I.\ KOI m S I H WSI ( )I\M \ I IONS POfJTlQLKS
rien si ce n'est que, se donnanl chacune pour univer- >( lie, elles sont très dilïerenles les unes des autres et sou- \ (Mit contradictoires Ce conllit de règles soi-disant absolues, cette impuissance des sociologues translbrniistes à s'accorder sur une même loi du développement, rait un terrible écueil pour la sociologie s'il était \rai, comme le croient les partisans d'une évolution indlinéaire , d*une canalisation de tous les courants de 1 histoire en un lit uniforme, que la seule tâche de ( (*tte science naissante est de découvrir des formules (I évohitions historiques de ce genre. Mais c'est faute (Tavoir trouvé les répétitions et les adaptations régulièi ( s, et formulal>les en lois, la où elles sont, qu'ils les ( lierclient là où elles ne sont pas. Pour nous, nous axons à formuler des lois de caasation, de causation loflirjiie, qui rendent compte à la fois et des véritications partielles de règles énoncées par les philosophes de I liistoire, et des exceptions fréquentes à ces règles : et (jui, en outre, nous conduisent à d'autres solutions (Tune portée à la ibis plus compréhensive et plus péné- I l ante.
liappelons ce que nous avons dit en commençant. Le pouvoir est la résultante de ces deux forces psychologiques et sociales, les croyances et les désirs, les idées et les besoins : et les idées et les besoins déri-
1. Apres avoir dit, dans son intéressant ouvrage sur les Croyances ot Doctrines politiques, que 1 évolution politique des peuples se présente ( omnie réglée par des lois rigides, comme traversant des phases identiques, sauf des variantes insignifiantes, M. de'Greef s'oublie à reconnaître plus loin, contraint par l'évidence des faits, que, par son régime t'galitaire universalisé et si étrange, le Pérou des Incas est ce un type a part dans l'histoire des sociétés . En réalité, c'est chaque grand peuple qui est un type a part.
T.i:S J RANSrOHMATlONS m POI VOIU
vent ou dépendent de ces deux sources intermittentes, 1 les découvertes et les inventions — dans le sens le plus large du mot — d'où jaillissent de temps en temps, par leur propagation imitative, de nouvelles croyances et de nouveaux désirs, de nouveaux principes et de nouveaux intérêts. Le pouvoir, en somme, appartient a ceux qui, par suite des idées régnantes à leur époque et dans leur pays, sont jugés les plus aptes à satisfaire les besoins de ce pays et de cette éj:>oque. Le plus puissant est toujours celui qui se présente comme désigné par les superstitions, les préjugés, les idées accréditées de son temps et de son pays, pour protéger et diriger, pour protéger les intérêts successivement créés par les inventions (pastorales, agricoles, industrielles, artistiques) et pour diriger les ambitions, les entreprises suscitées tour a tour par les inventions militaires, les progrès de Tarmement, de la tactique et de la diplomatie. A cliaque grande découverte, ou invention nouvelle, regardez-y de près, le pouvoir commence à clianger de mains et à changer aussi de nature, à se déplacer et a se transformer. Et il se déplace et se transforme d'autant plus que ces nouveautés théoriques ou pratiques se sont vulgarisées davantage, plus profondément, en vertu des lois de l'imitation.
Le premier sauvage qui a fait jaillir une étincelle do deux cailloux heurtés Jie se doutait pas que la religion du foyer allait naître de là. Le premier sauvage qui, ayant capturé de jeunes agneaux ou déjeunes taureaux vivants, s'aperçut de la facilité à les apprivoiser, de l'utilité de les engraisser plutôt que de les tuer immédiatement, ne soupçonna point qu'il inaugurait une ère nouvelle, l'ère pastorale, et un régime politique nouveau, la famille patriarcale, le clan et la tribu organisés, d'oii surgirait la noblesse, l'aristocratie héréditaire. Le premier sauvage qui a imaginé, au lieu de cueihir simplement des graines et des fruits, d'ensemencer et de
loi 1>KS TU V\S1 ( )HM V riOXS POT.ITIQUES 189
cultiver dos i:^raiiis de ble, de planter des arbres fruitiers, n'a pas deviné que, de cette simple idée, la cité allait naître, gouvernencient toutnouveau, etque,dupaliiarelie, du chef de Irihii ou de clan, le pouvoir allait passer, tout métamorphosé, aux magistrats municipaux l^t, dans cette cité même, combien de déplacements et (le changements d'autorité ! Le premier homme ou la première femme qui a eu l'idée du métier de tisserand ^ cl de fabriquer de la toile pour la vendre au dehors, tandis qu'auparavant cbaqiie famille produisait tous les \ éléments dont elle avait besoin, parles bras de ses lemmes ou de ses esclaves, celui-là a préparé pour les ( Ités de l'avenir, telles que Florence avec ses a arts de la laine », le microbe de l'industrie ou du commerce (jui, par Taccumulation et ralfranchissement du capital, a démocratisé le monde.
