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DES COMMUNICATIONS ENTRE LES FOSSES D'AISANCES ET LES ÉGOUTS

L'arrêté de M. le Préfet, en date du 19 décembre 1854, rendu en exécution de l'article 6 du décret du 26 mars 1852, impose à tous les propriétaires l'obligation de mettre leurs maisons en communication avec les égouts au moyen d'un branchement. C'est parce branchement qu'il conviendrait, au moins pour les maisons neuves, d'opérer la sortie des solides et des liquides.

Je ferai voir plus loin, en donnant la description du branchement d'égout, que l'extraction et le transport des solides peut se faire sans difficulté, et on le conçoit déjà, puisqu'ils ne représentent que la cinquième partie du volume des vidanges. Le transport des liquides qui constituent les 4/5 de ce volume

est au contraire une opération très embarrassante si Ton tient à les conserver, et très facile, plus facile encore que celui des solides, si l'on consent à les perdre, puisque, dans ce dernier cas, il suffit de les laisser couler à Tégout.

Écoulement direct et continu des eaux des fosses dans les égouts. — L'écoulement direct et continu des liquides des fosses dans les égouts a été proposé, comme on Ta vu ci-dessus, par la Commission de 1835.

Depuis, la même proposition a été renouvelée par le Conseil de salubrité.

Enfin, M. le Préfet de la Seine, dans une conférence du 1*"' avril 1859, a autorisé les ingénieurs du Service à tolérer les écoulements directs et continus d'eaux -vannes dans les égouts, sous la condition que les maisons seraient pourvues d'un branchement d'égout et que les fosses seraient remplacées par un appareil séparateur mobile convenable.

Je dois dire ici pourquoi on a hésité si longtemps à adopter cette mesure si rationnelle et si généralement recommandée à l'Administration.

On a craint d'infecter les égouts et le fleuve, et de perdre un engrais précieux pour l'agriculture. Il faut bien reconnaître aussi, qu'une fois engagé dans cette voie, il sera difficile de reculer. Il s'agit donc d'abord de démontrer que les craintes de l'Administration n'étaient pas fondées et que l'écoulement continu des liquides ne doit pas augmenter l'infection des égouts et du fleuve.

Je ne répéterai pas ce que la Commission de 1835 a dit sur ce sujet ; je n'admets même pas absolument, comme elle, que le mélange des eaux d'égout et des eaux-vannes soit sans influence sur l'état de salubrité du cours du fleuve ; ce qui s'est passé dans les sécheresses de 1848 tendrait à prouver que l'eau des égouts de Paris, quelque faible que soit son volume, comparé à celui que débite la Seitie, produit d'assez fâcheux

résultats par son mélange avec l'eau de ce fleuve. J'ai pu constater par expérience :

1*" Que les eaux de la Seine, par des sécheresses extrêmes, s'altéraient sensiblement dans la traversée de Paris ;

T Qu'alors, l'eau montée à Chaillot devenait infecte et répandait une odeur insupportable dans tout l'emplacement des anciens bassins, lorsqu'elle restait en repos dans une des conduites ascensionnelles pendant quatre à cinq jours seulement ;

3' Que celte altération de Feau s'étendait jusqu'à Poissy .

Mais je suis convaincu que la projection directe des eauxvannes dans les égouts ne pourrait aggraver en aucune façon cet état du fleuve.

En effet, les liquides des fosses d'aisances, lorsqu'ils sont frais, n'ont pas une odeur sensible ; l'urée, qui forme la plus grande partie des matières azotées qu'ils renferment, en se mélangeant à la grande masse d'eau des égouts et du fleuve, entre difficilement en putréfaction, condition indispensable pour qu'elle devienne odorante.

L'altération des eaux du fleuve produite par les 440 000"' de liquides inoffensifs qui y arriveraient dans cet état, ne serait certainement pas plus considérable que celle qui résulte aujourd'hui de l'écoulement de 230000*"^ d'eaux-vannes putrides qu'on jette directement dans les égouts au moment de la vidange. Tous les Parisiens peuvent apprécier chaque jour l'odeur fétide qu'elles répandent lorsqu'on les extrait des fosses, et cela malgré la prétendue désinfection opérée préalablement et la précaution exigée aujourd'hui de diriger le liquide de la fosse àVégout par un tuyau continu.

