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SOURCES DU POUVOIR

Après ces preliuiiiiaires, allachons-nous à rechercher les sources du Pouvoir, a remonter aux causes de sa production ou phi tôt de sa reproduction incessante. Car ne faut-il pas qu'il se reproduise sans cesse pour cpie, étant sans cesse mine et détruit, il subsiste toujours ? Le pouvoir s'use, se consomme incessamment, comme la richesse, et si, maigre son usure rapide, il se conserve comme elle ou a Tair de se conserver, c'est que cette conservation apparente recouvre un renou-vellement continu.

jNe confondons pas les sources et les canaux du Pouvoir. C'est une erreur de croire que l'élection populaire en soit une source, et, à plus forte, la source unique, elle n'en est qu'un canal. Pourquoi ëlit-on un homme P Voila le hic. On Télit à raison d'une supériorité qu'on croit recomiaître en lui, d'un prestige qui rayonne autour de lui. Ces prestiges sont multiples : vieillesse, force corporelle, richesse, chance, origine étrangère (podestats), éloquence, demi-Jolie (Rienzi, Masaniello), courage, noblesse du sang réputé divin, etc. Pourquoi tel prestige est-il plus fascinateur à telle époque et tel autre à telle autre ?

L'élection, d'ailleurs, n'est pas le seul ni le plus sûr canal du pouvoir. Il y a d'autres modes de transmission : la nomination royale, l'achat des offices, les cérémonies

de r ordination, Thérédité, etc. Si absurde que soit un mode, pourvu qu'il soit consacré par l'usage, il est efTicace. On ii admire pas assez la facilité avec laquelle les hommes se soumettent à l'autorité officielle qui leur est désignée de la sorte. On ne remarque pas l'étrangeté de ce fait quotidien : un tel, inconnu la veille, devenu détenteur d'une autorité indiscutée parce qu'il a para un décret le nommant conseiller à la Cour, préfet, général. L'électrisation par le contact n'est pas plus surprenante que cette investiture de l'autorité moyennant certaines formes traditioimelles. Le pouvoir nes échange pas, comme la richesse, mais, comme elle, il circule et se transmet par la vertu de certaines délégations rituelles. On dirait qu'il y a un besoin général de subordination et d'obéissance qui cherche à se satisfaire et se précipite vers le premier venu désigné comme maître, pourvu que ce soit conformément à l'usage, encore une fois, car alors chacun obéit parce qu'il voit les autres obéir ou parce qu'il sait que les autres vont obéir.

Mais quelles sont les sources de ce besoin d'obéissance? Il y a une difTérence qu'on ne supprimera pas : c'est celle des forts et des faibles. Tant qu'elle subsistera, elle aura pour conséquence, en vertu de la sympathie humaine, le désir et le plaisir de protéger et de diriger, le désir et le plaisir d'être protégé et dirig é. Le reve de l'anarchie est un rêve de forts — ou se croyant tels. 11 n'y a pas a espérer que ce besoin et ce goût de protection et de direction aillent en diminuant : ils ne peuvent que grandir a mesure que s'accroît le nombj e des intérêts à protéger, le nombre ou l'importance des entreprises à diriger \ On peut se demander pourtant

1. Ajoutons : à mesure que le tempérament des civilises devient plus nerveux. Dans NéK'roses et Idées fijces^ M. Pierre Janet parle des personnes aflligces de la maladie du doute, à qui une aflîrmation ou un commandement éneri^njue rend le calme et la jiaix, car elles ont un besoin absolu de dîrcclion et de domination.

SOUUCKS I ) i I M >UVOIU

si, Sciiis la raiiiillo, le besoin de prolectioii et de direc- ^ tion, quoique très réel, eut été senti avec une force suiïîsante pour donner naissance à des lia}3itudes de t 'discipline et de respect sans lesquelles il n'y a pas de ' pouvoir possible.

