REGARDS ET BRANCHEMENTS DE BOUCHES
Chaque égout est accessible par des regards généralement espacés de 50 mètres. Dans les égouts à banquettes, ces regards sont placés alternativement à droite et à gauche de la galerie, afin que les ouvriers du curage n'aient jamais besoin de franchir
la cunette pour trouver une issue. Dans les égouls ordinaires, ralternance existe habiluellement, mais n'est pas indispensable. Chaque regard se compose d'un branchement transversal, de 2 mètres de hauteur sous clef avec 1 mètre de largeur aux naissances, qui, de l'axe de la chaussée, emplacement ordinaire de régout, s'étend jusque sous le trottoir, et s'y termine par une cheminée munie d'échelons en fer, et fermée par un tampon mobile en fonte (fîg. 42).
fïg. 42. — Branchement de regard.
Beaucoup de regards des anciens égoiits sont encore sous chaussée, ce qui est une gène pour la circulation, mais chaque année on en reporte sous trottoir un certain nombre, et les chaussées à grande circulation ne tarderont pas à en être à peu près débarrassées.
Fig. 43. — Branchement de bouche.
Quant aux branchements de bouches, ils sont disposés, avec une hauteur de 0",80 seulement au départ, et de 2 mètres au débouché dans l'égout (fîg. 43), ce qui assure au radier
une pente considérable, lors même que Tégoul est à faible profondeur. Cette disposition est indispensable pour que les détritus de tout genre qui, à Paris, sont entraînés par le balayage des ruisseaux, et quelquefois jetés à sec dans la bouche par les cantonniers, ne s'arrêtent pas dans le branchement, ou tout ou moins puissent être facilement entraînés par un coup de rabot, à chaque passage des égoutiers dans la galerie où ils débouchent.
Aujourd'hui, la longueur totale des égouts en service atteint 620 kilomètres, c'est-à-dire qu'environ les deux tiers du réseau réellement utile sont exécutés \
Gomme d'ailleurs on a nécessairement choisi, pour les canaliser d'abord, les rues qui, toutes choses égales du reste, présentaient le plus de cassis à faire disparaître, ces ruisseaux transversaux, qui faisaient de Paris il n'y a pas fort longtemps une des villes les plus sales et les plus désagréables à parcourir en voiture, n'existent plus maintenant qu'en petit nombre. Parmi les égouts qui attendent encore leur tour, beaucoup n'auront pour rôle que de recevoir les branchements particuliers qui devront, eu principe, drainer souterrainement chaque maison, de manière à supprimer tout écoulement superficiel d'eaux ménagères.
* A la fin de 1885, d'après une note de M. llumblot, ingénieur en chef de Fassainissement, sur « les Égouts de Paris », la longueur des égouts est de 8S7 654 mètres, y compris la Bièvre, mais non compris le collecteur du Nord exlra-muros.
La planche V de TÀtla.^ donne la statistique générale des égouts k cette date ; il a paru intéressant de présenter sous un coup d'œil d'ensemble les périodes successives par lesquelles a passé Texécution du réseau actuel des égouls, savoir :
l'* période. — Égouls construits avant 1856, date à laquelle M. Beljrand a conçu son système d'assainissement général de Paris.
â* période. — Égouts construits de 1857 h 1878, par M. Belgrand, et d'après son système.
5* période. — Égouts construits de 1879 à 1885.
On compte au 31 décembre 1^85 :
8972 bouches d*égouls dont les branchements ont un développement de 47 455 mètres, et 12500 regards — — 36 464 —
LES £G0UTS ordinaires ET LE DRAINAGE DES MAISONS. 161
DRAIISAGË DES MAISONS.
Dans le système d'assainissement adopté en 1831 , et poursuivi avec énergie pendant vingt ans, on ne s'occupait que du drainage de la rue; il s'agissait de faire disparaître une des plaies les plus hideuses de Paris, ces ruisseaux fangeux qui occupaient l'axe même des voies publiques, et qui sans autre moyen de lavage que la pluie, recevaient toutes les immondices et toutes les déjections de la cité. Le problème à résoudre était assez difficile pour absorber toute l'attention des hommes de l'art et toutes les ressources du budget.
On n'avait donc rien fait pour évacuer souterrainement les eaux des maisons. Les eaux ménagères continuaient à couler dans les ruisseaux des rues, qui étaient ainsi de véritables égouts à ciel ouvert, souvent infects Tété, malgré les lavages quotidiens, parce que les eaux sortent putréfiées des gargouilles des maisons.
Les eaux des toitures et des cours n'avaient pas d'autre écoulement que ces gargouilles, ce qui n*a pas d'inconvénient par les pluies ordinaires ; mais dans les grandes averses, ces eaux affluaient avec tant d'abondance à certaines bouches d'égout, qu'elles ne pouvaient être absorbées assez rapidement, et qu'elles produisaient de véritables inondations.
On a cherché à remédier à ce double inconvénient.
