‹ Les travaux souterrains de ParisChapitre 79 sur 104 · DES AMÉLIORATIONS A FAIRE DANS LE TRAVAIL DES MATIÈRES · texte numérisé non relu

DES AMÉLIORATIONS A FAIRE DANS LE TRAVAIL DES MATIÈRES

La voirie de Bondy serait supprimée de fait si Vécoulement des liquides aux égouts ou le travail des matières dans la fosse était appliqué dans toute la ville. — L'exposé qui précède est la condamnation du régime actuel de la voirie de Bondy, malgré tous les perfectionnements qu'on cherche à y introduire journellement.

Cet établissement immonde serait supprimé de fait, si l'écoulement direct des liquides aux égouts était admis et établi dans toute la ville. Il en serait de même, si la concentration des produits ammoniacaux dans les solides des fosses était possible, et si le système était organisé dans tout Paris.

Il est évident, en effet, que dans ces deux cas les matières des vidanges seraient assez riches pour être transportées dans les voiries particulières et qu'il n'en arriverait pas un mètre cube dans la Voirie municipale.

Mesures transitoires à prendre. — Désinfeetùm complète et permanente. — Mais il se passera de longues années avant que l'application de l'un de ces deux systèmes soit générale et, en attendant, il faut améliorer le régime de la Voirie.

La première amélioration qui peut être réalisée immédiate-

ment, suivant moi, c'est d'exiger une désinfection sérieuse des fosses avant la vidange.

Quant aux tonnes des fosses mobiles qui ne peuvent être désinfectées sur place, elles le seraient à leur arrivée à Bondy dans un bassin particulier où elles seraient vidées, car c'est par tolérance, et par une tolérance abusive, qu'on les vide au Dépotoir. Elles devraient être transportées, comme les solides, à la voirie de Bondy aux frais du fermier.

Résultat immédiat de cette première mesure. — Amélioration de la voirie de Bondy. — Ce premier point obtenu, la voirie de Bondy cesserait d'être un établissement aussi insalubre et aussi incommode pour le voisinage qu'il l'a toujours été, car si l'on n'employait à la désinfection que des matières énergiques et d'un effet durable, les émanations qui se répandent aujourd'hui jusqu'au Raincy n'existeraient plus.

Deux autres améliorations seraient la conséquence immédiate de ce premier résultat.

Avec la désinfection durable, toute fermentation cesse; on ne remarquerait donc plus dans les bassins le mouvement incessant des gaz, qui s'oppose au dépôt des matières solides ; cellesci se déposeraient rapidement au fond des bassins, les liquides surnageraient et pourraient, au bout de peu de jours, être extraits par décantation et transportés à la fabrique d'ammoniaque. Ainsi, le travail de fabrication de la poudrette s'accélérerait considérablement.

Ce serait là un résultat important sans contredit que l'autorité municipale peut obtenir dès demain, sans aucune dépense, soit à sa charge, soit à celle des propriétaires, soit à celle des fermiers de Bondy. 11 lui suffirait d'imposer l'emploi des réactifs qui ont fait leurs preuves et dont les effets se maintiennent énergiquement.

Impossibilité d'appliquer la méthode fUmumde à Paris. —

Est-il d'autres améliorations à réaliser immédiatement ? Peuton, comme le voudrait M. Maxime Paùlet, employer les matières sortant de la fosse à Tagriculture en améliorant la méthode flamande par une bonne désinfection préalable?

Il faudrait, pour cela, que les cultivateurs se fissent vidangeurs comme ils le sont dans toute la Flandre, car s'il faut qu'ils aillent chercher les matières au Dépotoir ou à Bondy, après avoir déposé leurs denrées à Paris, ils ne feront pas ce long détour, et chargeront comme aujourd'hui leur voiture de boue ou de fumier ; en outre, le transport des matières au Dépotoir resterait à la charge des propriétaires des maisons, ce qui n'est pas admissible.

Les cultivateurs de la banlieue consentiront-ils à se faire vidangeurs, et à déguster les matières comme les Flamands? Cela n'est pas probable. Cela serait-il tolérable à Paris? Je ne le pense pas.

Cette solution n'est donc pas pratique.

Système de M* Mangan. — Réussirait-on mieux en prolongeant, comme le voudrait M. Mangon, la conduite de Bondy et en refoulant les matières assez loin de Paris pour qu'on n'ait plus à craindre la concurrence des fumiers et des boues de la capitale? Cela me parait douteux. D'abord il faudrait faire sortir les matières de la Ville, soit par le système actuel en les faisant transporter au Dépotoir, et alors on maintient l'impôt écrasant qui pèse sur le propriétaire, soit par des tuyaux spéciaux établis dans les égouts. Mais le réseau des égouts est encore trop incomplet pour qu'on puisse songer à appliquer ce dernier système qui demanderait, pour fonctionner, à ne supporter aucune solution de continuité.

Ces deux solutions me paraissent donc mauvaises. Admettons qu'on en trouve une bonne; le problème ne sera pas encore résolu, car dès que le propriétaire sera exonéré de l'impôt des vidanges, l'accroissement du volume des liquides,

déjà si effrayant, prendra des proportions énormes comme à Glascow, et alors l'engrais, trop dilué, sera sans valeur aux yeux du cultivateur.

Bâtiments de graduation de M. Chodsko. — M. Ghodsko, professeur de chimie, avait proposé, en 1859, de concentrer les eaux-vannes par un procédé analogue à celui employé dans les salines.

Voici le procédé qu'il avait été autorisé à appliquer à la voirie deBondy et dont il donne ainsi la description dans une brochure intitulée : Mémoire sur la production de Vengrais atmosphérique.