Pourquoi? Parce que, à cliaque nouvelle invention - ajoutaient de nouveaux intérêts, et plus considérables. Par exemple, avant l'invention du feu et de la domestication des animaux, il n'y avait point de richesse con- -ervable, susceptible d'être accumulée. Déjà le feu, par la cuisson des aliments, a permis leur conservation un ( ertain temps. Les troupeaux ont été un premier capital : avec la culture des céréales, les greniers. 11 s'agissait de défendre maintenant greniers et troupeaux contre l agression de tribus pillardes; trésors plus tard, quand la monnaie a été inventée et répandue. De là un besoin de protection autre et plus grande, la protection des divers biens et non pas seulement de la vie. De là aussi un besoin de direction autre et plus grande. Car, à mesure qu'augmentaient les moyens d'action militaire et d'activité laborieuse, les besoins d'action et d'entreprise se développaient. La découverte du Nouveau-
1. Bien que les femmes n'aient jamais eu l esprit inventif, on peut se demander si, par exception, elles n auraient pas inventé Tart de tisser ([u'elles ont exerce seules si longtemps. ^
1 1)0 I.KS TR ANSl ORAF A TIOXS POUVOIR
Monde a rendu nécessaire la direction gouvernemejitale des entreprises coloniales et, par là, accru la force, modifie la nature du Pouvoir.
Et ce que je viens de dire des innovations pratiques je pourrais le dire aussi bien des innovations tliébric[ues. Le premier philosophe grec qui a imagine d'expliquer les phénomènes par des causes mécaniques et physiques a frappe au cœur la vieille religion animiste et fétichiste sur laquelle reposait la vieille constitution Ihmiliale et municipale, et préparé une transformation toute positiviste et utilitaire de l'autorité \ Dès ce jour, sans qu'il y pariit rien à la surface, les pouvoirs antiques étaient frappés a mort. J 'ai indiqué plus haut l'inlluence inaperçue de la découverte de Copernic sur la politique. Inutile d'insister.
Mais, autre chose est dédire que les transformations comme les déplacements du pouvoir dépendent, en délinitive, d'initiatives individuelles vulgarisées, autre cliose de dire que ces transformations comme ces déplacements ont un sens, une orientation toujours semblable à elle-même dans n'importe quelle société. Est-il vrai qu'il en soit ainsi, c'est-à-dire que, dans des sociétés indépendantes et étrangères les unes aux autres, sans mutuels emprunts, par hypothèse, la série des changements politiques doive être nécessairement la même — Je réponds : oui, dans la mesure où le permettent et l'exigent les lois de l'invention combinées avec les lois de l'imitation, mais dans cette mesure seulement, et sous le bénéfice des réserves que ces deux sortes de lois commandent formellement.
Or, de même qu'il est des principes de mécanique qui dominent de haut toutes les lois physiques, cliimi-
1. A ce point de vue, il faut lire attentivement le profond ouvrage do M. Espinas sur les Origines de la teclinologie , 1897. (Paris, Félix Alcaii.)
