L ART ET LA MORALE POLITIQUES
Il y a un art politique, qui se rattache intimement à la science politique et en découle. La Politique, envisagée comme art. est la direction des forces nationales dans un sens déterminé et voulu d'avance. Elle se divise en deux grandes Ijranclies. La jiremière est l'art militaire, qui consiste à diriger, au point de vue de Faction guerrière, les forces disciplinées d'une nation, en comprenant dans ce mot forces tout à la fois les énergies mécaniques, physico-chimiques, vivantes, dont la nation armée dispose, le tout mêlé avec les puissances morales qu'elle possède. L art diplomatique, intermède et accessoire de l'art militaire, ne saurait en être séparé par son objet. Mais, par sa nature, il fait plutôt partie de la seconde branche de l'art politique, la seule qui nous intéresse ici.
Celle-ci est l'iiabileté à diriger, en vue d'une action quelconque, pacifique ou autre, intérieure ou extérieure, les forces exclusivement sociales des nationaux ; autrement dit, le don de les convaincre et de les passionner, de manier leurs croyances et leurs désirs \ Essayons de
1. Mais disons d'abord, et avant tout, ou plutôt rappelons que ce manie me fit consmic à agir sur l'un des mille bras du grand tleuve de l Imi-
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caractériser cet art capital, considéré dans toute sa généralité. La rhétorique des Anciens n'était, en effet, (jn'une espèce du genre innommé dont il s'agit : et, en rélléchissant aux conditions spéciales auxquelles s'apjiliquaicnt les règles du théoricien de cet art, jadis si cultivé, on s'apercevra facilement qu'il n'embrasse pas, il s'en faut, tout le dH.)maine de la suggestion persuasive et passionnante ou s'exercent les journalistes, successeurs modernes des orateurs antiques et des jjrédicateurs du moyen âge.
Les orateurs grecs, jusqu'à Périclès et au delà, avaiojit pratiqué instinctivement, et, par suite, imparfaitemeut, les règles de la rhétorique qui plus taixl devaient faire la matière de savants traités. Mais ces traités n'ont égard et ne pouvaient avoir égard qu'à la manière de composer un discours destiné à être prononcé, en un seul trail de temps, le plus souvent, devant un nombre d'hommes toujours assez restreint, n'excédant jamais la sphère où la voix humaine peut être entendue. Etant données ces conditions, tout ce que conseillent ou ordonnent les traités de rhétorique a sa raison d'être : précautions oratoires, emploi des figures, importance du ton, de la prononciation, de la diction, du geste, sorte de passe magnétique, etc. Il s'agit, remarquons-le, d'une action très vive à produire en un temps très court sur un groupe d'auditeurs momentanément soustraits à toutes les autres inlluences ambiantes, empoignés et isolés par
tatlou dont les hommes d'Etat ont h surveiller et utiliser sans cesse le cours. Ils ont le tort, en général, en t^rance du moins — et cette remarqvic préliminaire n est pas inutile ici — de travailler inconsciemment à accélérer son courant en supprimant ou laissant supprimer les salutaires entraves que la croissance naturelle des diversités pittoresques, des dissemblances et des originalités locales, opposent à la précipitation torrentielle de ses eavix. Par notre manie d uniformité et de table rase, nous avons procédé en ceci comme en déboisant nos montagnes. La connaissance consciente et répandue des lois de 1 imitation aurait pour principal avantage d'indiquer aux hommes d'Etat les meilleurs moyens non pas tant de la stimider que de la retenir sur ses pentes dangereuses.
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rorateur qui les tient, les étreint, les assimile en un même état d'esprit, en une espèce de rêve arlificiel et collectif dont il deroLile la vision devant leurs ycLix fixes. Cette action, maigre sa brièveté, peut atteindre une réelle profondeur passagère a raison de cet isolement relatif, et aussi parce que, suggestionnés par le tril)Lin, ses auditeurs s'influencent les uns les autres par IcLir mutuel contact, par la contagion de leurs applaudissements, de leurs murmures, de leurs signes d'émotion.
