CHAPITRE XI
IMPOUTASCE DE L'OPERATION.
On comprend sans peine combien il importe que les égouls soient tenus dans un état convenable de propreté; les matières organiques de toute sorte qui s'accumulent dans les galeries cnirent promptement en putréfaction ; si on les y laissait séjourner, les égouls deviendraient en peu de temps impraticables, et répandraient à Texlérieur des odeurs insupportables.
Mais ce qu'on ne sait pas aussi généralement, c'est que l'opération du nettoiement des égouts est une des plus difficiles et des plus délicates du Service municipal d'une grande ville, et qu'elle est arrivée, à Paris, à un degré de perfection qui n'existe nulle part ailleurs.
11 n'est pas sans intérêt de résumer l'historique de cette partie du Service des égouts.
ÉTAT ANCIEN DEPUIS LES VALOIS JUSQU'A LA FIN DU XVUI- SIÈafi.
Dans l'origine, les égouts de Paris étaient fort mal entretenus; on les considérait comme des établissements incommodes, in-
dispensables pour conduire au fond inférieur les eaux du fond supérieur et non comme un moyen d'assainissement ; à l'époque surtout où ils étaient presque tous découverts, ils répandaient l'infection à de très grandes distances.
Aussi avons-nous vu plus haut les rois de France, et en particulier Henri H*, insister vivement près deTAdminislralion municipale pour qu'on éloignât de leur palais ces fâcheux voisins.
Mais rien ne fut changé à l'élat des lieux, malgré de nouvelles letlres-patcntes du Roi, du 23 mars 1553; on se contenta de donner l'ordre au « Maître des œuvres » de faire nettoyer tous les ans les égouls dont on se plaignait'.
Encore ces ordres furent-ils fort mal exécutés, puisqu'en 1610, « Marie de Médicis, régente, craignant que la stagnation « des immondices dont les égouts étaient encombrés n'occa- « sionnâl quelque maladie contagieuse, chargea un trésorier « de France de passer l'adjudication de ce nettoiement '. »
On voit dans un mémoire de Hugues Cosnier, publié en 1618, que les eaux des cgouls de Paris « étaient stagnantes et que « l'ancien fossé de l'enceinte de Charles VI, entre le Louvre et « les Tuileries, là où est aujourd'hui la place du Carrousel, « servait de réceptacle aux eaux du quartier Saint-Honoré, ce « qui répandait l'infection dans le voisinage*. >
Dans l'origine, les égouts passaient indistinctement sous la voie publique ou dans des propriétés particulières.
Les égouts voûtés n'étaient nettoyés que lorsqu'il y avait impérieuse nécessité; le Prévôt des Marchands faisait l'adjudication des travaux, et les particuliers, dont les maisons ou les propriétés se trouvaient au-dessus des voûtes, remboursaient les dépenses à la Ville.
La Ville consacra le droit de dix sols qu'elle percevait par
* Registres de la Ville, vol. X[V, fol. 202, délibération du 24 novembre 1550. < Registres de la Ville, vol. XV, fol. 574.
3 Girard, Mémoire sur le cours de VOurcq, t. Il, p. 97.
♦ Girard. — — P- ^8.
muid de vin, à Tenlrelien des égouts pour en décharger les parlîculiers, mais le roi Louis XIII s*empara de cet impôt et négligea tellement le curage des égouts qu'ils s'encombrèrent complètement. Il fut même Impossible pendant longtemps de remédier à ce désordre, parce que les officiers de la Ville auxquels les particuliers adressaient leurs plaintes étaient paralysés par les mesures prises par le Roi*.
Ce ne fut guère que sous Louis XIV que le nettoyage des égouts commença à se faire d'une manière un peu suivie ; vers d671, le Conseil de police fut établi; on lui enjoignit de s'occuper principalement de la netteté et de la salubrité de la Ville : < et c< comme le bon état des égouts devait essentiellement y con- € tribucr, il fut arrêté que le Prévôt des Marchands et les Éclie- « vins en feraient la visite tous les ans, accompagnés du Maître « des œuvres. Les procès-verbaux de ces visites sont inscrits € dans les registres de la Ville. • >
11 fallait que ces mesures ne fussent pas bien exactement mises en pratique, car vers la fin du xwf siècle, le fond du Grand Egoul élait tellement embarrassé, que les égouts des rues Saint-Louis et Vieille-du-Temple n'y trouvaient plus d'écoulement et inondaient à la moindre pluie les maisons de ces quartiers, de telle sorte que les habitants demandaient qu'on détruisit les égouts en offrant de contribuer aux dépenses.
J'ai exposé plus haut (page 25) que Turgot, vers le milieu du xvni® siècle, remédia au mal en muraillant le Grand Égout et en disposant en tête un réservoir de 22000 muids d'eau (6028 mètres cubes) pour en opérer le lavage. C'est donc à cet illustre Prévôt des Marchands qu'est due la mise en pratique du lavage des égouts au moyen des eaux de la Ville.
L'idée était de Colbert qui, en 1667, proposait de créer pour cet usage, près de chaque fontaine, un réservoir de 15 muids d'eau; on avait souvent proposé d'opérer le nettoyage en dé-
' Parent-Duchâtclet.