que, vitales, de même il est des j3riiicipes de logique qui expliquent a la fois les lois de rînvention et les lois de rimitation. qui embrassent à la fois les séries d'inventions (ou de découvertes) successivement apparues et les propagations initiatives dont chacune d'elles est le point de deq^art. — 11 est logique, en elTet, d'abord, ([ue les inventions simples précèdent les inventions complexes, que Tidée de Tare ait précédé l'idée de l'aripiebuse et celle-ci l'idée du fusiK (pie les premiers théorèmes de géométrie aient précédé les théorèmes relalifs aux sections coniques. — Il est logique aussi, pratiquement logique, c'est-a-dire téléologique, que les inventions propres à satisfaire les besoins les plus urgents, les plus impérieux, les plus immédiatement susc ités ou suggérés par les fonctions organiques — celui de se nourrir, et celui de s'amuser, presque aussi nahn-cl (jue l'autre chez le sauvage, ce grand enfant — apparaissent avant les inventions qui concernent des besoins moins urgents, tels que le besoin de vêtements ])ien tissés, d'abris bien clos, de maisons confortables, (le luxe. — Je ne dis point cVart, car le besoin d'art, sous sa forme linguistique du moins, a été assez vif déjà ( liez les primitifs. — 11 y aurait encore à tenir compte (lu degré de difJîcuUé des inventions successives, les moins difficiles devant précéder les plus mal aisées à déc(3uvrir: et aussi de bien d'autres considérations ^.
Voilà pourquoi, malgré le caractère en partie accidentel des inventions et découvertes et la grande diversité de leurs déroulements possibles, leurs séries ne laissent pas d'avoir un air rationnel, reconnaissable à ce Irait que leur ordre de succession est souvent irréversihie, c'est-à-dire qu'il est impossible de concevoir le renversement de leur suite. Les tracés des ileuves ont beau
1. Voir a ce sujet notre Logique sociale, chapitre intitulé « Les lois de 1 invention » .
195 I-FS TRANSFORlNf ATIONS DI POIVOIR
être capricieux, tous s écoulent coulbrmément aux règles sans exception de l'iiydrosta tique, et, sauf de légers remous dans leurs courants, ne remontent jamais vers leur source \ Les meilleurs exemples de cette irréversibilité sont fournis par la série des découvertes scientifiques. Leur série didactique, leur ordre d'enseignement, coïncide souvent avec la série historique de leur apparition. — Entre parentlièses, il n'est pas, à coup sûr, de plus solide argument en faveur de la réalité d'un ordre d'évolution sociale nécessaire, que cette série de nos découvertes scientifiques, qui cependant est unique en son genre, puisque, à ce point de vue, les Clialdéens,^ les Egyptiens, les Grecs, les Romains, les Européens modernes sont les collaborateurs ou les héritiers successifs d'un même développement et que rien de pareil ne s'est développé ailleurs d'une manière indépendante et sans emprunts, ni en Chine, ni dans les demi-civilisations aztèque et péruvienne de l'Amérique, ni, à plus forte raison, en Océanie, Gela prouve, en j^assant, l'erreur de ceux qui veulent fonder la sociologie exclusivement ou avant tout sur des comparaisons d'évolutions distinctes et autonomes, considérées a objectivement », sans nul flambeau psychologique ou logique pour éclairer la lanterne du sociologue. Envisagée a objectivement )) de la sorte, l'évolution historique de nos sciences se présente comme un simple fait particulier d'oii l'on n'est en droit de dégager aucune loi, aucune connexion nécessaire, puisqu'il faudrait pour cela des points de comparaison qui manquent ici...
Autre remarque essentielle. L'évolution sociale est un problème ori il importe, avant tout, de distinguer avec soin les variables indépendantes et les fonctions.
1. Ce n'est pourtant pas tout à fait sans exception, au moins apparente. Par exemple, le Niger est relié au Bani par plusieurs canaux naturels, dont l'un « présente la bizarrerie d un cours d'eau coulant alternativement dans un sens et dans l'autre. » (^ Tomhouctou , par Félix Dubois.)
