CHAPITRE XVI
SYLVEEN DANS LA CAVERNE. ‘re
lis sortirent dé la h'tte. Hammet:
s'arrêta un moment quand ils pr eni plein air. q
—Baissez-vous, et réglez les mouve= ments de la jeune fille, souffla-t-il à l’oreille de Tom.
—Comme de raison ! j’espère savoir ce que j'ai à faire. Et le petit ange n’est pas tout à fait ignorant sur ce point.
Montagnes Rocheuses! lôrsqu’elle: se:
sera tirée de ce mauvais pas; Je hattedle des aïles et croasserai dur.
Le quaker pencha sa haute taille vers le sol et arpenta la prairie avec une c6+»
lérité et un silence surprenants, : Be:
Corbeau marcha sur sa trace, et Sylveen vola après lui avec la légéreté d’une
lutte. Souvent, Tom pensait qu’elle tait restée en arrière et se retourniait, mais toujours il la voyait, rasant le gazon et montrant plus de calme et de courage qu’il ne l’aurait cru. Abram faisait des haltes fréquentes. Une fois il se coucha à plat sur la terre en disant :
—Silence,si vous tenez à la vie. Les gentils sont près.
Et, au bout d’un moment, il ajouta :
Debout et en avant! Aie l'œil sur la jeune fille, ami trappeur.
Slocomb, remarqua que Hammet déviait de la ligne droite qu’il avait suivie jusqwalors. Mais cette circonstance ne le frappa qu'au moment au son pied heurta uu corps étendu à terre. S'imaginant que c'était un ennemi endormi, le Corbeau dégaîna son couteau. Il allait frapper, quand, à la faveur des étoiles, il remarqua une profonde coupure qui partageait en deux le front de ce corps. Le sang s’échappait en abondance de la place béante.
—Ours et Buffles! marmotta:t-il, c’est une terrible main que celle qui lui a donné sa dernière maladie.
Puis s'adressant à Sylveen !
‘Où êtes-vous. ma belle? Appuyez
‘à gauche, il y a ici quelque chose que vous ne devez pas voir.
L’avertissement arrivait trop tard ; la fille du guide venait d’apercevoir le cadavre. Saisie d’horreur à la vue de la ligne rouge qui divisait la face, elle murmura en frissonnant :
Le tueur mystérieux !
—Assez mystérieux ! répondit Tom.
T1 a broyé le crâne de sa victime comme une coquille d'œuf. Mais ne vous arrêtez pas, mignonne. L’homme au large chapeau nous attend impatiemment.
—Ne musez pas, dit Hammet à voix basse, la mort nous guette derrière cha:
que buisson.
Mais, monsieur, fit Tom, nous venons d’être témoins d’une spectacle un: peu bien étrange. C’est une vermine qui a la tête tranchée par le milieu.
Qui diable a pu faire ça ?
-—Pas de question. Ce malheureux est peut-être tombé sur sa hache et s’est fait cette blessure.
Allons, étranger, ne cherchez pas à m'en faire accroire. Je supporte vo-
loütiers ‘une p'tite blague, mis avaler:
une Couleuvre de cette taille, ce serait::
par trop fort. iso EH palss
—Chut! chut! les murmures euxs mêmes sont compromettantsicette nuit) | repartit le quaker d’un ton qui ne soufs frait pas de réplique. its
Il reprit sa marche; mais .à peine avait-il fait une vingtaine de’pas, qu’un personnage se dressa devant lui. ‘Syle veen et Tom virent le quaker bondiravec une incroyable rapidité et lé'personnage disparut comme un fantôme.
Le Corbeau courut à Hammet. De sx large main, il étreignait un Indien à la:
gorge, et le tenait, sans voix, presque immobile, cloué au sol.
—Je ne verserai pas le sang, dit-il paisiblement, mais ce gentil ne doit plus crier.
Tom Slocomb plongea son couteau dans/la poitrine de l’Indien, en souriant:
des jolis scrupules que paraissait nourrir!
le quaker.
—Tu es bien vifet tu as pris cette:
vie: sans réflexion, dit celui-ci ; peutêtre, cependant, que cela était utiles Rappelle-toique ce n’est pas moi qui lai:
faits ta conscience seule eu sera chargée.
—Oh ! qu’à ça ne tienne,
cie
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dit. Tom.
Ne vous inquiétez pas de l’entaille que je lui ai faite, je m’en soucie comme de
l’an deux mille. Et je donnerait une lourde charge de pelleteries pour avoir, l'avantage de recommencer. Foin de, la conscience! Elle n’a que faire ici.