* Girard. Mémoire iur le cours de VOurcq, p. 99.
tournaDt un bras de la Seine, système impraticable puisque le radier des égouls est beaucoup plus élevé que le niveau . du fleuve.
« La crainte de voir les maladies contagieuses occasionnées < par les émanations des égouls, l'obligation où fut François I** « de bâtir à sa mère un nouveau palais, pour la préserver de « Tinfection de Tégout Sainte-Catherine, les remontrances réi- « lérées faites par Henri II aux autorités de la Ville,... sont « bien plus capables que toutes les dissertations de nous « donner une idée de l'atmosphère de Paris à ces époques « éloignées, et de nous faire apprécier le bienfait d'établisse- « ments qui rendent aujourd'hui le dernier du peuple mieux « partagé sous le rapport de l'air, que ne l'étaient alors nos « rois dans l'intérieur de leurs palais*. »
Le nettoyage régulier des égouls est en effet une invention toute moderne.
En 1791, ce service fut confié au Département; 16 ouvriers y étaient employés.
La Préfecture de police ayant été établie en 1800, la surveillance des égouls lui fut confiée, et lui est demeurée jusqu'au 10 octobre 1859*.
L'entretien continua à s'opérer par adjudication ; en 1804, le nombre des ouvriers fut porté à 24.
k l'adjudication passée en 1817, ce nombre ne fut pas augmenté, et il était encore le même en 1824 lorsque Parenl- Duchâtelet écrivit son mémoire sur les égouls. Ces ouvriers étaient dirigés par deux chefs.
J'ai dit que la longueur des égouls couverts était alors de 35 628 mètres environ ; il y avait donc un ouvrier pour 1485 mètres de galerie.
Parenl-Duchâtelet nous a laissé une description de l'état des
* Pareat-Duchâtelet.
* Un décret du 10 octobre 1859 a fait passer le service de la Salubrité dans les atti'ibulions de M. le Préfet de la Seine.
égouls en 1824, d'aulanl plus précieuse que c'est peu de temps après que se généralisa l'application des eaux publiques au lavage des égouls.
On y distinguait alors six espèces d'odeurs :
l"* Uodeur fade, plutôt désagréable que repoussante, produisant, lorsqu'on la respirait pendant quelque temps, une sorle de faiblesse et d'énervation , et des soulèvements de cœur à ceux qui la sentaient pour la première fois.
Cette odeur était particulière aux égouts bien aérés, bien entretenus et de faible longueur.
Il n'est personne dans Paris, ajoute Parent-Duchâtelet, qui n'ait eu l'occasion de sentir cette odeur en passant dans les eues auprès de l'embouchure des égouts,
2!" Vodeuv ammoniacale^ qui se remarquait surtout dans les égouts de grande longueur et très mal entretenus. C'est à l'ammoniaque qu'on doit attribuer les ophthalmies légères dont les égouliers sont atteints quelquefois.
5"* Vodeur d'hydrogène sulfuré, qui se développait dans les égouts négligés depuis longtemps, et dans lesquels Pair circulait mal.
C'est l'hydrogène sulfuré qui produit la plupart des cas d'asphyxie dont sont frappés les ouvriers dans les égouts.
4° Uodeur putride, comparable à celle des pièces anatomiques en macération, ne se remarquant que sur un très petit nombre de points.
B"" Vodeur forte et repoussante de l'eau de savon ou de vaisselle en putréfaction, se développant particulièrement à l'embouchure extérieure des égouts lorsqu'on agitait la boue, ou simplement en temps d'orage, ou lorsqu'on remuait les masses considérables d'immondices qui s'accumulaient dans les égouts mal entretenus.
6"" Les odeurs spéciales à certains égouls, telle que celle d'urine de vache qui se remarquait dans l'égout Âmelot bordé d'établissements de nourrisseurs , celle de la Bièvre dont les
bords sont couverts de tanneries, celles des égouls des Invalides, de rÉcole Militaire, de la Salpêtrière, qui servent de fosses d'aisances à ces grands établissements. Celle de l'égoul de la Salpêtrière, sous les infirmeries, les cours et les dortoirs, était véritablement horrible.
« Cette odeur n'est cependant encore rien, dit Parenl- « Duchâtelet, en comparaison de celle que répand dans le Grand
« Égout la décharge de la voirie de Monlfaucon
<r Je ne connais pas par moi-même l'impression que peut faire « la chute de cette décharge dans l'égout, mais elle doit être « horrible, si j'en juge par celle que j'ai éprouvée en me trouer vaut à la voirie au moment même où le liquide se précipitait « dans le tuyau et surtout par les vapeurs qui sortaient alors <f par les ouvertures qui se trouvent plus bas dans les fnu- <r bourgs Saint-Martin et Saint-Denis.
« Quelques ouvriers m'ont dit que rien ne pouvait être com- <ï paré à l'infection qui existait alors dans l'égout. >
Jusqu'en 1850, tous les Parisiens ont pu apprécier ces odeurs caractéristiques en passant près de ces énormes ouvertures oii s'engouffraient les eaux pluviales et ménagères pour arriver aux égouts.
