Le socialisme est au libéralisme économique ce que l'impérialisme est au fédéralisme, ce que l'absolutisme est au parlementarisme. Or, n'est-il pas visible que, à travers des péripéties multiples, la tendance unitaire, la tendance active et organisatrice, l'emporte de plus en plus, comme seule destinée ^ (même au point de vue économique peut-être, quoiqu'ici les conditions de l'harmonie soient différentes, comme nous le verrons dans un autre chapitre) à établir ou a rétablir d'une façon stable et profonde l'équilibre ou plutôt l'accord harmonieux poursuivi par la tendance libérale.^ L'action, dont l'unité est la condition, tend essentiellement à l'accord, dont l'équilibre n'est qu'une formée inférieure. Elle tend à a s'ensevelir dans son tr iomphe. )) La vie politique, comme la vie économique, est une alternance d'équilibres rompus puis rétablis sous des formes plus amples et meilleures. On pourrait définir l'évolution en tout ordre de fait : la recherche d un équilibre jusqu à ce qu'il ait été découvert. Ou

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plutôt, car on part toujours, en fait, d'un équilibre cloniir, révolution se présente comme Vifuiéraire d'un équililn c à un autre. Quand l'équilibre initial est très stable et (jue nulle initiative, nulle rébellion individuelle n'esl assez forte pour le rompre, il n/y a pas d'évolution, jusqu'à ce que, du deliors, vienne la secousse perturbatric (\ Tout ce qui contril)ue à rendre l'équilibre initial plus instable rend révolution plus probable. C'est le cas des sociétés modernes, qui, à peine assises en un accord imparfait, se remettent à courir après un accord plus du^ rable, qui sera lui-même épliémère.

Aussi, à l'étroit et instable <^'//w//^7>re italien du moyen âge, dont nous parlions tout à l'iieure, et aussi bien à un équilibre germanique non moins défectueux, a-t-on vu se substituer un équilibre européen, bien plus vaste sinon plus solide, et dont la manifestation dernière, la plus grandiose jusqu'à ce jour, est la dualité de la Triple Alliance et de l'Alliance franco-russe, deux grands syndicats de nations qui se font écliec. en attendant de se^ faire peut-être la guerre. Mais déjà, par cette guerre prévue ou par d'autres voies imprévues, on entrevoit la pour-j^ suite prochaine d'un équilibre ou d'un accord infînimeni: plus majestueux, Y équilibre mondial^ l'accord final de toutes les grandes puissances du globe. La loi de Répéti-< tion amplifiante et transfigurante, qui semble régir les grands aspects de l'histoire considérée de haut, s'applique^ ici avec évidence.

A la conception de l'équilibre des grands Etats se rattache celle de la neutralité des petits. L'originalité de ridée consiste en ce qu'un petit Etat civilisé, interposé entre plusieurs grands Etats, est soumis à la protection, non pas d'un seul de ces derniers mais de plusieurs, rivaux les uns des autres. Grâce à leur rivalité, cette t^i'O-, tection, au lieu d'être un protectorat, tel que celui qué^ r Angleterre et la France font peser sur les petits rois de rinde ou le bey de Tunis, est vraiment tutélaire et

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biciifaisaiile. A ce point de vue, rinvenlion de la neuli alitc polili([ue, où l'on retrouve vaguement la théorie du tabou, du sacer esto, inaugura un progrès de premier ordre et peut avoir, |)ar la vertu de l'exemple, d'assez heureux. ciTets dans l'avenir. Le Droit international est renouvelé par là. . .

— ^^Olls ne pouvons terminer ce qui a trait à roj)posilion politique sans indiquer — bien qu'en cela nous anticipions sur le sujet du chapitre suivant — la raison tl ètre londamentale qui justifie la lutte des partis et la lutte des nations.

La Politique, en somme, est cette partie de l'activité d'un peuple ou d'une fraction de peuple qui a pour objet propre et direct — non pas l'échange des pensées <'t des desseins (langue) — non pas l'apaisemcjit et la laveur des puissances célestes en vue de biens terrestres ou surtout mystiques (religion) — non pas l'accroissement des lumières (science) — non pas la satisfaction (les besoins individuels et I cntrctien de la vie (indus- I, ie) — non pas l'embellissement de la vie individuelle ou collective (art) — non pas même précisément ou immédiatement l'ordre intérieur ou extérieur et la paix ( litre les individus ou entre les classes ou entre les nalions (morale et droit) — mais bien la domination ou tout au moins l'allranchissement, la domination sur d'autres peuples ou d'autres fractions du même peuple, ou l'alfranchissement d'une servitude imposée ^Dar d'autres peuples ou d'autres fractions du même peuple. Mais, si les luttes des partis ou des nations j)ar la guerre civile ou la guerre extérieure, par la diplomatie ou l'agitation électorale et parlementaire, ont cette fm constante pour objet direct et immédiat, leur utilité est

