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2. J'omets un troisième élément, dont il n'y a pas à tenir compte ici : \ Itiégalité des fortunes , qui doit se combiner avec l'inégalité des désirs et des degrés de croyance pour rendre compte complètement du prix des choses.

3. Remarquons que la suggestion amliiante a bien plus de prise sur les croyances que sur les désirs, en ce qui concerne soit la valeur des objets, soit le pouvoir d un liomme. Aussi ne comprend-on pas qu'on ait méconnu, soit pour l'explication des valeurs, soit pour l'explication du pouvoir, l'importance des idées et qu'on se soit attaché seulement aux intérêts. — L'insulïisance de la loi de \ offre et de la demande provient de ce qu'elle ne tient pas compte de 1 action suggestive de l'imitation, mais sintout en l'ait de croyances. De même, TexpUcalion utilitaire de 1 origine du Pouvoir a le tort de ne pas tenir compte de ce qu il y a d imitatif dans la diffusion des idées tjeaucoup plus encore que dans la di ffusion des désirs ; car la résistance opposée par un désir ancien à un désir nouveau est phis grande que la résistance opposée par vme idée ancienne à une idée nouvelle...

vesli, grandit aussi, a moins que, en même temps, ridée qu'on avait de son habileté n'aille en diminuant j)ar suite de (juelqtie maladresse qu'on lui attril^ue. A rinverse, si, par suite de quehjue heureuse capture, la coidiance dans le chef de la police a augmenté rapidenieuL son autorité augmentera, à moins (pie, en même l(Mn])s, le progrès lapide de la sécurité publique n'ait fait décroître le besoin senti de son emploi. — Pareillement, le pouvoir d'un clergé augmente soit parce que la foi religieuse, la créduUté à ses enseignements, s'est accrùe, soit parce que le besoin d'autorité religieuse se lait sentir plus ^ivement et plus contagieusement. Ce pouvoir pouri a paraître demeuré égal a lui-même quoitpie la foi ait décliné, si la peur de l'irréligion s'est accrue. — De même, la Presse a beau se déconsidérer de plus en plus par la vénalité fréquente des journalistes, par la connaissance croissante qu'on a de leur partialité vénale, le pouvoir de la Presse se maintient et même s'agrandit parce qu'elle répond a un besoin d'information et d'exci ta ti(jn (juasi-alcoolique des esprits (|ui se répand et s'avive encore plus vite que la mésestime des publicistes. -

La hausse ou la baisse de l'autorité militaire s'expli([ue visiblement de cette manière. Voici un général connu. Son autorité croît ou décroît, soit par suite des diverses causes, — un article de journal, une dillamalion sourde, une mauvaise chance au début d'vme campagne, — c[ui font croître ou décroître son renom de capacité, soit par suite des diverses causes, — la menace d'une guerre, une déclaration, un péril grave, ou, inversement, la perspective d'une paix assurée, — qui font croître ou décroître le besoin généralement senti de commandement militaire et d'obéissance passive.

D'ordinaire, fort heureusement, dans les moments ou la nécessité d'un bon commandant civil, ou militaire devient impérieuse, la confiance en l'aptitude de celui

qui commande lend a grandir et même a devenir aveugle. Le peuple, avide d'illusions autant cpie L soldat, proclame son chef invincible quand il le sen indispensable. Mais le peuple, comme le soldat, esl aussi prompt au désabusement qu'a raveuglement, el il bii arrive de prendre plaisir a décrier ses conducteurs, à les traîner dans la boue, même quand il sent L plus urgent besoin d'êlre gouverne. Alors, la situalio d'un l^ays devient critique, et il n'est pas de pire anarchie que cette acceptation docile d'un joug réputé vilJ que cette soumission méprisante et unanime à des mai- 1res qui sont Tobjet de la suspicion de tous.