Il se formait alors à la surface de la vase répandue au fond des égouts une sorte de couenne épaisse désignée par les ouvriers sous le nom de peau de crapaud.
Lorsqu'on crevait cette peau, il s'en échappait en abondance des gaz délétères et infects, qui souvent asphyxiaient les ouvriers employés au nettoyage.
La distribution des eaux du canal de l'Ourcq opéra, dans cette branche du service de la salubrité parisienne, la plus heureuse révolution.
Girard, constructeur de ce canal, avait dit, dans ses Méinoires, qu'une bouche d'eau devait être établie à chaque point haut du ruisseau dés rues, de manière à opérer le lavage
des deux versants et à jeter ainsi une grande masse d'eau dans les égouts.
MM. Duleau et Emmery ont généralisé ce système'en créant, dans le ruisseau de chaque îlot de maisons, au moins un point bas où devait être établie une bouche d'égout, et un point haut où est disposée une bouche d'eau sous trottoir ou une bornefontaine.
Aujourd'hui, bornes-fontaines ou bouches sous trottoir lavent deux fois par jour les ruisseaux des rues et jettent dans les égouts un volume d'eau considérable qui a beaucoup atténué toutes CCS odeurs si bien décrites par Parent-Duchâlelet.
Je donnerai une idée du changement qui s'est opéré sous ce rapport en disant qu'au mois de juillet 1858 on a fait l'essai du moyen mécanique appliqué aujourd'hui au nettoyage de l'égoul collecteur et qui sera décrit plus loin.
Une dizaine de personnes assistaient à l'opération, portées sur les wagons qui opéraient le curage, et ont parcouru toute la longueur de l'égout Rivoli entre le boulevard de Sébastopol et la place de la Concorde, non seulement sans éprouver aucune incommodité, mais, de l'aveu général, sans qu'il fût possible d'apprécier aucune odeur sérieusement désagréable.
11 ne faut pas croire, néanmoins, qu'aucun égout ne soil inodore; les mieux entretenus conservent une odeur caractérisée, qui paraît même très forte au moment où l'on descend dans la galerie, mais à laquelle on s'habitue et qui cesse d'être appréciable quelques minutes après. C'est ce que je remarque toujours toutes les fois que je visite un égout avec une personne étrangère au service. La première impression est évidemment désagréable, mais après un séjour d'un quart d'heure au plus on exprime son étonnement de ne plus rien sentir.
Si les égouts étaient découverts, ils répandraient donc à l'extérieur une odeur qui paraîtrait intolérable par le contraste des alternances d'air pur et vicié qu'on respirerait successivement, et, chose bien singulière, mais qui s'explique cependant par la
DU NETTOIEMENT DES É60UTS. i75
propriété que Thomme possède de s'habiluer promplement à l'atmosphère dans laquelle il vit, ils paraissent inodores lorsqu'ils sont voûtés, c'est-à-dire lorsque les odeurs sont incomparablement plus concentrées qu'à l'air libre *.
Les odeurs décrites plus haut sont aujourd'hui très affaiblies par le lavage et le curage.
V odeur fade se retrouve cependant dans la plupart des égouts, mais Vodeur ammoniacale ne se remarque plus que dans les égouts bas de voûte et par conséquent mal aérés, quand ils reçoivent les eaux d'urinoirs.
Vodeur d'hydrogène sulfuré, la plus dangereuse de toutes, puisque c'est ce gaz qui produit l'asphyxie connue sous le nom de plomb, a presque disparu.
Vodeur putnde est particulière aux égouts qui desservent des établissements spéciaux tels que les abattoirs, les hospices, les marchés. Elle est encore assez fréquente dans les égouts des abattoirs à porcs de Grenelle, de Villejuif, etc.
Les égouts Rambuteau et Berger, construits à une époque plus récente, qui reçoivent les eaux des Halles centrales, sont presque sans odeur parce qu'ils sont lavés par un courant d'eau continu et sont nettoyés par les méthodes nouvelles.
Les seuls égouts qui aient conservé leur ancien état d'infection, sont les égouts particuliers de la Salpêtrière, des Invalides, de l'École Militaire, qui ne sont pas soumis à l'entretien muni-
* La même remarque peut se faire dans tous les lieux clos ou se trouvent réunis un grand nombre d*indiyidu8, dans les bureaux, les écoles, les hôpitaux, les prisons, les casernes et même les théâtres ; Todornt de tous ceux qui Tiennent de l'extérieur est peu agréablement impressionné en entrant, et le premier mouvement est toujours de se rejeter en arrière pour respirer l'air pur, tandis que ceux qui séjournent à l'intérieur depuis quelque temps paraissent tout à fait insensibles à ces odeurs si caractérisées.