En avant !\
Sylveen avait apporté à cette scène, les émotions particulières à son sexe:
Ses sentiments purs et généreux étaient révoltés par de tels actes de violence, Mais sachant aussi que la moindre indécision pouvait leur être fatale à tons trois, elle cherchait à se consoler, par l’espérance que la fin de la nuit serait celle de ses tourments. Une atrocé déception devait renverser cette espér”nce.
Bientôt le silence fut troublé par un hurlement affreux—lé cri de guerre de l’homme rouge ! De sufte, Abram Hammet s’agita avec une agilité de monvement surprenante. Brandissant une hache, il frappait à droite, à gauche, -comme un batteur en grange, armé dun fléau, tandis que Tom Slocomb déchar-
it et rchargeait ses armes avec mon rite d'ardeur. : Troublée, par cette attaque soudaine, après tant de: perturbations, Sylveen priait . mentalement om triomphe ses amis, quand éux- bras vigoureux l’enlacèrent et l’entraînèrent, nonobstant tous ses efforts, loin:du combat.
Ne :s0yez pas alarmée, mademoiselle: Vander, ce n’est pas la main d’un sauvage qui vous tient.
—Mark Morrow! exclama Sylveen.
Vrai, vous avez deviné, dit Mark.
Naturellement, ajouta-t-il avec fatuité, ma voix ne saurait être méconnue par vous qui l’avez si souvent entendue.
—Cessez de me pôrter, monsieur, qüelles que soient vos intentions, je préfère marcher, s’écria-t-elle d’un ton hautain.
:+Oomme.il vous plaira, chère petite, quoiqu’il me soit bien pénible de vous laisser écorcher vos pieds si délicats sur ce chemin raboteux. Allons! les Indiens. sont derrière nous ; hâtons-nous !
“Ne croyez pas me tromper, Mark Morrow.. Vos perfides trames m’ont été révélées. Vous êtes ligué avec ces Indiens que vous prétendez fuir. Que l’hypocrisie ne grossisse donc pas la sommé de vos vices ! repartit Sylveen indignée,
Ah! ah! il paraît que nous nous réncontrons sur un nouveau terrain, fitilimpertinemment. Le programme est changé, et vous me voyez dans un nouveau rôle ?
Nüllement, monsieur! je vois en vous un misérable comme vous avez totijours été, repartit-elle avec une dédaïgneuse fermeté.
‘ —Il est en votre pouvoir de faire de moi ce que bon vous semblera. Je vous ai aimée,—je vous ai adorée ! Que m’avez-vous donné en échange de cette idolâtrie ?——Ironie, froideur, mépris.
—Vous pourriez ajouter haine! dit Sylveen.
.—Ah! vous ne connaissez pas l'opiniâtreté et la hardiesse de mon caractère | répliqua précipitamment Mark.
—Et cela m'est fort indifférent, riposta-t-elle., Je vous demanderai, cependant, ma liberté,en vous ordonnant de cesser des poursuites aussi honteuses qu’inutiles. Je vous assure que je ne
vous regarderai jamais qu'avec. mé+ fiance, dégoût et.aversion. Miaëys Yon —Je ne vis, répondit Mark, que pour un objet; cet objet, c’est. vous... Je.ne changerai ni ne veux changer. J’arriverai à mon but, dût-il. m’en coûter tout:
ce qui a du prix aux yeux d’un homme:
Mon honneur et ma vie elle-même y passera s’il le faut. Songez-y bien!
—J’y ai songé et ma détermination
est irrévocable ; je vous hais ! ré it Sylveen dont le sein bondissait d’indignation.
Exaspéré, Mark Morrow lui serra le bras avec rage enda tirant à lui afin de emmener ailleurs. N’ayant pas la force physique. nécessaire pour résister, elle dût, se soumettre à ce nouvel outrage.
—Je céderai, dit-elle ; mais au moins ne;soyez pas aussi brutal. Vos doigts me font mal. À
Mal! ah! vous ne souffrez pas autant que moi! Le désappointement n'est-il pas un mal? N’ai-je point pâti de la plus cruelle Pr ça depuis la première fois où je vous ai vue ? Les fluctuations, de l'espérance et de la crainte ne deviennent-elles pas des tortures ? Est-ce que je souffre seul, dites ?
Est-ce que votre sang . .., A
—Vos paroles pourraient être. très romanesques, dans un salon de New- York ou de Londres, interrompit-elle, mais avouez que, dans les circonstances!
actuelles, le bon goût n’ést pas ce qui les caractérise. Est-il convenable même de tenir un pareil langage à une faible jeune fille qui ne peut ni lutter avec:
vous, ni s’arracher à vos mains. Enfon-.
cez vos ongles dans ma chair, si vous voulez; peut-être trouvez-vous cela!
digne d’un homme. Vous voilà fàché !