La tâche du journaliste, ou plutôt du journal, est tout autre. Le journal s'adresse à un public beaucoLip ])Ilis étendu, mais dispersé, composé d'individus qui, pendant qu'ils lisent leur article quotidien, restent soumis à des distractions de tout genre, entendent bourdonner des conversations autour d'eux, dans leur cercle ou leur café, des idées parfois contraires à celles de l'écrivain. Ce lecteur ne voit pas cet écrivain, il ne l'entend pas, ses gestes et sa diction n'ont rien à faire ici. Aussi est-il rare, extrêmement rare, qu'un article, un seul article, suffise à laisser une empreinte tant soit peu forte à l esprit et au cœur du lecteur. Ce serait donc une erreur profonde de regarder an article comme l'équivalent rTan discours, et de juger applicables aux premiers les règles édictées par le second. Le discours est, comme la statLie, quelque chose d'un et de complet en soi. Mais l'article n'est qu'un anneau d'une chaîne d'articles, une maille dans un tissu d'articles, émanés, en général, d'écrivains multiples qui composent le bureau de rédaction du journal. Ce bureau de rédaction est l'équivalent de l'orateur antique ; cette chaîne ou ce tissu d'articles, qui se déroule on se tisse pendant plusieurs mois ou plusicLirs années avant d'avoir atteint son but, suggéré son impression finale" dans un public spécial, est l'équivalent du discours d'autrefois. Un article isolé est, en quelque sorte, une simple phrase d'un dis-
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cours qui se poursuit pendant des mois et des ans, découpé en mille morceaux et prononcé par des voix diverses.
C'est le long, très long et très complexe discours muet, appelé le journal, qui est en train de conduire nos démocraties. Plus il se développe et plus il échappe aux formules étroites de la rhétorique classique. Une autre rhétorique, une rhétorique supérieure, plus ample et plus puissante, est réclamée, ce semhle, et on a déjà le droit de s'éton ner un peu qu'il n'ait paru aucun traité sur ce point après plus d'un siècle de journalisme fiévreux. A Atlrènes la rhétorique instinctive n'a précédé que de deux ou trois générations la rhétorique consciente et artificielle, ou artistique. Chez nous, depuis 1789, 1 art de former l'opinion par la Presse est prati- ([ué instinctivement sans que personne soit encore parvenu à dégager de rexpérience accumulée parmi tant de journalistes éminents quelques formules générales propres à poser les fondements d'une théorie de cet art nouveau. — Ici, rien qui ressemble à V exode ^ à V exposition, à la discussion, à la péroraison. On entre en matière ex abrupto. La grande difficulté — que n'avait pas à prévoir l'orateur antique, cai' elle n'existait pas pour lui, ni pour l'orateur moderne, sacré ou profane — la grande difllculté pour le journal qui se fonde, c'est d'attirer l'attention par quelque coup de pistolet, c'est de faire un rassemblement autour de lui, c'est de former son auditoire a lui, tandis que les traités de rhétorique partent toujours de ce postulat que l'auditoire est déjà réuni et qu'il écoute. . . Postulat énorme, remarquons-le, et fiction de plus en plus démentie par la vie contemporaine. Rien de plus difficile que de se faire écouter parmi tant de bruits variés qui se disputent l oreille du public. — Donc, premier point pour un journal : faire retourner les têtes par quelque gros tapage. Le procédé le plus simple et le j)lus connu, c'est
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de scandaliser les gens, on bien de les effrayer par quelque fausse nouvelle ou par l'exagération mensongère d'une nouvelle a raie.