Parent-Duchàtelet commet donc une grave erreur lorsqu'il dit que les liquides des fosses sont absolument sans odeur au moment de leur production et qu'on pourrait, sans inconvénient, les jeter à l'extérieur dans les ruisseaux des cours et dans tes rues. Tous ceux qui entrent dans une fosse desservie par nos appareils Gltrants éprouvent la sensation désagréable que je viens de chercher à décrire, mais s'y habituent si promplement qu'au bout de quelques minutes elle cesse d'exister pour eux. Toutefois, si cette odeur se répandait à l'extérieur, elle serait intolérable pour tout le voisinage, précisément parce que toute l'atmosphère n'en serait pas imprégnée.
cipal et reçoivent toutes les matières fécales de ces grands établissements. Il faut espérer qu'on fera disparaître avant peu ces horribles foyers d'infection \
D'autres égouts de peu de longueur ne sont pas entretenus par l'Administration municipale, et par conséquent sont en mauvais état; ce sont les égouts des Tuileries, du Palais Royal, du Louvre ancien et nouveau, des chemins de fer de l'Est et du Nord, de la Monnaie, du Luxembourg, du Palais de Justice, de la Conciergerie, des prisons Mazas et de la Roquette; ces derniers sont nettoyés, mais très irrégulièrement, sur la demande des chefs des établissements.
On a autorisé, il y a quelques années, l'établissement de petits égouts parliculiers ou caniveaux à forte pente autour des maisons de la rue de Rivoli et aux abords. Certains de ces égouts sont entretenus par la Ville aux frais des propriétaires; ils sont aussi bien tenus que possible, < mais ils sont difOciles », disent les agents chargés du nettoyage.
D'autre part, beaucoup d'égouts reçoivent des eaux acides qui sont de nature à détériorer les enduits des radiers, entre autres les égouts des rues de Lancry, du Temple, deCharenton, Traversière, de Bercy, de Charonne, de Reuilly, de la Roquette, Daval, du Chemin-Vert, Saint-Gilles, Tureune, Vieille-du-Temple, etc., toutes voies dans lesquelles s'exerce principalement la petite industrie parisienne de la bijouterie.
Des poursuites sont opérées, dans ce cas, contre les industriels coupables de ces déversements, dont l'effet se fait sentir non seulement dans le branchement particulier, mais ausfi dansl'égout public; on fait alors l'application de l'art, il de l'ordonnance de police du 1"' septembre 1853, ainsi conçu :
* La silualioQ de ces établissemenU s'est, en effet, un peu améliorée aujourd'hui au point de vue de l'hygiène. A la Salpôtrière on a installé des tinettes-filtres au lieu et place des fosses immondes qui infectaient l'élahlissempnt tojt entier ; aux Invalides et à l'École militaire, on a fait aux radiers des cgouts particulière qui les desservent des répai-alions qui rendent plus facile rëcoulcmenl dts matières focales.
An. 17
« 11 est également interdit de laisser écouler dans les égouts « des eaux acides qui ne seraient pas préalablement neulrali- € sées, de manière à prévenir la détérioration des égouts. »
Les condamnations prononcées entraînent presque toujours, non seulement le payement d'une amende, mais encore la réparation, aux frais des contrevenants, du radier du branchement particulier ainsi que de celui de Tégout public sur toute k longueur détériorée.
En même temps que s*exercent les poursuites judiciaires, le Service des égouts prescrit la neutralisation des eaux acides déversées : grâce à ces mesures combinées, on peut dire qu'aujourd'hui les déversements sont aussi restreints que possible.
Enfin, dans certains quartiers industriels, quelques égouts reçoivent des eaux chaudes à un degré assez fort dont les moindres inconvénients sont d'élever la température même des eaux de sources dans les conduites, et surtout de répandre par les bouches, sur la voie publique, des vapeurs imprégnées de miasmes insalubres.
Je me dispose à proposer des mesures pour faire cesser ces inconvénients*.
On a fait quelques essais pour nettoyer les égouts par de simples chasses, en leur donnant une très petite section et une forte pente. M. l'inspecteur général Dupuit a fait établir au pied des maisons rues Aumaire et Saint-Martin un petit caniveau de ce genre à forte pente avec vannes pour produire des chasses, et borne-fontaine au heurt. Les vannes devaient être
* Ce projet de M. Belgrand a été réalisé un peu plus tard. On trouvera plus loin, aux Annexes, le texte d*iiD anété préfectoral du Î8 janvier 1881 , qui interdit Técoulemeot, dans [es égoats, àe$ eaunr chMdes d'une température supérieure à 30 degrés et prescrit des poursuites en cas de contravention.
178 LES TRàViUX SOUTERRAINS DE PARIS.
manœuvrées de Texlérieur par les cantonniers ; mais ce système trop compliqué n*a pas réussi.
L'ancien collecteur de la rive gauche, établi sous le chemm de halage entre les ponts de la Tournelle et des Saints-Pères, se trouve dans de très mauvaises conditions d'entrelicn : comme il manque de pente, et qu'il est presque au niveau de la retenue du Pont-Neuf, Teau du fleuve y pénètre à la moindre crue et rend le nettoyage impossible. Cet égout est inrect, et il s'y produit un phénomène analogue aux feux follets des marais; l'hydrogène carboné qui se développe dans les vases de l'^oul y forme des poches que les égoutiers crèvent avec leurs pieds, le gaz qui s'en échappe s'enflamme aux lampes et forme quelquefois de longues traînées qui ne sont jamais bien dangereuses mais qui effrayent assez les ouvriers pour qu'ils ne pénètrent pas volontiers dans les galeries où ils en sont menacés. Ces dégagements d'hydrogène carboné, qu'ils désignent sous le nom de feux^ sont ce qu'ils redoutent le plus après le plomb (dégagement d'acide sulfhydrique).