L'article 6 du décret du 26 mars 1852 dont nous avons donné plus haut le texte (page 42), prescrivait que, dans toute rue pourvue d'égout, les constructions nouvelles, de même que les maisons anciennes en cas de grosses réparations, et en tous cas avant dix ans, devaient être disposées de manière à y conduire les eaux pluviales et ménagères.
Ce décret, d'après sa date, ne s'appliquait qu'à l'ancien
102 LES TRÂYÂlX SOUTERRAINS DE PARIS.
Paris, mais il a été élcndu depuis à la zone annexée, avec le même délai de dix ans courant à partir de l'époque de Tannexion^ c'est-à-dire à partir de 1860,
Il ne faisait d'ailleurs, comme on voit, que poser un principe, et ne s'expliquait pas sur le genre de communication à établir entre les maisons et les égouts.
L'arrêté préfectoral du 19 décembre 1854 a décidé que ces communications auraient lieu par des galeries souterraines de 2 mètres au moins de hauteur sous clef et del",50 de largeur aux naissances, construites et entretenues par les propriétaires ^ €es galeries pouvaient être établies au droit des murs mitoyens et desservir deux maisons; elles devaient être ventilées par une cheminée d'appel montant jusqu'au-dessus des combles.
En fait, cette cheminée de ventilation, qui était fort chère (elle coûtait en moyenne deux fois plus que le branchement luimême), a été reconnue peu nécessaire dans la plupart des cas, et TAdminislration a renoncé à l'exiger.
Dans la plus grande partie de l'ancien Paris, l'arrêté du 19 décembre 1854, avec cet adoucissement, a été appliqué sans résistance de la part des propriétaires. Mais il avait fallu procéder avec ménagement dans la zone annexée, où les immeubles ayant en général beaucoup moins de valeur que dans les quartiers du centre, la dépense à peu près constante du branchement représentait une charge .proportionnellement plus lourde. Eu 1870, année où le drainage des maisons aurait dû être terminé dans les rues pourvues d'égout, on était encore peu avancé dans les arrondissements pauvres.
D'autre part, on avait reconnu que la faculté d'établir les branchements mitoyens; acceptée en principe comme une solu-
' Une décision préfectorale du 1 1 février 1 858 porta de 2 mètres à 2"',30 la liauteui* sous clef. On Toulait alors que rcnlèyement des tinettes filtrantes pût se faire par l'égout ; de là les dimensions considérables attribuées aux branchements. Plus tard, en raison de^ embarras causés sur la voie publique par ces enlèvements, il fut décidé que Textraction aurait lieu par des regards ménagés à Tintérieur des immeubles.
tion économique, alleignait mal son but, et présentait plus d'inconvénients que d'avantages. Dans les rues en pente, les dépenses de canalisation intérieure à faire pour ramener les eaux, dans un immeuble sur deux, \ers un branchement établi à la limite supérieure de la propriété, étaient souvent assez élevées. D'une manière générale, le branchement mitoyen venant buter sur la fondation d'une double jambe étrière, les communications avec les deux immeubles étaient indirectes et peu commodes. On perdait ainsi sur les dispositions intérieures tout ou partie de l'économie faite sur le branchement lui-même. Enfin, la communauté de ce branchement était une source de fréquentes difficultés entre les deux propriétaires voisins.
Il y avait donc lieu de modifier dans le détail les prescriptions de 1854. C'est ce qu'a fait l'arrêté préfectoral du 25 février 1870; l'article 1*' de cet arrêté a rendu le branchement moins dispendieux, en n'exigeant plus comme dimensions minima que 1"',80 de hauteur sous clef et 0",90 de largeur aux naissances, pendant que l'article 2 stipulait, d'autre part, que chaque galerie ne pourrait, à l'avenir, desservir qu'une seule propriété (voir planche IV de l'Atlas, les différents types de branchements particuliers d'égout).
On louchait malheureusement à l'époque où de terribles événements allaient arrêter complètement toute espèce de travaux, et lorsqu'il devint possible de les reprendre dans une certaine mesure, bien des tempéraments durent être apportés, dans les quartiers pauvres, aux exigences réglementaires ; bien des sursis durent être accordés.
En dépit de toutes ces causes de retard, les branchements
. actuellement construits sont au nombre de plus de 20000, et
drainent un nombre de propriétés notablement plus grand,
puisque la plupart des galeries antérieures à 1870 desservent
deux immeubles * .
* Au 51 décembre 1885, il y a 59 709 branchements particuliers ; leur longueur totale
16t LES TRAVAUX SOUTERRAINS DE PARIS.