1 \ LOI DKS I i; WSl ORM \ I IONS POT.ITTQUKS 193
Avant (le li aiter une bi anehe iniporlanlc de cette évolution ( oniplexe, par exemple révolution juridique ou l*('v olulion polili(pie, il faut se demander s'il convient de nielfre ces phénomènes sociaux sur le même rang que révolution religieuse ou seientijïrjue el V évolution industrielle . Est-ce que ces deux dernières, combinées ensemble, ne sont pas les variables relativement indépi ndanfes dont TéA olution du ]>roit ou celle du Pouvoir ne sont que des fonctions ? Et, s'il en est ainsi, serait-il I itionnel de s'attendre a autant de simplicité ou de réi:iilarilé relatives dans la marche — ou les marches — des évolutions politiques et jinidicpies, que dans celles des évolutions religieuses, scientilicpies, industrielles? Demander au sociologue une formule élégante et simple des transformations du Pouvoir, un verset magique l 'glant d'en haut, par une sorte de cérémonial surnalurel, la procession des phénomènes de gouvernement, ( (*st se méprendre entièrement sur les conditions du problème à résoudre ; et, si un sociologue prétend I avoir résoin, il y a lieu de croire à jyriori, comme il ( -^1 certain à posteriori, qu'il s'est abusé. — Il se pont fort bien qu'il y ait des phases politiques corresponclantes aux phases religieuses et industrielles. Quelles sont cependant les natures de Pouvoir propres à l'aniniisine, au thériojnorphisme (culte des animaux sauvai:< s), à l'adoration des animaux domestiques, à l'astrolàtrie, a l'an thropomorphisine corporel et individuel, à l anthropomorphisme spirituel et social P ou bien aux étapes successives de la science, mathématique, astron<)inic[ue, biologique, sociologique ? Et quelles sont les natures de Pouvoir inhérentes à Tage de la pierre ('( latée, j^uis polie, à l'Age du bronze, a l'âge du fer, ou bien aux périodes chasseresse, pastorale, agricole, industrielle P C'est malaisé à préciser. Et, si la réponse est difficile, n'est-ce pas parce que les phases religieuses ou scientifiques et les phases industrielles, c'est-à-dire
Tarde. — Transf. du pousoir, 13
W) \ Li:s I uv\si( >i;m LIIONS m noik
r^volulion dos drcoiivei tos et colle clos iiivenlioiis, ne ili inarclioiit pas de front, e( (pie, par suite, les ]) hases oi siruultaiioes des deux sont très diverses dans les diirc- eli rents pcMipIes, d'ofi la si ngn I a te des co i ni )i liaisons u entre elles ? C'est surtout la seiie, remar(|uahlenient l()rtuitc, des inventions militaires et des inventions i relatives a la locu^niolion ou a la tiansrnission des ili ])ensé("s, qui j<>Nc* un rol(^ immense dans la transfor- i niation de la P<)litl(jU(^ (extérieure ou intt5rieure. Et il ie n\^st [)as raie de riMieontrer un degré élevé de civilisation industrielle joint à un degré abaissé d'invention t militaire ou même locomotive, et vice versa.
Les lois de rimitation sont heaucoup plus |)récises (pie celles de rin vention ; elles s'ap[)li(]uon t à des faits in- ii. iinimout plus nombreux et beaucoup plus aptes à être logiTérés parce ([u'ils sont beaucoup plus send^lahlos. or Ck^s lois sont toutes logiques au fond, même celles (pie o. j'ai app(e|(*es, dans mon livre à ce sujet, non lor/i/jiirs oi Car, si rimitation s(^ propage de haut en bas, du supé- n, lieur à rinrérieiu' qui se jnge tel, n'est-ce pas parce oi cpi une prés()nq)tion d'ulilito plus grande doit logî(pic- e nuMit s'attaolî(M' a r(^x(Mnpl(e (bi groupe r('pul(' sup(MM(Mir, k, tant(^t de la noblesse*, tant(^l do la (^apitale? Si riinilation de l'étranger alterne avec^ celle do ranc(^Hre, n'osl-ce „ pas par(H^ c[no, en temps do mode, une présc^nq)! ion d u- y tilitc'* pbis grande doit s'attacluM- à rexein[>l(e do l'élran- )(, ger réputé alors supérieur à rancétre, tandis (juo, ou [ tenq)sde coufnnic. l'inverse est présumé? Enfin, la loi qui ^| veut que riinilalion , (piand elle s'attaqu(^ a un mod(*leet copie successivement ses divers exemples, procode de ses p exemples internes a ses exemples externes de ses idées |,]
l. Il n'iMi convenait j)as moins de distinguer. Celui qui jure /// s'rihd iiifigistri fait mi raisonnement au fond, comme celui ([ui argumcMile, cependant il ne faut |>as confondre les deux. L'un n*a éganl f|u à des j raisons e.x t ri nsèf/urs et l autre c|u à des raisons intrinsè(furs , f,
'1. Il arrive souvent ((u'on rellète d ahord de l'étranger les exemples les
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et de ses I)esoins auv usages où ils s'expriment, ii'est-elle poiiitcoiirorme àla logique qui exige que la cause précède l'elTet.la chose signifiée le signe, le principe les conséquences? Quant aux lois que j'ai appelées plus proprement logiques (parce qu'elles expli([uent la préférence accordée à tels exemples sur tels autres par les caractères inhérents a ces exemples mêmes et non a leurs auteurs) il est clair qu'elles méi itent hien ce nom. Entre plui sieurs idées ou plusieurs actions qui se proposent eni senihle a rimitalion, celle qui se propage le plus vite ^ et le plus loin est l'idée la plus confirmée ou la moins démenlie par les idées déjà répandues et accréditées, raction la [)lus conforme ou la moins contraire aux modes d'activité déjà enracinées.