Ce collecteur cessera d'être utilisé dès que la grande galerie des quais de la rive gauche sera achevée jusqu'à la Bièvre*.
* Ce traTail a été exécute en 1881. Mais cVst à la suile d'un accident des plus graves, surrenu en 1885, que la suppression définitive de Tégout latéral a été décidée.
Le 21 juin de celte année, vers neuf heures du soir, un orage éclata sur Paris et fut accompagné d^une pluie torrentielle (la plus forte constatée à Paris depuis le commencement du siècle) qui produisit une crue subite de la Bièvre.
Le collecteur de la rive gauche fut lui-même insufGsant et les eaui débordèrent à Tamont en occasionnant des dégâts assez importants ; mais, en même temps, le réseau des égouts situés entre ce collecteur et la Seine fut envahi par les eaux qui arrivèrent dans P^oot latéral par les galeries de décharge y débouchant. Cet égout, dont la section était réduite de moitié, eo ûnt, par Tamoncellement des sables qui s'y étaient déposés h la suite des crues de la Seine et qui était en mauvais état par suite de Timpossibilité de le visiter, céda sous la pression et ci*eva sur 60 mètres de longueur ï partir de la tète amont du pont de TArchevêche.
Le piédroit de rive s'était décollé et était tombé dans la Seine, entraînant dans sa diute plusieurs personnes qui s'étaient abritées sous le pont ; deux d'entre elles y trouvèrent in mort.
Voici la description de l'ancien procédé employé probablement dès Torigine des égouts.
Les ouvriers poussent la boue devant eux au moyen d'un rabot en la délayant dans la plus grande quantité d'eau possible ; la vase et toutes les parties meubles sont entraînées et il ne reste sur le radier que les parties les plus grossières, telles que le sable, les fragments de briques, les pierres et les cailloux. La grande quantité d'eau qu'on jette dans les égouts aujourd'hui a beaucoup facilité cette opération préliminaire. On place des vannes mobiles de distance en distance, de manière à opérer des retenues d'eau qu'où lâche tout à coup et qui produisent plus d'effet que le courant continu, mais faible, qui existerait sans cela dans l'égout.
Lorsqu'on a ainsi dégagé de la boue toutes les parties meubles, on ramasse le sablé en tas et on procède à ïextractUm. Cette opération se fait par la cheminée des regards au moyen de seaux en bois ou en gulta-percha ; les matières sont versées dans des tombereaux et ensuite transportées aux décharges publiques, soit par terre, soit par eau.
La quantité de sable qu'on retire annuellement des égouts est aujourd'hui d'environ 22 500 mètres cubes. Le prix d'extraction et de transport aux décharges publiques du mètre cube s'élève maintenant à peu près à 16 francs. Cette partie du service coûte donc environ 560 000 francs. Cette somme est considérable; on comprend d'ailleurs combien il est fâcheux d'extraire et de déposer sur la voie publique desmatiôi'es dont Faspect et l'odeur sont loin d'être agréables.
L'extraction ne se pratique pas dans certaines parties
(l*égouts qui ont une forte penle, tels que ceux des coteaux de la rive droite et de la Montagne Sainte-Geneviève.
Autrefois le Grand Égout de Ceinture n*élait jamais curé entre la rue de l'Arcade et la Seine.
Cette galerie, avant les nouveaux travaux de la Ville, était d'un entretien très difficile entre son origine et la rue de l'Arcade ; on y faisait beaucoup d'extraction de sable. Entre la rue de l'Arcade et le quai de Billy, sur 2400 mètres de longueur, régout passe sous les maisons et les extractions y étaient presque impossibles. On laissait les immondices s'y accumuler et on comptait, pour opérer le nettoyage, sur les fortes chasses que produiraient les pluies à chaque averse ; on a vu qu'alors l'eau ressortait par toutes les bouches. L'égout était donc plein d'eau jusqu'à la clef, fonctionnant comme une conduite forcée et l'eau y prenait une telle vitesse que toutes les matières étaient entraînées. J'ai constaté qu'au débouché en Seine, à la suite de l'orage du 21 mai 1857, une pierre de [plusieurs décimètres cubes flottait sur l'eau pendant plusieurs mètres comme un corps léger.
Depuis que les travaux de l'Administration ont fait disparaître bs inondations produites par l'égout de Ceinture entre la rue du Temple et la rue du faubourg Saint-Honoré, celte propriété de la partie inférieure de l'égout de Ceinture n'existe plus et celle galerie s'engorge avec une grande facilité.
On comprend facilement que l'Administration n'ait pas cherché à maintenir un mode de nettoiement très eificace sans doute, mais qui était basé sur la submersion des quartiers bas de la ville. Les inconvénients étaient bien supérieurs aux avantages qu'on en pouvait retirer.
