‹ Les transformations du pouvoirChapitre 31 sur 91 · I.A DES TRANSIOUMATIONS POLITIQUES · texte numérisé non relu

I.A DES TRANSIOUMATIONS POLITIQUES

sent de grandir et de susciter un pouvoir à leur taille, de force à résister aux avidités jalouses qui menacent ces biens et deviennent de jour en jour plus redoutables. Et, à mesure que nous nous civilisons, le nombre et l'importance des buts, soit extérieurs, soit intérieurs, que la volonté collective peut se proposer, des desseins et des programmes qui la tentent, croissent et appellent un Pouvoir digne d'eux. — En outre, la puissance d'un liomme d'Etat se proportionne au nombre et a l intensité des passions ou des convictions sur lesquelles il s appuie, qui attendent de lui leur assouvissement ou leur réalisation. Et, comme a mesure que le cliamp social se développe, les idées et les besoins, les convictions et les passions se multiplient, et, à raison des communications plus aisées, des contagions plus rapides, s'intensifient, se fortifient, s'accumulent, s'étendent, il s'ensuit que la Puissance publique mise à la portée des bommes d'Etat grandit toujours, en dépit des dénigrements de la Presse. D'ailleurs, la Presse elle-même n'est-elle pas une des grandes forces capitales de notre âge dont un liomme d'Etat s'empare et se sert?

Aussi pouvons-nous prédire, à coup sûr, que l'avenir verra des personnifications de l'Autorité et du Pouvoir il côté desquelles pâliront les plus grandes figures des despotes du passé, et César, et Louis XIV, et Napoléon. Quand un liomme d'Etat glorieux sera soulevé par un prestige immense, par le plus liant prestige que notre société puisse enfanter, — et elle est capable d'en jiroduirc de beaucoup plus éblouissants, sinon d'aussi duraliles, que ceux des âges légendaires — cet liomme d'Etat pourra réaliser des programmes politiques et sociaux d'une liardiesse qui aurait épouvanté Bismark lui-même \ — Mais, ce qui doit nous rassurer un peu

1 . Quanti le tzar, dans dix ans, aura à la disposition de sa puissance héréditaire, profondément ancrée dans le cœur et la foi de 150 nnillions de moujiks, toutes les ressources de la locomotion et de la mobilisation

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devant rimniinencc de ce Pouvoir gigantesque, c'est son élévation même*. (( Sur ces hauteurs il passe de grandes ombres », dit Dupont-White. Il y a des chances pour que l'homme porté à ce niveau s'élève au-dessus des passions de son propre parti et obéisse avant tout a ses personnelles et généreuses pensées. En haut, l'amour passionné, orgueilleusement dévoué, du bien pid)lic ; en bas, la confiance enthousiaste et universelle : rien de plus rare que la rencontre de ces deux grandes forces, mais, sans cela, il ne se fait rien de grand et de beau dans le monde.

JjC dévoûment, Tamour désintéi cssé et passioniié du vrai pour le vrai, du bien pour le l)ien, est le fait d'une éhte très rare, très clair-semée, de même que l'amour du mal pour le mal, la méchanceté, la haine, est le fait d'une minorité infime. Le reste de Thumanité, intermédiaire entre ces deux pôles d'attraction, est, avant tout, assez égoïste. Mais cet égoïsme de la majorité neutre et suggestible est susceptible de suivre les inspirations soit de Télite, soit de la lie qui parvient au pouvoir, au pouAoir social ou au pouvoir politique. Va le bien doit remporter à la longue, quoique le bien soit poursuivi par une minorité plus faible encore que la minorité haineuse et méchante par nature. En effet, les dévoûments s'accumvilent tandis que les haines se neutralisent et les égoïsmes aussi. Les dévoûments collaborent, les égoïsmes et les méchancetés se coml)allent. 11 a suffi d'une mince lignée de chercheurs, séparés par de grandes distances d'espace et de temps, ]iour faire croître et prospérer l'arbre de la science, par

modernes, toutes les forces matérielles de notre âge, il y aura là uu conlluent prodigieux des sources superstitieuses et des sovirces positives du Pouvoir. I3éjà, le tzar a pu faire, d'un trait de plume, l'émancipation des serfs, de son immense Empire, chose inouïe. Que ne fera-t-il pas plus tard ?

l. C'est aussi, comme nous le savons, la lutte interne entre la croyance et le désir, entre la souv'craineté de l idce et la souveraineté du but , si souvent, par bonheur, contraires l une à 1 autre.

LOI DKS rn vXSFOHM V I fONS POLITIOLKS 22 1

une série crinsertious de vérités successives : et il a suffi d'une mince lignée d'inventeurs pour faire Tindustrie moderne, faisceau d'heureuses inventions pratiques, la roue, le char, la suspension dri char, le rail, la machine à vapeur et ses perfectionnements successifs. Et, pareillement, il suffira de quelques hommes d'Etat généreux et suhlimes, même séparés par de grandes distances dans le temps et dans l'espace, pour faire la paix du monde quand, par hasard, quel(|ue soulèvement du cœur populaire aura porté au pouvoir l'élite humaine.

Avant de finh% nous avons à revenir sur un côté des transformations politiques que nous avons effleuré plus haut et qui mérite d'être examiné de plus près : la division graduelle des pouvoirs. Nous avons à interpréter ce fait qui, souvent exagéré ou mal compris, parce qu'il paraît rentrer dans la fameuse loi générale de l'évolution par différenciation de F homogène supposé primitif, a souvent égaré les théoriciens.

En réalité, la diA ision du pouvoir, comme la division du tiavail, n'est un progrès que dans la mesure où elle sert à l'organisation du pouvoir ou à celle du travail ; et, de fait, c'est cette organisation qui est visée, à leur insu, par ceux qui vantent cette division. Ce qu'on entend, au fond, par là, c'est la suhstitution d'une division ratione mater iœ à une division ratione loci, pour emprunter aux juristes leur langage. Là où il y a, après la constitution d'une cité ou d'un grand Etat, un seul gouvernement divisé en un certain nomhre de magistratures ou de ministères, il y avait, au temps des trihus et des clans, un très grand nondjre de gouverne-

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