L'autorité est d'une nature proibndément dii1eiejile,j suivant qu'elle repose davantage sur l'un ou sur Tautr de ses deux fondements naturels. Appuyée sur le dési pubhc presque exclusivement, elle a quelque chose d( bas, de matérialiste, de tyrannique dans le vieux seni grec* du mol. A]>j)uyée, avant tout, sur Tassentimen ])ublic, sur une coniiance générale et profonde, clL revêt un air noble, élevé, légitime, alors même qu'elL ne serait pas traditionnelle. La dislinction de la légill mité et de rillégitimilé du pouvoir repose, au fond, suri la dualité psychologique du croire et du désirer, maii scjuvent en un sens un peu dillérent de celui qui pré- ( ede, bien qu'il s'y rattaclie. En effet, on a l'habitudel d'appeler légitime le chef qui est jugé ou préjugé non: pas précisément le plus apte, mais le plus destiné par sa naissance ou par la constitution du pays a rexercicc^ de sa fonction gouvernementale, quoique le désir populaire, contraire en cela à la croyance populaire, le repousse du ti ône ; et l'on appelle illégitime, alors, le détentein- du pouvoir quand il répond au désir du peuple, mais non au préjugé ou au jugement involontaire du peuple, qui persiste au fond des esprits en dépit d'eux-mêmes. Rien de plus périlleux que cette crise, que cette scission entre le gouvernement dit de droit c l

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le gouvernement de fait, entre l'autorité fondée sur des ( onvictions vraies ou fausses et l'autorité portée par des intérêts et des passions bonnes ou mauvaises. La désignation héréditaire du détenteur de l'autorité a l'ineonvénient de provoquer souvent ce péril: mais rélectio7i aussi.

Il est à remarquer que les diverses formes du suffrage, là où le pouvoir est électif, et qu'il s'agisse du sulfrage censitaire ou universel, à un ou plusieurs degrés, sont bien plus propres à nous renseigner sur les désirs des électeurs que sur leurs jugements. Leurs M»t(^s désignent fréquemment le maître qu'ils désirent plutôt que le maître qu'ils croient le meilleiu'. C'est là, ce me semble, la plus grave lacune du suffrage et la preuve de son insufïîsance comme source ou canal même du pouvoir. L'autorité vraie se reconnaît à bien des signes en dehois de l'élection proprement dite, à des signes d'autant moins trompeurs ([u'ils sont plus involontaires, à des manifestations qui écliappent au public et où se trahit malgré lui son respect pour des hommes impopulau-es. Il est des attitudes, des abstentions plus signilicatives que certains votes: il est des silences plus signilicîitifs que certains apj^laudissements.

En réalité, les pouvoirs les plus forts et les plus dulahles que la terre ait vus ne sont pas ceux qui sont sortis d'une urne électorale, d'une élection réelle, mais bien d'une élection imaginaire et mystique. A toutes les f(jrmes positives de l'élection, en ellét, il faut ajouter et superposer ses formes sacrées, à savoir l'élection supposée du roi, dn pharaon, de l'évéque, du pape, de l'empereur, par une volonté divine qu'atteste une cérémonie telle que l'oi dination ou le sacre. Dans le pou- \ oir politique des papes au moyen âge, nous avons distingué nettement ces deux sortes d'élection. Ce n'est point comme l'élu d'un conclave, c'est parce que cette

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élection faisait présumer celle du Saint-Esprit que pape imposait sa souveraineté supérieure. — L'autorité, si souvent politique, exercée par les saints (^u ménic les saintes au moyen âge, — Catherine de Sienne — leur provenait de ce qu'ils étaient réputés les élus do Dieu, comme le montraient leurs austérités et leurs miracles. Les macérations de saint Louis, autant qu(^ les cérémonies de son sacre, lui ont valu son autorilt' immense, européenne. Jeanne d'Arc aussi a été ui\c élue de Dieu. Et il n'est pas de confirmation plus éclatante de tout ce qui vient d être dit sur la double sourc(* psychologique du Pouvoir que ce pouvoir extraordinaire dont une jeune fille, bergère la veille, s'est trouvée tout à coup armée pour le salut de la France, parc(* que le besoin de salut était profond et univci'sel ( I qu'universelle et profonde aussi était la foi en la mission divine de cette guerrière improvisée.

