Michelet. L'Amour, p
l'échange absolu de l'être? L'amour n'a-t-il pas l'infini ?... ne semble-t-il pas que ce soit le miracle de l'unité ? Non, elle peut encore se resserrer d'un degré : c'est quand tous les deux se rencontrent dans une idée de bonté... c'est le moment de fusion où l'amour triomphe invincible, oîi l'âme renouvelle les sens, où, souvent plus vif qu'au jeune âge, revient l'aiguillon du désir... Il n'est pas rare qu'on désire une femme parce qu'elle est bonne et sans aucune autre raison. Profonde harmonie de notre être! Il va parles sens aux choses du cœur; il tend, par l'union physique, à atteindre, à posséder la suavité morale qui est là. On y sent Dieu. C'est pourquoi on veut s'unir*. »
Voilà une forme d'amour, belle et riche, en qui la tendance sexuelle domine encore à ce point que l'intelligence, si elle ne s'y subordonne pas, si elle s'arrange pour en profiter, semble pourtant en dépendre. La femme intervient dans la vie intellectuelle plutôt comme une sorte d'excitant que comme un aide éclairé et réfléchi. L'affection, la tendresse, très fortes, s'unissent étroitement au désir sexuel et en paraissent inséparables.
Supposons maintenant le rôle de l'idée agrandi, tandis que le désir sexuel diminue et se subordonne, l'intelligence plus froide et plus dominatrice, la tendresse aussi profonde certainement et peut-être aussi vive, mais moins impérieusement sensuelle, une autre forme d'amour apparaît assez différente, très caractéristique aussi, plus rare encore peut-être (quoique l'amoui-Michelet ne soit nullement com-J mun) et c'est le sentiment que nous avoue Stuart MiU dans ses Mémoires.