L'annexion de la zone suburbaine est venue ajouter au réseau de Paris 54 kilomètres d'égouts dans de mauvaises conditions d'entretien.
Le manque d'eau était la cause principale de l'insalubrité de ces égouts. La zone suburbaine ne consommait en etfel que
13 000 mètres cubes d*eau, tandis que rancien Paris, sur une surface à peu près (?gale, en consommait 140000 mètres.
Le nettoiement des égouts est aujourd'hui une opération presque sans danger dans l'ancien Paris. Cependant, il arrive quelques accidents de temps à autre, surtout dans les égouts de la zone annexée.
Le 11 juin 1840, le sieur Regouby, inspecteur des égouts, cl la plupart des ouvriers de la brigade, furent frappés d'asphyxie dans Tégout du boulevard extérieur près de la barrière Blanche. Cet agent mourut des suites de cet accident, les ouvriers furent sauvés.
Quelques cas peu graves d'asphyxie ont eu lieu depuis cette époque; aucun des ouvriers atteints n'a succombé.
L'asphyxie produite par l'acide suif hydrique est un véritable empoisonnement. Les ouvriers sont donc plus longtemps malades que lorsque l'accident est dû à un autre gaz non rcspirable.
Le 11 août 1858, cinq ouvriers furent surpris dans l'égoul de la rue Richelieu par la crue produite dans celte galerie à la suite d'une forte averse. La submersion fut si prompte qu'ils eurent à peine le temps de se réfugier dans un cgout d'un niveau plus élevé, celui de la rue Molière ; ils avaient de l'eau jusqu'au cou lorsqu'ils atteignaient ce refuge. Ils se tenaient par la main en fuyant devant la crue : quatre d'entre eux purent se sauver, mais le cinquième totalement submergé lâcha la main de son camarade et fut entraîné dans la Seine oii son cadavre fut retrouvé.
On a cherché à supprimer les deux dangers d'asphyxie et de submersion, le premier en augmentant le volume de Teau, et le second en coupant les égouts insuffisants par des collecteurs.
En résumé, au moment où la Ville a modifié le système de
i8S LES TRAVAUX SOUTERRAINS DE PARIS.
ses égouts, les galeries étaient nettoyées deux fois par semaine et maintenues dans un étal assez convenable de propreté.
Mais deux considérations nouvelles sont venues modifier profondément le système de curage des égouts.
NOUVELLES MÉTHODES DE NEnOIEMENT DES ÉCOUTS.
L*établissement des chaussées macadamisées produisit un bouleversement complet dans le système de nettoiement des égouts.
On a vu ci-dessus qu'il était possible de se débarrasser des vases légères et des corps flottants au moyen d'une manœuvre facile ; jamais ces matières ne sont extraites sur la voie publique, elles sont entraînées jusqu'en Seine par le courant de Teau de régout.
Les sables et autres matières lourdes restent sur le radier d'où il faut les extraire par les cheminées de regards. Les chaussées pavées produisent très peu de sable, cela se comprend sans peine. Les égouts construits sous ces chaussées y sont donc d'un entretien facile et peu coûteux et ils peuvent être tenus en bon état au moyen des anciennes méthodes.
Depuis plusieurs années, on dresse un tableau hebdomadaire de l'état des égouts, et ce tableau prouve que les galeries sont généralement assez propres dans les rues pavées, même quand les rues sont à faible pente.
Mais le développement des chaussées macadamisées a modifie complètement les conditions du nettoiement.
Ces nouvelles voies produisent une énorme quantité de boue composée presque en totalité de sable de toute grosseur. Ces boues, réunies dans les ruisseaux par le service de balayage, sont entraînées en grande partie dans les égouts par les eaux pluviales ou par celles des bornes-fontaines.
DU TîETTOIENENT DES ÉGOUTS. i^5
Il se forme alors dans Tégout au débouché de chaque bouche ce que les ouvriers appellent un bâtard j c'est-à-dire un monceau de boues lourdes, que Teau entraîne difficilement.
Si, par des procédés que nous allons décrire, on ne fait pas disparaître les bâtards au fur et à mesure de leur production, ou si la projection des boues est trop considérable, chaque bâtard devient un barrage qui fait accumuler Teau en amont, régout alors se remplit d'eau et devient impraticable. Pour le dégager, il faut commencer par Taval en enlevant les uns après les autres tous les bâtards et en vidant ainsi tous les biefs successifs. Mais cette opération est lente et pénible et l'égout peut se trouver engorgé pendant des mois entiers.
Avant l'application du système de nettoiement que nous allons décrire, c'était surtout dans les collecteurs que ces inconvénients se faisaient sentir. Toutes les grandes galeries étant à faible pente, les sables y restaient dans une immobilité complète à l'aval de chaque chute et de chaque confluent d'égout secondaire et y formaient des bâtards énormes qui rendaient l'égout d'autant plus impraticable que le volume d'eau débité était presque toujours très considérable; le remous produit par ces barrages s'étendait en peu d'heures dans tous les égoulsqui venaient y déboucher.
