CHAPITRE XVII fa
“ EN DIFFIOULTÉ." ) dti vu
Quand Kenneth recouvra le. sentir:
ment de son être, il était couché sur le] dos, dans l’herbe mouillée. Une pluie fine et drue, lui fouettait le visage et, avait trempé d’eau ses vêtements. Qu vrant les yeux, le jeune ‘homme vit.
qu’il était jour. Le soleil cherchait à percer un réseau de nuages .sombress!
pour sourire à la création. Deux: personnes étaient étendues près, de.Kenn, neth. Dans l’une, ileut bientôt LeCONBU Nick Whifiles et dans l’autre un des trap=:
peurs de Saül: Vander, ;;.Ne::sachant!
trop ce que cela signifiait il, voulut-se; mettre sur son. séant. Mais ce.lui fut, impossible. . (Une cuisante douleur dans; les membres fut la seule réponse pt tinrent ses tentatives,
Une lueur soudaine se fit dans son, esprit. engourdi jusque: là; Il.était, captif ÿ il était chargé delieus!. Elars, gissant, toutefois, le cerçle de ses obsers!
:vabtions; le ‘malhewfeux : Kenneth vit ! plusieurs individus gisant:sur!la terre et l#ans-doute rar sommeil, “h
u‘ plus loin ‘étaient: attrou es cr gra brigade. Kenneth De dr point à coordonner les souvenirs ‘dans ‘son cervedn. : Il se rappela: la surprise, da-lutte acharnée ; le danger de Sylveen; les efforts surhumains qu’il avait fitso.) oh:
Quel en avait été le résultat, Hélas | ce résultat était trop manifeste ; la brigade avait été vaincus, et. \éparpillée.
Quelques-uns de ses braves trappours étaient maintenant cuptifs, un grand nombre avaient succombé les armes à la main.
2 #-Nick fit Kenneth s'adressant à son ami.
: Eh! vous êtes vivant! je: vous pensais mort, je le jure, oui bien, votre serviteur ! repartit Whiflles avec sa Jovialité oxdinaire.
—$i je ne suis pas mort, j'ai bien peur qu’il ne me reste guère de vie, xeprit Kenneth. Autant que je puis juger, rous sommes dans une vilaine position. j Oh! Dieu, oui. Nous voilà au milieu d’une diablesse cle. petite difficulté, tonnerre ! J’aimerais tont autant refaire le voyage qu’a fait mon grandpère dans l'Amérique Centrale. Mieux vaudrait être au fond d’un volcan que gtouillant ici sur le dos, pieds et poings ee et avec une colique....hi !....ai + Oui, une colique d’enfer !
1 Si déplorable que fût son état, Kenneth «ne put s'empêcher de sourire.
Nick soupira et recommença ses lamentations en se tournant vers lui.
On n’aurait pas serré davantage un fägot d’épines, dit-il. Mes veines se onflent comme la panse d’un crapaud.
F'me semblé que j'ai cent nœuds enfoncés dans les chairs. Le courant des véines :du cou est presque arrêté. Je ékoi$ bién que je ne pourrai guère le supporter-plus longtemps.
‘#mJene vois pas trop le moyen de
ous soulager, dit Kenneth.
Ni moi, par Dieu! repartit Nick.
Jene:vois pas trop non plus comment nous nous désennuierons. Je vous raconterais bien des histoires, mais ces douleurs..., puis cette damnée colique !
LAS) TRAMPEURS DB: LA/HAIR /DHUDÉON
Cependant, quand mon éntle eesenit ‘em Ohine;sur la grinde! mutnille éhinoise, il lui arriva piré qu’änots erivüre.
Il fut’pris par les Tartaures voyes-vous, et tenu renfermé pendant sit mois,'satis avoir autre chose à manger que de! lucide tartarique. Vous savez que’eest dans ce pays qu’on fuit luvideltartarique. . Îl'en a rapporté de beatxléchantillons dans son cabriolet. : !Depié, néanmoins, son caractère s’aîgrit eonsidérablement. Il faisait tourner le lit plus vite qu’un orage, dès qu’il s’en approchaits il 4 —Pouvez-vous dégager vos mains ?
demanda Kenneth. 133 —-Béniv soit votre simplicité! Si je le pouvais, ce serait bientôt fait, Mes poignets sont enflés comme des citrouilles,:et je me suis mis en sang en tâchant de rompre les liens. ALL “Que pensez-vous de nous 1 —Oh ! j'imagine qu’ils -se contenteront de nous brûler après nous avoir embroché à des bâtons pointus. : Ah !
si j’étais délivré de ces maudites entrai ves, nous danserions une antre: datisé.
