FUITE ET POURSUITE
Quand Le Loup et Kenneth eurent’ disparu dans l’ombre, le trappeur Wilson:se rapprocha pour délivrer ses:compagnons ; mais Nick lui ordonna: de:
renoncer, pour :8 moment, à ce projet.
Ne bougez pas, lui dit-il, car an de ces brigands nous reluque, Oh! je ne:
me laisserai pas prendre à leurs mans gancès.
— C'est bien la plus loigne iuimét:
‘que j'aie passée, répondit Wilson. Mes!
cheveux ont dû en blanchir! Je me demande comment le bon Dieu::a-pur créer ‘de: pareils êtres. :: Mais, : sans doute, ils servent. à quelgne. ‘chose, cat il n’est rién dans Punivers quiiait été créé en vain. L’espérance et laérainte:
sont difficiles à’ supporter, ‘n’est-ce pas Nick Whifiles ?
—Ne le sais-je pas ? répondit Nick ;
n’ai-je pas reçu une foule de leçons de:
Pexpérience? Ce n’est point pour:la!
première fois que je suis captif.: J’ai eu une petite difficulté avec chaque tribus:
depuis le Nebraska jusqu'ici. Un jour les vilains m'ont attaché à ‘un arbre:
puis ils ont élevé un: bûcher sous moi avec l’intention de me faire cuire à petit!
feu. Je n’ai jamais été bien gras, et je’ n aurais pas rendu assez de jusrpour!
narroser. Aussi, fus-je bientôt: aussi:
chaud qu’une fournaise.' C’est un:élément mal commode que-le: feu: ‘Il vous) saisit avec une rapidité be oui, bien. . ..
Nick suspendit son exclamation favos:
rite pour donner cour à un promo rent:
de douleur, puis il continua :
En peu de temps, je sentis l& moëlle:
de mes os qui bouillait. Ca faisait an:
drôle de glou-glou,allez ! Si jamais vous avez la chance de vous trouver dans ma position d'alors, vous me comprendrez joliment mieux. Je me tournais d’un côté, puis de l’autre ; mais ça ne faisait pas un brin de diflérence, car j'étais jusqu’au cou dans cette maudite dificulté, Je criais, me tortillais comme une anguille, donnais aux Peaux-rouges tous les noms que je pouvais inventer. Ils riaient les sans-cœurs! “ Vous ne savez pas comment tuer un de vos semblables, leur dis-je ; eh bien! entassez du bois, enfumez-moi comme un renard, et ne faites pas, de mon corps, un plat de bouilli. Ça ne vaut rien le bouilli!
Vous.ne vous connaissez pas en Cuisine.
Vous êtes des nigauds, des chenapans, des lâchess J’en ai tué une fameuse quantité des vôtres, leur dis-je, pour les irriter. Vos braves ne sont que des vieilles femmes, des propres à rien. Déliez-moi et je me battrai avec les quatre plus vaillants d’entre vous. Oui, bien, je le jure!” Que pensez-'ous qu’ils firent ? Ils rirent plus fort, les crapules, et me piquèrent avec des tisons embrasês. Oui, par Dieu! Mais il paraît que mon temps n'était pas venu. Mon vieux ami, Buck Bison—vous avez entendu.parler de Buck Bison—fondit à cet intéressant moment, comme un conp de tonnerre, sur les nègres rouges. Il
était accompagné d’une douzaine de.
trappeurs qui se battirent comme des diables ! Ah ! c’était beau ! c’était beau !
fallait voir ça ; à Dieu, oui! Ça me rengaillardit, rien que d’y penser. Comme ils vous écrasèrent les vermines ! et comme ils jetèrent au vent les charbons enflammés ! Je sautui dans une rivière... Quelle délicieuse sensation ! Le radis, quoi ! j’en jouis encore. Comme Je ctiai après ces scélérats d’Indiens qui eurent la mauvaise fortune de s’échapperdyMais je le leur ai bien rendu deis, Capitul et intérêts !
