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DES VIDANGES DANS LES RUES DÉPOURVUES D'ËGOUT

Le système actuel des vidanges devra être conservé dans les rues où il n'y a pas d'égout. Combien de temps encore doit durer cette situation anormale? Il est difficile de répondre à cette question, puisque la solution dépend de l'importance des crédits que la Ville pourra affecter chaque année à la construction de ces galeries.

En ne tenant compte que des égouts de petite section, qui seuls intéressent la salubrité des maisons, on trouve que la dépense à faire pour en doter toutes les rues des quartiers populeux de Paris serait d'environ 45 millions de francs.

Je ne compte dans cette dépense, ni les égouts collecteurs, ni les égouts des rues à ouvrir.

C'est là, évidemment, un chiffre énorme, mais qui ne doit pas effrayer si l'on considère le but auquel il est destiné. On peut dire que jamais dépense n'aura reçu meilleure affectation, puisqu'elle intéresse l'assainissement de la ville entière, c'est-à-dire la santé des Parisiens.

Plusieurs systèmes ont été proposés par ^des inventeurs pour remplacer, dès maintenant, les égouts de petite section et parer à rinsuffisance du réseau actuel des égouts, dontFachèvement doit demander encore beaucoup de temps et d'argent. Je vais examiner sommairement les principaux de ces systèmes.

Système de M. Beaudemoulin. — M. l'ingénieur en chef Beaudemoulin a proposé de remplacer les égouts de petite section par des tuyaux en ciment de 0",30 de diamètre, posés sous les trottoirs, et dirigés vers les branchements de bouche des égouts publics, avec de fortes pentes de 3 à 4 centimètres par mètre.

Ces drains seraient fermés par des clapets à leur arrivée dans les bouches d'égout ; ils se rempliraient donc des eaux provenant des maisons et on pourrait y pratiquer toutes les deux ou trois heures, en faisant ouvrir les clapets par les cantonniers, des chasses qui, suivant l'auteur, ne permettraient pas aux matières de s'y corrompre et deviendraient un puissant moyen de nettoyage des égouts publics.

Cette idée n'appartient pas à M. Beaudemoulin. Avant la publication de sa brochure, on avait construit dans la rue de Rivoli et dans les rues adjacentes un assez grand nombre de ces petits caniveaux à forte pente qui allaient rejoindre les bouches des égouts publics ; M. Dupuit, alors Directeur du Service municipal, songeait même à généraliser ce système pour compléter le réseau des égouts, et il avait fait construire à l'angle des rues Aumaire et Saint-Martin un spécimen avec vannes qui devaient être manœuvrées par les cantonniers^ pour opérer les chasses, et de plus avec une borne-fontaine au heurt pour faire le lavage.

C'est donc à M. Dupuit que doit être attribuée l'invention des égouts-drains. L'Administration, qui avait d'abord adopté cette idée en principe, a dû y renoncer, parce que les petites galeries devenaient promptement infectes, et qu'il était à peu près

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impossible d'en surveiller le nettoyage, les inspecteurs ne pouvant s'assurer de visu si les ouvriers faisaient leur devoir. Il y avait dans l'ensemble des manœuvres une complication inadmissible dans le service d'une grande ville.

Je ne m'étendrai pas plus longtemps sur ce sujet; mais le plus grand inconvénient des caniveaux de M. Dupuit» c'est qu'ils étaient trop peu profondément enfoncés en terre pour qu'on y pût conduire les eaux-vannes des fosses, à moins d'employer le procédé indiqué par M. Beaudemoulin, procédé qui lui appartient bien légitimement, quoique Parent-Duchâtelet ait projeté quelque chose d'analogue, mais qui me paraît absolument impraticable.

Cet ingénieur propose de faire extraire les eaux-vannes des 85000 fosses de Paris au moyen de pompes mises en mouvement par les concierges de chaque maison ou par 85 000 petites machines hydrauliques que les eaux de la Ville feraient marcher. Les matières convenablement délayées passeraient presque entièrement par les pompes, l'opération serait quotidienne et ne durerait que quelques minutes tous les matins. Les matières, inodores au moment de leur production, seraient versées dans le ruisseau des eaux ménagères de la cour, d'où elles se rendraient dans la gargouille du trottoir qui les verserait dans l'égout-drain.

