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CHAPITRE III

Vues générales sur la spirituaiisation des tendances.

I 1. — La nécessité, le mécanisme et les diverses formes de la spiritnalisation.

Nos tendances, nos désirs, nos idées naissent déjà quelque peu spiritualisées, comme elles naissent quelque peu socialisées. Leur fonctionnement, leur développement les amènent à se spiritualiser davantage. Un désir qui naît en moi est déjà plus ou moins adapté à moi, tout au moins à certains éléments de ma personnalité. Il va fatalement en rencontrer d'autres, l'ensemble même de la personnalité va l'accepter ou le rejeter, le développer ou le restreindre, le corriger, et de toute façon le transformer en se l'adaptant, en l'adaptant aux autres désirs, aux idées, aux croyances établis déjà. Notre personnalité est une synthèse mobile, où les éléments réagissent les uns sur les autres et sur l'ensemble, où l'ensemble réagit sur les éléments, et où ces éléments, dans leurs rencontres, se combinent et s'unissent plus ou moins étroitement. La spirituaiisation, à des degrés divers, est donc une sorte de loi de l'esprit, et tout fait mental tend à se

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spiritualiser, à se mettre en rapport avec les autres éléments de l'esprit et à s'intégrer dans l'esprit même.

Cette association ne se foi-me pas sans troubles et sans l;eurts, mais ces troubles et ces heurts mêmes, il se peut qu'elle en profile. La loi d'inhibition n'est pas moins générale que la loi d'association systématique. La tendance nouvelle va entrer en conflit avec bien des éléments, mais elle trouvera dans ces conflits l'occasion de former des accords nouveaux. Contrariée sur certains points, elle sera rectifiée, heurtée par quelques désirs et par quelques idées, elle sera aidée par d'autres, elle en suscitera de nouveaux. Toutes ces amitiés et toutes ces alliances sont autant de relations nouvelles qui la font pénétrer plus intimement et plus profondément dans l'esprit. Si elle n'est pas démembrée, expulsée, elle aura contracté de nouvelles associations, elle aura élargi sa place dans l'esprit, comme un homme qui arrive à une haute importance sociale au prix de luttes sans nombre, en suscitant des partisans et des enthousiastes, en faisant çà et là quelques concessions à ses adversaires ou en les réconciliant par le prestige, par la séduction, par la violence, en pénétrant toujours plus profondément ainsi dans la vie sociale, et en y agrandissant sa place, en se mêlant ù plus d'affaires, en entrant en relations avec plus d'individus, en devenant de plus en plus représentatif de son milieu.

Naturellement, c'est à une prodigieuse variété de résultats qu'aboutira cette prodigieuse variété de luttes et d'accords qui forme la vie de l'esprit comme la vie sociale. La spiritualisation échouera ou réussira, et tantôt elle sera superficielle, tantôt profonde, tantôt éphémère et tantôt durable, fragile

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OU solide, apparente ou cachée, large et vaste ou restreinte, mince, vite arrêtée dans son développement. Toutes les formes sont possibles et l'on perdrait son temps à en poursuivre une énumération même sommaire.

Nous pouvons seulement indiquer quelques-uns des types divers auxquels donnent naissance les différentes fortunes du procédé de spiritualisation, en choisissant de préférence comme plus largement signilicatives. par leurs différences mêmes, les formes les plus opposées. II est des gens qui ont l'esprit divisé, pour ainsi dire, par des cloisons étanches et qui partagent leur âme entre diverses occupations et diverses préoccupations presque sans relations entre elles. Chez ceux-là la spiritualisation est peu accentuée, précisément parce que leurs différentes tendances ne se mêlent guère, s'isolent et s'ignorent, ne se confondent point. Ces diiïérentes tendances, ces désirs, ces idées qui ne se connaissent guère, peuvent pourtant vivre en assez bon accord, s'équilibrer, s'harmoniser, obtenir leur satisfaction légitime, chacune au moment favorable. Elles sont comme des services différents qui, dans une même administration, collaborent chacun pour sa part à l'œuvre administrative, sans que leurs employés s'e fréquentent, sans quils se mêlent les uns aux autres, sans qu'ils se soient même jamais aperçus. Ainsi, dans les esprits en question, les sentiments de la famille ne se mêlent point aux idées professionnelles; l'amour peut se réduire à la satisfaction d'un instinct, sans influencer sensiblement l'ensemble de la conduite; les convictioriS scientifiques restent possibles à côté des convi lions religieuses, même si elles semblent les co tredire et ainsi de suite. D'autres au contraire sont

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