On a beaucoup dit — c'était un beau tbème a développements oratoires — qu il n'y a rien de plus enivrant que de se sentir lilire, afïranclii de toute soumission à autrui, de toute obligation envers autrui. Et, certes, je suis loin de nier ce sentiment très noble, mais je le crois infiniment moins répandu qu'exprimé. La vérité est que, pour la plupart des liommes, il y a une douceur irrésistible inliérente a l'obéissance, à la crédulité, a la complaisance ([iiasi-amoureuse a l'égard d'nn maître admiré. C est au fond ce que disait mon compatriote La Boëtie dans sa Servitude voloiilaire . Ce qu'étaient les défenseurs des cités gallo-romaines après la cliute de l'Empire, les sauveurs de nos sociétés démocratiques et révolutionnaires le sont a présent, c'est-àdire l'objet d'une en tliousiaste idolâtrie, d'un agenouillement passionné \

Eli bien, n'est-ce pas dans la famille d'abord que 1 habitude d'être protégé et dirigé a été contractée, que riiomme a appris a connaître et à goûter ce rapport ])riniitif de protecteur à protégé, antérieur même à celui de gouvernant à souverain, car, avant de pouvoir exécuter un ordre, le petit a besoin d'être défendu.^ Par cette protection, l'animal, puis l'iiomme, prend possession des siens, de ceux c[ui rellètent sa personne, qui la multiplient soit par l'iiérédité, soit surtout par l'exemple.

1. Les domaines ecclésiastiques, les monastères devaient, au moyen âge, recourir à la protection d'un seigneur laïque qu'on appelait leur a\'i)ué et qui était le plus souvent leur tyran, mais aussi adoré qu'abfiorré. Toutes les chroniques monastiques sont pleines de récriminations contre les exactions de ces singuliers protecteurs. Et, cependant, jamais les moines n'ont pu. se passer rl eux. ^Voir l'^larli, f.rs Origines do Vancienne France '

"?f) I.i:S l IVVNSl ORMATIONS Dl POUVOIR

Comment cxpli([iicr la coexistence, chez les sauvages et les barbares, de ces deux prestiges, le prestige de la vieillesse et le prestige de la force P La vieillesse n'est-ce pas la faiblesse ? Mais Torigine familiale de l'autorité sauve la contradiction, les parents étant à la fois plus âgés et plus vigoureux que les enfants. Comment concilier en outre avec le prestige de la vieillesse celui de l'hérédité noble, quand au vieux père mort succède le fds jeune et déjà respecté ? Encore par l'origine domestique de l'autorité : dans la famille seule s'acquiert le sentiment profond de la réversibihté héréditaire des qualités, des aptitudes, des droits, du caractère divin propre a certains ancêtres. Aussi Sj3encer remarc[ue-t-il fort justement que <( l'obéissance aux parents prépare à l'obéissance aux chefs » et que c( les tribus indociles aux chefs, anarchiques, sont sans soumission aux parents », tandis que les races supérieures, disci^ilinées, sont, a l'inverse, patriarcales. D'ailleurs, le grand évolutionniste anglais ne s'aperçoit pas qu'il contredit ainsi ce qu'il a dit d'autre part sur Foi igine toute militaire du pouvoir. Le respect, crainte aimée ou amour tremblant, ne pouvait naître que dans la famille, j'entends dans la faniille sociale.

C'est aussi dans la famille seulement qu'a pu être appris le plaisir spécial et très fort attaché à la protection exercée ou reçue et, par suite, a la possession active ou passive. C'est une joie vive pour la femme d'être maîtrisée et protégée en même temps par l'homme : c'est une joie dilTérente mais non moins profonde pour l'enfant d'être dominé par des parents. De là dérive l'espèce de bonheur aussi, pour le vassal, de se sentir lié à son suzerain, et, pour le fidèle d'une religion, de s'abriter sous la tutelle sacerdotale. 11 est curieux de voiries mêmes hommes, les peuples naissants, les peuples enfants, sauvages ou civilisés, ressentir avec une force égale le plaisir d'entreprendre et la volupté d'obéir.

