VUES SLR LA SPIRITUALISATION DES TENDANCES
Si en eiïet nous pensons soit à des tendances vraiment spiritualisées, soit à des personnes qui nous présentent le type général du spirilualisé, il semble bien que c'est ainsi que les choses arrivent. Stuart Mill est assurément un représentant de celte classe d'esprits, Auguste Comte aussi. Il suffit de lire les Mémoires de Mill pour avoir l'impression d'une vie des plus spiritualisées oii l'attention dii moi pénètre partout, se mêle à tout, et sert à tout diriger dans la mesure du possible. Auguste Comte est peut-être plus divers, mais sa passion, pour Clotilde de Vaux est un des plus merveilleux exemples de la spiritualisation d'un amour, qui demeure violent et sensuel. Or certainement Mill et Comte sont tous deux des esprits riches, abondants en idées, en impressions, en sentiments. Et l'âme de Mill est peut-être mieux ordonnée, celle de Comte plus abondante et plus trouble. Tous deux savent observer, comparer, rapprocher les faits et en suivre les conséquences, tous deux savent réfléchir. Tous deux sont des esprits originaux. Mill est un analyste de premier ordre et ne manque point de puissance synthétique. Comte est un grand organisateur, non seulement des idées, mais des sentiments; à cet égard sa synthèse subjective montre assez de puissance dans la théorie, sa passion pour Clotilde et le parti qu'il en tire, sa puissance à la fois dans la théorie et dans la pratique.
Tous les caractères favorables à la spiritualisation supposent un développement assez considérable de la conscience psychologique. Assurément l'activité inconsciente de l'esprit lient sa place aussi dans le procédé de la spiritualisation et nous ne nous rendons jamais très bien compte des raisons qui accrochent les unes aux autres nos impressions et
nos idées, ni des détails de leurs rapports. Il n'en est pas moins assez évident que la spiritualisation s'oppose à l'automatisme. Elle y tend peut-être en fin de compte, car dès qu'une organisation s'est opérée, elle se débarrasse plus ou moins des éléments inutiles et elle régularise le fonctionnement des autres de manière à diminuer la conscience. Mais la spiritualisation, rattachant à l'ensemble de la personnalité un plus grand nombre d'éléments psychiques, complique singulièrement l'organisation mentale, elle en rend plus longue et plus difficile la régularisation parfaite et par là elle retarde l'arrivée de l'automatisme inconscient. La conscience relativement active et claire est un caractère à peu près constant de la spiritualisation.
§ 3. — Les causes qai contrarient la spiritualisation.
Par conséquent tout ce qui favorisera l'automatisme, spécialement un automatisme prompt, et, par là même, un peu pauvre, retardera et gênera la spiritualisation. rf.: /:"'. .•v»;"''
Même remarque que tout à l'heure. La répercussion des événements est si compliquée, la complication des faits mentaux si prodigieuse, que la vie de l'esprit ne présente pas de formes concrètes régulières et simples, et toutes nos propositions générales, ici, supposent la réserve « toutes choses égales d'ailleurs ».
Ainsi Tirréflexion, le caractère impulsif, l'assurance, la spécialisation parfaite des tendances contrarient ou empêchent la spiritualisation. Il se peut, comme il résulte des réserves indiquées, qu'elles ne
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l'arrôlent pas absolument, bien mieux il se peut qu'en certains cas et par un certain concours de circonstances, elles l'aident au contraire. Ainsi un certain degrc^ d'assurance, en permettant la survie d'idôes et de sentiments que trop do maladresse ou de timidité pourrait laisser disparaître, leur permettra de multiplier leurs associations, de pénétrer dans l'intimité de l'esprit, de s'y accrocher et de se spirituaiiser ainsi. Le fait général n'en subsiste pas moins. Une assurance imperturbable suppose assez ordinairement une organisation des idées et des sentiments asiSez forte pour ne pas permettre aisément le doute, l'observation refléchie, l'analyse, toutes ces opérations qui, dégageant un peu de leurs associations habituelles les sentiments et les idées, leur permettent d'en contracter ou tout au moins ^d'en essayer d'autres et de pénétrer plus profondément en plus de parties de la vie mentale.
Sans doute aussi l'organisation parfaite de l'esprit qui serait le plus haut degré de la spiritualisation amènerait l'automatisme. Mais précisément cette organisation parfaite est impossible chez l'homme dans les conditions actuelles et peut-être même chez tout être vivant, encore que l'animal, de mentalité plus simple, paraisse en approcher davantage. Nous n'avons donc pas à nous en occuper ici. En fait la vie nous montre constamment des habitudes, des réflexes, des instincts très peu spiritualisés, précisément parce que la perfection, la précision, la rapidité de leur mécanisme les empêche de laisser leurs éléments se dégager d'eux pour prendre part à d'autres systèmes psychiques, s'associer à des idées, des sentiments, des habitudes nou- . velles. Les opérations psychiques même, quand les
éléments qu'elles associent sont trop strictement unis, nous présentent le même caractère. Par exemple les mémoires qui gardent trop intactes les séries de faits que l'expérience déroule, sont le contraire d'une mémoire spiritualisée. Elles prennent l'aspect d'une habitude automatique, d'une sorte d'instinct incomplet. C'est un fait bien connu qu'une mémoire reproductrice strictement fidèle est parfois une gène pour l'esprit. On cite souvent le cas des personnes trop bien douées qui, pour retrouver un souvenir, un fait, un mot, sont obligées de se rappeler toute une longue série de faits, de mots parce que les souvenirs font bloc dans l'esprit, ne se détachent pas les uns des autres pour répondre à l'appel de l'esprit selon le besoin du moment. Et rien n'est plus commun que de voir des gens enfiler des phrases dont le sens et la portée leur échappe, des enfants réciter une leçon qu'ils ne comprennent point. Ils ont « appris par cœur » et la répétition devient une sorte d'habitude automatique, peu consciente, où les éléments font bloc et ne se mêlent pas aux idées, aux impressions, qui leur donneraient un sens.
Pareillement on rencontre beaucoup de gens qui ont l'air d'avoir « appris par cœur » tout ce qu'ils font et tout ce qu'ils disent. Ils passent dans la vie, accomplissant mécaniquement leurs diverses fonctions professionnelles et mondaines, et même leurs divertissements. Chacune de ses fonctions s'organise en quelque sorte à part de toutes les autres, n'empiète pas sur le terrain de ses voisines, s'appauvrit et se simplifie par l'habitude, arrive à une sorte d'automatisme conscient et peu varié. Et les personnes de ce type qui, bien entendu, n'est jamais, il s'en faut, pleinement réalisé par aucune, peuvent être