A la vérité, une moitié seulement des eaux-vannes arrive par cette voie dans le fleuve, mais une grande partie de l'autre moitié finit également par s'y rendre, et dans un état qui n'est guère moins fâcheux. En effet, la conduite de retour de Bondy suffit à peine pour amener à l'égout de Pantin les eaux surabondantes de la voirie que la fabrique de produits chimiques ne

peut utiliser et les eaux mères de cette fabrique. L'égout de Pantin tombe en Seine près de Saint-Denis, à une très petite distance du débouché de l'égout d'Asnières, qui, dans peu d'années, recevra le reste des eaux-vannes.

Ainsi, soit qu'on reste dans le statu quOj soit qu'on autorise V écoulement direct et continu aux égouts, la plus grande partie des eaux-vannes viendra tomber dans la Seine entre Asnières et Saint-Denis. Seulement^ dans Vétat actuel, elles arrivenl aux égouts et au fleuve corrompues, et mêlées d'une grande qwantiU de solides : il faut conserver le Dépotoir, la voirie de Bondy, l'organisation du transport par le canal de VOurcq, qui augmente Pans en eau potable, tandis qu'avec l'écoulement continu les eaux arriveraient aux égouts sans odeur et presque limpides.

La perte d'engrais, dans Vétat actuel, est plus grande que celle qui résidterait de l'écoulement continu. — La perte des engrais qui résulterait de l'écoulement continu ne peut être évitée. D'abord elle existe dans l'état actuel, puisque la plas grande partie des liquides tombe dans le fleuve, et qu'elle y arrive avec une partie très notable des solides extraits des fosses avec la pompe, mais en outre, pendant les longues manipulailions qu'on fait subir aux solides pour les convertir en poudrette, il s'opère une perte très considérable des principes actifs des engrais. Les matières azotées se convertissent en produits ammoniacaux et se perdent, soit dans l'atmosphère, soit par imbibition dans le sol. 11 résulte d'expériences nombreuses que celte perte peut ôtre évaluée aux 9/10 de l'azote, tandis que si les solides étaient mieux séparés des liquides, il serait possible de fabriquer la poudretle ou du moins de préparer l'engrais en très peu de jours, et d'éviter la plus grande partie de ces pertes, comme je vais le faire voir ci-dessous.

L'agriculture tirera difficilement parti des liquides, dans l'état oii ils sortent des fosses. — Admettons donc les sépara-

leurs, et voyons s'il csl possible de tirer parti des liquides et de les livrer à Tagricullure, dans l'état oii ils sortent des fosses.

La vente des liquides au Dépotoir et à la voirie de Bondy est insignifiante. — Depuis quelques années, l'Administration municipale a cherché à en tirer parti en les vendant à la voirie de Bondy au prix très bas de 1 franc par mètre cube qui est loin de représenter, je ne dis pas les frais de vidange, qui sont de 7 francs par mètre cube, mais les frais d'extraction, de manipulation et de transport qu'il faudra faire, quel que soit le système adopté, pour conduire le liquide au lieu de vente. Or, avec les prix réduits, la moyenne annuelle des ventes n'a pas dépassé 5500 mètres cubes, quantité insignifiante ; on se refuse donc à prendre un engrais que la Ville vend au-dessous du prix de revient. A quoi doit-on attribuer cela? A l'esprit de routine, au défaut d'intelligence des agriculteur? Je ne le pense pas, mais au peu de richesse de l'engrais, qui ne lui permet pas de supporter les frais de transport.

Admettons, en effet, comme on le fait habituellement, que les liquides du Dépotoir renferment 3 '',40 d'azote par mètre cube et que l'azote des engrais se paye dans le commerce à raison de 2 francs le kilogramme. D'après cela, les 440 000 mètres cubes de liquides renferment une quantité d'azote qui vaut, au prix de commerce, 3 millions de francs, somme considérable ; mais chaque mètre cube n'en contient que pour 6 fr. 80 c, somme insuffisante, car les frais qui doivent se déduire de la valeur de l'engrais sont, par mètre cube, pour un transport de 10 kilomètres seulement :

l"" Le prix de vente, qui, nous l'avons dit, ne peut être

abaissé 1 fr.

â"" Les frais de délivrance et de chargement,

évalués en moyenne à fr. 23 c.

A reporter ... 1 fr. 23 c.

Report. . . 1 fr. 23 c.

3*" Le transport qui, pour un éloignement moyen de 10 kilomètres, ne peut être eslimé, pour l'aller et le retour, à moins d'une journée d'un cheval et de son conducteur 6 fr.

