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CHAPITRE IV

Des Accélérations rythmiques

DOUBLEMENTS, TRIPLEMENTS, QUADRUPLEMENTS, ETC., DE VITESSE ET DE LENTEUR DES RYTHMES

Nous avons vu, dans le premier chapitre, que la vitesse générale des rythmes constitue ce qu'en musique' on appelle leur mouvement. Le rnouvemenl d'un rythme est vif ou hinl suivant le nombre absolu de phénomènes dont ce rythme amène la succession dans un temps ou dans un espace donné. La série de noires ou de blanches d'un « allegro » ou d'un « presto », la série de piquets ou de barreaux formant la clôture de bois ou de fer d'un jardinet ou d'un parc constituent des rythmes rapides.

La durée relative des phénomènes d'un rythme donné détermine, d'autre part, la valeur de chacun de ces phénomènes : une ronde et quatre triolets alternés constituent la succession de treize phénomènes, dont le premier vaut douze fois chacun des phénomènes suivants, et cela quelle que soit la vitesse absolue du rythme formé par cette ronde et ces triolets, qu'on les joue très vile, modérément, lentement ou 1res lentement.

Si donc nous considérons un rythme quelconque, un dactyle, jtar exemple, nous pouvons concevoir aisément que Fou accélère ce rythme, soit en le réalisant dans un mouvement plus rapide, soit, au contraire, en l'établissant dans le cadre du même mouvemeni, au moyen de valeurs plus petites que celles envisagées tout d'abord.

Si je frappe dans mes mains le dactyle sui\iiiil :

Adag-io

J J J je l'exécuterai de plus en plus vite, soit en le frappant successivement :

Andantc Allegretto Presto

soit en le jouant dans le mouvement de l'adagio primitif, mais avec les valeurs suivantes :

la J^

demeurant constamment égale à la croche du mouvement initial.

Accélérations progressives. ^"^"'^ '^ ''^** <^'"" accroissement pro- », J -.r.j qressif de vitesse correspondant à ce

Nuances de Vitesse. ^ , , ,,,

qu on nomme proprement « accélération » en mécanique et qui constitue, en musique, les nuances appelées « accelerando » ou « calando » ou « ritenuto » ou « rallentendo », il va de soi que c'est par la modification progressive et précisément nuancée des mouvements qu'on peut le plus facilement et qu'on doit chercher à l'obtenir.

Ce mode d'accélération fort important, capital même dans les exécutions musicales, relève plus dti sentiment individuel des exécutants que de leur conscience rythmique (1) et ne nous intéresse pas directement ici.

AfcélératifÈîlS ^^ revanche, quand il s'agit d'un accroissement

, ., , , de vitesse subit et strictement déterminé, quand

subites et mesurées. , , , i r ♦ ^ /

il s agit, par exemple, d exécuter tout a coup un rythme deux fois ou trois fois plus vite qu'on ne l'exécutait jusque-là, il est beaucoup plus simple et plus sûr d'en doubler les valeurs. Pour jouer le rythme suivant :

Andante

(1) Nous disons a conscience » et non « instinct » rythmique pour bien marquer que la perception des rythmes et de leurs transformations diverses dépend, chez tous les sujets, de la cuUure rationnelle et méthodique du sens rythmique pour une part au moins aussi considérable que dos intuitions naturelles.

deux fois plus vite, il n'y a qu'à exécuter :

i même mouvement Aiidante^ou: l'istesso tempo (ou: J = J précédente

r wr wr wr lt

C'est l'étude progressive et méthodique de ce genre d'accélérations et des transformations prodigieuses de rjthmes qu'elles déterminent, dans certains cas, qui constitue la matière la plus solide, la plus riche et la plus féconde de toute culture rythmique. Cette étude est désormais, pour nous, la base presque unique et inébranlable sur laquelle nous faisons tenir tout notre système d'éducation rythmique (corporelle, auditive et visuelle).

Il s'agit donc d'examiner succinctement les conditions diverses dans lesquelles peuvent se produire ces sortes d'accélération.

