‹ Les travaux souterrains de ParisChapitre 55 sur 104 · ENTRETIEN DES ÉGOUTS · texte numérisé non relu

ENTRETIEN DES ÉGOUTS

On conçoit que des égouts en maçonnerie mince exigent un entretien attentif; c'est la loi de tous les ouvrages construits dans un système économique; par cela même qu'ils ne présentent pas d'excédent de matière, on doit les maintenir avec soin dans leur état primitif, et les économies obtenues sur le capital de premier établissement ont pour conséquence la nécessité d'un entretien suivi.

Ce n'est pas que, sous le rapport de la solidité, nos galeries ovoïdes, à parois minces en meulière et ciment, vaillent moins que les anciens égouts en moellon et chaux, formés de voûtes épaisses sur culées massives. La supériorité des matières et une combinaison de formes plus logique compensent la diminution d'épaisseur. Mais l'étanchéilé qui, pour les anciens égouts, réside plus ou moins complète dans le corps même de la maçonnerie, ne peut jamais être fournie par une paroi mince en meulière poreuse, et, par conséquent, dans les nouveaux types, elle n'existe que par les enduits.

La tâche principale du Service d'entretien consiste donc à maintenir ces enduits en parfait état, surtout dans le dévelop-

pement de la section mouillée^ où ils se trouvent exposés à diverses causes de détérioration, les unes mécaniques et les autres chimiques.

Du plus au moins, les causes mécaniques existent dans tout le réseau ; elles consistent dans le frottement des sables charriés par les eaux, et dans l'usure produite par les appareils de curage et par la circulation des ouvriers.

Les causes chimiques sont locales ou accidentelles, car les eaux d'égouts, malgré les grandes variations que présente leur composition, sont en général légèrement basiques, et par conséquent sans action appréciable sur les ciments. Mais il y a de très nombreuses exceptions. Dans les quartiers industriels, bien que les industries qui fournissent des eaux résiduaires acides soient tenues en principe de les neutraliser avant de les envoyer à l'égout, on n'obtient jamais qu'en fait cette neutralisation se fasse complètement et partout, et il n'est pas rare que d'assez grandes longueurs de radiers subissent des corrosions. On a vu plus haut les mesures prises par l'Administration pour remédier à ces inconvénients.

Dans les petits égouts, il est presque toujours assez facile de retenir momentanément ou de détourner l'eau, ou de la faire couler latéralement dans une buse provisoire; dans ce cas, les réparations de radier se font sans difficulté. Mais il n'en est pas de même dans les collecteurs, et surtout dans le collecteur général, qui débite habituellement près de trois mètres cubes d'eau par seconde.

On a dû appliquer à ces réparations une méthode fort ingénieuse dont l'idée appartient à Darcy, qui, je le crois, n'en a fait aucune appHcation et ne l'a décrite nulle part. C'est dans une conversation, et peu de temps avant sa mort, qu'il m'a fait connaître comment il entendait qu'on réparât un aqueduc ou tout autre ouvrage débitant beaucoup d'eau, sans interrompre le service.

On fait construire «n Uibe en tôle d'un diamètre sufiisant pour débiter Feau qui coule dans Taqueduc et d'une longueur un peu plus grande que celle du radier à réparer; on le ferme par les deux bouts et on l'amène en flottant au-dessus de ce radier; on débouché les extrémités et on le coule à la profondeur qu'on juge convenable. On construit dans l'eau à chaque bout un batardeau autour du tuyau, l'eau s'écoule dans le tuyau, on épuise entre ces deux batardeaux et on met 4 sec le radier à réparer.

J'avais appliqué cette métho4e à l'élai^issement de Taqueduc de Ceinture sur près d'un kilomètre de longueur entre le compteur de la Yillette et l'aqueduc Saint-Laurent, et dans le cours de l'hiver de 1869, je réparais par le même moyen une avarie extrêmement grave du même aqueduc, sans interrompre le service.

Lorsque le Service du nettoiement me signala diverses avaries dans le radier du collecteur général entre la Madeleine et Saint-Augustin, le voisinage des propriétés bâties le long de régout exigeait une prompte visite du radier, ce qui ne paraissait pas facile à faire. J'eus l'idée alors d'appliquer la méthode de Darcy à ce travail, et il fut reconnu qu'elle faisait disparaître toute difGculté.

Je transcris textuellement le rapport de l'ingénieur ordinaire M. Allard, qui rend compte de l'opération.

€ Des dégradations d'une certaine importance s'étant pro-

< duites dans le radier du grand égout collecteur d'Asnières € (partie comprise entre la Madeleine et Saint-Augustin), l'in- « génieur soussigné a employé pour les réparer, d'après les « indications de M. l'inspecteur général Belgrand et sous la

< direction de M. l'ingénieur en chef Rousselle, les moyens « ci-dessous décrits.

