‹ Les transformations sociales des sentimentsChapitre 13 sur 38 · VUES GÉNÉRALES SL H LA SOCIALISATION · texte numérisé non relu

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douteux OU de suspect ? C'est ce que nous voyons que d'autres ont su faire. De ce qui est un danger, un esprit mûr et bien orienté, doit souvent faire sortir un secours — et tout le monde convient que certaines lectures, certaines occupations, certaines distractions ne conviennent ni aux enfants, ni aux esprits faibles ou déjà gâtés.

En effet, la socialisation défigure parfois une œuvre au point d'en tirer le contraire de ce qu'a Toulu l'auteur. Celui qui a écrit un roman ou fondé une industrie n'est pas le seul auteur de leurs conséquences. Tous ceux qui lisent un roman ou se servent de ses produits collaborent avec lui. Le savant qui a découvert l'arsenic, le chimiste qui prépare .l'acide cyanhydrique ne sont certainement pas entièrement responsables des crimes et des bienfaits auxquels participeront ces corps, de la socialisation qui va happer leur invention et la préparer à des lins diverses. Le corps médical y cherchera un remède (dangereux peut-être pour certains malades), les assassins mettront à la mode un crime nouveau. Supposons même que ceux qui ont découvert ou préparé un corps comme l'arsenic aient éprouvé un autre désir que celui de l'invention ou du travail professionnel, je veux dire qu'ils aient voulu servir la science, ou qu'une naturelle bonté aient dirigé leur travail en leur donnant l'espoir de servir par lui l'humanité, ou qu'au contraire une perversité native leur ait faitentrevoir les crimesqu'ils allaient rendre plus faciles et qu'ils en aient eu quelque plaisir, la question n'en sera guère changée, c'est la socialisation, l'interprétation sociale qui va déterminer le sens dans lequel s'exercera leur influence, et décidera, pour une part importante, de la qualité de leur œuvre.

ture pour tous. Je ne parle donc nullement ici en faveur d'une liberté absolue et de l'indifférence en matière de facteurs sociaux. Au contraire il est bon d'encourager les uns, de réprimer ceux dont le danger serait trop grand, de rectifier, de diriger, de canaliser les autres, de les surveiller tous, même les meilleurs, et de les soumettre à quelque discipline. Quelle doit être la part de l'Etat, du gouvernement dans cetle tâche sociale, quelle est la part de la famille, des écrivains et des critiques, de groupes divers, de l'opinion publique plus ou moins organisée, c'est ce qu'on ne saurait examiner ici. Les collaborateurs sont forcément nombreux et divers. Pour prendre un exemple, l'influence de l'œuvre dAuguste Comte, prise dans son ensemble, paraît avoir été étendue, assez profonde et assez heureuse. Si elle n'avait pas été socialisée en mille manières dilTérentes, combattue,- discutée, rectifiée, approuvée sous condition, si, par hypothèse, elle n'avait rencontré dans une société comme la nôtre que des adeptes, elle aurait inévitablement abouti à de graves erreurs dans la philosophie et dans la science, elle aurait empêché des progrès incontestables, elle aurait conduit à des fautes irréparables dans la pratique, à des luttes d'où serait sorti un triste état social et finalement à des impossibilités absolues. La socialisation du positivisme sous les formes multiples qu'elle a prises depuis le positivisme orthodoxe jusqu'au positivisme catholique, en y comprenant la part que le posivitisme a pu avoir dans diverses autres socialisations esthétiques (naturalisme de l'école de Zola, etc.), morales ou politiques, n'en a certainement pas épuisé les possibilités, mais elles en a réalisé quelques-unes, parfois très opposées entre elles.