Nous venons de voir que le Pouvoir repose sur des croyances et des désirs, et c'est en tant que les découvertes et les inventions influent sur la direction des croyances et des désirs, ainsi que sur leur intensité, qu'elles expliquent les transformations, les déplacements, les hausses et les baisses du pouvoir. Cette efficacité, remarquons^le, est directe ou indirecte, et c'est surtout par son action indirecte qu'elle est importante.. Ce n'est pas surtout par les conlirniations ou les contradictions manifestes qu'elles apportent aux croyances su lesquelles s'appuie l'autorité, que les nouvelles idées 1 modifient et la déplacent, quand, par exemple, elles dénient au patriarche de Constantinople le pouvoir d'agir sur les corps enterrés, ou au roi de France 1 pouvoir de guérir des écrouelles. Ce ne sont pas surtou les inventions relatives au perfectionnement des arme ments et des administrations qui ont pour effet de fair passer le Pouvoir aux mains de ceux qui monopolisent

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( ( s pioi^ros matériels, ou de raccroître aux mains de ( c uxqiii le délieiiiieni déjà. Il s'agit plutôt àc force que de pouvoir, quoique, dans une certaine mesure, Taccroissenient de la force s'accompagne d'un accroissement d'autorité.

Occupons-nous de l'action, plutôt indirecte, exercée sur le pouvoir par rensemble des manifestations du génie inventiTet découvreur. Et en premier lieu parlons dos découvertes. Les découvertes ([uelconques, en s'ac- ( umulant, siiggèrenl de nouvelles conceptions, inconscientes et irrésistibles, du but de la vie, de la raison d'être des institutions sociales. Les découvertes d(* ( opernic et de (Jalilée, en dévoilant rillusion du j^oint de vue c/éocentriquc et anihropoccntrifjue aïK^uel se plar( ni Ion tes les religions, ont du même coup atteint quebpie jxmi rorgueil des rois et le prestige de l(Mn; iiiitoi ifé, (pTil n (*sl plus |)ermis d'élever si liant (piand on sait la véritcible plaide de la terre dans le (irmament < I le peu c[ue pèsent les clioses liumalnes dans la balance de rinlini céleste. Sans nul doute, si les l^éruviens îivaient su que le soleil n'élail (prune étoile comme une autre el non des plus considérables, leur l oi, ce fils du soleil, el dont c'était tout le mérite d'en descendre, eût l)(^au(*oup perdu de sa puissance de fascination. Il en est ainsi de tous les pays, et ils sont nombreux, ([ui ont eu des dynasties solaires ou limaires. Décimes ainsi, dans une certaine mesvn e, de la grandeur mystérieuse quelem* pivtait rignorance primitive, les royautés ont vu s'alfai- \)V\v en même temps le prestige de la religion sur lequel elles appuyaient la leur, et ont dû, dès lors, clierclier a compenser ces décliets par un étalage plus fascinatem; de force militaire. De la, comme conséquence momenlîinée des découvertes astronomiques et pliysiques qui ont fondé les sciences modernes, un caractère moins siq^erstitieux mais plus guerrier, moins patriarcal et plus administratif des monarcliies modernes.