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Tamour du risque et le besoin cle sécurité. Chose remar- ([uable, le pays du monde oii l'espril d'entreprises clian- .ceuses est le plus développé, les Etals-Unis, est aussi celui oii se développent le plus les compagnies d'assurances. Et cela, au fond, n'a rien de surprenant, car Tamour du risque n'est en somme (jue l'espérance du succès, la confiance en soi, qui est une sécurité aussi, une sécurité émouvante et périlleuse.

Mais qu'est-ce que la famille, dans le sens social du mot P Ce n'est pas seulement le lien du sang et ce n'est pas tout le lien du sang. C'est le groupe d'associés naturels, femmes, enfants, enfants adoptifs, esclaves, tenus dans la main du pere-maître et cohabitant ou collaborant ensemble à la chasse, a la pèche, a 1 art pastoral, au défrichement, a la guerre. Dans la famille animale on ne connaît ni les ancêtres morts, ni la postérité encore a naître. Dans la famille sociale, l'instinct protecteur du père ou de la mère sur les enfants s'est rélléclii et développé par calcul : le lien du sang n'a servi qu'a suggérer au père l'idée de protéger pour dominer et de se faire plus tard de ses enfants adultes un appui, une force auxiliaire. De même, l'idée lui est naturellement venue d'utiliser (par le culte domestique) ses parents morts. Le même besoin de dominer et de se faire servir, (|ui a suggéré l'idée de Tesclavage et de la domestication des animaux, autres formes de la protection intéressée, a produit à la fois le culte pieux des ancêtres et l'éducation autoritaire des enfants. Pour lutter contre riiostilité de la nature ambiante, terrible, féroce, énigmatique, ce groupe a dû se serrer très fort, morts et vivants pelotonnés ensemble.

Le caractère extérieur auquel on reconnaît la famille sociale, c'est essentiellement, non la consanguinité, mais ce double fait : le fait d'avoir mangé ensemble un gibier tué ensemble, un poisson pris ensemble, un animal domestique élevé ensemble, et le fait d'avoir un

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culte commiiii pour un même ancêtre \ Souvenonsnous de ces deux traits, car ils nous expliquent pourquoi i les castes, les corporations, les cités antiques, etc., altaclient tant d'importance au comme nsalisme , aux banquets fraternels ovi confraternels et périodiques, et à Taccomplissement des rites fanévalres. Entre confrères, on se doit de fraterniser à table de temps en temps, ?i certains anniversaires, pour peu que la secte soit étroite, et de ligurer aux obsèques de ses membres. En Algérie, deux ti il)us ne sont fusionnées en cités dans TAurès que du jour où elles ont accompli ensemble le banquet funèbre a la fête des morts dans leurs cimetières musulmans. Tout cela serait dinicile a comprendre si Ton ne se reportait aux débuts domestiques de ces groupes non familiaux, mais qui ont dû copier les usages de la famille pour se constituer en sociétés plus vastes.

Du reste, nous ne trouvons pas partout à l'origine la famille sociale ainsi constituée. Ici comme sous ses autres aspects, le monde social nous offre la niLdtifojmité des points de départ de l'évolution. 11 y a des tribus où les enfants sont lâcliés de bonne lieure, d'autres où la mère seule les protège et en est aimée et respectée. Même dans les races supérieures, la famille patriarcale est très dissendjlable, tantê)t démocratiquement, tantôt despotiquement régie, avec plus ou moins de tliéocratic* paternelle. 11 est vraisemblable que, avant rinvention des sépultures, le culte des morts, dont les cadavres restaient exposés aux dents des bêtes, a dû être empêclié de naître ou rester embryonnaire. Aussi n'en trouve-t~

1. Fuslel (le Coiilanges a eu le lorl de ii iiisisU r que sur le second de ces faits et de vouloir y ramener le premier, en ne voyant qu'un rite religieux dans les repas publics, qui seraient nés des banquets l'unèbres. lJ)ans les études de Lyall sur 1 Extrême-Orient, on trouve une interprétation bien autrement acceptable du commensalisme. A mon avis, il faut donner à l'habitude de ces repas corporatifs une origine économique avant tout. Quand on a tué ensemble un gibier, rien de plus naturel que de le manger ensemble . .