Toutes les lois de Tiinitation, j'ai cru le montrer, concourent à agrandir et approfondir sans cesse le champ social, c'est-à-dire le groupe d'hommes qui se regardent ( nmme compatriotes sociaux : et, par suite, dans une mesure moindre, le champ politique, le gioupe de concitoyens d'un même Etat, petit cercle inclus dans grand cercle social. C est une conséquence très importante de ces lois.
Autre conséquence non moins importante de ces lois, combinées avec les lois de l'invention : le caractère osseni iellenient logique de ces deux sortes de lois, qui président soit à la genèse des idées et des besoins, soit à leur propagation , fait que, quelle que soit l'incohé- Jcnce des éléments hétérogènes par lesquels débute une î^ociété, et quel que soit le caractère accidentel des nouveautés qui s'y grelTent successivement les unes sur les autres, un ordre tend et parvient toujours à soi tir de ce ( liaos. Les sociétés tendent — comme chacune des umes qui les composent — à un maximum et à un éfjni-
plus extérieurs, les plus frivoles. Mais alors o/^ s'arrête à ccu.t-cù. Il y a arrêt de développement, parce que l écheveau à débrouiller n'a pas été pris par le bon bout.
LES TRA>S1 ORMATJONS OU POUVOTTl
libre en même temps de croyances démontrées ou jugées telles, c'est-à-dire s'entre-confirmant, et de désirs satisfaits, c'est-à-dire s'entr'aidanl La vie sociale, dans son ensemble, élabore donc un vaste système ; et dans le détail, la vie politique consiste à élaborer péniblement une Constitution, la vie juridique un Corps de- Droit liarmonieiix et stable, la vie religieuse un Credo, une cathédrale tliéologique, la vie scientifique une encyclopédie, une Somme philosophique, la vie économique un Ordre économique, une Organisation du Travail, la vie linguistique une Grammaire, la vie artistique une Esthétique...
Il n'est pas vrai qu'il y ait un Esprit social, distinct des esprits individuels, et dans lequel ceux-ci seraient compris comme le sont les idées dans chacun d'eux/f C'est là une conception toute chimérique de la psychologie sociale. Non, l'Esprit social, comme les esprits individuels, ne comprend que des idées, des états d'âme, seulement des états d'âme disséminés en des; cerveaux dilFércnts et non rassemblés en un meme^ cerveau. C'est là toute la diderence, qu'il ne faut exagérer, ni dédaigner. Il v a deux sortes d'associations :f premièrement, celle des divers esprits individuels unis:^ en société : en second lieu, celle, en chacun d'eux, des|j états de conscience qui s'y sont peu à peu agrégés et^ qui lui proviennent, pour la plujjart, d'autres esprits. En chaque esprit individuel se répète plus ou moins
1. Elles tendent, autreoient dit, au plus grand équilibre et à la plus |; complète démonstration (ou propagation, ce c/ui re\neiit an même pour la foule) de leurs croyances — au plus grand équilibre et à la plus complète satisfaction de leurs désirs. — La satisfaction du désir est ici miso sur le même rang que la démonstration de la croyance, quoique la salisfaction du désir ait pour elTet apparent de Tapaiser et que la démonstration de la croyance (ou sa propagation) ait pour effet certain de la fortifier, de Taccroître. Mais, d une part, le désir satisfait redouble encore^ plus qu il ne s apaise, et, d autre part, la croyance devenue certitude, si elle est fortifiée et accrue, est apaisée avissi ; elle se repose, s'asseoit en un état fondamental de l'esprit au lieu de continuer à être un mouveme/it de Tàme.