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autre et plus élevée au point de vue de la civilisation i générale. Elles ont pour effet, en abaissant les frontières des nations ou les murs de clôtvu-e des classes, de liatcr, de favoriser rélargissement graduel du champ social, eti de préparer ainsi riiarmonie finale dans la lumière. Cette ambition et cette dignité collectives, donc, — car la politique joue dans la vie nationale le rôle des ' manœuvres ambitieuses et des airs de fierté dans la conduite de l'individu — sont au service de la sympathie, de la sociabilité essentielle à riiomme, et du rayonnement imita tif où elle s'exprime.

Mais les imitations valent ce que valent les initiatives j d'où elles émanent et dont elles ne sont que réclio f multiplié et prolongé. Et c'est par cette distinction fon- \ damentale des initiatives et des imitations, combinée ^ avec la considération précédente, qu'on s'explique la I très illégale valeur des grands Empires, des grandes i œuvres historiques de la Politique, à égalité d'étendue et de durée. Si Ton adopte les phrases vides qui ont cours sur ] inellîcacité du génie individuel et la vertu créatj ice des masses, si Ton se place a ce point de vue absurde et réputé profond que les individus ne sont pas les fac-i teurs de l'histoire, que les foules, inspirées par on ne sait quel Inconscient tout-puissant, y ont tout opéré, on doit logiquement être conduit à penser que Timportance des langues, des religions, des arts, des industries, ^ des sciences, des idées civilisatrices, se proportionne au ' volume et à la durée des masses humaines où elles ont été élaborées ; d'où il résulterait que, bien au-dessus de tout notre progrès européen, s'élève le monde chinois, ^ et que l'Empire arabe, l'Empire même de Tamerlan, l^alancent historiquement l'Empire romain. Mais la i vérité est, au regard de tout jugement sain, et en dehors de tout système, que l'Empire romain est une œuvre capitale devant laquelle toutes les autres s'effacent jus- (pi aux temps nouveaux nés de lui, préparateurs à leur

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tour (le sociétés plus vastes encore et plus vivantes ou 4 se consommera la romanisation de l'univers, fût-ce k sous couleur anglo-saxonne.

Or, à quoi Jlome doit-elle cette primauté incontesr, table paiini tant de construclions impériales souvent jdIus vastes et plus solides que la sienne? Le voici. Jus- 4 qu'à elle, les empires qui se formaient ouvraient aux institutions du peuple conquérant une carrière inespé- ' rée, grâce à hu[uelle ce qui n'avait été qu'une petite . lampe brûlant dans un petit coin, était devcjiu la même : peliU^ lampe, ou peu s'en faut, mais rayonnant dans 1 une plus vaste pièce. L'Empire chinois, en se formant, avait procuré cet avantage aux idées, aux mœurs, aux rites (les cent familles primitives : l'Egypte, , plus hospitalière aux importations du dehors, mais encore bien murée, avait été le débouché de toute la vallée du ^il ollei t a quelques inventions de Memphis ou de Thèbes, tout au plus de Chaldée; l'Empire arabe, tout en pillant quel- I ques brins d'idées et d'art en Perse et en Grèce, n'a I été en somme que T ombre de Mahomet et du Coran portée et prolongée jusqu'aux colonnes d'Hercule. Mais l'Empire romain, pour la première fois dans le inonde, I a été un concours ouvert à tous les petits peuples inventifs et généreux, dont les inventions seraient restées sans lui infécondes et inaperçues. Il a, en conquérant mille nationalités, brisé mille petits murs d'aj)partemonts jusque-la clos, et parmi lesquels il y en avait de très brillamment éclairés par des lampes multicolores et originales ([ui, du coup, ont été dotées d'une force d expansion et de rayonnement incomparable : TEtrurie, l'Egypte, Athènes, Jérusalem. Si l'Empire romain n'avait été que la dilatation des institutions quiritaires et le retentissement prolongé des vers d'Ennius, il ne mériterait guère plus que l'Empire mongol de retenir l'attention de l'histoire. (