€ Voici, dit l'auteur, comment j'opère : après avoir chargé le bâtiment de graduation de fagots comme on le pratique dans les salines, à l'aide d'une pompe on remplit d'urine le réservoir supérieur; alors, en y ajoutant les sels provenant des eaux mères des marais salants (sel d'été de M. Balard, sulfate double de potasse et de magnésie), ce produit fixe l'ammoniaque du liquide en état de phosphate double d'ammoniaque et de magnésie. Après cette opération, on verse sur la pile de fagots l'urine qui descend de branche en branche, perd son eau et ne laisse après elle que son extrait, engrais qui s'attache au fagot. Mais pour éviter les émanations désagréables, on place au rez-de-chaussée du bâtiment un petit fourneau qui dégage simultanément l'acide sulfureux et chlorhydrique, au milieu d'une masse azotée, infecte.

€ Les sulfhydrates d'ammoniaque sont décomposés en hydrogène sulfuré et en ammoniaque qui, en s'unissant à l'acide chlorhydrique, forment un sel ammoniacal, sulfite et chlorhydrate, qui augmente la richesse de l'engrais, tandis que l'hydrogène sulfuré et l'acide sulfureux se décomposent mutuellement et se transforment en eau et en soufre inertes. »

Malheureusement, ce procédé, qui avait le mérite d'être au

moins recommandable par les nombreuses études et expériences qu'il avait exigées, n'a pas eu le succès qu'en espérait son auteur. C'est là l'échec de la plupart des inventions lorsque Ton passe de la théorie à la pratique et de Texpérience en petit du laboratoire à Fessai en grand.

GONGLUSI029S

Résumé des deuxième et troisième parties. — J'ai fait voir, dans les deuxième et troisième parties de ce mémoire, que nous avions à Paris de bons séparateurs et qu'il était facile d'établir l'écoulement direct et continu des liquides frais à l'égoul, tout en conservant les solides qui représentent les deux cinquièmes de la valeur commerciale des matières.

Pour les maisons neuves, la séparation se ferait dans le branchement particulier d'égout prolongé jusqu'aux tuyaux de descente, les tinettes remph'es de solides seraient enlevées par régout public, de sorte que les locataires seraient complètement débarrassés du fléau de la vidange.

Le problème est moins simple pour les maisons anciennes dont les caves sont presque toujours aménagées de manière à rendre très difficile la pénétration du branchement particulier. La communication avec Tégout public ne peut se faire que par un tuyau; les tinettes seraient enlevées par la maison. 11 y aurait nécessairement 8 à 10 visites des vidangeurs par an.

J'ai montré que les systèmes proposés pour éviter la construction des égouts dans les rues qui en sont encore dépourvues, auraient plus d'inconvénients que le mode actuel de vidange, Il faut donc construire des égouls dans toutes les rues, et cetle opération, qui n'est pas au-dessus des forces de la Ville, -peut s'effectuer dans une période assez restreinte.

clO LES TRAVAUX SOUTERRAINS DE PARIS.

L'agriculture n'a pas encore prouvé jusqu'ici qu'elle est très intéressée à la conservation des liquides des fosses. Ces liquides représentent en masse une richesse considérable, mais trop disséminée ; ils ne peuvent supporter les frais de transport à 8 à 10 kilomètres, et leur valeur agricole évaluée en argent ne représente pas les frais de vidange qu'on met à la charge du propriétaire parisien.

Cependant le volume des liquides extraits des fosses de Paris n'est encore que d'un litre environ par habitant et par jour. Si la valeur commerciale de ces liquides est presque nulle dans l'état actuel, que sera-ce lorsque la quantité d'eau versée dans les fosses deviendra, comme à Londres et à Glascow, une fraction notable du volume distribué?

Il faut donc se résigner à perdre la richesse ammoniacale renfermée dans les liquides, puisqu'on ne peut la concentrer dans les solides par des réactifs chimiques.

L'application de l'un des systèmes qui précèdent, l'écoulement direct et continu des liquides frais à Tégout, ou l'écoulement intermittent des liquides inofTensifs et sans valeur dépouillés des sels azotés, réduit à peu de chose les frais de vidange, et supprime de fait la voirie de Bondy.

J'ai la ferme conviction qu'un de ces systèmes sera appliqué, parce qu'ils sont les seuls rationnels, les seuls qui réduisent les charges énormes de la vidange et qui permettent d'atténuer autant que possible, et immédiatement, les inconvénients actuels des voiries.

Lorsque celles-ci ne recevront plus que les matières solides, on devra concentrer tous ses efforts à la recherche de bons désinfectants. Bondy ne sera plus, comme il l'est aujourd'hui, un voisinage intolérable, et la préparation des poudrettes et des produits chimiques sera considérablement simplifiée.

Décembre 1864.

L'opliiion d8 M. B^lgrand, si nettement exprimée dans le mémoire précédent sor Tapplication do meilleur système à adopter ponr l'amélioration da régime des vidanges à Paris» ne tarda pas à être prise en considération par Tadministration préfectorale. Le 2 Juillet 1887, M. le Préfet de la Seine a pris on arrêté (dont le texte est ci-après), par leqvel les propriétaires de maisons en bordure snr la voie publique firent autorisés & faire écouler directement à Tégout les eaux-vannes de leurs fosses d^aisances, moyennant une redevance de 30 firancs par tuyau de cbute.

Les premiers essais tentés réussirent avec plein succès, et au lieu de la résistance qu'elle pouvait redouter de la part des propriétaires, presque toujours opposés aux innovations, l'Administration eut bientôt à constater de leur -part un empressement qui ne peut mieux être traduit que par les résultats constatés au tableau suivant :

ANNÉES

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