LA LOI DES TRANSFORMATIO^S POLITIQUES
( oiilracHctoirc a iiiio dilTcreiicc intérieure et harmonieuse, el, en particulier, d'une division des pouvoirs qui est une guerre des pouvoirs à une division des pouvoirs qui est une solidarité et une coopération des pouvoirs Ce qu'il y a à noter ici, c'est la manière dont s'opère ce passage d'une division à une autre.
Le voici. Etudions les transformations politiques des Ailles, par eveinple ^. A Torigine que voyons-nous:^ Des ouvoirs contigus, co-existant, s'entre-lieurtant : pouvoirs des deux ou trois tribus qui composent une cité de l'Aurès ou de la Kabylie, pouvoirs d'une dizaine de phratries dans une cité antique, ou d'un certain nombre de clans, de familles closes et hérissées, pouvoirs de corporations rivales dans une cité du haut moyen âge, où tout est incohérent, comme le remarque M. Flacli, où tout est caractérisé non par cette homogénéité prétendue qu'on a rêvée à toutes les origines des choses, mais par une diversité pittoresque d'autant plus frappante qu'on remonte plus haut. Ces villes sont très fractionnées, surtout au début : l'autorité y est morcelée, les j^rivilèges multiples. Chaque ville est divisée en quartiers où Ton se barricade, chaque quartier en maisons fortes a tourelles percées de meurtrières ^ d'où l'on se bombarde entre concitoyens :
1. J'ai aussi essayé, clans rua Logiffiie sociale (chapitre sur TEcouomie politique) de montrer que l'évolution économique consiste à renq^lacer de plus en plus la valeur-lutte par la valeur- accord . (Ce chapitre avait été publié quelques années auparavant dans la lievuc d' Kcononiie politique sous ce titre : Les deux sens de la valeur.^
2. Les transformations politiques des familles, des clans, des tribus, échappent davantage à notre observation. 11 est bien probable que, là aussi, si nous pouvions remonter aux origines, nous constaterions un chaos initial de rivalités ou d hostilités entre frères, entre fils naturels et adoptifs, entre père et mère, entre parents et serviteurs ou esclaves, avant de parvenir, après force fratricides, parricides, uxoricides, à une constitution familiale définitive.
3. Cliaque corporation avait son quartier distinct ou sa rue distincte et était prête à y soutenir un siège. Il y avait la rue des Cordouîiiers , la rue des Selliers, etc. La division du travail y était poussée si loin parfois que, à Sarlat, par exemple, et à Périgueux, il y avait une rue des Il pingliet s ,
c'est un bariolage de coutumes et de droits multiformes. Mais, peu à peu, une tribu, une phratrie, un clan, une ! corporation, grandit, s'impose et centralise tous l(^s pouvoirs dans la main de son chef ou du groupe uni f de ses chefs. Telle a été la centralisation puissante qui a i fait les communes jurées du moyen âge, et qu'on a ; prise à tort pour un mouvement d'émancipation indi- j viduellc : c'était un monvemcnt de concentration i nécessaire des pouvoirs urbains, d'oiia découlé, ensuite, inie répartition relativement harmonieuse des tâches cl I des pouvoirs entre les divers magistrats de la ville, entre ses divers corps constitués. Les pouvoirs divisés tVabord et hosliles, se sont centralisés pour se diviser de nouveau, niais d'accord entre eux.
C'est une loi générale. 11 en a été ainsi, non seulement pour les transformations politiques des villes, mais pour celles des nations. La France, avant la centralisation monarchique, était aussi divisée politiquement et aussi cliao tique dans sa division des pouvoirs civils ou militaires, féodaux, municipaux ou ecclésiastiques, qui la composaient, qu'une ville française avant la commune jurée. Il a fallu, contrairement àlaformule spencérienne, la confusion graduelle de tous les ]DOuvoirs militaires, judiciaires, administratifs, financiers, législatifs, dans la main du roi de France pour que, ensuite, devînt possible la division graduelle et rorganisalion graduelle des pouvoirs répartis entre les divers officiers du roi. maintenant entre les nombreux fonctionnaires de nos divers ministères. Ce n est pas une seule ibis, c'est plusieurs fois que la France a vu s'opérer celte concentration graduelle de pouvoirs d'abord chaotiquemcnt divisés, qui, ensuite, et grâce à cette concentration, se sont divisés de nouveau, mais harmonieusement : une première fois, sous les Mérovingiens, dont le roi avait accaparé tous les pouvoirs : une seconde fois, après la décomposition de l'Elat mérovingien, sous Charle-