Dans l'hiver si humide de 1859 à 1860, les grands égouts de Ceinture et de Sébaslopol, où les nouveaux procédés de nettoiement n'avaient pas encore été appliqués, ont été engorgés pendant quatre à cinq mois.
Les sables accumulés sur les radiers faisaient refluer l'eau dans toutes les galeries latérales qui s'engorgèrent promplement pendant plusieurs mois; ainsi l'égout Notre-Dame-de- Nazareth, par suite du remous de la galerie Sébastopol, fut rempli de 2 mètres d'eau. On comprend sans peine les inconvénients d'un pareil état de choses, surtout à Paris où les ogouls renferment les conduites d'eau et les tinettes-filtres qui tendent de plus en plus à remplacer les fosses d'aisances*
m LES TRAVAUX SOUTERRAINS DE PARIS.
Lorsque là pente d'un égoul dépasse 10 mètres par kilomètre, le nettoiement s'opère sans aucune diiBcuItéparla seule force de l'eau ; il suffit que l'ouvrier exerce une facile surveillance pour empêcher la formation des bâtards. Ainsi tous les égouts qui descendent des coteaux de la rive droite et la plupart de ceux de la rive gauche sont toujours dans un état de propreté normal, presque sans dépense.
Lorsque la pente est comprise entre 5 et 10 mètres par kilomètre, le nettoiement se fait encore sans difficulté; mais l'ouvrier est obligé de faciliter le travail de l'eau en poussant les matières avec son rabot. Par exemple, dans l'égout de la rue des Martyrs, on trouve une partie dont la pente n'excède pas 8 mètres par kilomètre; il faut alors que l'ouvrier agite un peu les matières pour en déterminer le départ; sans cela, il s'y formerait de distance en distance des accumulations de matières putrescibles.
Lorsque la pente descend au-dessous de 5 mètres par kilomètre et que l'égout reçoit des boues de macadam, le travail devient de plus en plus difficile, et l'extraction du sable sur la voie publique se pratique par les regards ainsi qu'il a été dit ci-dessus.
C'est dans ces dernières conditions depente que les nouveaux moyens de nettoiement deviennent très utiles.
Pour supprimer l'extraction des sables, qui est une opération toujours coûteuse, il faut faire en sorte que les égouts à faible pente qui reçoivent des boues de macadam et dans lesquels ces procédés ne peuvent être appliqués, n'aient pas plus de 300 mètres de longueur, ou, en d'autres termes, qu'ils soient coupés de 500 mètres en 500 mètres par des galeries du nouveau système.
On a vu plus haut que lorsqu'on construisit l'égout Rivoli, sous la direction de M. Dupuil, on y établit en même temps un petit chemin de fer pour en faciliter le nettoiement; après avoir
donné la description de cette galerie dans son ouvrage sur les Eaux, publié en 1854, M. Dupuit ajoute :
« Les angles de cette banquette, protégés par une forte cor- « nière en fer, forment les rails sur lesquels circuleront les « wagons qui emporteront les produits du curage, et pourront, a comme les baleaux qui servent à celui des canaux, recevoir <r à l'arrière-train une vanne mobile.
« Les parties solides seront mises eh wagon et portées jusqu'à « la Seine, où se trouveront des issues convenablement mena- « gées pour ce service. ».
M, Dupuit fit construire un wagon-vanne dont le dessin est reproduit ci-dessous (fig. 44). On voit, d'après ce qui pré-
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Fig. 44. — Premier wagon-vanne employé au curage du collecteur Rivoli.
cède, que cet appareil était à la fois un moyen de propulsion mécanique et un tombereau. La vanne était destinée à ramasser, dans la cunette de l'égout, les vases et autres déjections qui devaient ensuite être chargées dans le tonibereau et transportées hors de l'égout par le chemin de fer.
Ce wagon d'essai fut livré au Service de la salubrité qui alors n'était pas placé cous la direction des ingénieurs et dépendait de la Préfecture de police. Celte Administration ne fit
aucun usage de cet appareil que j'ai trouvé tombant de vétusté en 1856.
Néanmoins, il est bien probable que si le service du nettoiemenl avait été en 1855 entre les mains des Ingénieurs de la Ville, on aurait bien vile fait disparaître dans la pratique les défauts du premier wagon construit et qu'on serait arrivé plus promptemcnt au système de curage mécanique qui a si bien réussi plus tard»
Après la réorganisation du service, en 1856, on fit construire dans les ateliers de la Yille des wagons d'un modèle plus petit mais sans vannes, le Service de la salubrité ayant déclaré que cet appareil lui paraissait inutile.
Néanmoins, je ne renonçais pas à Tidée du nettoiement mécanique que je considérais comme le seul réellement pratique dans les grands égouts.
Lorsque la construction du collecteur d'Asnières fut résolue, je fis disposer la cunette de manière qu'on pût y faire passer des bateaux-vannes. Ce système de curage, dont l'application aux canaux du Nord avait donné toute satisfaction, devait, suivant moi, fournir de bons résultats dans les ^outs de Paris ; *e n'hésitai pas à faire constraire un bateau-vanne et prendre dans l'égout toutes les dispositions nécessaires pour faciliter la remonte et la manœuvre de ces appareils ; mais tout le monde m'annonçait un échec.