Prix du mètre cube d'engrais rendu à la ferme. 7 fr. 23 c.

Les engrais concentrés peuvent au contraire être transportés au loin ; tels sont le guano, qui renferme 120 kilogrammes d'azote au moins par 1000 kilogrammes, et la poudretle ellemême, qui en renferme 20. Leur manipulation est d'ailleurs beaucoup plus facile que celle des liquides, les frais de répandage surtout sont beaucoup moins élevés.

On conçoit donc pourquoi les agriculteurs recherchent si peu les engrais liquides du Dépotoir et de la voirie de Bondy ; quoiqu'on les exonère des frais de vidange, qui sont de 7 francs par mètre cube, ils auront toujours un immense avantage à acheter des engrais plus concentrés.

Mais s'il est vrai que les eaux-vannes sont déjà d'une vente difûcile, que deviendra ce commerce dans l'avenir?

Aujourd'hui, avec la fosse é tanche, le propriétaire lutte tant qu'il peut contre la tendance du locataire à jeter beaucoup d'eau dans le cabinet d'aisances, mais dès que l'écoulement continu, soit dans les égouts, soit par des tuyaux spéciaux, sera toléré, celte lutte cessera, la distribution d'appartement s'établira rapidement et la quantité d'eau débitée par les vs^aler-closets s'accroîtra dans une proportion énorme.

Les frais à la charge des agriculteurs resteront de 7 fr. 50 c. par mètre cube, tandis que la valeur réelle de l'engrais tombera de 6 fr. 80 c. à 3 fr. 40 c, 2 fr. 27 c, 1 fr. 70 c, etc., suivant que le volume d'eau dépensé dans les cabinets sera double, triple, quadruple, etc., de ce qu'il est aujourd'hui. On arrivera, dans peu d'années, à un liquide qui n'aura pas plus de valeur

agricole que de l*eau pure et qui coûtera plus cher que le meilleur fumier de ferme.

L'intérêt agricole est donc à nos yeux en dehors de la question.

Mais admettons que TÂdministration municipale, dans la crainte d'altérer l'eau du fleuve et les égouts, soit disposée à faire les plus grands sacrifices, à prendre à sa charge, par exemple, tous les frais de transport et à imposer aux propriétaires Tobligation d'installer dans les water-closets le séparateur Thorel, qui est d'un mécanisme simple, aussi facile à poser qu'une garderobe ordinaire à effet d'eau, et divise instantanément les matières introduites dans la cuvette, de telle manière qu'aucun liquide n'arrive à la fosse.

Elle n'arrivera pas encore à la solution complète du problème.

En effet, le répandage des engrais liquides, quel que soit le système agricole adopté, ne peut se faire en toute saison ; sur les prairies elles-mêmes qui sont, de toutes les cultures, celles qui supportent le mieux le renouvellement de l'arrosage, celte opération est impraticable en hiver et au printemps, surtout en temps de gelée, lorsque l'herbe a atteint un certain développement; pendant la fenaison, l'arrosage doit encore être suspendu.

Que deviendront les eaux-vannes qui arriveront d'une manière continue aux lieux de vente, dans la morte saison, comme dans le reste de l'année?

Même aux moments de grande activité des demandes, il y aura nécessairement des irrégularités dans le volume journaher des matières vendues.

// faudra donc les emmagasiner, c'est-^-dire maintenir les voineSy ces établissements infects qui, par leur étendue, les émanations horribles qu'ils répandent, sont réellement intolérables près d'une grande ville.

On a dit qu'en prolongeant la conduite de Bondy au delà de la

limite où les boues et fumiers de Paris arrivent presque sans frais, on trouverait facilement à vendre les eaux-vannes dont les agriculteurs de la banlieue ne veulent pas*

J'admets cette hypothèse; mais comment conlraindra-t-on les cultivateurs à prendre ces engrais à toutes les époques de Tannée et à construire des fosses à liquides, lorsqu'ils auront la faculté de faire leurs prises à leur convenance sur la conduite de la Ville?

MM. Mille et Moll ont fait, à la ferme de Vaujours, tous leurs efforts pour avoir une meilleure répartition des prises, et ils ont obtenu de notables améliorations sous ce rapport. Mais comment demander aux autres agriculteurs le même zèle et la même bonne volonté, si Ton considère surtout qu'ils n'ont pas à leur disposition, comme à Yaujours, des installations spéciales, tuyauterie, robinetterie, etc.?

