I.OJ DES TUANSFORM.VTIO-NS POLITIQUES
iiiagnc ; viiic troisième fois, après le morcellement (('oclal, sous Pliillj^pe-Aiiguste, sous saint Louis, sous Louis XI, sous Loviis XIV : une quatrième fois, après I anarchie directoriale, sous le Premier Consul. La même chose s'était vue clejà, avec autrement de majesté, (|uand Auguste, commençant à concentier dans ses mains les pouvoirs divisés et hostiles de Rome républicaine, avait inauguré ce mouvement de concentration du j^ouvoir qui, continué pendant plusieurs siècles, a abouti sous Dioclétien a la centralisation la plus savante, suivie de la division des pouvoirs administratifs la mieux réglée, la pbis ordonnée ([ue le inonde ait connue.
Ce qui a eu lieu en France et a Rome a eu lieu part(3ul, notamment en Angleterre. M. Boutmy montre avec évidence que rAngleterre a été centralisée politiquement, administralivcment, judiciairement, socialement, bien longtemps avant la France, dès le xii'' siècle. Cela ne Ta ])as enipôchée de devenir un peuple très libre, très débordant de vie locale, mais cela seul lui a permis d'avoir une vie locale convergeant vers un même but national. C'est donc bien a U)il qu'on impute à la centralisation française Linertie politique des provinces françaises.
Le roi d'Angk tcM re était, dès la coïKpièlc normande, infiniment supérieui' à ses plus giands vassaux, qui pliaient docilement devant lui, quand le roi de France était à peine primas inter pares au milieu de ses barons féodaux. Dès le xii^ siècle, grâce à runiforinité de jurisprudence établie par les juges ambulants, niissi dominici des petits Charleniagnes britanniques, une seule coutume régnait d'un bout à l'autre du royaume anglais : et nous, au xvi"" siècle encore, nous comptions plus de 60 coutumes prificipales, sans parler de la grande distinction entre les pays de droit coutumier et de droit écrit (voir Boutmy, Développemeiit de la Constitalion
cuirjlaise). Cependant, ce peuple si lô( centralise esl devenu l'evemple-type du peuple lil^re. Notre centj alisation n'est donc point lu cause des défauts qu'on nous reproche à tort ou a raison : et l'on aurait beau nous ramener aux 285 coutumes, grandes ou petites, d'autrefois, aux provinces anciennes, aux villes murées du moyen âge, on ne nous rendrait pas plus entreprenants, l(3in de là * .
Ce qu'il y a de particulier à révolution politique : la centralisation des pouvoirs (soit entre les mains d'un homme, soit entre les mains d'un groupe d'hommes, Parlement, Constituante, Convention) est la condition nécessaire ici et transitoire de la transformation (Vunc dwersiié illogique en une diversité logique. La centraUsation des pou\ oirs est indispensable à l'harmonie des pouvoirs, — qu'il ne faut pas confondre avec l'équilibre des pouvoirs, équilibre toujours très instable et ou l'évolution pohlique s'arrête souvent — tandis que, par
1. Peut-èlrc nura-t-on quelque peine à concilier avec Tunilé et la centralisation politiques de l Angleterre au moyen âge, ce que nous dit Tliorold Kogers, dans son I iiter piétntioii éconouiiquf de V histoire ^ sur le caractère hermétiquement clos du village anglais, de la ville anglaise, à cette même époque et jusqu'à un temps assez voisin du notre. Mais, au lond, ces deux choses n'ont rien de contradictoire : 11 n est pas^ontradictoire de dire que chaque régiment d'une armée forme un faisceau étroit, exclusif, jalousement fermé, et que l'armée est soumise aux mêmes règlements. — En réalité. T Angleterre a du à son pelotonnemen t insulaire cet avantage que l imitation assimilatrice, de groupe à groupe, y a foncllonné beaucou[) plus tôt qu(* chez nous et y a produit, en même temps que cette unité, cette homogénéité sociale si précoce, la grande originalité individuelle des Anglais. Car l imitation ici comme partout a poLU' efïet de diflérencier autant que d égaliser les individus. Et, de lait, comme le remarque M. Boutmy, la caractéristicjue de la vie anglaise au moyen âge, c^est la vie commune de toutes les classes qui sont en perpétuel contact, en perpétuel échange d'exemples. Mais, là comme ailleurs. 1 imitation s'est surtout propagée de havit en bas, et c est à la constitution de la hiérarchie anglaise, c est au rapprochement de ses échelons superposés, assez distincts pour créer des supériorités senties comme telles, pas assez pour décourager Témulation, qu il faut demander 1 explication de cette assimilation si pronq)te et si profonde. Or, cette assimilation intense explique à son tour l'esprit intense d'association qui caractérise de si bonne heure l'Angleterre. (Et c est ainsi que se concilie fort bieiï^vec les faits démontrés par M. Boutmy. la remarque de Thorold llogcrs.)