—Comment avez-vous le courage de parler? dit Wilson. Pour moi, je ne pense qu'au danger où nous sommes.
Mon corps est tout couvert de sueur.
Regardent-ils encore ?Je n’y tiens plus.
ILest temps. Profitons de l’occasion OU ee.
Chut! fit Nick. J’entends des pas.
On: pourrait bien nous écontx. Silence !
Encore ce même bruit... Qu'est-ce ? Le diable vient maintenant, j'imagine.
La, dernière remarque de Nick ,s’appliquait à un objet animé, qui s’approchait, à quatre pattes, comme un animal, quoiqu'il appartint évidemment à, l'espèce humaine. Il marchait avec uue rapidité et une agilité extrêmes. .
—C’est le diable en personne! murmura Slocomb.
—Pst! fit une voix.
—Abram Hammet! exclama Nick.
—Ne prononce pas un mot, car les oreilles des gentils sont bien fines.
Ecoute mon conseil et je te délivrerai des mains des Philistins.
—Vous valez mienx que je ne pensais, je le jure, oui bien. Je me joindrai aux quakers dès que j’en trouverai une assemblée, oui, par Dieu ! Larguez, larguez-moi ça !
Le couteau de chasse d’Hammet passa rapidement entre les poignets et les chevilles de Nick. Ses liens tombèrent et le sang retenu et stagnant commença à dégoutter. Ce soulagement subit causa une sorte de faiblesse au trappeur. Un instant il y vit trouble, suivant son expression. Mais ce ne fut que Paffaire de quelques secondes. Son esprit élastique se redressn ferme et sûr.
—Etranger, n’oubliez pas l’Ours polaire du Nord! dit pitoyablement Slocomb. Venez déchaîner le grand Corbeau de la grosse Rivière, Hàtez-vous:; il ne peut attendre davantage.
—Abram rendit à Tom le service qu’il réclamait. Celui-ci bondit en ouvrant la bouche pour lancer üuñ “couah !”?
triomphal ; mais la large main du quaker s’abattit sur ses lèvres.
—Ours et buffles! je m’oubliais et j'allais réveiller lenfer, marmotta le Corbeau.
Une exclamation de Nick interrompit son soliloque.
—Encore ce damné gamin! Il va nous donner du fjl à retordre, par Dieu !
Ces paroles étaient à l’adresse de Le Loup, qui, parut, malheureusement à ce moment critique. Abram, l’apercevant, se précipita sur lui avec la promptitude d’un tigre et le saisit à la gorge.
—Tiens-toi tranquille, lui dit-il, et.on
LES TRAPPEURS DÉ ELA HAIE DHUDSON fl
ne té féra point de' mal ; mais situ'eries, je ne réponds pas dé ta vie.
Cet avertissement n’était pus nécessâite; car le nœud que les doigts d’Hammet avaient formé autour du col du jeune Indien l’empêchait darticuler.
—En route ! dit le quaker soulevant Le Loup dans ses bras, comme si c’eut été un enfant et l’emportant avec lui.
—Puis-je croasser, maintenant ? s’enquit Tom Slocomb, quand ils furent à une cinquantaine de verges du camp indien.
—Garde-t’en bien, répliqua Abram.
Si tu donnes l’alarme aux gentils, ils te poursuivront à cheval, ne le sais-tu pas ?
—C’est fâcheux, reprit mélancoliquement Slocomb. Je ne puis me retenir plus longtemps, je vous le dis.
—N'ellez pas nous jeter dans une diablesse de difficulté avec votre langue, fit Nick d’un ton bourru. Quand nous serons hors de la portée de ces vermines, vous pourrez hurler tout à votre aise, comme un maudit Indien, si vous voulez. Jusque là, motus !