Il faudrait donc de distance en distance établir des voiries publiques.

La conseiDatian des liquides exige V ajyplicatioii à tons les cabinets d'un séparateur analogue à celui de M. Thorel. — Admettons qu'on passe sur cet inconvénient qui s'atténuerait beaucoup par l'éloignement de ces établissements infects. Il faut trouver le moyen d'exonérer les propriétaires de Paris des frais de vidange, attendu qu'il n'est pas juste de leur faire payer un impôt de 7 francs par mètre cube de liquides au profit de l'agriculture.

J'ai dit plus haut que la solution la plus désirable consisterait à retenir au passage toutes les matières fertilisantes pour ne laisser écouler à Tégout qu'une eau inoffensive et sans valeur.

Malheureusement, ce problème n'a pu être résolu jusqu'ici : j'indique plus loin le moyen qui, suivant M. Dumas, pourrait être tenté.

Mais en attendant, si l'on veut utiliser les liquides urtneux,

2îJ4 LES TRAVAUX SOUTERRAINS DE PARIS.

il faut les séparer des eaux de lavage dans le cabinet au moyen de l'appareil Thorel.

En supposant que cette première sujétion ait été imposée aux propriétaires, il faut, si l'on veut recueillir tout l'azote, se résigner à conserver les liquides uiineux et les recevoir dans des tinettes mobiles préalablement munies de désinfectants. Quant aux matières solides, elles seraient recueillies dans une tinettefiltrante où elles auraient été projetées en même temps que les eaux de lavage et de vaisselle, qui s'écouleraient à l'égout par le branchement particulier.

Avec ce système, on conserverait tout Tazote, mais les frais de vidange seraient considérables. En effet, on a vu ci-dessus que le volume des liquides urineux, en les supposant complètement séparés des eaux de lavage, était à peu près 4 fois plus grand que celui des solides ; les frais de vidange seraient donc quintuplés. Le volume annuel de matières à enlever par fosse serait

de ^p. ..^. = 6 mètres cubes environ, en supposant les liquides

urineux bien séparés et sans mélange d'eau de lavage.

Chaque tinette cubant un hectolitre, et la vidange coûtant 1 fr. 50 c. par tinette enlevée, il y aurait 60 manœuvres de tinette à faire par fosse, qui coûteraient . . 90 francs ajoutant les frais d'entretien de la fosse et des tinettes évalués à 20 —

la dépense annuelle par fosse serait donc de . . 110 francs

Dans l'élat actuel de Paris, où il existe 85000 fosses, la dépense totale serait de 9 millions de francs.

On ne peut évidemment grever la propriété parisienne d'un pareil impôt, même au profit de l'agriculture. On doit considérer, du reste, que la séparation des liquides et des eaux de lavage est un peu théorique, et, qu'en pratique, elle donnerait lieu à de nombreux mélanges des deux matières.

Réception des liquides dans des conduites spéciales sous les radiais d'égout. — Il faut donc renoncer aux lineltes destinées à recevoir les liquides urineux seulement, et supposer le tuyau qui les reçoit prolongé jusqu'à une conduite en ciment que certaines personnes proposent de ménager dans le radier de chaque égout.

Les urines seraient ainsi transportées souterrainement hors de la ville et pourraient être utilisées par les cultivateurs.

Cette idée est-elle pratique? Je ne le pense pas. Je ne parlerai pas des difficultés sans nombre que rencontreraient les pénétrations des tuyaux dans les conduites et dont la moindre serait de suspendre à chaque instant le service de Tégout. Mais si l'on considère que les liquides s'écouleront par le simple effet de la pesanteur ^ avec une pente souvent très faible comme celle des égouts, il est certain que les engorgements seront à craindre et que des nettoyages fréquents deviendront nécessaires.

Pour opérer ces nettoyages, il faudra établir un nombre considérable de bouches d'eau, qui ne pourrait certainement pas être inférieur à 3000. Ces 3000 bouches versant un lilre seulement donneraient un écoulement de 3 mètres cubes par seconde. Or, les conduites maîtresses ne pourraient pas débiter, sans être exposées à des avaries graves, plus de 200 litres. Il faudra donc* fractionner le service du lavage, en sorte que les eaux arriveront à leur destination complètement diluées et impropres à tout usage.

Ces considérations suffiraient à elles seules pour faire rejeter le système des conduites en ciment sous les radiers des égouts, s'il ne fallait envisager en même temps les dépenses que leur construction entraînerait et qui ne seraient pas inférieures à 7 millions de francs, savoir :

pour les égouts à construire 4000000 fr.

et pour les égouts anciens 3 000 000 fr.