Ce que je dis ainsi pour la politique extérieure s'ap-

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plique aussi bien à la politique intérieure. Si l'on continue a admirer les yeux fermés la toute-puissance de l'Inconscient et la supériorité des masses sur les individus, on doit juger les luttes civiles et les agitations sociales d'un peuple d'autant plus importantes en histoire qu'il s'agit d'un peuple plus nombreux et plus durable. Donc, nous devrions suivre les péripéties de l'histoire intérieure de la Chine, de l'Egypte, de l'Inde, avec iniiniment plus d'intérêt que la lutte des patriciens et des plébéiens dans la petite Rome primitive, ou celles des whigs et des tories en Angleterre, sans parler des. révolutions de Florence ou de Gênes et des Provinces-* Unies. On ne peut échapper à cette conséquence qu'en répudiant le faux principe d'où l'on est parti. Alors on s'expliqnera sans peine que, chez des peuples très vastes mais très peu inventifs et Ires peu réceptifs, les conflits des partis et des classes oITrent un faible intérêt historique, puisque tout le résultat possible de l'égalisation' démocratique ou de la centralisation monarchique qui s'y produit est d'y faire rayonner un peu plus, en haut ou en bas, les quelques lampes existantes, sans d'ailleurs en accroître le nombre. Mais il n'en est pas de même quand il s'agit de nations inventives et curieuses qui, à mesure qu'elles se centralisent ou se démocratisent, allument ou rendent visibles une multiplicité de foyers nouveaux en procurant de nouveaux moyens de propagation et d'action à des programmes, à des plans de rénovation sociale, à des idées maîtresses, qui, sans cela, auraient avorté dans leur cerveau natal. Voilà le principal intérêt de nos révolutions et de nos agitations contemporaines.

On comprend aussi, à ce point de vue, pourquoi, au point de notre histoire ovi nous somme arrivés, et sans rien préjuger pour l'avenir, la politique extérieure, jadis beaucoup plus importante que la politique intérieure, devient moins importante que celle-ci dont la supé-

riorile grandit sans cesse. Kii elVel, le princij)al obstacle an Hl)re rayonnement imitatii* des inventions est ])eaucoup moins, maintenant, la frontière des Etats, jadis hante et opa(|ne, à présent transparente et abaissée, que la cloison séparative des divei ses conciles de la po[)ulation, des diverses classes, des divers partis, des diverses religions. Nous nous acheminons vers un moment oii, dans la grande conledération américancj-européenne, civilisée presque vmiformément, il ne pourra se produire quelque part, — variation nécessaire de cette monotonie — n'importe où, à quel([ue degré de réchelle sociale que ce soit, une invention, une idée, une initiative utile ou belle, sans que bientôt elle s'universalise. L'élaboration séculaire de la Politique, rdlort continu des hommes d'Etat et des hommes de parti, aura eu cette consé(|uence. Ils y travaillent à leur insu.

Mais le progrès ne consiste pas seulement dans la j)rogression numérique et la complication croissante des initiatives suivies. 11 consiste surtout dans leur harmonie et leur fécondité. •

LA LOI DES TRANSFORMATIONS POLITIQUES l'adaptation politique

Après avoir en\ isiigé la vie politique sous Taspect des répétitions puis des oppositions qui Jui sont propres, il nous reste à parler des adaptations politiques. II y a, en effet, des harmonies politiques en dépit de nos discordes, comme il y a des « harmonies économiques », non pas celles, il est vrai, que Bastiat célébrait a tort parce qu'il les jugeait innées et préétablies. Des harmonies préétabhes de Leibniz il ne reste guère que le souvenir. Mais, s'il n'est pas vrai que les intérêts et les pouvoirs naissent d'accord, en général du moins, il est de fait qu'ils tendent à s'accorder, moyennant bien des luttes douloureuses ou sanglantes. C'est cette harmonisation pénible et continue qu il s'agit de comprendre. Adaptation ou évolution, c'est même chose au fond, ou plutôt l'évolution n'est, en tout ordre de faits, qu'une adaptation progressive. C'est donc, en définitive, la loi des transformations politiques, que nous avons à chercher maintenant.

Il serait fastidieux de passer en revue les solutions données a ce problème par les sociologues passés ou présents, à commencer par Aristote. 13odin, Yico, Auguste Comte, Spencer, pour ne parler que des plus connus, ont émis des formules dontje ne méconnais pas rintérêt cl la vérité partielle, mais dont je ne dirai

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