—Mais, monsieur, dit Slocomb à Hanmet, pourquoi vous fatiguer à charrier ce bagage inutile? Finissez-en plutôt sur le champavec ce petit reptile.
Il est plus aisé de le faire à présent que quand il aura grandi et grossi.
—Je ne crois pas à la violence, répondit le quaker, resserrant. son étreinte sur les chairs palpitantes de Le Loup.
Le métier de tueur n’est pas le mien.
—Donnez-le moi et je lui servirai sa dernière maladie. Vous avez le cœur trop tendre, étranger ; c’est une faiblesse que je suis fâché de remarquer dans un être aussi fort et aussi solidement membré.
Où est votre arme ?
—Ce garçon doit vivre, répondit tranquillement Abram.
Déposant Le Loup à terre et s’adressant à lui:
——N’aie pas peur, jeune païen ; je te préserverai du péril; mais il faut aussi que je t’empêche de nous nuire. Marche à mon côté ; ne cherche pas à t’échapper et tout ira bien. Pour toi, qui t’appelles le Corbeau, ne fais pas de mal à'ce garçon, je te l’enjoins.
— Loup, dit Nièk, situ veux garder ta peau, file droit. Et si tu t’avises de
füire le méchant, je prendrai soin detà correction.
—En vérité, je t’engage à l’obéissance ajouta Abram, en allongeant la main vers la gorge du jéune homme éncore rougie par l’empreinte de ses doigts.
Le Loup recula, tira soh éouterzu: Ses noires prunelles étincelèrent comme des rubis. Ses muscles frémirént de ressentiment, et ses traits contractés añs noncèrent tune détermination incroyable pour son âge. Le quaker le contempla avec un mélangé d’étonnement ‘et d’admiration. da: Las
—Enfant, dit-il, ton bras est faible ; mais ton esprit est fort. #
—Cet esprit est né en lui, remarqta Nick. Il est ce qu’il est et ne changera Jamais. Il est assez grañd pour un corps qui aurait deux fois sa taille. Si Son cat ractère est si sauvage maintenant, qué séta-ce quand il aura toute sa croissance ?
—N'accuse pas la nature, répondit Abram. Tu es né pour être Nick Whiffles ; lui, pour être Le Loup, fils du Piednoir vagabond. LACS
ET
Et apostrophant à l’Indien: ;
—Jeune païen ne nous arrête point par ton obstination. Gæ
Comme il achevaït ces mots, des ris tumultueux retentirent. ARE
—Ce sont les sauvages ! exclaña Nick. Ils ont découvert notre évasion.
Il faut jouer des jarrets.
—Ecrasons.ce vermisseau ! dit Slocomb.
—Non ; on ne touchera pas à un chei veu de sa tête. Pourvoyez à votre sû:
reté et ne vous inquiétez pas de moi, dit le quaker. se
—Je ne vous quitterai pas, répondit
Nick. Je n'ai jamuis laissé un ami dâns:
une difficulté et ne le ferai jamais. On a bien mal parlé de moi, je le sais. A
m'arrive parfois de raconter de longres,
histoires, c’est un fait; miais je n'ai ja‘ mais déserté le poste du danger quand l'honneur me commandait d’y rester.
Ce ne sera ni le feu, ni les fagots, ni les
coups dé fusils, ui les coups de contéaux qui feront comruettre à Nick Whiffiés
une bassesse. ‘ Âchez ce misérable lou:
veteau. Fe
Le couteau de l’Indien retomba dans sa gaîne.
—Ne me forcez pas, dit-il à Abram, et je ne ferai pas obstacle à votre fuite.
Vous êtes brave ; vous avez, comme le bufñfle, le cœur grand et plein de sang, Les Pieds-noirs sont debout, leur colère est vive ; leur cri de guerre résonnera bientôt dans le désert. Le Loup vous suivra jusqu’à ce que vous lui ordonniez de s’arrêter. Il vous montrera qu’il est digne de confiance.