C'est là une somme trop considérable pour être engagée dans

une opération dont les résultats ne sont rien moins que problématiques.

De V écoulement direct et contùm aux égouts. — Mais si, dans chacun des systèmes que je YÎens de décrire, il est bien démontré que Ton n'arriverait, en les appliquant» qu'à maintenir ou même à augmenter les charges imposées aux propriétaires, il ressort clairement que, quel que soit le système adopté, c'est par le branchement d'égout, convenablement aménagé, que doit s'effectuer la vidange, dans l'avenir.

Je n'ignore pas qu'avec l'écoulement continu et direct des liquides à l'égout, au moyen d'un appareil filtrant bien conditionné, qui recevra la totalité des matières, on perdra tout l'azote des liquides; c'est là une perte considérable sans doute, mais qu'il faut se résigner à subir comme on se résigne à ne pas tirer parti des millions de tonnes de fer répandues dans les argiles, de l'incommensurable force que représente la masse d'eau et la chute des fleuves, et, en général, de toutes les richesses naturelles trop disséminées.

En revanche, avec les tinettes filtrantes et l'écoulement continu des liquides à l'égout, on déchargera la propriété parisienne d'un impôt improductif qu'il n'est pas téméraire d'évaluer à près de cinq millions par an, et qui ne peut que s'accroître d'année en année dans une proportion ruineuse pour le propriétaire.

J'ai donc la conviction bien arrêtée, malgré les tergiversations de toute sorte inséparables d'un essai qui doit bouleverser le régime des vidanges, que l'on pourrait, dès aujourd'hui, auloviser les proptiétaires et surtout ceux des maisons en construction à suppnmer leurs fosses et à les remplacer par un simple branchement dans lequel seront disposées des tinettes- filtres, et à laisser couler les liquides à Végout.

M. le Préfet autorise les ingénieurs à entrer en pourparlers

avec les propriétaires. — iM. le Préfet de la Seine, à la suite d'une conférence sur ce sujet, \ient d'autoriser les ingénieurs du Service à entrer en pourparlers avec les propriétaires qui construisent des maisons neuves. On tolérerait l'écoulement des eaux-vannes à Tégout, sous la réserve toutefois qu'on adopterait dans la construction des branchements les dispositions reconnues nécessaires et que les matières seraient reçues dans des appareils séparateurs analogues à ceux de M. Dugléré.

MM. les Ingénieurs de section se sont mis immédiatement en rapport avec les constructeurs de maisons, mais ces premières démarches sont restées sans succès.

Bésistance des propriétaires. — Les propriétaires n'ont Vu dans la tolérance qu'on leur accordait qu'une expérience en grand que la Ville voulait faire à leurs dépens.

Ils se refusent donc tous à appliquer le nouveau système tant que les autorisations ne seront accordées qu'à titre de simple tolérance.

« Qu'on nous oblige, disent-ils, à sui)primer l'ancien système « de fosses, qu'on nous fasse connaître d'une manière précise € les nouveaux appareils qui doivent les remplacer, et nous « nous soumettrons avec empressement aux conditions nouvelles « qui nous seront imposées par l'autorité municipale. Mais € nous ne voulons pas de provisoire. »

Cette résistance des propriétaires parisiens me paraît parfaitement rationnelle et indique à l'Administration la marche qu'elle doit suivre.

Mesures à prendre pour les maisons neuves. — Dans toutes les rues pourvues d'égout, il faut rendre obligatoire, pour les maisons neuves, la suppression des fosses, le prolongement du branchement jusqu'au tuyau de descente, et l'installation des tinettes-filtres ; il faut, en outre, dans toutes les construc-

lions dont les plans sont soumis à Taulorité municipale, fixer le niveau inférieur des caves à 0™,20 au moins en contre-haut du radier des égouls. Les ingénieurs détermineraient les points de hauteur de ces caves comme ils déterminent déjà ceux des seuils sur la voie publique*.

Mesures à prendre dans les maisons anciennes. — Mais le prolongement du branchement n'est pas immédiatement possible dans les maisons existantes. Les aménagements des caves et des passages ne le permettraient presque dans aucun cas. Il faut donc, sous peine de voir éterniser le procédé actuel des vidanges, trouver un système transitoire qui permette à chaque propriétaire d'attendre Tépoque où le remaniement de ses caves sera rendu possible soit par de grosses réparations, soit par la reconstruction partielle ou totale de la maison.