€ Le procédé a consisté essentiellement à établir dans la € cunette deux barrages transversaux entre lesquels on peut « se mettre à sec par voie d'épuisement, et à assurer l'écoulé-

€ menl des eaux par un tube de gros diamètre traversant les

< deux barrages.

€ Des tuyaux en fonte auraient été trop difficilement mania- « blés ; on s'est donc servi de tuyaux en tôle de 1 mètre de € diamètre, provenant de Fusine Chameroy ; quatre tuyaux « semblables, ayant quatre mètres de longueur, 0™,004 d'épais- « seur de tôle, et pesant chacun 625 kilogrammes, ont été « amenés de Pusine sur le chemin de halage de la rive droite « de la Seine, en aval du pont de la Concorde, au débouché € de régout de Rivoli. Là, on les a placés sur des v^ragons du « Service du curage, et transportés au point de croisement de € Fégout collecteur et de l'égout de Rivoli.

« Les tuyaux ont été assemblés, sur la banquette du collec- « teur, au moyen de boulons serrant fortement une lanière « circulaire comprise entre les brides, formée de trois épais- « seurs de feutre goudronné. On a ainsi obtenu des joints

< complètement étanches.

« Des plaques pleines avaient été préparées pour fermer les « extrémités, et permettre ainsi de transporter au point voulu

< les quatre tuyaux assemblés, en les faisant flotter dans la « cunette. Mais il eût été long et incommode de déboulonner

< ces plaques en partie sous Teau quand les tuyaux auraient € été en place. On a donc essayé de fermer simplement les « extrémités par une plaque en bois découpée circulairement et

< présentant une légère inclinaison sur la tranche. En la for-

< çant un peu avec un maillet à l'orifice du tuyau, et en mas- € tiquant le joint avec de la glaise, ou en le calfatant avec un € peu d'étoupe s'il reste du vide sur certains points du périmè- € tre, on arrive à une étanchéité très satisfaisante. Il suffît plus <r tard de quelques coups de pince pour détacher la plaque en « bois. Il convient de donner à cette plaque une épaisseur de € 0"*,12 en la formant de trois épaisseurs de madriers de 0°',04 € simplement cloués les uns sur les autres dans des sens perpen- « diculaires, puis découpés suivant la circonférence du tuyau.

« Les quatre tuyaux ainsi assemblés et fermés à leurs extré* « mités par deux plaques en bois ont été jetés à Teau sans difc fîculté; il a suffi, après avoir, par une manœuvre de vannes, « fait monter Teau à environ 0",10 sur les banquettes, de tirer « les tuyaux par des cordes. Leur chute n'a produit qu'un c faible remous sur la banquette opposée. Us ne se sont im- € mergés que d'environ 0",30.

€ On les a conduits à l'emplacement des réparations à faire, c II restait alors à disposer les deux barrages. Chaque bar- « rage devait être composé de deux cloisons en bois de 0",08 « d'épaisseur laissant entre elles un vide de 0",20 pour y couler

< du béton. Chaque cloison a été formée de deux épaisseurs de « madriers de 0",04 simplement cloués dans des sens perpen-

< diculaires. Les deux cloisons ont été réunies par des boulons

< traversant des rondins en bois destinés à en maintenir € l'écartement. Le tout était découpé suivant la forme de la € cunette, et séparé en deux parties par une ligne horizontale c passant au centre d'un vide circulaire de 1 mètre de diamètre, « destiné à recevoir le tuyau en tôle.

< Pour mettre les barrages et le tuyau en place, on a disposé € à l'amont un barrage plein provisoire convenablement contre- € butté, et dès que les eaux ont été assez basses, on a posé sur « le fond de la cunette les parties inférieures des barrages et

< on a amené le tube en tôle au--dessus, de manière que, l'eau € continuant à baisser, le tube est venu naturellement reposer « sur les entailles demi-circulaires. Puis on a coitîé le tube par

< les parties supérieures des deux barrages et on a coulé le c béton entre les cloisons. On a alors enlevé les plaques en € bois aux deux extrémités du tube, et détruit le barrage provic soire fait en amont. L'écoulement de l'eau s'est fait par le « tube dans de très bonnes conditions, et on a pu sans peine € épuiser complètement l'eau contenue entre les deux barrages € et faire les réparations à sec.

« liCS barrages dépassaient d'environ 0",30 le niveau des

€ banquettes et celui d'amont était prolongé sur chaque ban- € quette par un petit barrage de 0",50 de hauteur, formé d'un < madrier et d'un solin en béton.