Vous allez me battre sans-doute , IL y a, je crois, des gens qui frappent les femmes ! F3
De fait Mark Morrow en était arriv au paroxisme de l’emportement. Quoiqu’en apparence il eût réussi dans son entreprise, le succès ne lui avait pas donné la satisfaction sur laquelle il comptait. Les paroles de Sylveen le brûlaient comme des fers rouges.k Si elle eut pu voir sa pâleur, son:.front plissé par la colère, ses lèvres comprimées, ligitation de ses nerfs, elle aurait
quitté ectrnceent:ironiqne-qui né pouvait-qu'enflammer:davantage:son ravis:
seur. Cependant, son instinct de femme lui conseilla de toucher une autre corde.
-e+la gratitude devrait encore; lui dit-elle, vous empêcher de fouler ainsi mes :droits à vos: pieds. Qui vous a sawélarvie, Mark Morrow? N'est-ce pas la main de Sylveen Vander qui a féit tomber: ‘le pistolet, appuyé contre vôtre poitrine ? N'est-ce: pas ce même bras que vous meurtrissez à présent ?
—La compassion entra pour peu de chose: dans votre action, répondit-il passionnément, car dejà vous: aviez arrnehé:àmes lèvres la coupe du bonheur.
Etmaintenant vous venez de raviver, en moi, uÿ souvenir odieux, car sansdoute vous êtes fière de me rappeler votre héros, ce Kenneth Iverson.
se Comparé à Mark Morrow, c’est bien sûr un héros, riposta-t-elle, jetée par son indignation hors des limites de la prudence.
je lrenez garde ! s’écria-t-il avec frénésie ; ne mé poussez pas à bout. Je ne suis pas maître de moi. Le sang me'bôut dans les veines. Taisez-vous,
je vous en conjure,
Sylveen sentit que les doigts de Mark devenaient plus rigides autour de: son poignet. Ille lui pressait comme dans
un étau. Les vibrations de ses nerfs étaient épouvantables. La jeune fille se laissa mener sans ouvrir la bouche.
Hs arrivèrent au coin d’un bois. Deux kommes;conduisant quatre chevaux,en débouchèrent. Dans l’un de ces chevaux ele reconnut le sien. Il portait se selle ordinaire, :
5 LVoilà le fruit du pillage d’hier soir !
hasarda-t-elle.
A cheval, et sur le champ! dit impérieusement Mark.
1Sapercevant que toute opposition serait inutile, Sylveen soufirit que Mark l’aidä à se mettre en selle. Les deux hommes enfourchèrent deux des animaux: en ordonnant, pa: an geste, à la jeune fille de les suivre. Morrow santa sur lé cheval qui restaï:: et ils se mirent en marche en se dirigrant vers le Nordouest. Le voyage dura jusqu’au surlendemain.' Il fut triste comme on le pense bien. Si la jeune fille, préoccupée de mille sombres pensées, parlait
\péus Mark Morrow ne, pdraissmit pas dis-
posé à causer. Son œil brilünt‘et:pro fond, attaché:sur sa victime;disait seules ment l’étendue de l’amour:dont.il était:
embrasé, et les noirs ‘projets: que:dui:
suggérait la jalousies ll 1997174
Dans la matinée du second jour; Syl4 veen reçut injonction de-descendre:de:
cheval, et de se laisser bander:les yeax::
Il füllait obéir ; elle accepta cette: nou velle injure. Ensuite on la conduisit par une route escarpée et caillouteuse, La fraîcheur de l'air et un murmure confus l’avertirent qu’elle était au bord!
d’un cours d’eau. Pen après, elle eutendit le grincement du sable sous un corps mis en môuvement. Ce son lui apprit que ses gardiens lançait à l’eau:
une embarcation.
— Entrez dit Mark en lui prenant la main, c’est un bateau. Ne tremblez pas ; je n’ai point l’intention de vous:
noyer.
Sylveen se laissa, sans répondre; asseoir sur un banc. Les deux hommes, qui n'étaient autres que Chris Carrier et Jean Brand, commencèrent à ramer.