Système de M. Maxime Paulet. — M. Maxime Paulel propose de remplacer les fosses par un récipient de médiocre capacité, un peu plus élevé que le sol, dans lequel on introduirait d'abord un réactif désinfectant. Des robinets placés à diverses hauteurs, sur des tuyaux de décharge, mettraient celle fosse en communication soit avec Tégout, soit même avec le ruisseau de la rue, et permeltraient au Service de la salubrité d'opérer, au moyen d'une faible rétribution (10 francs par an), l'écoulement des liquides toutes les fois que le besoin s'en ferait sentir. Le pro-

* Ce système rendrait impossible, dans beaucoup de rues, les constniclioas souterraines auxquelles on a donné le nom de sous-sols; si je puis contribuer, pour ma part, à faire disparaître celte mode nouvtflle, je m*cn applaudirai comme d'une bonne action. Malheureusement, les constructions de ce genre se généralisent, et ayant vingt ans, si Ton nV met ordre, la moitié de la population commerçante de Paris TÎyra sous leire. J'ai yu des bureaux mstnllés dans un sous-sol tellement humide que le papier n*y séchait p:is. La spéculation profite de toutes les améliorations obtenues par de si coûteux sacrifices, pour maintenir la population laborieuse dans des conditions hygiéniques plus mauvaises que celles où elle se trouyâit dans ses rues anciennes, élroites et malsaines. Je crois que TAdministralion doit résister de toutes ses forces à ces inhumaines tendances et qu'elle doit construire ses égouls à des profondeurs telles que chaque maison puisse reposer sur un bel étage de caves, mais aussi qu'il soit impossible de construire une ville souterraine qui, avant peu d'années, remplacerait d'une manière peu avantageuse pour la population pauvre les anciens logements insalubres des rues démolies.

priétaire n'aurait plus à sa charge que la vidange des solides, qui s'opérerait sans difficulté et sans grande dépense.

Celle ingénieuse idée ne nous paraît pas complètement pratique. 11 n'est pas possible de mettre la fosse au--dessus du sol, puisque les cabinets des rez-de-chaussées indispensables pour les loges de concierges, les domestiques et les boutiques, ne pourraient plus être établis. Il n'est pas très facile non plus, dans les maisons existantes, de trouver à proximité des tuyaux de descente l'emplacement de ces petites fosses, quelque restreint qu'il soit.

Séparation des principes fertilisants. — M. Boussingault, dans un mémoire qu'il a publié dans les Annales de chimie et de physique, indique un procédé pour fixer une partie de l'ammoniaque des urines. En y mélangeant un sel magnésien soluble, l'alcali se dépose au bout de quelques jours à l'état de phosphate ammoniaco-magnésien.

M. Dumas, dans une conversation que j'ai eue avec lui sur ce sujet, m'a dit qu'il existait dans Tensemble des matières solides et liquides assez d'acide phosphorique pour faire la réaction complète, c'est-à-dire pour solidifier toute l'ammoniaque au moyen de l'introduction d'un sel magnésien, par exemple du chlorure de magnésium, sel qui se trouve en abondance dans les eaux mères des salines.

D'un autre côté, M. Maxime Paulet a constaté qu'en introduisant en même temps un sel magnésien et un désinfectant métallique dans la même fosse, le phosphate ammoniaco-magnésien insoluble ne se forme plus, et que c'est un phosphate métallique tribasique qui prend sa place.

11 faudrait donc que la réaction magnésienne et la désinfection se fassent dans deux compartiments séparés, pour opérer, à la fois, et la solidification des sels ammoniacaux, et la désinfection qui doit nécessairement être pratiquée avant l'émission des liquides à l'égout.

Je crois ce système digne d'un essai pratique, en raison de la haute notoriété scientifique de ses inventeurs. S'il réussit, il aura réalisé le difficile problème de la séparation des principes fertilisants.

Mais, quoi qu'il en soit, je ne puis m'empêcher de donner la préférence à l'appareil séparateur mobile laissant écouler directement les liquides à l'égout. Ce procédé l'emportera toujours sur tous les autres par son extrême simplicité; la perle des principes azotés des urines est sans doute regrettable, mais cette perte me paraît peu de chose, si je la mets en balance avec la simplification de l'assainissement de la ville, question capitale et qui doit l'emporter sur toute autre considération.

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