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ion nulle trace dans l'âge paléolithi([ue (silex taillé). Avec leurs instruments grossiers il était mal aisé aux troglodytes de creuser des fosses. L'idée d'ensevelir les morts, dès qu'elle a été réalisable, el , plus lard, celle de l'embaumement, ont dû contribuer beaucoup à préciser, à développer la religion domestique, grâce surtout

à une autre invention, celle du ieu — le feu du foyer

el à i^rovoquer des croyances supers» itieuses relatives aux pérégrinations souterraines ou infernales du double des morts ou à lems pouvoirs mystérieux. Quoi (pi il en soit, il est remarquable que, sous des formes distinct(^s, une religion funéraire et domestic[ue très forte a régné en Egypte, en Grèce, à Rome, en Arabie, en Cliine, chez les Aztèques, etc., et que, partout où elle a été pratiquée, une autorité très forte a pris naissance. Chez les Germains, oii le culte ancestral paraît a> oii; eu moins d importance, où la famille a été moins fortement organisée, le pouvoir politi([ue est resté faible.

Entendons-nous bien sur cette dérivation familiale du pouvoii-. On a dit, au contraire, (pie la cité, pour se former, doit se fonder sur des principes diamétralement opposés à ceux de la famille. Et il y a ceci de vrai ([ue la famille ou plutôt l'agglomération de familles, la tribu, doit s'ouvrir, de close qu'elle était, pour se lusionner avec d'autres familles simples ou comjjlexes en une même cité, qui devra, close aussi d'abord, s'ouvrir aussi, à d'autres époques, pour se fusionner avec d'autres cités en un même grand Etat. Or, pour s'ouvrir, la famille doit renoncer à son esprit d'exclusion, cesser de regarder l'étranger comme un impur dont le contact la souille : elle doitaccueillij-, à côté et au-dessus des dieux domestiques, un dieu ou des dieux urbains. Mais il n'en est pas moins vrai que, en se constituant, la cité commence par prendre modèle sur la famille'

1. Dans lA/ifiée sociologique (première année), publiée par M. D

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cl que Fcsprit urbain, quoique en apparence le contraire de Tesprit donieslique ou de Tespiit de clan, en pro vient.

Demandons-nous aussi pour c|uellc cause familles et cites s'ouvrent de la sorte, a la longue. Est-ce simplement par suite d'un danger commun à repousser, ou des avantages de l'association P Non, car c'est au début surtout que ce danger est grand, que ces avantages seraient précieux, et on ne les sent pas alors. On n'arrive a les sentir que lorsque, peu à peu, Fimitation des familles ou des cités voisines a suffisamment agi. Mais c'est dans le sein de la famille que ces hommes ont pris Vhabitude dVimiter; et c'est là aussi qu'ils ont appris à se soumettre à un chef, sans quoi la formation de la cité, puis de plus grandes formes de l'Etat, serait impossible. — On voit que les mêmes principes, la tendance de T imitation à un rayonnement indéllni et la stimulation réciproque entre rimitation et la sympathie, font comprendre pourquoi les liommes s'emmurent d'abord dans la famille, puis en sortent. Il leuiest aussi essentiel d'en sortir que de s'y enfermer, comme il leur est aussi essentiel de sortir ensuite de la cité, de la nation même, que de s'y enfermer.

