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CHAPITRE III

Jusqu'à la fin du xvm* siècle, les égouts furent tracés et construits sans système arrêté ; tantôt Ton cherchait à se débarrasser d'un voisinage incommode, en voûtant quelques ruisseaux immondes : c'est ce qu'a fait Turgot ; tantôt on cherchait à ren-fermer dans un canal souterrain les torrents d'eau boueuse qui, à la moindre pluie, se précipitaient vers les points bas de la ville. Les anciens ne paraissent pas avoir eu d'autre but dans la construction de leurs égouts*.

Parent-Duchâtelet lui-même, qui écrivait, vers 1824, un des

* Voici, par exemple, ce qu'on trouve sur ce sujet dans la correspondance de Pline le Jeune et de Trajan :

(( Pline à l'empereur Trajan,

(( La ville d'Âmastris, Seigneur, qui est belle et bien bâtie, compte parmi ses principaux (( ornements une place magnifique et d'une grande étendue, le long de laquelle se trauvc ({ ce qu'on appelle une rivière, mais qui n'est en effet qu'un cloaque impur, dont l'aspect (( est aussi choquant que les exhalaisons en sont dangereuses. Il n'importe donc pas moins (( à la santé des habitants qu*k la beauté de la ville de le couvrir d'une voûte. C'est ce que (( l'on fera, si vous le permettez. J'aurai soin que l'argent ne manque pas pour un ouvrage u si grand et n nécessaire. »

« Trajan à Pline,

(( n est juste, mon cher Pline, de couvrir d'une voûte ce cloaque dont les exhalaisons sont « préjudiciables à la santé des habitants d'Amastris.

<( Je suis très persuadé que votre diligence ordinaire ne laissera pas manquer l'argent (( nécessaire à cet ouvrage. ;>

livres les plus remarquables qui aient été publiés sur cette matière, n'indique rien de plus.

Jusqu'en 1823, les ingénieurs chargés de la construction des égouts marchaient sans parti pris et à peu près au hasard . Ils déployaient dans le choix et l'emploi des matériaux an luxe fort déplacé dans ce genre de construction. J'en donnerai une idée en disant que Tégout Rivoli, entre les rues des Pyramides et Saint-Florentin, construit vers 1803, a coûté, suivant Parent- Duchâtelet, 800 000 francs. Comme cette galerie a 666 mètres de longueur, la dépense aurait été de 1200 francs par mètre courant*.

Cet exemple ruineux ne fut pas imité, mais néanmoins la plupart des égouts construits à cette époque ne coûtent guère moins de 400 francs par mètre, somme qui paraîtra encore énorme si l'on considère qu'aujourd'hui, malgré le renchérissement des matériaux et de la main-d'œuvre, une galerie de même section et de même longueur coûte à peine 120 francs..

Aussi la construction des égouts de Paris marchait-elle avec une grande lenteur.

La longueur du réseau s'augmentait à peine de 500 mètres par an de 1806 à 1823; c'était beaucoup comparativement au travail des temps anciens; car depuis Hugues Aubriot, qui sous Charles VI voûtait le premier égout, jusqu'en 1806, le réseau ne s'allongeait guère que de 5000 mètres par siècle. Mais c'était peu si l'on tient compte de ce qui s'est fait dans ces derniers temps, où le travail d'une année a souvent dépassé 30 kilomètres et s'est élevé jusqu'à 70 kilomètres.

* J'ui peine à adinellro cette monstrueuse dépense, quoique Parent-Duchâtelet prétende que c'est du constructeur lui-même, M. l'architecte Fontaine, qu'il tient ce document. L'égout Rivoli, qu'il ne faut pas confondre avec la belle galerie construite dans la même rue. de 1852 à 1854, n'a que i^ySO de largeur sur l"',8d de hauteur moyenne ; la surface du vide est par conséquent d& 2 mètres carrés. Gomment est-il possible qu'il ait coûté 1200 franco par mètre courant, lorsque Fégout d'Âsnières, qui a été construit à une époque où toul a doublé de valeur, n'a exigé qu'une dépense de '765 francs en moyenne par mètre courant?

En 1824, lorsque Parenl-Duchàlelet écrivit son remarquable livre, la longueur des égouls de la rive droite était

de 25 711 mètres.

Sur la rive gauche on comptait 9 530 —

Dans les îles 587 —

De sorte que la longueur totale des égouts voûtés de la ville était de 55 G28 —

Il y avait en outre, dans la rue du Carême- Prenant et dans le voisinage de la rue Grangeaux-Belles, des égouts murailles et non voiilés d'une longueur de 603 —

Et sans compter la Bièvre, de simples fossés découverts où coulait une eau infecte (égouts des rues Rambouillet et Traversière). 865 —

De sorte qu'en 1824 la longueur totale des égouts de Paris était de 37 094 mètres-

Mais toutes les eaux pluviales et ménagères ne tombaient pas dans ces égouts. Elles s'accumulaient, en partie, dans des marcs sans écoulement ; cinq de ces mares existaient encore dans le mur d'enceinte en 1824. Une, entre autres, empoisonnait une de nos plus charmantes promenades ; elle était située dans la Pépinière du Luxembourg. Les autres portaient les noms de Picpus, du Cloître-des-Bernardins, du Cul-de-Sac-de-Saint-Sébastien et de la rue Basse-Saint-Denis. Il est facile de comprendre quelle horrible puanteur ces cloaques sans issue devaient répandre dans tout le voisinage.