Une fois son public formé, le journal doit constamment songer à le retenir et à le grossir, par des moyens analogues. De temps en temps il a besoin de servir un scandale inédit, une nouvelle a sensation, une diffamation bruyante. En même temps il doit commencer et continuer sa campagne en favevu- des idées qui lui sont clières ou du parli qui le soudoie. Alors, que doitil faire? Une exposition Une discussion.^ Exposition de quoi.^ Discussion sur c[uoi.^ Non, il n est pas question ici d'un même corps d'idées à présenter dans vm certain ordre, d'un même sujet à déployer comme un Iiarmonieux tableau devant les regards du public. Le sujet du journal se compose d'innombrables sujets, incoliérents, qui lui sont fournis chaque matin ou chaque soir par l'événement du jour ou de la veille. C'est comme si, au cours d'une harangue de Démosthène contre Philippe, à chaque instant des coru^riers s'étaient approchés de lui pour lui apporter quelque nouvelle toute fraîche et si le récit ou l'in terprétation de ces informations avait constitué tout son discours. Le journal est précisément dans ce cas : il reçoit des renseignements de partout, et les raconte immédiatement avec des commentaires, en les déformant à sa manière, conformément à son but qu'il ne perd jamais de vue. — Entre temps^ il s'occupe aussi de littérature, d'histoire, de sciences, de philosophie, et laisse des rayons de ces lumières multicolores pénétrer dans l'ame de son public, mais, entre ces rayons et cette âme, il interpose toujours le prisme de sa passion. A la longue son lecteur s 'halluciné, il ne voit plus rien, dans le passé et dans le présent, qui ne soit réfracté et déformé, et de ces visions mensongères des choses il se compose une notion essentiellement fausse, mais systématique, du monde
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d'où émane une impulsion inconsciente et irrésistible vers un certain but. Point n'est besoin pour cela de dissertation, de dialectique savante, de péroraison pa~ tliétique. En fait d'arguments, l'un des meilleurs est encore le plus banal : la répétition incessante des mêmes idées, des mêmes calomnies, des mêmes chimères. C'est un procédé dont l'orateur ne peut faire usage pendant le court intervalle de temps dont il dispose ; mais le journal l'emploie à loisir et avec succès.
Il y a cependant beaucoup de jioints sur lesquels la tactique du journal s'accorde avec celle de l'orateur. Il doit, comme celui-ci, avant tout, n'être pas ennuyeux, ne point lasser, être varié par conséquent. Et, comme le journal s'adresse à un public dont les membres sont plus dissemblables entre eux que les personnes d'un même auditoire — car le seul fait d être rapprochés et de s'entre-communicjuer leurs impressions produit entre celles-ci une sorte d'assimilation réciproque et j^assagère — il doit, beaucoup plus encore que l'orateur, se préoccuper de satisfaire ce besoin de diversité. Aussi tout numéro d'une feuille publique est-il un menu des plus A ariés. Ln journal, même spécial, qui ne contiendrait que des articles du même ton, sans assaisonnement littéraire, sans un heureux mélange de grave et de doux, serait sûr d'un prompt et complet désabonnement. A cet égard toutes les pages et toutes les colonnes d'im journal concourent entre elles, convergent vers le but final : il n'est pas jusqu'aux annonces qui. en lui permettant de vivre, n'y concourent aussi et de la manière la plus elïîcace. — Quelquefois ce ne sont pas seulement les diverses parties d'un journal qui collabol ent ; ce sont les divers journaux d'un même parti qui se divisent le soin de captiver leur public, les uns en le nourrissant de mets plus substantiels, les autres en hn servant des friandises, les uns et les autres en répondant à des âges dilVérents ou à différentes classes de lecteurs.
l'art et î.\ \r(JUATK POLITIQUES 237
Tl y a. en a2:)parence, entre le discours et le joiiiTial, une dilTérence capitale que j'ai omise : le discours doit durer un certain temps, non seulement très court compare a la durée du journal, mais encore déterminé par la nature du sujet, tandis que le journal est créé en général pour se per]^étuer, pour vivre éternellement. Cette diirérence, pourtant, est illusoire. Sans doute ou voit des jouiTiaux vivre un siècle ou plusieurs siècles. Mais, sous le mcine nom, ils sont morts et ont ressuscité plusiem^s fois. 11 n'est pas de journal un peu achalandé qui n'ait eu plusieurs de ces vies successives, de ces avatars reliés les uns aux autres par une certaine ressemblance de traits. Un journal, à vrai dire, ne vit qu'autant que la politique qu'il soutient ; or, cette politique aboutit toujours soit à son triomphe, soit à sa défaite. Dans le premier cas, le journal triompliant, n'ayant plus d'ennemis à combattre, tourne ailleurs ses vœux, c est~a-dire utihse sa victoire d'une manière quelconque, ce qui est inaugurer une nouvelle politique. Dans le cas de sa défaite, il se fabrique, avec les débris de ses aœux, un programme neuf, qui, lui aussi, lancé sur des eaux neuves, échouera ou abordera.