« Pendant la durée de l'opération, l'eau n'est pas montée du € côté d'amont à plus de 0",20 sur les banquettes, et la dénier vellation de l'amont à l'aval a été d'environ 0",60. La partie € inférieure du tube était à 0",30 au-dessus du radier (espace t nécessaire pour permettre de faire commodément les répara- € tions sous le tube), et la partie supérieure du tube était à « 0",10 au-dessus des banquettes. Quoique le niveau de l'eau « d'amont fût plus élevé que le dessus du tube, l'orifice n'a « jamais été noyé, parce que l'eau s'y introduisait en formant « entonnoir. A l'aval, l'eau sortant du tube n'occupait guère « que les 2/3 de la hauteur.

« Les réparations terminées, on a essayé de transporter en « un autre point le tube et ses deux barrages sans rien « démonter. A cet effet, les parties supérieure et inférieure € des barrages, qui jusqu'alors n'avaient été soudées l'une à « l'autre que par la cohésion du béton, ont été rendues soli- « daires par des madriers cloués extérieurement sur toute la « hauteur. Après avoir fait baisser autant que possible le niveau « de l'eau par des manœuvres de vannes, on a détruit, sur tout « le pourtour des barrages, la cohésion du béton et de la cunelte « en frappant à coups de masse avec les précautions convena- « blés. On a laissé l'eau prendre son niveau entre les deux « barrages. Puis, après avoir bouché les deux extrémités du c tube par les plaques en bois, on a pompé ce qui restait d'eau « à l'intérieur du tube par une ouverture de 0",40 de diamètre « ménagée à cet effet sur l'un des tuyaux et fermée par une « bonde. En faisant alors remonter le niveau des eaux, on a « fait flotter tout l'ensemble du système et on l'a transporté sur « une autre partie des réparations à faire. Là, on a pu assez « facilement obtenir l'étanchéité au pourtour des barrages avec « de la paille et de la glaise; mais, le béton ayant été un peu

€ disloqué, des infiltrations se sont produites par l'intérieur « même des barrages, et on a eu quelque peine à s'en rendre « maître. Quoiqu'on y soit parvenu, il paraît préférable, en « pareil cas, de démolir chaque fois les barrages, et de les réta- « blir avec du nouveau béton, comme on l'a indiqué pour a Topéralion initiale.

« Quoi qu'il en soit, on voit que le système, dans son « ensemble, a parfaitement réussi et permettra de réparer dans « d'excellentes conditions toutes les dégradations qui pourront « se produire dans le radier du collecteur.

€ Les quatre tuyaux formant le tube ont coûté 1800 francs. € Les dépenses en fournitures et main-d'œuvre, pour réparer « deux portions du radier où existaient plusieurs trous de « grandes dimensions, se sont élevées à 3400 francs. Ce chiffre c est un peu élevé ; mais quelques fausses mains-d'œuvre insé- « parables d'un essai seraient évitées pour des réparations « ultérieures. Le tube a été démonté, et les tuyaux sont remisés < dans une chambre de l'égout Sébastopol. »

On voit par ce rapport que les travaux d'entretien qu'exige notre système d'égouts, lors même qu'ils présentent des difficultés spéciales, se traduisent en somme par des dépenses fort modérées.

Le crédit total d'entretien, stationnaire depuis plusieurs années, est de 260000 francs, ce qui, pour un réseau de 600 kilomètres en nombre rond, représente seulement Ofr. 43 c. par mètre. Encore, avec cette faible allocation, réalise-t-on chaque année quelques améliorations de détail, telles que le report sous trottoir d'anciens regards sous chaussée, etc. En fait, les dépenses d'entretien proprement dit, c'est-à-dire consacrées uniquement à maintenir les égouts en bon état, ne représentent pas plus de fr. 30 c. par mètre*. Mais la condition

« En i885, le crédit de Tentretien des égouts est de 385 000 francs : il a été augmenté chaque année proportionnellement au développement du réseau des égouts.

La longueur totale des galeries à Tentretien desquelles il est affecté étant de 820 kilo-

indispensable pour obtenir à si peu de frais un bon entretien est d'appliquer rigoureusement la méthode du point fait à temps, c'est-à-dire de surveiller les enduits, et surtout les radiers, de manière à réparer tout commencement de détérioration avant qu'il ait pu prendre de l'importance. A cet égard, la surveillance est facile, puisque toutes les galeries sont nécessairement parcourues à des intervalles très rapprochés par les ouvriers du curage, c'est-à-dire par un personnel qui, très directement intéressé au bon état des égouts, ne peut manquer de faire en temps utile tous les signalements nécessaires.

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