VUES GÉNÉRALES SUR LA SOCIALISATIOX
moins différents selon les cas. En se socialisant la tendance se transforme dans l'individu.
(les tendances dillèrent aussi d'un temps à l'autre, d'un lieu à un autre lieu, par leurs manifestations sociales. Elle ne sont en des groupes divers, ai satisfaites, ni encouragées, ni réprimées de la même façon, elles n'engendrent pas les mômes habitudes, les mêmes rites. L'amour, en son fond essentiel, ne dilTùre pas d'un pays à l'autre. Mais que de socialisations différentes a provoquées l'ins- Imct sexuel dans différentes sociétés! Que le mari doive en certains lieux ou à certaines époques, enlever sa femme ou en simuler le rapt, tandis qu'ailleurs il faut qu'on la lui accorde expressément, que la polygamie ou la polyandrie soient (termises ici, et là sévèrement défendues, que l'inceste soit plus ou moins encouragé ou prohibé, voilà autant de socialisations différentes de l'instinct sexuel. Et que le père soit le chef absolu de la famille, qu'il ait droit de vie de mort sur ses enfants, que la famille soit groupée et serrée autour de lui, ou bien que chaque enfant se détache à son tour du foyer lorsqu'il arrive à i'àge d'homme et même avant, que la majorité le rende à peu près complètement indépendant, que jus- ({u'à sa majorité même, le père ne le domine que d'une autorité restreinte et surveillée, voilà encore autant de modifications des sentiments de famille, et pour aller plus loin, de ce lien qui rattache les parents aux enfants chez les vertébrés supérieurs dont les petits ne pourraient s'élever sans aide. Et si elles impliquent des différences dans la mentalité des individus, elles signalent aussi les différences caractéristiques des groupements et des civilisations.
§ 4. — La socialisation de l'esprit et de la société.
La spiritualisatioa des tendances en se généralisant et en se systématisant mène vers la spiritualisatio'n de l'esprit. De même la socialisation des tendances, dans les mêmes conditions, tend à la socialisation de l'esprit et aussi de la société.
Un esprit socialisé, c'est celui en qui les tendances, à côté d.e la marque individuelle qui ne s'efface jamais, montrent de plus en plus visible, nette, envahissante l'empreinte de la société, si bien que les deux empreintes arrivent parfois à se confondre partiellement. Un Français à l'étranger, peut sentir assez vivement à quel point il est socialisé dans et par sa patrie. Ses tendances, ses habitudes, eu tant que modelées par un milieu social, sont souvent surprises, un peu heurtées. Selon son humeur et selon .les cas, selon la nature personnelle sur laquelle se sont greffées les habitudes sociales, il sera charmé, amusé, intéressé, ou choqué plus ou moins profondément, il admirera, il haïra, il méprisera, il enviera parfois. Tous ces sentiments mesurent, avec une exactitude et une précision imparfaiie, le degré de socialisation spéciale, de nationalisation de ses tendances. Mais il suffit de changer de ville, de passer, dans la même ville, d'un milieu à un autre, de sortir de sa famille pour éprouver des impressions de même genre, qui vérifient l'empreinte du groupe restreint sur l'individu. De même un protestant en éprouvera d'analogues à la messe, ou un catholique au prêche, un ouvrier chez des bourgeois, un bourgeois dans ses rapports avec ses ouvriers. Toute une série de socialisations se combine en nous, inégalement.;