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DU TRAVAIL DES MATIÈRES DANS LES VOIRIES

Les matières désinfectées sont trop peu riches. — On a donc aujourd'hui d'assez bons désinfectants, mais tous présentent le même défaut, ou plutôt ne remédient pas au vice radical des matières extraites des fosses, à leur peu de richesse qui ne permet pas de leur faire subir de longs transports. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit à ce sujet.

Il faut donc, par un travail qui jusqu^ici s'est effectué dans les voiries, opérer la concentration des matières azotées.

Le système actuel de concentration des matières azotées est on ne peut plu^ barbare. — Potidrette. — La concentration des matières à Bondy s'opère de deux manières. On les convertit en poudretle ou on en extrait les produits ammoniacaux.

La fabrication de la poudrette se fait toujours par le procédé de Bridely inventeur de cette matière, c'est-à-dire en laissant les liquides exposés dans de grands bassins se concentrer à l'air libre par l'évaporation, en séparant les solides par décantation et en les apprêtant sur des séchoirs, pour l'imbibition des liquides dans le sol et pour l'action des agents atmosphériques. Lorsque la dessiccation est complète, que la matière est devenue pulvérulente, c'est un engrais commercial, c'est de la poudrette.

Perte énorme d^azote. — Par ce procédé barbare, on perd la plus grande partie des produits azotés, qui se dissipent dans l'air sous forme de carbonate d'ammoniaque ou retombent à la Seine par l'égoul de Pantin.

En faisant abstraction des produits ammoniacaux livrés au commerce par la fabrique de produits chimiques et du volume

correspondant de matières fécales, on trouve qu'il se perd à Bondy, tant par la conduite de Pantin que par le mode de fabrication de la poudrelte, environ les 0,71 de l'azote contenu dans les matières, et qu'on n'en utilise que les 0,29.

Si l'on tient compte de toutes les matières, on n'utilise que les 0,41 de l'azote qu'elles renferment.

On voit que le mode de fabrication de la poudretle est bien vicieux, puisque les deux tiers de la richesse sont complètement perdus.

Je ne doute pas cependant qu'on n'arrive bientôt à abréger considérablement le travail de manutention des matières pâteuses, de manière à les transformer plus rapidement en poudrette, en les soumettant, par exemple, à une chaleur artificielle qui hâterait leur dessiccation.

La fabrique de produits chimiques rapproche la somme des produits utiles de la moitié de la richesse brute ; mais il faut voira quel prix.

Fabrique de produits ammoniacmix. — On sait que cette fabrique fut d'abord établie vers 1836, à Montfaucon, par MM. Jacquemars et Figuera, d'après les conseils de M. Dumas, puis transportée à Bondy avec la voirie.

L'ammoniaque rendue libre par la chaux est volatilisée et traverse des vases contenant de l'acide sulfurique ou chlorhydrique, suivant qu'on veut faire du sulfate ou du chlorhydrate. On évapore la première solution ou on sublime la deuxième pour obtenir les sels sous une forme commerciale. Pour avoir l'alcali volatil du commerce, on substitue de l'eau aux acides et on concentre jusqu*à ce que le liquide marque 21 "^ ou 22"* (Maxime Paulel).

L'eau mère est extraite des chaudières et s'écoule, à une température assez élevée, à la Seine par la conduite de Pantin ; elle est chargée, suivant M. Mangon, de 1 kil. 800 d'azote par mètre cube.

Depuis quelque temps cependant, il y a lieu de constater que l'on se préoccupe davantage de la fabrication des sels ammoniacaux. On cherche en même temps à rendre celte fabrication moins odorante ; deux colonnes du système Margueritte viennent d'être installées récemment à la voirie de Bondy et présentent de grands avantages sur les procédés de saturation jusqu'alors en usage. Les matières une fois reposées et éclaircies passent dans de hautes colonnes en fonte chauffées à la vapeur. Dans ces colonnes, les composés ammoniacaux volatils s'élèvent de plateau en plateau, se concentrent peu à peu au fur et à mesure de leur ascension, et viennent enfin au sommet de Tappareil s'échapper presque dépourvus d'eau, pour se présenter de là à l'action des acides sulfurique et chlorhydrique suivant la nature des sels que Ton veut obtenir.

Ces perfectionnements n'empêchent pas des gaz dont l'odeur est bien caractéristique de se dégager des bacs de saturation et de se répandre au dehors. Il y aurait lieu d'étudier la possibilité de les brûler soit en les soumettant à la chaleur de vastes foyers, soit en leur faisant traverser le feu des générateurs des machines.

Enfin, pour éviter l'évacuation à une température élevée des liquides qui s'écoulent des colonnes et qui, en s'échauffant, se sont imprégnés de produits volatils infecis, nous pensons qu'il faudrait imposer aux concessionnaires l'obligation de refroidir ces eaux résiduaires dans de vastes citernes hermétiquement closes avant de les jeter à la Seine.

Conditions commerciales des fabriques de poudrette et de produits ammoniacaux. — Pour bien se rendre compte des conditions dans lesquelles subsistent les fabriques de poudrette et de produits ammoniacaux, il suffît de se rappeler que chaque mètre cube de matières, qui coûte 7 francs au propriétaire parisien, est livré pour la somme de 1 franc aux fermiers de la Yoirie et aux fabricants d'ammoniaque. Ce prix est un peu faible, nous

le croyons, mais il ne paraît pas possible qu'il soit porté à plus de 2 francs. C'est donc un impôt de 5 francs par mètre cube de matières dont on grève le propriétaire de maispn au profit de l'agriculture et de l'industrie.

Après tous ces sacrifices, on n'utilise pas la moitié de la richesse renfermée dans les matières, on augmente les préventions» assez justifiées, il est vrai, de la population contre les eaux de l'Ourcq et on répand des émanations infectes à plus de 2 kilomètres à la ronde de l'établissement.

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