J’aitoujours pensé que je finirdis par faire un beefsteak. Mais s’ils mé font trop chauffer lc sang, je me démènerai comme un diable dans un! bénitier, je le jure, oui bien, votre serviteur ! 11° | —Mais, au nom du ciel, pouvons-nous faire quelque chose pour nous sauver?
—Oh ! oui, nous pouvons en causer ; mais, quant à l’action, les moyens sont limités, car je ne puis me remuer, si-foft je suis garrotté ; oui bien, je la jure !J6 suis meurtri depuis la couronne:.des pieds jusqu’à la plante delu tête! H-y a au moins une corde de’ cordes sur moi! Je ne monterai plus ce pauvre Firebug.
Je vendrais bon marché mes: intérêts terrestres, vous pouvez m’en croire !
mais où diable est Calamité?
— Nous avons assez de calamité comme ça ! s’écria Kenneth. QLTEITT —Eh! c’est du chien que ‘ja ‘veux parler. Il est étrange qu’il :m'ait dé:
laissé. Jamais il ne navait’abandônné dans une difficulté: Peut-être les: mil sérubles lont-ils:tué 10% -15 11) En ce moment un jeune-indien ghisen entre Kennethet Nick Whiflles. C'était Le Loup ? eo Gi QOUHS
donc qu’ils feront
ils JU
LRS | TRAPPEURS, DK. LA BAIR D'HUDSON
mlet-ce Loi, petit, traite 1 dit. Iver-
su. | Tu, viens sans doute te réjauir du
suocès de.ta perfidie..., CURE LIN OUT Lorie Nick, si
. Méchant louveteau
je te tenais seulement une minute; je te rognerais soigneusement les dents et les
F= Meudite soit ma générosité, reprit Kenneth. Pourquoi ne tai-je pas tué le. soir où tu complotais avee Mark
d'Oqus polaire du Nord, le Corbeau de | Rivière-Rouge. Couah ! coùah ! couah 1 Tom Slocomb imita le croassement du corbeau, en haussant la e jusqwà,.ce que les collines lui, eussent mare un écho perçant. ie 4 Mon père, continua-t+il, était une femme blanche, et ma mère un Peaurouge. Les deux races furent croisées ; j'en suis la preuve indéniable. Ce côtéci est tout indien, celui-là tout visage-
Morrow 1? Ainsi les malheurs qui sont | pâl
arrivés auraient été prévenus. . Miserable ingrat, où est Sylveen Vander 1 ; Le, Loup continua à rester coi. Il avait les bras croisés sur lu poitrine, le isage 'impassible et regardait l’espace mets mais d’un air vague...
surrâh{ combien j'ai été fou. d’épar-
guer,ce coquin ! ajouta Kenneth avec |:
une colère sourde. spi t40 tab)
—Qui bien, je le -jure, affirma Nick.
Si j'avais trouvé le galopin jouant notre
au, j'aurais eu une maudite petite dif- Éculté avec Jui. {
.. +Dis-moi.au moins le sort de ta maitresse, s’enquit Kenneth, avec plus, de douceur dans la voix. : 4,
: Le Loup secoua lentement la tête, :
—Quoi! ne sais-tu pas ce qu’elle: est devenue ?
L’Indien fit un geste qui signifiait
qu'elle était égarée. Un éclair de
joie et pi eaprauee illumina les traits de eth,
-rLe ciel dirige ses pas ! exclama-t-il, nur Vat-en, démon silencieux ! cria Nick. Sije pouvais seulement t’empoiene je te ferais bien retrouver ta
gue.
