‹ Les transformations sociales des sentimentsChapitre 15 sur 38 · YL'KS GÉNÉRALES SIR LA SOCIALISATION · texte numérisé non relu

YL'KS GÉNÉRALES SIR LA SOCIALISATION

^^forme et nous délorme à son image, iamille, I réunions d'amis, syndicat, Eglise, pairie, et tous les uTOupes, innombrables, où notre vie se développe. Et les rapports de ces intîuences diverses s'établissent différemment en chacun de nous; il est des hommes qui sont surtout l'image de leur famille, d'autres (ju'influence surtout le type national, d'autres encore qui sont avant tout les représentants de leur religion et d'autres en qui s'établit une harmonie plus large et plus générale. Mais, de quelque façon que se groupent ces socialisations diverses, et quelque figure que prennent leur incoordination ou leur union, il faut qu'elles vivent ensemble, et que, malgré leur lutte, parfois tragique, elles s'accordent à peu près dans la vie normale. Ainsi se poursuit en nous, sans relâche, un travail de socialisation de 'esprit, qu'organise, que modifie à sa façon l'inévitable personnalité.

Cette socialisation progressive de l'individu ne va pas, bien entendu sans heurts, sans crises, sans (retours. Elle recule parfois, parfois demeure à peu près stationnaire. Elle suppose la socialisation de diverses tendances et la réaction de ces tendances les unes sur les autres selon les lois de l'association et de l'inhibition systématiques. A côté d'elle se poursuit également une socialisation de la société. 11 est des sociétés relativement peu socialisées, où les individus, les groupes secondaires sont encore assez libres, assez peu mêlés les uns aux autres, relativement indépendants. Il en est d'autres où les éléments, les groupes sont étroitement mêlés, coordonnés, rigoureusement subordonnés. 11 ne faut pas croire que les sociétés de cette dernière catégorie soient forcément inférieures ou supé-

rieures aux autres. La supériorité sociale dépend de bien d'autres facteurs.

La socialisation peut s'observer dans des groupes de toute nature et de toute importance, dans une nation, dans une Eglise, dans une famille. La foule, ce groupe sans cohésion durable et grossièrement formé, comporte une socialisation passagère très restreinte et très forte à la fois. La famille antique

— dans son état idéal, car j'imagine qu'elle devait admettre en pratique bien des tempéraments

— est un groupe de socialisation très avancée, forte et généralisée, où les liens de dépendance sont rigoureux et enserrent une bonne part de l'individu. La famille actuelle est moins strictement socialisée, les tendances individuelles y jouent plus librement et sans avoir un besoin aussi grand de revêtir Tuniforme familial. Mais dans les familles d'aujourd'hui il en est de beaucoup plus socialisées que d'autres en tant que familles, où le respect des parents, la soumission des enfants, s'affirment avec plus de force, où les traditions sont plus strictement suivies, où les croyances, les idées, les sentiments portent plus nettement l'empreinte du groupe familial, où des rites sociaux, des célébrations d'anniversaires, des fêtes ou des repas, des habitudes cérémonielles témoignent de l'esprit collectif et en entretiennent longuement la vigueur.

De même il est des peuples, comme l'Angleterre, où la socialisation rigoureuse paraît devoir se borner au strict nécessaire, aux tendances indispensables pour faire vivre et durer l'association. Ceci d'ailleurs paraît surtout vrai en ce qui concerne la socialisation d'Etal représentée par le gouvernement. Mais l'esprit social s'arrange généralement s'il cède sur un point et accepte de relâcher son

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iiilluence, pour se dédomma'-jer par ailleurs : l'Angleterre est un pays de traditions vivaces et où . les conventions sociales, morales, religieuses, ont été puissantes et prospères. Il est d'autres pays où tout tend à se socialiser de façon plus systématique, où l'influence sociale de l'Etat s'avance jusque dans la vie privée. En France noas avons (juelque pencliant vers une socialisation d'Etat peut-être trop généralisée, et il semble bien que telle a été notre orientation, déjà sous Tancien régime, où la centralisation gagnait de plus en plus et surtout depuis les institutions napoléoniennes. Mais l'esprit individuel, s'il cède sur certains points et se résigne à l'emprise sociale, cherche, lui aussi, ses revanches, et elles sont aussi curieuses à remarquer que celles de l'esprit social. A Venise, par exemple, il était entendu jadis que chacun se devait à l'Etat, un noble ne pouvait refuser les fonctions que lui imposait la République, chacun y était étroitement surveillé. En revanche, une grande liberté s'olTrait en tout ce qui ne concernait pas le gouvernement, et même la licence que chacun désirait. En France notre tendance à recourir consUamment à l'Etat, à le charger de tout et à lui laisser la responsabilité de tout, s'accompagne d'un esprit de défiance, de fronde, de désobéissance toujours en éveil, d'une assez grande indépendance de pensée et de mœurs.

Les religions, pareillement, sont plus ou moins socialisées. L'antique religion de Home est un beau cas de socialisation. L'individu était de toute part enserré par elle, dirigé dans tous ses actes; où qu'il allât et quoi qu'il voulût faire, il rencontrait quelque divinité. Toutefois cette socialisation n"était peutêtre pas très rigoureusement construite, et Rome

prédestinée par son organisation même à la socialisation des tendances religieuses, Rome a fait mieux depuis. Le catholicisme, héritier bien moins de la religion de Rome que de l'organisation politique de l'Empire, est le plus admirable exemple de ce que peut donner la socialisation d'une tendance. Le protestantisme avisé plutôt à la spiritualisatiou. Et pourtant on trouve encore ici des compensations singulières. Le protestantisme paraît laisser plus de liberté à la pensée, et vouloir faire de la croyance une acquisition individuelle plutôt qu'un don social. Il en est ainsi, en effet, dans une certaine mesure. Cependant il impose aussi son point d'arriyée, point d'arrivée qui varie selon les branches du protestantisme. Il ne peut faire autrement sans cesser d'être une religion positive. S'il laisse plus de liberté dans le choix du chemin qui doit conduire à la vérité, comme il cherche à pénétrer 1 ame entière, il tend aussi bien à diriger ses moindres démarches, à soumettre à une socialisation moins compliquée, et peut-être en fait plus rigide, une tendance que sa spiritualisation même doit rendre capable de soumettre l'esprit tout entier. En fait il n'est point très rare de trouver plus de souplesse, et plus de liberté d'esprit chez un catholique qu'il n'en existe chez bien des protestants. Naturellement, il faudrait ici des distinctions et des précisions que je ne puis rechercher. J'indique simplement quelques réalités qui ne doivent pas être — pas plus que les réalités différentes que l'on rencontre aussi — généralisées en formules rigides.

Souvent plusieurs systèmes sociaux, et aussi plusieurs tendances individuelles, tendent à. socia-

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