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Une grande œuvre personnelle est en somme une source d'énergie que la société emploiera à divers ouvrages, comme on fait servir à dos travaux, à des usages bien dillérents l'électricité ou la chaleur. Elle est comparable à une mine qui pendant de longues suites d'années va fournir une force utilisable selon nos désirs et nos idées. Seulement l'œuvre psychique, quelle que soit sa plasticité, est toujours plus spécialisée que la chaleur ou l'électricilc, moins indiiïcrente à l'œuvre à laqrielle on l'applique. D'autre part, elle doit être aidée, transformée par des forces semblables à elles, qui l'accueillent, la dirigent, l'assimilent et se soumettent à elles ou se la subordonnent. Il est vrai que la chaleur par exemple n'agit que par sa rencontre avec d'autres faits physiques. Mais la force psychique enfermée dans certaines œuvres est plus durable que celle d'une mine de charbon. Elle peut s'aflaiblir, s'épuiser en ajjparence. elle peut être oubliée, négligée, elle garde toujours quelque vertu. Les poèmes homériques n'ont pas perdu toute influence sur l'humanité, ni les livres sacrés de plusieurs religions. Une formule mathématique garde indéfiniment son pouvoir directeur. Elle influencera sans cesse dans le même sens les socialisations auxquelles elle sera mêlée, et les vérités de la géométrie dirigeront toujours nos actes, si on les considère abstraitement, de la même manière. Dans la pratique du commerce, il est à croire que, tant que l'humanité vivra, deux et deux ne cesseront pas de faire quatre, et tant qu'on mesurera des champs rectangulaires, leur surface s'obtiendra en multipliant la base par la hauteur. Voilà des socialisations d'idées qui resteront sans doute immuables, si Ion n'en considère que l'essentiel.

ture pour tous. Je ne parle donc nullement ici en faveur d'une liberté absolue et de l'indifférence en matière de facteurs sociaux. Au contraire il est bon d'encourager les uns, de réprimer ceux dont le danger serait trop grand, de rectifier, de diriger, de canaliser les autres, de les surveiller tous, même les meilleurs, et de les soumettre à quelque discipline. Quelle doit être la part de l'Etat, du gouvernement dans cet'e tâche sociale, quelle est la part de la famille, des écrivains et des critiques, de groupes divers, de l'opinion publique plus ou moins organisée, c'est ce qu'on ne saurait examiner ici. Les collaborateurs sont forcément nombreux et divers. Pour prendre un exemple, l'influence de l'œuvre dAuguste Comte, prise dans son ensemble, parait avoir été étendue, assez profonde et assez heureuse. Si elle n'avait pas été socialisée en mille manières différentes, combattue,- discutée, rectifiée, approuvée sous condition, si, par hypothèse, elle n'avait rencontré dans une société comme la nôtre que des adeptes, elle aurait inévitablement abouti à de graves erreurs dans la philosophie et dans la science, elle aurait empêché des progrès incontestables, elle aurait conduit à des fautes irréparables dans la pratique, à des luttes d'où serait sorti un triste état social et finalement à des impossibilités absolues. La socialisation du positivisme sous les formes multiples qu'elle a prises depuis le positivisme orthodoxe jusqu'au positivisme catholique, en y comprenant la part que le posivitisme a pu avoir dans diverses autres socialisations esthétiques (naturalisme de l'école de Zola, etc.), morales ou politiques, n'en a certainement pas épuisé les possibilités, mais elles en a réalisé quelques-unes, parfois très opposées entre elles.

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Une grande œuvre personnelle est en somme une source d'énergie que la société emploiera à divers ouvrages, comme on fait servir à dos travaux, à des usages bien dillérents l'électricité ou la chaleur. Elle est comparable à une mine qui pendant de longues suites d'années va fournir une force utilisable selon nos désirs et nos idées. Seulement l'œuvre psychique, quelle que soit sa plasticité, est toujours plus spécialisée que la chaleur ou l'électricité, moins iiidiiïérente à l'œuvre à laquelle on l'applique. D'autre part, elle doit être aidée, transformée par des forces semblables à elles, qui l'accueillent, la dirigent, l'assimilent et se soumettent à elles ou se la subordonnent. Il est vrai que la chaleur par exemple n'agit que par sa rencontre avec d'autres faits physiques. Mais la force psychique enfermée dans certaines œuvres est plus durable que celle d'une mine de charbon. Elle peut s'aflaiblir, s'épuiser en aj^parence. elle peut être oubliée, négligée, elle garde toujours quelque vertu. Les poèmes homériques n'ont pas perdu toute influence sur l'humanité, ni les livres sacrés de plusieurs religions. Une formule mathématique garde indéfiniment son pouvoir directeur. Elle influencera sans cesse dans le même sens les socialisations auxquelles elle sera mêlée, et les vérités de la géométrie dirigeront toujours nos actes, si on les considère abstraitement, de la même manière. Dans la pratique du commerce, il est à croire que, tant que l'humanité vivra, deux et deux ne cesseront pas de faire quatre, et tant qu'on mesurera des champs rectangulaires, leur surface s'obtiendra en multipliant la base par la hauteur. Voilà des socialisations d'idées qui resteront sans doute immuables, si l'on n'en considère que l'essentiel.