LES l nAA SFORMATIONS m IM )UV( )1U

Les idées religieuses, par suite de I iufusion de fails scientifiques et de specidations philosophiques à des doses variahles, ont beaucoup changé d'âge en âge. A chaque poussée d'une grande hérésie correspond uiu^ nouvelle conception du pouvoir. Il en est de même a chaque poussée d'un grand ordre religieux, exutoirc fré(juent de Tesprit hérétique larA é, éruption du dogni(^ au-dessus de lui-même pour éviter une émigration lioi s du dogme \ Le pouvoir civil, en Italie, après l'apostolat u de saint François d'Assise, a été conçu un peu plus 1 démocratiquement qu'auparaA ant . Le protestantisme n a eu sur les gouvernements des eiïets singuliers : direc- L tement, immédiatement, en renforçant la souveraineté \ d de principicules allemands ou autres qui tremblaient ^ r jusque-là devant la Cour romaine et qui sont devenus r d'un jour à l'autre de vrais papes-rois (sans parler d(* Henri YIII d'Angleterre), il a produit des monstres d(^ tyrannie sans frein, il a contribué, comme le déchaîne ment du Droit romain à la Renaissance, a fortifier, n dogmatiser, a asseoir le despotisme. Et la Contre- ]\éforme cathohque, inverse et semblable en ceci, a eu le même effet immédiat ^. Mais, indirectement, par l'extension imitalive et contagieuse donnée au princij)^* du libre examen, il a puissamment aidé et favorisé l'avènement des gouvernements délibérants, du régime^ j)arlementaire .

c( La justification par la foi et non par les œuvres » : quel rapport y a-t-il entre cette idée théologique de* Luther et les limites ou la nature du pouvoir politique ? Un rapport intime. Nier le mérite des œuvres, c'étail nier la vertu des sacrements, et 23ar suite la puissance^

1. Puis, un grand ordre monastique introduit une discipline nouvelle, et un monastère donne un exemple inouï de hiérarcliie volontaire, de constitution politique souvent admirable à imiter, et qui a été imitée...

2. La monarchie pontificale en est elle-même fortifiée, et l absokitismo spirituel appelé iîifailtihilité s'^ retrempe.

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sacri5c du prelro les conférait. Le prelrc alîaibli, le roi lie pouvait faire moins que de l'être à son tour. Mais, si le protestantisme n'avait eu cpie ce côté négatif et destructeur, on ne comprendrait pas son succès. En même temps qu'il venait tarir ou amoindrir une des sources du Pouvoir, il en grossissait une autre, en vorin (Tune nécessité de compensation que Cournot a l3i(Mi comprise. De là Tappui ([ue Lutlier a cherché dans les Ecritures. Il a compensé rainoindrissement de l'autorité sacerdotale c( par le rehaussement de Fautorilé scripturale ». Et (c le judaïsme et Tislamisme sont là pour témoigner de la corrélation nécessaire » ou plutôt du jeu de hascule entre les deux. En exaltant et enracinant ainsi le prestige d'un Livre, le protestantisme contribuait à fortifier en général le prestige des livres, à svihstituer aux pouvoirs personnels, ou à établir auprès d eux et au-dessus d'eux, des pouvoirs impersonnels et livresques , la puissance de a la Science ».

La découverte de l'Amérique a eu, à notre point de vue, d'immenses effets. D'abord, en ce qui concerne la ])(>litique extérieure et la puissance relative des divers Etats, elle a déplacé vers l'Océan les courants de richesse et de succès qui sillonnaient la Méditerranée, et fait grandir, au détriment des nations méridionales, les nations occidentales, Espagne un moment, France, Angleterre. Son action sur la politique intérieure n'a pas été moindre. Elle a développé à un degré extraordinaire le besoin individuel d'émigration et le besoin collectif de colonisation. Par là elle a offert aux ambitions collectives ou individuelles de tout nouveaux débouchés, des perspectives éblouissantes, et, comme les moyens se trcansforment avec la fin, il était impossible que cette nouvelle orientation donnée à la politique, dans chacun des principaux Etats, n'y modifiât point l'étendue et la nature même du Pouvoir. Partout, les gouvernements sont devenus, depuis lors, plus centra-

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lises, plus forts, plus positifs, plus financiers (par \î\ découverte de mines d'or et d'argent, découlant de celle du Nouveau-Monde) enfin plus laïcpies et plus aventureux. Un gouvernement, à partir de cette époqu(\ a été réputé, non plus, avant tout, le protecteur de s intérêts et le gardien de la paiv publique, mais bien ](» directeur général des entreprises nationales. Au xvi"" ( ( au xvn^ siècle se déploie ce caractère singulièremeiil romanesque et hardi, brillant et peu scrupuleux, l'autorité gouvernementale.

