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HISTORIQUE DES VIDANGES A PARIS JUSQU'AU COMMENCEMENT DU XIX- SIÈCLE

Ou a VU dans ce qui précède que, jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, Paris était une ville fort sale (c^était déjà cependant la plus belle ville de l'Europe)^ dépourvue d'égouts et d*eau, infecte par conséquent, de plus très mal éclairée.

C'est aussi dans le dix-neuvième siècle qu'on a cherché à pourvoir la ville d'un bon système de fosses d'aisances et de voirie; avant cette époque, les matières fécales se perdaient dans le sous-sol, infectaient la nappe d'eau des puits dans laquelle la population pauvre puisait son unique boisson, ou étaient transportées dans des voiries qui formaient autour de la ville une ceinture empestée.

Voici l'historique très abrégé de cette partie de l'assainissement de Paris.

Des voiries au moyefii âge. — Jusqu'au règne de François P', à Paris, les matières fécales étaient transportées chaque jour aux décharges publiques.

Sous le règne de Philippe Auguste, les principales rues de Paris ayant été pavées, les habitants furent tenus de les balayer au droit de leurs maisons. Ils louaient à frais communs un tombereau qui transportait les ordures et les déjections de toute nature aux lieux désignés à cet effet.

A cette époque, il existait tout autour de Paris un grand nombre de ces voiries ; j'ai dit plus haut que les éminences des rues Meslay et Notre-Dame-de-Nazareth, Bonne-Nouvelle, des Moulins, Saint-Germain-des-Prés, des Coupeaux (labyrinthe du Jardin des Plantes), etc., ne sont autre chose que des accumulations de plâtras, de décombres et autres déjections de la ville. En ouvrant une tranchée d'égout dans la rue Nolre-Dame-de- Nazareth, on a rencontré le dépôt de matières fécales du quartier. Ces matières forment, à 2 mètres environ au-dessous du sol, une couche épaisse d'un terreau noir qui n'a conservé qu'une faible odeur \ Une ancienne voirie, découverte dans ces dernières années à Yaugirard, a été fructueusement exploitée par son propriétaire.

État de malpropreté de la ville jusqtià la fin du dix-huir tième siècle. Êdit de François /*^ — On conçoit combien devaient être incommodes les émanalions de ces dépôts placés sur tout le périmètre d'une ville qui n'était pas encore très étendue ; mais le mal était plus grand qu'on ne peut se le figurer, car on ne tenait guère compte des règlements de police, et la plupart du temps les déjections de toute sorte étaient déposées sur le sol même de la rue, quoique les contrevenants fussent menacés de 60 sols d'amende et d'être jetés en prison au pain et à l'eau. Malgré les ordonnances de 1372, 1393, 1395, 1396, 1397, la ville était dans le plus dégoûtant état de malpropreté.

* Ces matières ont conservé encore assez d'énergie néanmoins pour réagir sur le sulfate de chaux contenu dans les eaux de la nappe souterraine. Plusieurs habitants ont cru découvrir des sources sulfureuses dans leurs caves : on en a signalé une notamment rue Bérauger, n* 6 ; une autre a été indiquée vers la culée de droite du pont d'Âusterlitz.

On lit dans Un ouvrage publié en 1631 que, t dans cette ville c de Paris, on voit des boues noires qui croupissent dans les € rues, surpasser en puanteur toutes les plus grandes infec- « (ions. >

De La Mare raconte qu'au commencement du règne de Louis XIV, « les rues étaient si remplies de fange que la nécesc site avait introduit Tusage de ne sortir qu'en bottes. ^^

On avait néanmoins cherché depuis longtemps à remédier à ces causes d'insalubrité. Une ordonnance du roi Jean de 1348 parle pour la première fois des fosses d'aisances qu'on nomme chambres basses que l'on dit courtoires. Des lettres patentes de Charles VI de 1404 défendaient de jeter les immondices à la Seine, c ce qui portait préjudice à la santé et que

< c'était miracle comment ceux qui usaient tous les jours de « cette eau pour leurs boissons et pour cuire leur viande n'en <( mouraient pas > . Elles édictaient une amende < de 60 sols « parisis pour le fait de porter fiens dans la rivière, et le qua-

< truple que cousterait à ester ce que ainsy on y aurait mis. » Un arrêt du Parlement du 13 septembre 1533 enjoint « à

« tous les propriétaires des maisons oii il n'y avait point en- « core de fosses à retraits , d'y en faire faire en toute di- « ligence et sans aucun retardement, à peine de saisie des « loyers, pour en être les deniers employés à faire les dites « fosses. >

Un autre arrêt du Parlement (14 juin 1538) prononce la confiscation, de fortes amendes et même des peines corporelles contre les propriétaires qui jettent de leurs maisons « aucunes

< immondices , soit pissats ou autres immondices , quelles « qu'elles soient. >

Enfin parut le mémorable édit de François P' (novembre 1539) qui prescrit derechef à tous les propriétaires de créer dans chaque maison une fosse à retrait destinée à recevoir toutes les déjections.