La socialisation des tendances reconnaît des causes individuelles et des causes sociales. Elle produit aussi des transformations de l'individu et des transformations de la société. Ainsi l'individuel et le social constamment se mêlent, se fondent, s'influencent, se corrigent et se combattent pour créer, pour reformer l'individu d'une part et la société de l'autre qui n'arrivent ni à s'unifier très bien, ni à se disjoindre. Ainsi se forment les esprits et les caractères, tous frappés d'une marque individuelle qui fait de chacun d'eux une œuvre unique, un monde clos et distinct, mais où ne vivent que des idées, des sentiments, des tendances cultivées, développées, enrichies et déformées par la société qui les entoure. Ainsi se forment également les groupements d'hommes, les sociétés de toute nature, Eglises, nations, armées, familles, qui représentent autant de socialisations spéciales d'un certain nombre de tendances individuelles.

La société naît du froissement des désirs individuels qui arrivent à sacrifier quelques-uns d'entre eux pour en satisfaire plus ou moins quelques autres en les développant, en les transformant plus ou moins. Nous ne pouvons absolument considérer ni l'âme comme un produit de la cité, ni la cité comme un produit de l'âme. Et sans doute il convient de préciser un peu ici les vues générales qui sortent de cette étude et qui la dominent. On connaît les théories de E. de Roberty et de M. Izoulet, de Durkheim et de Tarde. Elles ne me paraissent toutes que partiellement vraies. Il est vrai que la société n'est qu'une organisation

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d'individus, qu'elle est, comme Spencer l'avait dit jadis, ce que la font les éli^ments qui la composent, mais il est vrai aussi que ces individus qui créent la société sont créés, pétris, sculptés [)ar elle. Dans cette prodigieuse quantité de réactions incessantes où la vie sociale et la vie individuelle sont toujours et réciproquement à la fois conditions et fonctions l'une de l'autre, il est difficile de démêler exaclement la part de chacune, inextricablement mêlée à celle de l'autre. Il n'est rien dans l'individu qui ne soit social, si ce n'est l'individu en tant que synthèse unique au monde, irréductible à toute autre, rien, pas même les sentiments, les idées et les actes par lesquels il s'oppose à l'ensemble social et se révolte parfois contre lui. Il n'est rien non plus chez lui qui ne soit individuel, ne porte la marque plus ou moins effacée, plus ou moins fière de la personnalité. Nos perceptions aussi sont plus ou moins socialisées, mais nos actes les plus conformes aux rites sociaux gardent encore l'empreinte dislinctive de notre personnalité. Et de même, il n'est rien dans la société qui ne se résolve en pensées, en désirs, en actes des individus, rien si ce n'est la société, la synthèse qui unit et dirige tous les individus, ses éléments, qui en façonne, qui en dirige et en transforme les idées, les désirs et les actes. Il n'y a rien non plus dans l'eau qui ne soit de l'oxygène ou de l'hydrogène, si ce n'est la synlhèse qui en transforme les propriétés, et qui prend des qualités que ne montre aucun de ses éléments.

Une synthèse, en effet, est toujours autre chose (jue la somme de ses éléments, elle est leur systématisation. De là résulte à la fois la naissance de nouvelles propriétés, de facultés particulières, et

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aussi l'inhibition de certaines tendances qui pouvaient antérieurement se satisfaire. Une pendule indique les heures, ce qui n'est pas une propriété des métaux et des corps différents qui la composent, mais ces corps ne peuvent être à la fois arrangés en mécanisme de pendule, et faire partie d'une locomotive.