: Sans: prendre. garde à la menace, Le Loup marchait d’un pas fier, quand des cris éloignés attirèrent l’attention de nos gens, Le trouble était causé par des Indiens qui amenaient un prisonnier. Les sauvages s’éveillèrent en sursaut, et. le camp fut bientôt sur pied. Des *hurlements @c triomphe précédèrent l’arrivée ducaptif. Kenneth l’aperçut. C’était un;homme moitié rouge, moitié blanc— moitié sauvage, moitié civilisé—le plus bizarre, objet qu’il fût possible de voir.
—Qui êtes-vous ?,s’écria involontairement Lverson.
Je suis le; grand Semi-l’un-semil’autre, le métis de la baie d'Hudson,
… Un chef, à la mine farouche, lui tapa sur l'épaule en disant :
JS men vais t’écorcher ton côté rouge et s’il est rouge sous la peau, nous te croirons, Comment eela? fit Tom en: tressaillant.
—Ilaura bientôt fini décorcher le côté rouge !' dit ironiquement Le Loup, eu montrant du doigt le chef,
—C’est impossible, s’écria Tom: . Ea nature ne permettrait pas la destruction d’'imétellé merveille. ‘ Va-t-en, avec tes bêtises, nègre rouge! Couah! couah!
touah! : FT
Un des guerriers piqua le Corbéaw avec la pointe de son coutelas, ce qui fit faire au pauvre homme un bond prodigieux accompagrié d’un mugissemet de taureau. Les Indiens rirent ‘aux éclats de cette scène. Slocomb' ensuite exhala son indignation par des' milliers d’épithètes mes ut et qui atgmentèrent l’hilarité de ses’ persécuteurs.’ Le chef, à la fin, dit quelques mots à:4es guerriers qui, aussitôt, s’emparèrent du mulheureux Corbeau de la Rivière Rouge et lé ficelèrent comme un paquet de viande boucanée. L’ayant jeté près des autres prisonniers, les sauvages s’éloignèrent.
Le Loup apporta de l’eau à Kenneth qui but avidement.
. —Donne m’en un peu, car ma langue est ardente comme un tison, dit Nick.
Le jeune Indien ne fit pas attention à la requête, et Nick fut forcé de satisfaire sa soif en prodiguant à Le Lonp les plus outrageantes injures qui lui vinrent à l’esprit. Les captifs entamèrent ensuite une conversation sur leur position.
Nous n'avons, dit Kenneth, d’autre
LES TRAPPEURS DE tessburce qu’à préparèr no$ esprits à
toute sorte de tortürés:
2Et nos Corps aussi, riposta Nick.
S'ils se contentaient de nous tranchèer la tête d’un seul coup ce ne serait pas si mal; mais ils: nous harasseront de difficultés, oui bien, je le jure. Le feu, voyez-vous, c’est une malédiction pour lé genre humain, il serait à souhaiter qu’on ne leût jamais inventé. Vous les verrez, tout à l’heure, danser autour de notre bûcher, les bandits ; et il fera chaud, je le jure, oui bien, votre serviteur ! | S'il ne s’agit ch d’affaires humainés, jé me moque de leurs bâtons aiguisés ; mais étant le seul de ma race, il né me plairait pas d’être tiraillé de la sorte.
Si les misérables n’étaient pas aveugles, ils s’apercevraient Lien que je suis leur ami, dit Tom d’une voix dolente.
—Oh! vous êtes trop bon pour être rôti, n'est-ce pas? dit Nick d’un ton moqueur.
‘Ce n’est pas le temps de réerimiñer, observa sérieusement Kenneth, TI!
vaudrait mieux nous disposer à la’ mort et aux supplices qui nous attendent,
= Vous le pouvez faire, mais moi ja:
Mais, tant que je vivrai ! répliqua éner-
giquement Nick. Je: ne suis pas de ceux qui faiblissent. Je ne veux pas mourir ; c’est un fuit. Je veux rester attaché à la terre. Les intérêts sublunaires me vont. Oui, par Dieu! Je ne véux pas les abandonner, tant que je pourrai remuer un doigt, on trancher ime maudite petite difficulté. Il y a, cependant, quelque chose que je veux, et je vo dirai ce que c’est, je voudrais bien manger, à Dieu, oui!
Nick Whiffles poussa un long soupir.
—Pensez à changer de monde.