Veut-on d autres exemples .^^ Les idées nouvelles d( s encvclopédistes ont eu les conséquences politiques qu(^ chacun sait. Sans parler de leur rationalisme étroit qui nous a valu la tyrannie jacobine, leur admiration pour les institutions anglaises nous a dotés de copies plus ou moins maladroites de celles-ci, jury et parlementarisme . Au demeurant, il fallait bien toujours en venir, peut-êlr(v par un chemin ou par un autre, ou plutôt en revenir, a un gouvernement délibérant. Seulement, Tinauguralioii du journalisme à la fin du xviii^ siècle, sous la Révolution , tend à donner au parlementarisme une couleur tout a fait neuve et imprévue. Les idées darwiniennes, dans la seconde moitié de notre siècle, coïncidant avec la défai((^ de nos armes, Darwin brochant sur Bismark, ont contribué manifestement à un retour de militarisme scientifique et brutal qui se combine, on ne sait comme, avec* notie cosmopolitisme international et qui imprime un cachet d'incohérence si marqué à toute noti e politique.

11 n'est pas jusqu'aux découvertes mathématiques le s plus abstraites qui n'aient leur répercussion sur le Pouvoir. Quand Descartes, par exemple, découvrait les applications de ralgèbre a la géométrie ou de celle-ci a celle-là, quand il représentait les variations de deuv grandeurs algébriques par les longueurs de deux lignes perpendiculaires Tune à l'autre et la courbe qui réunit leurs extrémités, il ne se doutait j^^oint que ce procédé

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graplii(|no servirait plus tard à jxniidrc auv yeux do I tous le moiivenient do la criminalité, la hausse ou la i baisse de la natalité, do la mortalité, des fonds publics, U> changements cpielconques survenus dans Tétat social et susceptibles d'une expression numérique. Or, cette extension graj)hi(pie donnée à la statistique a beaucoiq) accru son importance, son action sur Topinion. Los courbes graphiques qui figurent les cours de la Bourse donnent une idée précise et frappante du degré do crédit des divers Etats et do leur puissance d'emprunt qui a tant de rapports avec leur puissance militaire. Il est donc certain que les spéculations de Descartes sur les rapports de l'algobre et de la géométrie n'ont pas été sans quelque inlluenco politique.

Si la découverte du télescope, en nous ouvrant le monde des astres, a eu pour conséquence d'abolir le prestige des pouvoirs politiques terrestres, mémo de c( ux qui n'étaient pas expressément établis sur des origines solaires ou lunaires, la découvorle du microscope, I en nous révélant le monde des animalcules et des mii crobes, a rectilié la notion des rapports de l'animal I humain avec le reste de la faune terrestre. Voila des I myriades d'êtres vivants qui échai^pont entièrement, par leur petitesse ou par leur nombre, au jDOuvoir soit d extermination, soit de domestication de l'homme. Lô roi de la création est détrôné par dos bacilles. Si de pareilles découvertes, celles du microscojie encore plus })( ut-otre que celle du télescope, avaient été faites dès l'antiquité, elles auraient frappé au cœur l'art des augures, qui a joué dans la politique militaire ou civile dos anciens le rôle que l'on connaît.

Le développement surtout mathématique, astronomique et physique des sciences au xvii^ siècle a eu pour clïct politique, indirect mais très puissant, d'affermir les pouvoirs établis. Pourquoi et comment ? Parce que la science, en tant que mathématique, astronomique et

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physique, n'ai^portait, par ses découvertes anciennes ou récentes, aucune contradiction qui parût, à la réflexion, capitale et insoluble avec le dogme chrétien, et qu< . par suite, Taccord c( de la raison et de la foi », en d(^venant possil^le, fortifiait à la fois la conservation rehgieuse et la conservation politique liées Tune à l'autre . Mais, au xviii^ siècle, commence, et au xix"" siècle s'iu centue, le développement de la science dans des voi( surtout biologiques, psychologiques et sociales, ( I , pour une raison précisément inverse, il contribue à ébranler et à renouveler tous les pouvoirs.

