‹ Les transformations sociales des sentimentsChapitre 24 sur 38 · DIFFÉRENTES FORMES DE L*AMOL'R · texte numérisé non relu

DIFFÉRENTES FORMES DE L*AMOL'R

tant qu'elle y devienne exclusive. On la voit au contraire s'y associer à une part considérable de la personnalité. Tandis que dans les formes rudimentaires de l'amour elle n'intéresse à elle que quelques idées et quelques sentiments, et de façon passagère, ici elle se mêle à tout, s'unit à la vie morale et à la vie intellectuelle très étroitement. Ecoutons Micholet : « Le génie arrêté surla voie de l'invention rencontrant un de ces nœuds qu'on ne sait résoudre, ayant tourné tout autour, désespéré, et jeté tout, tristement s'assoit au foyer. Elle voit bien sa tristesse : « Eh laisse-là ton idée; oublie, je t'en prie, sois heureux! » C'est justement ce moment d'oubli qui a tout changé. Sa vie en est renouvelée, sa puissance rafraîchie : une électricité nouvelle lui revient pour l'exécution. Aimanté de la femme, de cette grâce de nature et d'aimable facilité qu'elle a et donne à toutes choses, il sourit du léger obstacle qui l'avait arrêté la veille i. » Et lorsque l'amour a triomphé des malentendus, des caprices, des résistances : « Jusque-là le travail les séparait, et la femme avait ses heures, aujourd'hui toute heure est à elle, le jour et la nuit. En toute chose il la sent utile et charmante ; il ne peut plus s'en passer : c'est le jeune compagnon chéri, en qui il trouve le sérieux, le plaisir, tout ce qu'il veut, qui se transforme pour lui. C'est Viola, c'est Rosalinde, un doux ami le matin, femme au soir, ange à toute heure ». Baudelaire disait plus brièvement à peu près la même chose quand il définissait la femme aimée « un ami avec des hanches ». Mais Michelet, plus lyrique ici, pousse jusqu'au mysticisme. « N'avonsnous pas obtenu ici ce que nous cherchions,

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