— Allons ! cria Hammet, et son grand buste se mit en mouvement avec une célérité merveilleuse.
Les autres l’imitèrent.
Les clameurs des Indiens volaient derrière eux, tantôt proches, tantôt loin+ taines.
—Ce dernier hurlement était bien près j'en ai les oreilles assourdiés, dit
ick au bout de quelques minutes.’
—Eu vérité, il était très près, répliqua froidement le quaker. Continue de fuir, ami Whiflles, et garde à ton côté ce garçonnet. Je vais m’arrêter un petit moment. Peut-être apprendrai-je à combien s'élève le nombre de nos ennemis.
—Mais vous n’êtes pas un homme de combat? Si l’un d’eux s’emparait de vous 1...
—Le Seigneur me délivrerait, je l’espère, de sa main. Ne sois pas en pie ami trappeur, et fais ce que je te
is.
Le Corbeau avait pris l’avance. Nick fit quelques pas; mais, poussé par une irrésistible curiosité, il s’arrêta derrière un arbre pour épier Haïnmet. Cependant son intention échoua d’abord. Le quaker, étendu tout de son long, dans les broussuilles, était invisible. Whiffles n’en continua pes moins à regarder du côté où Abram s’était retiré.
—Loup, dit-il à l’Indien, immobile près de lui, veille comme moi.
On ne tarda pas à entendre un frôlement de branchages qui annonçait approche d’un homme courant à toutes jambes.
—La vermine galope comme un cheval, murmura Nick. Que peut lui vouloir un homme de paix et de charité ?
Je m'en vais, toutefois, l’exaniner aveu
LA BAÏE D'HUDSON
attention ; enr i] ne m'hfiye fes #ouÿéht ec, élégance ‘et
manièré de saigner avec, élégance dextérité, oui bien, je Le jure, Y8 Ft Péh-
FH! die adice no e coureur touchait presque à droit où notre ami ee Die disparaître Abram, lorsque, tont-à-Coup, une ombre gigantesque semblé jail Ar du sol. Au milieu de ja demi-obscurité, un bras décrivit un arc de cercle.. Une conçussion, comme celle que produirait ün coffre effondré par un coup violent, résonne, et un bruit mat, lourd, y, succéda. Nick s’élança vers le Jiéu .de cette scène. La quaker, essuyait tranquillement sa hache sur l’herbe. Un Indien gisait étendu à ses pieds. Nick ouvrit de grands yeux; mais,n apercevant point de blessure sur le cadavré, quoique des flots de sang lui coule de la bouche et des narines, "| —Je croyais, dit-il à Hammet, que vos principes étaient contrairés à l’effusion du sang. t .
—En vérité, j'ai peut-être renversé un peu durement cette créature, répotdit-il avec douceur. EL —Durement ! Vous avez Ja terre. C’en est fait de la vermine, M ne l’avez-vous pas frappée, monsieur ?, —Moi, frapper ! Ne vous ai-je pas dit que frapper n’était pas mon métier? Cependant, si. j'ai fait usage, d’une violence inconvenante, je n’en repens, et j'espère qu’elle ne me sera pas rappelée au jour du jugement. Reprends ton chemin, ami Whiflless Dans une, minute, je serai à toi. RARES Fo Nick obéit. Mais, dès qu'il ent mis quelques verges de distance entre le quaker et lui, un nouveau bruit sourd et particulier, comme celui d’une hache sur une substance à la fois molle èt esquilleuse lui causa un tressaillement.
Abram Hammet le rejoignit aussitôt. Il était calme et béat, comme d'habitude.
Muis Le Loup uvait la poitrine gonflée.
Ses yeux dardaient des éclairs. :
chaerree XX. :!
MISSIONNAIRE ET CATÉCHUMÈNES, Nous laissons écoulér ün intérvalle de plusieurs jours. ‘Au bôrdd’yh ‘petit lac, se tient un homme d’uxg” Satäre
fait trémbler
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