Me demandera-t-on, par liasard, rinfluence politiqiK^ qu'ont eue la pliilosophic de Descartes, celle de Leibniz, de Locke, de Condillac, de Kant ? Mais toute pbilosophie, au bout d'un temps, engendre une liltératm qui agit sur ropiiiion, la passionne et parfois la réA ^ lutionne. De Locke et de Condillac procèdent les enr\clopédistes. Descartes, en fliisant fermenter toutes i( têtes, pré2:)are le mouvement philosophique du sièc !o suivant. Leibniz est père de Kant, qui a dans ses veiiu^ aussi du sang de Rousseau, et de qui dérivent, à travers Sclielling et Hégel, Proudhon et Karl Marx.

Maintenant, disons un mot des conséquences qu'ont eues sur la nature et l'étendue des pouvoirs politicpirles principales inventions industrielles ou autres. Je ïh^ dirai rien de l'invention de la poudre et de TartillerK^ : on sait assez que, en donnant a l'attaque Tavantage snila défense, elle a peu à peu affaibli les pouvoirs féodaux au profit du pouvoir royal. Sans l' invention de la honssole, TEmpire britannique eut été à jamais impossible La boussole a étendu prodigieusement le champ d'ac tion de la pohtique extérieure et servi a l'assimilation future des peuples, mis en contact social à des distance ^ infinies. Les inventions industrielles, suscitées par d( s découvertes physiques ou chimiques, ont développé le

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Cci])ital à coté do la propriété foncière, favorisé le prèsi l'ip^c de la richesse au détriment de celui de la noblesse, I e(. c\\ niinanf rédifice de la féodalilé, j)j'éparé les I i^randes monarchies modernes avec leur vaste oulilla^^e adininisi ralif, mililaiie et iinancier.

L'imprimerie a éiigé la formidable puissance de la Pi(*<<('. pouvoir spiriluel des temps nouveaux. Alors mriiu* (|ti(^ la Presse ne suggère pas, d'une manière e\[)lic des idées révolutionnaires ou réformistes, elle contribue sans cesse à dissiper, par la netteté et la rapidité croissantes de ses informations, le caractère myslérieijx du personnel gouvernemenlal . Pai- la elle l'affaiblil. D'autre part, le journal est un stéréoscope cpiolidien où passent, sous les yeux de son public, les Miiroitemenls de la vie politicpie, sous le nom de nou- V(*lles. Cette répétition périodicpie enracine et généialiso le besoin de ce spectacle, et répand partout la tendance à considérer le Pouvoir comme un sjiort supérieur dont rexercice a pour principal mérite d'être intéressant. Ruineux, désastreux, tant pis : si un gouv(M-nement tient ses spectateurs en haleine, s'il les iiiléresse, il sera sûr d'être applaudi au moindre succès.

Toutes les inventions (pii tendent a faciliter et à Miidllpher les communications entre hommes, allongent d'autant les bras ou les tentacules du Pouvoir, armés en outre d'engins militaires toujours plus formidables. Eu sorte que, si, par les divulgations plus rapides de ses secrets et de ses coulisses, le Pouvoir est de plus en plus déconsidéré, il est de plus en plus rigoureusement obéi à raison de ses croissants moyens d'action. Cette progression inverse du Prestige et de la Puissance chez les gouvei nants, de la soumission respectueuse et de l'obéissance forcée chez les gouvernés, crée une situation dont nous avons déjà, sous un autre aspect, ^ signalé l'anomalie, anomalie telle que les théories anarchistes ont pu aisément, à sa faveur, faire leur chemin.

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