Il me semble qu'il suffit de l'énoncé qui précède pour que tout le monde apprécie la complication et les impossibilités pratiques de ce système auquel la vidange actuelle, avec tous ses inconvénients, est certainement préférable et qui demanderait que le service intérieur des maisons soit organisé avec l'exactitude militaire qu'on obtient sur un chantier.

Système Partis. — M. Panis propose d'entourer les îlots de maisons d'un réseau de drains mis en communication avec l'égout public. On y déverserait les eaux vannes et ménagères au moyen de la pompe. Ce n'est en réalité que le système Beaude-

moulin dans lequel les concierges sont remplacés par les agenls de la compagnie de vidange dans la manœuvre de la pompe.

Gela est assurément plus pratique, mais on laisse à la charge du propriétaire les frais énormes et toujours croissants qu'exigera l'extraction non seulement des eaux-vannes, mais encore des eaux ménagères.

Système Behaim, Charles Botton^ Charles Tdlier. — MM. Debaim, Botton et Tellier présentent un système qui dispenserait également de la construction des égouts dans les rues qui en sont dépourvues. Ils proposent d'opérer la vidange, tous les jours ou tous les deux jours, dans toutes les fosses de Paris, par la succion produite au moyen de voitures à tonneaux dans lesquels on aurait fait le vide. Chaque tonne porterait un ajutage mobile qui se visserait sur un tuyau en communication avec la fosse ; en ouvrant le robinet de la voiture, la pression atmosphérique y ferait passer immédiatement toutes les matières.

Procédé Latour-Arletj mis en pratique par M. J. Bomange. — Ce système n'est, du reste, qu'une imitation de celui que M.Latour-Arlet fît breveter en 1842 et qui fut exploité jusqu'en 1847 par M. Jacques Domange. On remplaçait la pompe par une tonne en fer, dans laquelle le vide était préalablement opéré; cette tonne, mise en communication avec lafossepar unfort tuyau, en aspirait immédiatement toutes les matières. Ce procédé ingénieux est devenu en 1848 la propriété de la Compagnie Richer, qui a cessé de l'exploiter un an après, par suite des dépenses trop considérables qu'il nécessitait. Il est évidemment plus pratique que celui de MM. Debaim et C**, mais nous ne voyons pas qu'il supprime les inconvénients graves de la vidange*.

^ Ce système de vidange, dit vidange harométriquej a été repris par diverses Compagnies, depuis qu'on fait la vidange sur place à la vapeur, c*est-à-dire au moyen d'une locomobile

Aucun de ces procédés ne peut remplacer Végout. — Aucun de ces moyens proposés pour dispenser l'Âdministralion de la construction des égouls n'est sérieux ; il faut donc se décider à établir des galeries dans toutes les rues qui en sont encore dépourvues.

C'est la solution à la fois la plus simple et la plus économique, quoi qu'en puisssent dire les innovateurs, car toute complication donne lieu à une dépense, et si l'on voulait évaluer en argent le temps du pompage nécessité par le procédé de M. Beaudemoulin, les frais d'installation et d'entretien de ses pompes, de ses turbines, et l'eau consommée : les frais d'exploitation et d'installation de MM. Panis et Debaim, on arriverait facilement à un chiffre de dépense plus élevé que celui qu'exigera la construction des égouts dans les rues anciennes.

actionnant une pompe à air qu*on amène avec les voitures de transport devant la maison où doit se faire la vidange.

Au premier abord, ce système qui dispense d*amener la locomobile et supprime par conséquent le bruit et la fumée, parait plus aTantageux, mais il présente de graves inconvénients. Souvent le vide ne se conserve pas dans les tonneaux, parce que Tair qui se trouve dans les tuyaux dans lesquels le vide n*est pas fait, diminue, en pénétrant dans les tonnes, la puissance d'aspiration, surtout lorsque les tuyaux ont une certaine longueur. Il s*en suit que les tonneaux ne se remplissent que partiellement. Enfin, quand on arrive au fond de la fosse, alors que les tuyaux ne plongent pas toujours dans les matières plus ou moins épaisses, Pair pénètre dans le tonneau par Textrémité découverte du tuyau et les matières cessent d*ê(re aspirées.

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