Ce qui nous dissimule à présent, à nous civilisés, la formation familiale des cités, ce sont des faits tels que la fondation des villes américaines de nos jours, sur un plan géométrique, ou bien celle des bastides, des villes neuves, des villes franeJies, des refuges du moyen âge. Mais ce sont là les produits d'une longue évolution. Les villes se forment de mille manières, comme nous le verrons jilus loin. En généralisant beaucoup, nous pouvons déjà distinguer 1^ leurs formations spontanées, 2"" leurs formations coloniales. Celles-ci ne sont possibles

kheim, M. Gaston Richard a contesté que le feu des vestales dérivât du feu du foyer; mais il ne me semble pas avoir ébranlé sur ce point les arguments érudits de la Cité antique.

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([lie parce que celles-Ki les ont précédées. Pour que, Tune ville ou de plusieurs villes, se délaclienl des rameaux qui vont se planter en terre étrangère et fleurir ( Il cité nouvelle, il faut d'abord que la ou les métropoles aient pris naissance spontanément. Or, c'est tanlot par agglutination directe de clans ou de triljus, de [)hratries, de démes, de dérivés de la famille, que les \ illes se fondent, quand ce n'est point par voie de colonisation intérieure ^ ou extérieure : tantôt par fusion Je l)andes d'abord errantes qui se fixent et s'enracinent (Ml se fusionnant. Ces bandes, même les plus criminelles, ym^em/^eAi/, copient la famille : et, à mesure que la cité germe, apparaissent les corporations. Les cor- |)orations sont des familles partielles et artilicielles, des familles interfamiliales, r[ui développent exclusivement un coté spécial des familles d'ori elles procèdent: ('orporations religieuses, professionelles, miliUiires . Le pouvoir paternel, quand le pouvoir clérical, patronal, militaire, se déploie a coté de lui, se trouve alVaibli d'autant : mais, sans lui, rien de cela ne serait. Supj)Osez que, même de nos jours, où il est en rivalité j avec tant d'autres autorités, le pouvoir paternel ne soit plus respecté: avant peu, quand les nouvelles générations deviendraient adultes, le pouvoir politicpie ne subsisterait que dénaturé à fond. Les liommes resteraient bien capables encore d'admiration et de crainte d'une part, — d'autre part, d'ambition et d'orgueil, — mais ni de respect ni d'autorité tutélaire.

Quoi qu'il en soit, si la famille est toujours la sourcemère, elle cesse d'être, et de plus en plus, la seule source de l'autorité. Il faut citer encore V église, ïécole, Vatelier, le régiment, qui ont déployé séparément les germes confusément éclos et indistincts dans la famille primi-

1. Intérieure , quand il s agit de villes nouvelles fondées sur le territoire même de 1 État, comme tant de villes du moyen âge.

3^2 r.KS TUANSFOliM VTlONS 1)L P()I VOlU

tive. Le pouvoir politique jieut naître, soit par délé-«S gation, soit par usurpation, en tout cas aj image et sur le modèle, ou de la puissance paternelle, ou de la puis-Ji sance sacerdotale, ou de la puissance patronale, ou demi la puissance militaire. Il peut s'alimenter aussi et se fortifier d'autres prestiges, qui, sous ces puissances précises et reconnues, étendent et ramifient les racines de leurs influences enchevêtrées : la richesse, la noblesse, la chance, la victoire, le pouvoir surnaturel, le génie scientifique ou industriel, le génie artistique, litléraîre. oiatoire, la politesse urlDaine, etc.

Le pouvoir dilîère étrangement en étendue, en profondeur et en couleur suivant la nalure de la source principale qui le reproduit incessamment. Le caractèi e de Tobéissance ne difTère pas moins que le caractère du commandement \ Un pouvoir né surtout de l'autorité paternelle et du prestige de la tradition agricole et rurale, comme celui de Fempereur de Chine, est autrement étendu et profond, autrement autorisé à réglementer la j vie privée que le pouvoir électif d'un président des Etats-

I Unis, d'origine industrielle, ou même d'un Napoléon,

I tout militaire, ou le pouvoir héréditaire même, mais

I tout militaire aussi à l'origine, d'un empereur alle-

Imand de nos jours. L'empereur chinois, à une époque assez récente encore, rendait des décrets de promotion, I par lesquels les âmes des ancêtres de ses sujets étaien t éle-

vées en grade dans la hiérarchie des êtres divins ou demi-divins. Mais, en revanche, ce (( père et mère » de ses sujets ne pourrait pas les lever en masse et les mo- ! biliser en un jour comme le pourrait l'empereur Guil-

laume. Il lui serait même plus mal aisé qu'a un président des Etats-Unis d'opérer une révolution économique par un décret de protectionnisme ou de libre-échange.