L'action créatrice de la synthèse, du système, se révèle en des formes très différentes. En certains cas l'action des éléments demeure appréciable et Ton y retrouve aisément leurs qualités. Cela se voit même dans les phénomènes chimiques, où certaines combinaisons peuvent ressembler à des mélanges. Cela est encore plus évident dans la vie des sociétés. Depuis les travaux de Tarde, de Gustave Le Bon, de Sighele, c'est une vérité admise qu'une foule n'a pas les mêmes sentiments, les mêmes idées, les mêmes façons d'agir que les individus dont elle est composée, mais cependant on y retrouve des qualités individuelles assez connues. Etant une synthèse grossière, imparfaite, momentanée, mal systématisée, elle annule certaines qualités des individus, les plus rares, et, à certains égards, les plus précieuses, tandis qu'elle, en exalte d'autres, plus communes, plus apparemment et plus immédiatement efficaces. Les foules représentent une socia-i lisation de tendances capables de puissance, d'im-j pétuosité, non de subtilité, rarement de délicatesse.] Aussi Tarde a-t-il fort judicieusement distingué h foule amorphe, inorganique, du public et de la collectivité organisée, hiérarchisée qui est souvent] supérieure à ses éléments. Les gendarmes, disait-il,] sont généralement intelligents, mais la gendarmerie] est plus intelligente que les gendarmes. Seulementj il a, je crois, trop méconnu la force et le rôle des

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grandes syntlicses sociales que Durkheiin, au contraire, était porté à considérer trop uniquement. En certaines synthèses sociales, en certaines socialisations de tendances, la part des éléments, l'inlluence dos individus, et, en bien des cas, l'influence surtout de certains d'entre eux restent très reconnaissables. Il y a des familles, des groupes divers (industriels, artistiques, etc.), des partis politiques, des gouvernements où rinfluence d'une personnalité s'affirme, domine, caractérise l'activité de tout ce groupe qui parait en être un simple grossissement. Cette personnalité disparue, l'activité se ralentit, le groupe se dissout, l'entreprise périclite, l'esprit de l'association se transforme. La tendance socialisée était une tendance individuelle qui conservait sa forme, son sens et sa direction. Evideinment les autres éléments tiennent aussi leur place dans la synthèse, mais cette place est subordonnée. Ils acceptent à peu près pleinement les suggestions de celui qui les domine, et la socialisation de la tendance se borne presque à fournir à la tendance individuelle un groupe d'instruments. Entre la France du Directoire et celle du Consulat les différences, qui sont énormes, s'expliquent légitimement, pour une très grande partie au moins, par la personnalité du Premier Consul. Il y a toujours, certes, des modidcalions plus ou moins graves de la tendance initiatrice, elle n'en reste pas moins apparente. Entre la pratique médicale et l'activité de l'ensemble des chirurgiens d'il y a cinquante ans et celles d'aujourd'hui, il existe une différence qu'explique en grande partie l'existence de Pasteur et la socialisation progressive de ses conceptions. Entre la facture des vers au xvin^ siècle, et celle qui fut en faveur dans la. seconde moitié

du xix% l'influence du génie de Hugo, et la socialisation des procédés inaugurés par lui et des goûts qui, dans le public, correspondent à ces procédés, ont introduit des différences qui sautent aux yeux. Et assurément ni Napoléon, ni Pasteur, ni Hugo, pas plus que Watteau, Beethoven ou César n'auraient pu être ce qu'ils ont été s'ils avaient vécu, comme on l'a dit, dans une tribu de sauvages, mais sans eux aussi ni leur patrie, ni la science, ni la poésie ou l'art, ni le reste de la civilisation n'auraient été tels que nous les connaissons.