Au point de vue de la moralité des moyens mis ou œuvre, on peut se demander si la comparaison du discours et du journal n'est pas défavorable au dernier. Ne semble-t-il pas que les procédés propres à assurer le succès du journal, diiramatiou , pornographie, fausses dépL^ches, mensonges, chantages, dépassent de beaucoup en audace et en rafTînements de perversité les fraudes ingénues, les trucs enfantins, recommandés par l'ancienne rhétorique P II le semble, en effet. Mais peut-être, si les règles de la rhétorique supérieure que nous désignons sans la dessiner venaient à être formulées avec netteté par quelque Aristote contemporain, appnraîlrait-il qu'au fond l'art snprême, ici comme
ailleurs, comme eu fait créloqueiice, comme eu fait de drame, est la vérité franche et lovale.
Ajoutons que l art de la Presse, malgé son importance grandissante, est loin d'être tout l'art politique : il y faut joindre, entre autres compléments, Vart de r Enseignement . Et, si Fart de la Presse n'a pas encore trouvé des tliéoriciens, l'art de l'Enseignement, autre grande voirie des courants de croyance et de désir, a vu surgir les siens de nos jours. A présent, sous le nom de science pédagogique, on professe savamment Tari de professer. Un enseignement consiste, à l'instar d'un journal, en une suite de discours poursuivis pendant un nombre d'années limité, par des professeurs différents concourant à un même but. Ne dirait-on pas aussi que, par une ressemblance plus fâcheuse avec l'art de la Presse, l'art d'enseigner se présente comme une variété de l'art de mentir, comme un conservatoire de mensonges conventionnels, de légendes historiques, d'erreurs solennelles, en sorte qu'on ne voit pas en quoi il est plus immoral, en somme, que la rhétorique ou la sophistique des anciens et que le journalisme moderne? Mais, en même temps, n'est-il pas manifeste que le professeur éminent, comme le publiciste de grande marque, se signale par sa haute véracité, sa moralité profonde, son intégrité absolue, à travers tous ses éclats de colère ou ses extravagances de pensée.^ Le vir bonus dicendi péri tas s'applique à lui comme à l'orateur antique. En réalité, tous ces arts consistent en ce précepte banal et suprême : sois convaincu et tu convaincras ; sois passionné et tu entraîneras ; sois sincère et l'on te croira ; sois loyal et on te suivra.
Je ne dirai rien de Vart diplomatique , autre branche assez importante de l'art politique, si ce n'est que la diplomatie elle-même, par son évolution, vient confirmer la
conclusion qui procède. La diplomatie a commencé par être une des incarnations les plus monstrueuses de l'immoralité civilisée, du vice et du crime fastueux. Sous Louis XIV encore, entre souverains amis, on se vole les courriers, sans reculer devant l'assassinat. Louvois conseille à d'Estrades de faire enlever l'ambassadeur autrichien comte de Lisola, et lui suggère même de le faire tuer. La République de Venise payait ses sicaires, on le sait.
Tout cela fondé sur la raison cV hJtat , sur le droit de la guerre, qu'on appliquait à l'étranger, même en temps de paix, parce que la paix n'était, au fond, que le temps où les diplomates entraient en guerre. Dij^loniates et guerriers alternaient. Il faut convenir que, en se civilisant, la diplomatie, comme la criminalité, est devenue moins féroce si elle n'est pas devenue moins perfide et moins astucieuse, loin de là. On n'a rien perdu de l'habileté à déchiffrer et subtiliser les dépêches ; on a perfectionné, par la photographie instantanée et les progrès de la chimie, Tespionnage et le contre-espionnage, la tactique diplomatique comme la tactique militaire ; et, si on n'achète plus autant les maîtresses et les favoris des rois, on a inventé les chèques parlementaires. Mais, enfin, on ne tue plus les ambassadeurs. C'est déjà un progrès, et ce qui Test bien davantage, ce qui est vraiment nouveau, c'est l'inanité enfin apparue des ruses compliquées d'autrefois, c'est l'habitude qu'on prend à présent, qu'on est forcé de j)^<^i^dre en ce siècle de publicité, de jouer cartes sur table de nation à nation. La distance de xMazarin à Bismark montre le chemin parcouru.