—Changer de monde! Qui parle de changement ? Je ne veux changer avec personne, Que ceux qui veulent charger, changent ; pour moi, ie n’en ferai Yién, oùi bien, je le jure. Je ne suis pas prêt à troquer un monde que jai vu, cotitre un monde que je n’ai pas vu.
J'ai qelque chose pour m’appuyer ici, voyéz vous !
Pourquoi ne vons y appuyez-vots pas et demeurez-vous comme une tortite de marais ? demanda vivement Slocomlb,.
Un petit Indien, tout barbuuilté, s’up-
LA HAIS D'HËDSON
procha:du Corbeau qui lingauh conan!
formidable, que le jeuné sauvage prit
les jambes à son cou ét s'enfuit tout
terrifié. ; k
—-Le morde dont jé parlé:ést moins substantiel, reprit Kenneth "1"
—C’est de ce monde que je me soucie le plus, intervint Nick. Au lie de penser à me rendre dans un autre monde, je pense à garder ma hutte ici. Moink substantiel! Celui-ci n’est pas déjà trop sübstantiel! Je désirerais que celui-ci fût plus substantiel; oui, par Dieu! Il est assez important ce rmonde:ci, et il me plaît, cer je l’ai trouvé—excepté ces liens—dans les paroles de l’apôtre St.
Paul, qui, toutefois, n’a jamais mis lé pied parmi les Indiens, et qui n’a jamais été lié aussi étroitement que’ je le siis au motnent où je vous parle. La vérité, c’est que, dans ma famille, on ést joli:
ment attaché à la terre. Eh! j'ai eu un frère qui ne voulut jamais mourir. Sôn temps venu, il fit une telle grimdce à la Camarde, et se cramponna si ferme:
ment à cette bre ve terre, avec ses ongles et ses dents, qu’il y resta et qu’il est encore vivant. Vous ñne pouvez abattre une créature sous une maudite petite difficulté qui ne lui fait pas peur.
—Qu'espérez-vous encore?
—Espérer ! j’espérerai jusqu’à ce que ma tete flambée. ï PA a
—-Bon ! exclama Tom ; bon! Couah !
couah ! couah ! Battez des ailes vieux coq de bruyère, et joignez-vous au chœur.
Le trappeur qui, jusque-là, s’était tenu dans le silence, informa Nick, pat ün chtchottement, que ses mains étaient libres. ay
—Veillez bien att gmin, et faites en sorte que ces diables de Peaux-ronges ne s’en aperçoivent pas, répondit Nick du même ton de voix.
—Bien. Soyez tranquille, je vais t4:
cher de vous débarrasser à votré tour, répliqua le trappeur.
Faites lé mort, jusqu’à ce qu’une opportunité sé présente. Lies Indiens s’enivreront,avant la nuit, avec le whis:
key qu’ils ont volé à Saül Vander. Soyez muet comme une carpe. Norts nüns’ér tirerons. oui, tonnerre !
Kenneth entendit ces paroles avec tin tressaillement de joié: Malgré l’horreur de sa situation, il erui aussitôt à la pos:
FRS PRARPEURS DE
ME M bo | ainsi fait, que l’espérance ne, le: dé Le
qu’à Ja dernière seconde.. Notre héros attendit le soir avec une anxiété. poi-
gnaute..Le temps marche vite, quand
nos heures sont comptées, mais il s’at tarde et semble reculer alors que nous soupirons pour un grand bonheur. Kenneth voulut fixer ses pensées sur quelque objet propre à le distraire ; ce fut impossible. Sylveen, l’enchanteresse, remplissait son esprit. Qu’était-elle devenue ? avait-elle réussi à s’échapper ?
Où reposait-elle ? Quelqu'un avait-il soin de cette délicate jeune fille ? Ne se trainait-elle pas ,harassée de fatigue, mourant de faim et de soif au milieu des bois ? Les Indiens ne l’avaient-ils point surprise ? Cruelles incertitudes ! Ces in:
terrogations sans réponse, Iverson se les adressa mille et mille fois, jusqu’à ce que le soleil se pencha à l'horizon, En contemplant le coucher de lastre gloneux, il éprouva un sentiment de grave mélancolie qui ne l’avait jamais frappé auparavant.