Dans d'autres synthèses sociales, il semble plutôt que domine et que s'incarne une sorte d'esprit anonyme et moyen. Aucune des individualités qui les composent n'a la force et le génie de lui imposer une fv)rme personnelle, mais différents membres innovent plus ou moins, influent plus ou moins, l'un sur un point, l'autre sur un autre; leurs idées, leurs désirs s'associent, se combinent, se fondent en une sorte d'esfjrit général qui représente la socialisation de l'ensemble de désirs, d'idées, de tendances que le groupe est appelé à faire prospérer. On voit alors les individus se soumettre à une sorte de force anonyme, à une pensée collective qui les dépasse tous et qu'on ne peut rapporter, en particulier à l'un d'eux, ni même à quelques-j uns particulièrement désignés. S'il en est qui ont eu, à un certain moment et pour quelques détailsJ un rôle prépondérant, leur souvenir s'est effacé^ leur marque individuelle a disparu. Il ne reste plus qu'une sorte d'esprit social collectif quî englobe et dirige de nombreux éléments, et qui semble et qui est réellement distinct des esprits individuels, bien que, assurément, il ne puisse paâ

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plus exister sans eux que le gaz ammoniac sans .tzote et sans hydrogène.

La Révolution franraise a pu apparaître ainsi comme un mouvement immense, coordonnant tant liien que mal djs forces multiples, passablement aveugles, à peu près inconscientes en bien des cas, un océan de tourmente où l'elTorl individuel se perd. Mais si nous prenons simplement nos habitudes de politesse, nos conventions mondaines, nous voyons bien qu'elles sont anonymes, souvent assez peu justifiées par la raison; nous ne savons pas toujours d'où elles viennent et quelles personnalités s'y sont particulièrement traduites. Elles n'en dominent pas moins une partie assez superficielle mais considérable de la vie, elles créent une synthèse d'actions sociales où les gestes d'innombrables individus entrent comme éléments. Elles sont une socialisation de quelques désirs nssez simples qui auraient pu se traduire aussi bien ou mieux de mille manières dilTcrentes, comme l'indiquent du reste en bien des cas des variations imposées par différents groupes sociaux, par divers milieux ou les formes variées de la politesse chez des peu- [»les diiTércnts. Vous pouvez considérer encore de ce point de vue les nations, les Eglises, les grands mouvements intellectuels. Des remarques générales à peu près semblables sortiront de cet examen. Il y a d'ailleurs toutes les formes de transition entre les synthèses où l'individu paraît peu et celles où l'influence d'un individu ou de quelques individus se fait aisément apprécier. (Qu'on pense dans un ordre de faits diilérents au rôle attribué au carbone dans la série de ses composés.)

Acceptons les faits tels que l'observation nous les montre et dans leur ensemble complexe.

L'homme primitif paraît engagé déjà dans quelque société primitive, déjà ses croyances et ses désirs sont au moins quelque peu socialisés. L'individu d'une part, le groupe de l'autre se sont ensuite développés en fonction l'un de l'autre, à la fois en harmonie l'un avec l'autre et en lutte l'un contre l'autre. Peut-être, à vrai dire, l'individu a-t-il changé, au fond, moins que le groupe. Les facultés, si l'on préfère, ont moins varié que leurs produits; la socialisation et la spiritualisation des tendances sont donc irréductiblement enchevêtrées l'une dans l'autre, encore qu'elles diiYérent dans leur nature et dans leurs effets, à cause précisément de l'opposition, jusqu'ici et peut-être pour toujours irréductible, de l'individu et du groupe social^. Et la société s'est transformée indirectement en transformant l'individu, comme l'individu se transformait indirectement en transformant la société qui allait réagir sur lui.

Ainsi les tendances, tout en restant au fond, et dans leur valeur abstraite, semblables à ellesmêmes au moins pendant bien longtemps, se transforment à beaucoup d'égards. Elles ne sont point, dans l'individu, ce qu'elles seraient si l'état social était différent, ce qu'elles sont chezles êtres pour qui l'état social n'existe pas, ou reste très rudimentaire. Un civilisé d'Europe, dans les circonstances normales, ne ressent pas l'amour, la faim, l'ambition exactement comme une brute, ni comme un sauvage, ni comme un civilisé d'Extrême-Orient. Les ressemblances sont profondes, mais elles sont masquées par certaines associations des éléments essentiels de la tendance à des faits inconscients, à des idées, à des sentiments, à des actes plus ou

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