Voir Correspondance de G. Sand et d'A. de Musset
OU ropposition de ces qualités, selon les circonslancos aii?si, la passion tournera à rindiUïrence, à l'habilude alTedueuse ou à l'aversion et à la haine. Les anianis nV'clia[)pent guère à celle-ci iju'en desserrant un peu leurs liens. La haine est une tonsé(|uence naturelle de l'amour. Tout ce qui rapproche les êtres tend à les rendre ennemis, car ils sont toujours, à certains égards, naturellement opposes, et le rap|)rochement révèle, exaile et grandit cette 0[ipositiou. Comment ttiutert.>is elle peut être amortie parfois, et, en certains c^is exceptionnels pratiquement annulée, nous n'avons pas à le rechercher ici.
Mais un amour comme celui d'Alfred et de George n'élait pas de ceux que la satisfaction des sens remplace [>ar un apaisement amical. Klle ne fut peut-être jamais très vive ni chez l'un ni chez l'autre. Et il semble qu'auprès de Sand ce n'était pas ce genre de satisfaction qu'il fallait surtout rechercher.
Où allaient donc les amants? Non pas certes vers l'amilié bourgeoise et l'habitude rogiili'we. Musset était trop sensitif, trop nerveux, trop inconstant, George Sand peu résignée. Ce n'était f>as vers une affection stable et une sorte de canuiraderie littéraire que l'opposition des natures ."Hirail probablement renlue assez précaire. Ils voulaient quelque chose de plus complexe et de plus profond (et aussi de plus « romantique »), une union intime des sens, des es{irits et des cœurs, une union qu'ils concevaient exallée et complète, il leur lallait sans doute quelque chose encore au delà, queliiue chose de magnili(jue et d'inexprimable. Et dans la poursuite de leur idéal ils échouèrent lamentablement, et ils ne pouvaient pas ne pas échouer.
§ 6. — Le désir d'union absolue dans la passion amoureuse.
C'est que la passion amoureuse, dans ses formes élevées, poursuit un but inaccessible, et qu'on ne peut même concevoir. Tout le monde l'a remarqué, l'amour entrevoit et appelle une sorte d'union mystique. Les métaphores, ici, sont plus proches de la réalité qu'on ne le croit. «Je suis toi», «tu es moi», « nos deux cœurs n'en font qu'un », « nous ne sommes qu'un seul être », voilà des banalités où l'on aurait tort de ne voir que des mots creux, du verbiage. Si elles n'expriment point absolument la réalité, elles résument au moins des illusions profondes et des aspirations aussi.
L'amour est peut-être la passion où s'affirme le plus fortement cette tendance à l'unité, qui vit au fond de l'être, qui en est une des caractéristiques essentielles. Et l'amour oublie trop cette caractéristique non moins essentielle de l'être qui est la différenciation. Sur le fait même, sur celte inextinguible soif d'unité qui anime les deux amants dans les cas extrêmes de la passion, tout le monde paraît d'accord. La souffrance de l'amour malheureux, dit Proal, « vient d'un impérieux besoin d'union qui n'est pas satisfait » *. il rappelle à ce sujet Bossuet et saint Thomas qui ont exprimé le fait avec beaucoup de force, il mentionne aussi le mythe de l'androgyne. Cela ne soulève pas de difficultés.
Mais précisément ce fait explique la nécessaire souffrance de l'amour-passion. Cette aspiration à