Curieuse de savoir où elle allait, Sylveen essaya de soulever légèrement le bandeau qu’on lui avait noué sur les yeux. Elle réussit à demi, et distingua la surface unie d’un lac et à l’horizon de hautes falaises. Ce fut tout; car Chris Carrier remarquant que le bandeau était dérangé le rajusta d’un coup de main, en disant: |
— Allons, mademoiselle, pas de ces clignements d’yeux sournois, s’il vou plaît | OV
Le léger esquif toucha la grève. Jean Brand saisit Sylveen dans ses robustes:
bras et la porta à quelque distance
Les ombre s’épaissirent sous son bandeau, et, par l’humidité du lieu où elle se trouvait, elle avait déjà jugé qu’elle était dans un souterrain, lorsque Jeun lui commanda de se baisser. Sylvéen se rendit à cet ordre. Elle marcha ainsi durant quelques minutes; puis on larrêta en lui disant qu’elle pouvait se re-:
dresser. Le mouchoif qui dérobait les objets extérieurs à sa vue fut enlevé.
Une éblouissante clarté l’obligea - à fermer les yeux. En les rouvrant,'eHe aperçut une grosse négresse tout réjouie de sa venue.
Où suis-je? Que vais-je? demanda la jeune fille,
-sBeigneur, : mam’selle ; sr vous être ieiÿ vous voir moi, répondit mptement la négresse. un
Sylveen chercha du regard Mark Morrow, Chris et Jean ; mais ils étaient invisibles. Levant les yeux, elle les arrêta sur un plafond orné, par la nature, et duquel pendaient des stalactites dont la-clarté-d’une lampe réfléchissait les brillantes couleurs. Les murailles et le sol étaient tapissés de peaux d'animaux.
En un coin s’eufonçait une alcove creusée: dans le roc et défendue par un rideau d’étoffe cramoisie, comme on en voit dans les comptoirs ‘indiens. de $elkirk: Cet appartement était garni d’une
table, de chaises, d’un miroir, et de di+
vers autres articles, .que l’on trouvé dans
les demeures de la civilisation. Dansune:
niche s'élevait une haute pile de livres:
Sylveen contempla ces choses avec:
une suprise inexprimable. Son instinct lui disait ce que présageaient cette salle sous-mondaine et ces meubles. Brisée par lesémotions, elle s’assit et pleura à chaudes larmes,
—Ne chagrinez pas vous, mam’selle, dit Hagar,la négresse. Vous vous y faire avant longtemps, et vous voir qu’on est joliment bien ici. Tout ça appartient à vous. C’est votre chambre, mam’selle.
Moi: vous attendais depuis plusieurs jours, :
—Vous m’attendiez! dit. machinalement Sylveen,au milieu deses sanglots.
-#4Ÿui, mam’selle ;:moi avoir attendu vous longtemps. Massa Marrow avoir renouvelé le :mobilier. Moi bien de la peine à tout mettre en ordre. C’est votre parloir, ça. Lui gentil, hum !
Sylveenétait trop agitée pour répondre immédiatement.
Quel est votre nom ? dit-elle, cependant, en réfléchissant que cette créature pouvait lui faciliter les moyens de s’évader.
-##Moi m'appeler Hagar, mam’selle, répondit, la négresse avec un sourire qui fit:trembler les bourrelets: de chair qui, composaientses joues.
—Depuis qnand demeurez-vous ici?
s#Ohrl-bien: longtemps; sais pas au juste. [PT
— Etes-vous contente de votre sort ?
Vous pouvoir le croire; mum’sélle $ rire beaucoup; heureuse quand vous rire, n'est-ce pas 1 UE
Sylveen soupira de désappointement, Qu'’atteudre de cette femme qui: rer À sait si satisfaite de sa destinée? :
—-Les gens qui'vivent ici: sont dei voleurs; des bandits ? dit-elle, potrteus ter une autre voie. : [TNA E
—N’y avoir rien d’étonnant, ma titi selle. Mais ça pas empêcher vous: de batifoler. Moi faire tout le mémge et vous être une belle dame.
—Mark Morrow : vient Lans mesures ici, n’est+ce pas ?
. 4h loui. S’arrêter souventi iciyrénine tenant, Lui bien aimer vous. Pasmvotij loir quitter vous du: tout avant .d'avair réglé ses petites aflüires avec vous imam'selle. 137] 99.,20181l 90
'Hagar s saban dbfnrin, à un gente tout farçi de réjonimanoe. tire
:ePerdue! je suis perdue ! s'éctin dé»
sespérément Sylveen. ic
Seigneur | vous venir jan d’être trouvée, mam'selle L: dit da ‘très:
littérale Hagar: LR ON
Et, enchantée de cette étinselinte réplique, elle redoubla ses rires, enlnissant la pauvre jeune fille à ses eee pations. b