Cependant, le Service des égouts revenait peu à peu à l'idée du nettoiement mécanique.
Un des piqueuis du service, M. Cbuis, fixa à l'un des wagons légers récemment fournis une vanne grossière en bois et obtint des résultais qui parurent si salisFaisants que M. le Préfet do police demanda de nouveaux wagons-vannes aux ingénieurs de la Ville.
Le modèle fut étudié et l'appareil construit sous leur direction dans les ateliers des machines du Service municipal.
Le premier wagon-vanne fut livré au Service de la salubrité en juillet 1858.
Le succès fut complet; j'ai dit ci-dessus (page 174), que j'allai, quelques jours après, accompagné de plusieurs personnes, parcourir Tégout de Rivoli sur un Irain que mettait en marche un seul wagon-vanne poussé par Teau de l'égout.
Le décret du 10 octobre 1859 fît passer le nettoiement des égouts du service du Préfet de police à celui du Préfet de la Seine. Les ingénieurs de la Ville furent alors chargés de cette importante opération.
Depuis cette époque, le nouveau procédé du curage se généralisa et fut appliqué non seulement à Tégout Rivoli, mais encore à tous les collecteurs qui reçoivent ime quantité d'eau suffisante.
L'action de ces vannes mobiles, montées soit sur des Irucs roulants, soit sur bateaux, consiste à entretenir dans les collecleurs des courants factices susceptibles d'entraîner les matières lourdes. Une fois rabattues dans la cunette de l'égout, dont elles empruntent presque la largeur, il se forme à l'arrière une retenue d'eau qui, lorsqu'elle est suffisante pour déterminer une différence de niveau de 15 à 20 centimètres, passe avec force dans deux petites ouvertures ménagées dans le panneau et dans le vide qui existe entre celui-ci et la paroi de la cunelte.
11 s'établit alors une double action de l'eau. D'une part, le remous produit par la vanne exerce une pression qui fait marcher l'appareil ; d'autre part, les ouvertures de la vanne chassent en avant les vases et les sables. Bientôt, ces matières forment en aval un véritable banc qui atteint jusqu'à 100 mètres de longueur et s'opposerait à la marche de l'appareil si la vitesse de l'eau ne maintenait pas le sable en mouvement et ne le transportait de l'amont à l'aval du banc, qui voyage à la manière des dunes sous l'influence du vent.
Par l'effet de cette chasse continue, tout le système descend avec lenteur en déplaçant quelquefois, ainsi que l'expérience l'a démontré, outre les sables et les vases, des pierres assez
volurtiineuses qui, seules, ne seraient pas ébranlées, mais qui, mêlées aux sables, participent au mouvement de la masse.
Les bancs parcourent ainsi, en moyenne, un kilomètre en vingt-quatre heures et atteignent un cube variant de 50 à 200 mètres suivant l'importance et le débit des collecteurs.
Ce mode de nettoiement est beaucoup plus économique que celui qui a été décrit précédemment; il exige, pour fonctionner, une grande quantité d'eau, mais il réduit les frais d'entretien.
Je donnerai ci-dessous la description des appareils de curage des collecteurs, dont les deux types principaux sont le wagonvanne et le bateau-vanne. Je vais indiquer sommairement quelles sont les conditions exigées pour l'emploi de ces appareils.
Lorsqu'un égout doit recevoir un volume d'eau considérable et dépassant 50 litres par seconde, on peut y établir des wagons-vannes. Il faut alors donner 0'",80 de profondeur, au moins, à la cunette (types n*** 2, 5 et 6 modifiés) et ne se tenir à ce minimum que si Ton est limité par la hauteur du sol. C'est ce qu'on a dû faire au collecteur des Coteaux (rive droite). Mais plus la cunette est profonde, mieux le nettoiement s'opère. Ainsi, de tous les égouts à wagons-vannes, c'est certainement celui de Sébastopol qui fonctionne dans les meilleures conditions parce que sa cunette a de 1"*,50 à 1°,80 de profondeur.
Lorsque le volume d'eau que l'égout doit débiter n'atteint pas 50 litres par seconde, on ne donne à la cunette, en dessous des rails, que 0"',40 de profondeur (types n'^' 8 et 9).
Le service se fait alors par des wagons à bascule ou wagonstombereaux dans lesquels les matières sont chargées et transportées jusqu'à la Seine ou jusqu'à un collecteur nettoyé par wagon-vanne ou bateau-vanne. La largeur des voies des égouts à rails varie de 1",20 à 0"',80 suivant Timporlance du typé.
Lorsque le volume d'eau à recevoir est très considérable et dépasse 200 litres par seconde, lorsqu'en même temps la pente ne dépasse pas 0™,50 par kilomètre, on donne à la cunette, soit 2",20 de largeur et 1 mètre de profondeur (type n"* 3, collecteur des quais), soit 3",50 de largeur et 1",35 de profondeur (type nM, collecteur général); le nettoiement s*opère alors avec le bateau-vanne.