Qu'est=Ce qu'un doublement, ^^""'^ '^ convient d'abord de préciser

un triplement de vitesse, etc.? '' ^'f '' doublement, le triple-

^ ment, le quadruplement de vitesse

d'un phénomène rythmique. Si invraisembable que cela semble, peu de personnes ont la conception claire qu'accomplir une action deux, trois ou quatre fois plus vite qu'uil autre individu, c'est l'exécuter intégralement et exactement deux, trois ou quatre fois, pendant que cet individu ne l'exécute qu'une seule fois. Si Louis mange deux fois plus vite que Georges, Louis pourra recommencer entièrement son dîner pendant que Georges n'aura pris ce repas qu'une seule fois. Si Thérèse marche trois fois plus vite que Suzanne, Thérèse pourra parcourir le Cours-la-Reine de la Concorde à l'Aima, de l'Aima à la Concorde, et encore de la Concorde à l'Aima, pendant que Suzanne aura seulement fait le premier trajet. Jouer un trait de piano quatre fois plus vite que précédemment, c'est pouvoir le répéter juste quatre fois, dans le même nombre de secondes où on ne l'exécutait qu'une fois auparavant.

Ceci posé, le cas le plus simple d'accélération (ou de ralentissement) rythmique est le doublement de vitesse (ou de lenteur) des rythmes comprenant un nombre pair de temps.

o4 LES TRANSMUTATIONS RYTHMIQUES

Doublement de vitesse s'il ne s'agit que de valeurs isochrones,

des rythmes comprenant '^ problème est tout œ qu'il y a de plus

un nombre pair de temps. ^™Pjf

Prenons, par exemple, une mesure à quatre temps avec quatre noires :

C J J J J I si nous la jouons deux fois plus vite, nous aurons :

C J J J J j J j j I ou une mesure à six temps avec six noires :

I J J J J J J I qui, exécutée deux fois plus vite, nous donnera :

6 JJ J J J J.JJ JJ J j I

Une mesure à quatre temps avec deux blanches C J eJ I

doublée de vitesse deviendra :

et si nous doublons de vitesse une mesure à huit temps composée de- quatre blanches,

nous aurons :

Il y a lieu de remarquer tout de suite que pour conserver rigoureusement leur physionomie aux rythmes ainsi accélérés, il convient de les écrire dans un système de mesure comprenant deux fois moins de temps que le

bo

rythme primitif. Le vrai doublement de vitesse de C J J J J | n'est pas C JJJJJJJJI qui ne comporte qu'un accent tous les huit notes, mais bien | • J J J | qui offre un accent par quatre valeurs, comme le rythme original. Le vrai doublement de valeur de f • • • • • # | n'est pas : I JJJJJJ JJJJJ J I mais bien : 3 J^/J/] | ; celui de

I J J J J I n'est pas | JjJjJJJJ| mais C J J J J | etc.

Cependant, sauf convention spéciale, nous conserverons toujours, comme cadre, aux rythmes doublés, triplés, quadruplés ou quintuplés de vitesse, la mesure dans laquelle nous aurons considéré primitivement chacun d'eux, parce que, dans tous les cas complexes d'accélération, c'est précisément — on le verra bientôt — cette conservation de leur cadre original qui impose aux rythmes accélérés des déformations du plus haut intérêt.

Donc, si nous avons à doubler de vitesse le dactyle lent :

nous aurons, dans une mesure à quatre temps, de durée rigoureusement égale à la durée de la première, les deux dactyles brefs :

il) La plupart du temps, quand on demande pour la première fois à des élèves ce qu'est le doublement de vitesse d'une blanche et deux noires, ils répondent : deux noires et quatres croches. Pour leur faire comprendre leur erreur, nous leur dessinons au tableau noir' cette silhouette de Notre-Dame de Paris, en leur disant que la flèche du transept représente la blanche et que les tours de la façade représentent les noires de noire dactyle. En doublant la vitesse d'un dactyle, comme ils le l'ont, ils créeraient la silhouette suivante qui n'est plus celle du même monument, au lieu de se ligurer côte à côte les deux silhouettes réduites de la cathédrale représentant les deux darl\les brefs.