En principe, les branchements, comme je Tai déjà dit en exposant le programme général de l'assainissement de Paris, n'ont pas seulement pour rôle d'évacuer les eaux ménagères, ttiais aussi de recevoir le tuyau qui introduit dans chaque immeuble les eaux de distribution • Ces tuyaux sont ainsi toujours visitables comme la conduite publique elle-même, et, comme elle, ils peuvent être réparcs sans qu'on ait à faire de fouilles. Cette disposition est très importante dans l'intérêt, non seulement de la circulation, mais de la sécurité des'immeubles, car les prises particulières, formées de plomb avec soudures et alimentant des robinets dont la fermeture brusque donne souvent des coups de bélier, sont sujettes à des fuites plus fréquentes que les conduites en fonte de la distribution générale. Or, les fuites, quand elles se répandent dans les remblais ou les terrains excavés si nombreux à Paris, peuvent entraîner des conséquences fort graves. On n'aurait donc qu'une sécurité très incomplète si l'on n'arrivait à obtenir que les prises d'eau des abonnés fussent généralement en galerie, comme les conduites publiques elles-mêmes.
Depuis la mort de M. Belgrand, l'application de ce principe a dû comporter quelques exceptions, parce qu'on n'a pas cru pouvoir maintenir, d'une manière absolue, l'obligation du branchement particulier pour les propriétés de faible rapport.
Un arrêté préfectoral du 2 juillet 1879 a fixé les dimensions réduites des branchements et la substitution des tuyaux en fonte ou en grès dans certains cas déterminés.
L'article 1" de cet arrêté prescrit les dimensions suivantes
est de 257 078 mitres dont 100 500 mètres sous la voie publique et 66 578 mètres à rintcrieur des propriétés privées. (Extrait de la Note de M. ringcnieur en chef Uumblot.)
pour les branchcmenls particuliers crune longueur inférieure à 6 mèlres :
Hauteur sous clef. 1",00
Largeur aux naissances O^^ôO
Largeur au radier 0"',40
L'article 2 relatif à Teraploi des tuyaux de fonte est ainsi conçu :
€ L'écoulement direct dans l'égout public des eaux pluviales
« et ménagères des propriétés d'un revenu imposable inférieur « a trois mille francs, situées en dehors des voies publiques de « grande circulation, pourra être autorisé au moyen de tuyaux « résistants en fonte ou en grès d'un diamètre minimum de « 0'",30 et placés en ligne droite, suivant une penle de 0",075 « au moins par mètre. >
Le môme arrêté prescrivait l'ouverture d'une enquête dans les 20 arrondissements pour la classification des rues de Paiis en voies de gramle et de petite circulation, suivant un tableau dressé par les ingénieurs du Service municipal.
L'enquête terminée, le Conseil municipal fut appelé à en dé* libérer, et un arrêté préfectoral du 14 mai 1880 classa les voies de chacun des arrondissements de Paris en deux catégories correspondant à la grande et à la petite circulation, pour la projection à Végout public des eaux pluviales et ménagères des propriétés particulières.
Toutefois, on a maintenu dans la première catégorie, bien que soumises à une faible circulation, les voies dont le sol est excavé ou peu résistant; le branchement particulier y reste donc obligatoire.
Dans les rues où le sol est bon, les risques de fuites sont beaucoup moindres; et comme les petits immeubles autorisés à écouler leurs eaux par tuyaux sont soumis à l'obligation de
melire leurs branchements de prise dans un fourreau en foute, on peut espérer que les nouvelles facilités n'auront pas d'inconvénients.
Cependant, on a déjà pu reconnaître que Tart. l*' de Tarrêlé du 8 juillet 1879, en réduisant à des dimensions très restreintes la hauteur et la largeur des branchements particuliers d'une longueur inférieure à 6 mètres, rendait le curage de ces galeries extrêmement difficile, sinon impossible; aussi, le 14 janvier 1880, c'est-à-dire quelques mois après, un arrêté préfectoral modifiait ses dispositions et restreignait son application aux branchements d'une longueur inférieure à 2 mètres, en fixant les dimensions suivantes pour la construction des galeries particulières sur une longueur supérieure à deux mètres et infé-rieure à six mètres.
Hauteur sous clef. i",40
Largeur aux naissances 0*,60
Largeur au radier 0'',40
Mais, cette hauteur elle-même ne permettait ni de curer ces galeries, ni de les réparer en cas d'engorgement ou de dégradation, ni de poser ou de réparer les conduites d'eau ou autres ouvrages qu'elles doivent contenir.
Ces inconvénients étaient trop nombreux et trop fréquemment renouvelés pour être longtemps supportables. Aussi un noiivel arrêté du 28 octobre 1881, tout en maintenant, pour les immeubles d'un revenu imposable inférieur à 3000 francs et situés dans les voies de petite circulation, le bénéfice de la pose de tuyaux en grès ou en fonte, a fixé pour les branchements particuliers d'égouts, quelle que soit leur longueur, une section minima de 1", 80 de hauteur et deO",90 de largeur.
,0n devait, on le voit, revenir, à très peu près, aux dimensions primitivement déterminées, de manière que les branchements puissent servir non seulement à l'évacuation facile des eaux
pluviales et ménagères, mais aussi au logement des conduites destinées à Talimenlation de la maison en eau potable.
On trouvera plus loin, aux Annexes, le texte des arrêtés successifs qui ont rapport à la construction et à la destination des branchements particuliers d'égout.