Les considérants de cette ordonnance, qui constitue l'acte le

plus important du seizième siècle, au point de vue de la salubrité, font connaître l'état de la ville à celte époque.

€ Sçavoir faisons qu'en notre bonne ville et cité de Paris

€ et fauxbourgs d'icelle, a eu es temps passés et a encore plu-

< sieurs fautes notables es pavemens d'icelle qui sont moult € empires et tellement décheuz en ruine et dommage, qu'en

< plusieurs lieux on ne peut bonnement aller à cheval, ni à char- € roy sans très grand péril et inconvéniens ; et avec ce que, € icelle ville et fauxbourgs a esté tenue longtemps, et encore est « si orde et si pleine de boues, liens, gravois et autres ordures

< que chacun a laissé et mis communément devant son huis € contre raison et contre les ordonnances de nos prédécesseurs, « que c'est grand horreur et très grand déplaisir à toutes per-

< sonnes de bien et d'honneur; et font ces choses au grand

« préjudice de nature humaine demeurant et fréquentant en c notre dite ville et fauxbourgs qui, par l'infection et punaisie

< des dites boues, fiens et autres ordures, sont encourus es c temps passés en griefves maladies et infirmités du corps^ dont

< il nous déplaît fort et non sans cause. »

Inexécution des règlements. — Malheureusement, comme toutes les mesures de salubrité prescrites avant le dix-neuvième siècle, l'édit de François P' ne fut pas exécuté. Un arrêt du Parlement de 1551 fait savoir que l'ordre de police est perverti. Il ordonne que t la dite ville et faux-bourgs d'icelle.... soient € entretenus et conservés en santé et décoration, puisés cl « nettoyés des immondices.... de faire publier et attacher, par € les carrefours, l'édit et l'ordonnance faits par le Roy en € 1539 >.

Mais le Parlement ne fut pas plus heureux que le Roi, et toutes les ordonnances précitées ainsi que les nombreux arrêts, ordonnances et lettres patentes qui les confirmèrent de 1550 à 1663, restèrent sans eflfet, puisqu'on lit dans l'ordonnance de police de 1668 :

Les dits commissaires auraient entr'autres choses, € observé qu'en la plupart des dites maisons, les propriétaires € se sont dispensés d'y faire des fosses ou latrines, quoiqu'ils « aient logé dans aucunes des dites maisons jusqu'à vingt ou € vingt-cinq familles différentes, ce qui causait en la plupart € si grande puanteur qu'il y avait lieu d'en craindre les inconc véniens fascheux et surtout en des temps suspects. >

Il faut cependant mentionner, parmi les ordonnances sur la salubrité qui restèrent lettre morte, les lettres patentes de 1608, dans lesquelles il est fait mention d'une charge pour l'enlèvement des immondices :

.... < Défense de laisser escouler dans les égouts les urines, « eaux grasses et croupies.... Défense au maître fy-fij et des € basses-œuvres de ne laisser espandre par les rues ordures ou « excrémens, en vidant les basses fosses ou retraits, sur les € mêmes peines de 10 livres parisis d'amende.... »

C'est la première fois que la dénomination de maître fy-fy au des basses-œuvres est donnée aux vidangeurs, vulgairement appelés gadouards.

Un arrêt du 4 juin 1734 nous apprend qu'à cette époque les fosses n'existaient pas partout, notamment dans le faubourg Montmartre.

Les fosses étaient construites sans aucune règle ; une ordonnance de 1664 prescrivait seulement quelques mesures pour éviter les fuites dans les tuyaux de descente. Elle contenait toutefois une prescription remarquable : c comme aussi leur « enjoignons de faire des ventouses qui seront conduites < jusqu'au-dessus des combles i>. Telle est l'origine du tuyau de ventilation qui aujourd'hui doit être établi dans toutes les

fosses.

Il résultait de cette liberté absolue que les fosses n'étaient point étanches et que les liquides allaient se perdre dans la nappe d'eau des puits.

Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle l'Administration muni-

cipale se montra, pour ce qui concerne les fosses d'aisances, comme pour les égouls el la distribution des eaux, d'une faiblesse et d'une incurie qui paraîtraient bien intolérables aujourd'hui.

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