Il est évident que, dans toute accélération rythmique, les pieds constitutifs du rythme primitif doivent se retrouver, raccourcis il est vrai, mais absolument semblables à eux-mêmes. Un anapeste :

doublé de vitesse donnera les deux anapestes :

un amphibraque :

les deux amphi braques :

le dactyle orné :

C J rm I '

les deux dactyles ornés :

Le trochée C J. J | deviendra C J- J^J- J^l l'iajmbe C J «i- I deviendra C J'J- J'J. | ou, comme on écrit plus communément :

C nj nj \

L'amphibraque et le spondée :

donneront l'amphibraque et le pyrrhique (1) deux fois répétés :

(1) L'accélération du spondée (rythme composé de deux valeurs longues égales) le transforme en pyrrhique (rythme composé semblablement de deux valeurs égales entre elles, mais brèves).

Le trochée lent et le spondée :

deviendront le trochée bref et le pyrrhique deux fois répétés :

Le trochée très lent :

donnera les deux trochées relativement lents encore :

l'iambe orné très lent :

deviendra le double iambe orné :

etc.

N. B. — Le lecteur fera bien, pour le moment, de ne pas essayer de doubler (ni plus loin de quadrupler) de vitesse d'autres rythmes de six temps qu'il se proposerait à lui-même en exemples, parce que pour certains de ces rythmes le doublement (ou le quadruplemeni) de vitesse devient tout de suite sensiblement plus difficile, — on verra tout à l'heure pourquoi.

Doublements ^®* doublements de lenteur des rythmes à nombres pairs Hp Ipnf Afif ^® temps s'effectuent exactement comme leurs doublements de vitesse, en installant des valeurs respectivement doubles de celles du rythme primitif dans des mesures de même durée.

58 LES TRANSMUTATIONS KÏTHMlQt'KS

Le dactyle lent :

deux fois plus lent, devient le dactyle très lent :

C o |J J I L'amphibraque lent :

C J J J 1 devient l'amphibraque très lent :

C J à^à à I (les deux blanches liées équivalent à une ronde)

l'anapeste orné

devient :

etc.

Remarque. — D'une façon générale les ralentissements (doublements, triplements, quadruplements de lenteur) d'un pied simple ne donnent pas de résultats rythmiques intéressants et nous ne nous en servons jamais que comme moyen de revenir à un thème primitif qui a été successivement doublé et quadruplé, ou triplé et sextuplé de vitesse.

Triplements de vitesse l" Mesures à trois temps. - Le tri- J ,. , plement de vitesse des rythmes de trois

de ^ rythmes comprenant Lps n'est guère plus difficile que le dou-

trois, SIX ou neuf temps, blement de ceux de quatre. Le cas le plus simple de cette sorte d'accélération, le triplement de vitesse de trois noires permet d'en comprendre tout de suite l'économie.

Puisque le nouveau rythme doit être trois fois plus rapide, — autrement dit plus court que le premier — il faut que, dans un seul temps,

DES ACCÉLÉRATIONS RYTHMIQUES o9

nous retrouvions le tribraque contenu primitivement dans la mesure entière; par conséquent, que nous construisions la nouvelle mesure avec trois croches par temps, soit que nous conservions l'armure binaire, en marquant sur chaque temps le signe du triolet :

soit que nous l'écrivions dans le système ternaire :

(J-r J précédente)

8 tu LIT !£/ I

en ayant soin de spécifier que la noire pointée (unité nouvelle du temps) reste égale à la noire du mouvement précédent (unité antérieure du temps). Voir chapitre I", note de la page 10.

Pour le triplement de vitesse de la blanche pointée contenue dans une mesure à trois temps, on obtiendrait de même :

(J. = J précédente) I J J J I ou 9 J. J. J. I

pour le triplement de vitesse du trochée lent :

on aurait les trois trochées vifs :

J..Jpr

précédente)

l-î K l3, L " , J l' "■-' I"<:>-^"e.,Le,

3 J i^j J^j j^i ou 9 J j^j ^j ;)!

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