Leilres d' Eivire, etc., p
tout travail quand on garde la force de s'y livrer régulièrement. Et ni la force ni la régularité ne manquèrent à George. Puis la passion de George n'était tout (le même pas celle d'Alfred.
D'ailleurs, si ces trois fameux héros de la passion ne se sont pas tués (non plus que Gœthe à qui on l'a assez reproché), bien d'autres qui vraisemblament avaient moins parlé et moins éorit sur la mort se sont réfugiés en elle, et, continuellement, de nouvelles vidinies continuent la sanglante série. Il semble bien que penser beaucoup à la mort et surtout en parler abondamment spit un assez efficace dérivatif, et puisse dispenserd'y recourir. Puis ceux qui indiquent la voie ne sont pas toujours ceux qui la suivent jusqu'au bout. 11 y a là aussi quelque chose comme une forme de la division du travail.
La passion amoureuse n'aboutit pas seulement à faire souffrir l'amant, à lui faire chérir sa douleur, à le traîner vers le suicide. Elle le décide aussi à faire soiilfrir et à s'y complaire, elle le pousse à la méchanceté, elle le pousse au meurtre.
Il n'en saumit être autrement, et nous en avons vu la cause. Tout ce qui rapproche les individus tend à les unir en augmentant leur solidarité réciproque et tend aussi à les rendre ennemis, en les forçant à se rendre compte de leur opposition, en irritant, par le contact et le frottement leurs susceptibilités froissées. Les individus de notre espèce ne peuvent arriver à se fondre en un seul être, ni même à s'associer en une assez étroite et assez riche
harmonie pour que la passion amoureuse puisse en être paisiblement satisfaite.
Aucune tendance ne rapproche les êtres autant que celle-là, aucune n'exige un tel rapprochement, une pareille unité. C'est pourquoi aucune non plus ne provoque au même degré la mésintelligence, les querelles, la haine. La satisfaction d'une passion violente et complexe prend toujours un caractère âpre, désanchanté, incomplet. Plus elle est intense, c'est-à-dire plus l'union est voulue intime, absolue et profonde, plus la possession complète est désirée, plus aussi la déception risque d'être vive et d'entraîner les pires conséquences. La passion sensuelle est d'une violence particulière, mais qu'elle s'enrichisse et se pare d'autres sentiments variés, si la violence reste, elle n'en aura pas moins les mêmes effets.
On assure, etnon sans apparence de raison, que les mariages d'amour passionné — je ne dis pas d'inclination — ne sont pas communément les plus heureux, et qu'ils aboutissent assez fréquemment aux infidélités et au divorce. Une statistique irréprochable n'est pas à espérer. Mais il est vraisemblable que les mêmes raisons qui vouent les passionnés à la souffrance les promettent aussi à la haine. La cause de leurs souifrances, si elle peut dépendre de faits comme l'opposition de parents, la jalousie de rivaux, ou les circonstances de la vie : la misère, par exemple, ou la maladie, est surtout en bien des cas dans l'objet même de l'amour, soit que l'amour ne soit pas réciproque — et il ne saurait guère Têtre absolument. — soit que les circonstances de la vie et l'intimité surtout fassent saillir les oppositions des caractères, des sentiments, des idées, et dressent l'une contre l'autre deux vo-
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ioutés ennemies soit que la jalousie intervienne. Le as Mussel-Sand est encore ici fo,t inslruc: Uf. V.Ml.lement, Musset et Sand ne pouvaient, pendanl uue p.T.ode ^e leur liaison, ni se pass^H'un de 1 autre (cec. est surtout vrai pour Musse ), ni vivre ensemble sans se torturer. Musset élait hon o„ cièrement, et d'une belle franchise qui n'élait pas d ailleurs pour atlônuer ses défauts, mais nerveux capncieux. d'une sensibilité un peu morbide, fré^ inissante et subtile. D'humeur chan-^eante et à brusques contrastes, il était fort capable dans es
se déîéclër ""!?' ^" "' '"'•^''^"^ ''^^ ^^^- — de se délecter a bb-sser et à faire soulfrir, quitte à
reven.reusude, à s'excuser et à s'exalte; 'de nou-
veau, ôand, a-sez orfiipill/mcû ,.-^i^,r.t •
r.aKu j . "'c"eiiieuse, volontaire, peu ca-
panie de soumission mais panaKio ri« „
beaucoup plus de su^ir:^^ t^Z;^^^
sa?lr h '"""""'' '''' '^' "'^"^ P^« ^essé de s aimer, chacun a sa manière, Musset avec plus de
passion d'exaltation et de retours, Sand aNec une nuance de maternité protectrice qu'expli,,udit suf! fisamment la dilTérence des caractères et des Se ''''''° '' sans doute plus de rancune
Même l'amour de Lamartine et d'Elviro ne va pas sans frémissements et sans reproches. Elvire parait douce et tendre, elle se plaint d'Alphonse cependant elle souffre par lui. Et pourtant, sL ont
témén é, ils nont pas, comme Alfred et Geor-e
s:;;: ):% '''^''^ t ^^^^ ^^^ f-^eme^ts t
Eve 1 /""^'''^'•^.- " Alphonse, Alphonse, écrit Elvire. plaignez- moi, vous me mettez au dés;spoir Me dire que je vous ai donné la fièvre, persister
dans ce reproche de négligence et m'en parler de ce ton de reproche, c'est rne déchirer l'àme, et encore vous me refusez les moyens de me faire entendre, vous ne voulez plus que je vous écrive, vous allez partir pour un lieu que vous me cachez, où vous ne voulez pas trouver une lettre, où vous croyez sûrement que je ne vous en adresserais pas. 0 Alphonse, ô mon fils ! Que vous a fait notre mère I Quelle idée en avez-vous? Si c'est ainsi que vous devez la traiter, il faut la laisser mourir, les forces lui manquent pour souffrir autant. Si vous pouviez lavoir ! Adieu, adieu, Alphonse chéri : Dieu me fait le bien de me suspendre mes maux par d'étranges faiblesses ^. » Elvire ne va pas jusqu'à la méchanceté, mais elle dit ses souffrances et elle essaye bien un peu à son tour, de faire souffrir Alphonse par ses reproches, par l'étalage, doux et cruel, de ses propres douleurs et la menace de sa mort. Elle espère évidemment qu'il en gémira et deviendra meilleur, plus juste ou plus indulgent pour elle. Et tout cela est très affectueux, et tout cela laisse deviner ce qu'aurait pu être bientôt le ménage d'Alphonse et d'Elvire, un supplice sans violence et sans arrêt qui les aurait menés assez vite à l'aigreur, à la mésintelligence, à la rupture, malgré la douceur et la constance de celle-ci, malgré la générosité et la noblesse d'âme de celui-là, malgré leur amour à tous deux, à cause de cet amour.
La jalousie est à la fois une des principales causes et un des effets les plus communs des mésintelli-