1. Il en est de même de la richesse, qui diffère profondément suivant qu'elle est due à la fabrication domestique ou à la grande industrie, à un atelier rural ou urbain.

SOt'RCKS 1)1 POl \ <)ll<

. ïSi le hido, le senliineiil de la piété filiale^ sur lequel repose Tautorité du Fils du Ciel, venait à disparaître du cœur des Chinois, l'Empire du Milieu serait réduit en poudre. Dans la même hypothèse, Tempire des tzars s'évanouirait aussi.

Le pouvoir peut être héréditaire ou électif. Mais, héréditaire, il a commencé par être individuel, et les causes qui l'ont suscité sont nombreuses, nous le savons; non seulement l'élection, mais la prise de possession directe parla gloire ou la violence, parla recoimaissance publique ou la terreur générale : diirérence initiale qui, si elle ne tarde pas à s'atténuer quand le pouvoir s'est consolidé par l'hérédité, ne laisse pas de se faire sentir toujours. D'autre part, quand le pouvoir est resté électif, il faut bien distinguer si ses électeurs sont des pères de familles agissant comme tels et déléguant à l'élu leur palria poteslas , ou s'ils sont des seigneurs féodaux, lui transmettant leur suzeraineté féodale contractuelle et spécifiée, ou s'ils sont des individus majeurs et supposés égaux, ne pouvant déléguer que l'autorité qu'ils ont sur eux-mêmes puisqu'ils sont censés n'en pas avoir d'autres. Et a ces sources réelles il faut ajouter ou superposer les sources mystiques et sacrées, celles qui résultent de l'élection supposée du chef, roi, empereur, tzar, pape, par une volonté divine. Dans le pouvoir des papes, au moyen âge, on distingue nettement les deux origines différentes de leur pouvoir politique, — je ne dis pas de leur pouvoir proprement religieux que je laisse a part. Ce pouvoir de domination terrestre procède d'abord, ou est censé procéder, des pouvoirs vagues d'ailleurs et indéterminés, mais d'autant plus redoutables, conférés à saint Pierre par Jésus, puis jiar saint Pierre a ses successeurs inspirés par le Saint-Esprit: et, en ce sens, il s'étend sur toute la chrétienté. Il procède, en second lieu, en ce qui concerne le domaine dit de saint Pierre, de la donation faite par Char-

Tarde. — Trfinsj\ du pouvoir. o

3 A LES TRANSFORMATrOX^ Dl POUVOIR

lemagiie. Eh bien, la distinction de ces deux grandes branches du j^ouvoir poh tique des papes a été si bien sentie que Tune s'est allaibUe à mesure que l'autre s'esl fortifiée. Au moyen âge, le pape, pendant qu'il faisait reconnaître jusqu'à l'extrémité du monde chrétien son droit de détrôner ou d'introniser les rois, de délier les sujets du serment d'obéissance, ne jouissait que d'un(* autorité des plus précaires sur les Etats-Romains ; il étail souvent chassé de Rome par les rébellions de ses sujets. A la Renaissance, au contraire, sa puissance étendue^ et supérieure se retire pendant que sa puissance étroite et inférieure se consolide : il devient prince italien d'autant mieux obéi que, comme primat politique de l Eiirope chrétienne, il perd cliaque jour de sa force et de son influence.

Ce que je dis du pouvoir politi([ue, il faut le dire aussi bien de la législation. La vertu impérative de la Loi] A arie d'après sa source : elle est bien ]oin d'avoir par-] tout la même profondeur et la môme étendue d'action.

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