De même que le marché économique, le champ de bataille ou le champ de courses politique va s 'étendant et en même temps s'éclairant. Le domaine de la diplomatie, après avoir été restreint, il y a quelques siècles, ^JL une petite région, puis à une région plus vaste, puis
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à une grande partie de TlMiiope, a iiiii de nos jours pnr embrasser le monde presque tout entier comme le domaine de la spéculation. Les marchands de blé ne peuvent plus se ])ornev à étudier les variations de prix dans une province ou dans un Etat : ils doivent suivre, par télégraphe, les cours d'Odessa, de Londres, de New- York, et spéculer en conséquence. Les diplomates ne peuvent plus se borner a s'inquiéter des agrandissements éventuels de cinq ou six grands Etats européens en Europe, ils doivent avoir l'œil sur les ambitions européennes, asiatiques, américaines, africaines, et surveiller à la fois la lutte continentale et la lutte coloniale, illimitée, des nations rivales. Or, Tagrandissement du marché a eu pour re5sultat commercial de rendre la spéculation plus sûre, d'atténuer Valéa des ventes à terme ou a découvert tout en les multipliant. L'agrandissement du champ politique a-t-il un effet semblable? Voit-on les j)i'^^c<^^H^^tî^ii'^ des hommes d'Etat avoir pour objet des prévisions à plus longue portée et de moins en moins conjecturales P Ne semblet-il pas, au contraire, aujourd'hui, que Télargissement géographique de leur champ visuel soit compensé par le raccourcissement de leur regard dans le temps et son obscurcissement, par un moindre souci de l'avenir ou le souci d'un avenir moindre, et par une moindre netteté de vue Toutefois, remarquons que les progrès de la statistique, de la télégraphie, de tous les genres d'informations, par la Presse, par les voyages, élèvent sans cesse le degré de probabilité des j^'^'^visions du diplomate comme de celles du spéculateur. Lt' homme malade turc ou V homme malade chinois va-t-il bientôt mourir P Et, en A ue de cette éventualité, l'Angleterre doitelle augmenter sou effectif militaire ou sa marine ) Question majeure à présent pour les diplomates anglais, comme l'est, pour les s]3éculateurs anglais, la question de savoir si les mines d'or du Transvaal s'épuiseront ou
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lion d'ici quelques années. Mais, assurément, on est bien mieux et bien plus vite renseigné aujourd'hui sur les données de pareils problèmes qu'on n'eût pu l'être il y a cinquante ans, il y a Aingt ans. D'autre part, la statistique de la population jiermet de prévoir et de préciser avec une quasi-certîtude quelle sera la supériorité numérique de rAllemagne sur la France ou de la Russie sur l'Allemagne, dans dix ans, dans vingt ans. La statistique du commerce et de l'industrie autorise aussi des inductions très vraisemblables sur l'enrichissement ou l'appauvrissement des divers Etats dans un temps donné. Ainsi, il y a lieu de penser que, à mesure que le regard des hommes d'Etat s'étend davantage, il s'éclaircit.
Tï
Mais y a-t-il lieu d'espérer aussi que l'immoralité de leurs calculs ira en diminuant ou n'a-t-on j^as à craindre plutôt qu'un fossé profond ne sépare à jamais la Politique et la morale P Les partis, dans leurs rapports réciproques au sein d'une même nation, les diverses nations dans leurs rapports extérieurs, font revivre l'état de nature. Les nations cependant, ces personnes collectives, peuvent entrer parfois en relations sympathiques et vraiment sociales et donner naissance à une société d'un degré supérieur, à une fédération, ellemême susceptible de s'allier à une autre fédération. Mais ces sociétés du second degré, du troisième, du quatrième, diffèrent étrangement des sociétés du premier degré, des sociétés proprement dites. Ce sont des sociétés non pas linguistiques, ni religieuses, ni juridiques, ni esthétiques, ni morales même ce semble, ce sont des sociétés purement politiques, et qui, pendant qu'elles s'élèvent en degré, s'abaissent en nature.
Tardk. Transf. du pouvoir. 16