On donnera une idée de l'abandon dans lequel se trouvait alors cette partie si essentielle du service municipal, en disant qu'on ne connaissait pas bien exactement le tracé et la position des égouts.

« Je me suis trouvé dans un grand embarras, dit Parenl- « Duchâlelet, lorsqu'il m'a fallu désigner dans cette descrip- « tion la longueur de chaque égout ; quelques personnes qui « la connaissaient ne voulurent pas me la donner ; je ne pou- « vais me fier à celle que je trouve dans le Mémoire sur les « eaux de Paris \ puisqu'il est dit, page 280, que l'égout du « rÉcole-Militaire n'a que 270 mètres ; or il est évident que « le Champ-de-Mars a une longueur beaucoup plus consi- « dérable. »

Nous arrivons enfin à une époque où l'on va comprendre toute l'importance des égouts et reconnaître qu'ils sont un des moyens les plus puissants d'amélioration du relief des voies publiques d'une grande ville. Ce point admis, le réseau des égouts de Paris devait se développer et se développa, en effet, d'une manière complètement régulière et avec une grande rapidité.

Cette révolution fut opérée par deux ingénieurs des ponts et chaussées fort remarquables, MM. Duleau et Emmery.

La première amélioration obtenue d'abord fut une énorme diminution dans les dépenses, due entièrement à M. Duleau, et, par suite, un grand développement de travaux.

Laissons parler M. Emmery, qui succéda à M. Duleau, si malheureusement emporté par le choléra en 1832 :

« En 1823 .... MM. Devilliers, Coïc et Duleau adoptent, « pour les égouts du canal Saint-Martin, l'emploi exclusif de la (c chaux hydraulique avec petits matériaux et un profil aussi « simple que bien approprié à ce genre d'écoulement.

< Les égouts, même modernes, avaient été établis à grands « frais, avec radier et assises courantes en pierre de taille, et « avec mortier de chaux grasse ; ces égouts coûtaient 400 francs « par mètre courant de galerie.

* Recherches êur la Eaux de Paris, Girard, 1812.

« A partir de rexéculion du canal Saint-Martin, et sur « l'exemple de l'égout latéral de celle dérivation, les ingénieurs € ont projeté exclusivement tous les égouts de Paris en mac çonnerie de meulière, à bain de morlier hydraulique, avec d fondation sur couche de béton. La dépense par mètre courant « d'égout s'est trouvée réduite, suivant les sections grande, « moyenne et petite, à 130 francs, à 100 francs et même à « 80 francs.

« M. Duleau avait projeté, sous les ordres de M. Girard, en « 1831, onze grandes lignes d'égouts^

« Ces projets présentaient ensemble un développement de « 11 800 mètres; notre camarade avait mis en mouvement, c dès 1832, l'exécution des huit grands ouvrages qui figurent « en tête de Ténumération ci-dessous désignée, et il avait imc primé à ces travaux une telle activité que lorsqu'il mourut, « en avril 1832, on avait déjà voûté (et à peine avait-on atteint « la belle saison) 2000 mètres-. »

Duleau, qu'on doit appeler, selon moi, l'inventeur des égouts modernes de Paris, ne fit qu'une trop courte apparition dans le service municipal. Emporté au moment où il entrait dans la carrière, il n'a rien écril sur les égouls; du moins n'ai-je rien trouvé à la bibliothèque de l'Ecole des ponts et chaussées, où l'on a conservé la collection de ses Mémoires. Mais ses successeurs ont adoplé les réformes qu'il avait introduites dans ce genre de construction, el l'on peut dire aujourd'hui que si les anciens errements avaient été maintenus, la ville ne serait pas dotée de ce magnifique réseau de galeries souterraines qui ^a si radicalement amélioré l'aspect et la viabilité de ses rues.

* Rue Traversièro-Sainl -Antoine, rues Saint-Louis el Saint-Paul, rues Vieille-du-Temple et des Blancs-Manteaux, rues du Temple et Sainte-Ayoïc, rues Saint-Denis et de la Baril- Icrie, rues Castiglione et de la Paix, rue Gaillon, rue de Pontoise, quartiers Saint-Sulpico et du Luxembourg, rues Gensier et de Lourcine, boulcyards extérieurs du Nord.

< Ëmmery, Annales des Ponts et Chaussées, 1856, 2* semestre, p. 290.

En 1830, MM. Girard et Duleau firent adopter une autre modification moins heureuse, mais impérieusement exigée par les circonstances.

On a vu que, jusqu^à celte époque, presque tous les égouts de la rive droite se dirigeaient vers l'égout de Ceinture et, par conséquent, n'infectaient pas les eaux de la Seine dans la traversée de Paris; mais, à mesure qu'on développait le réseau, rinsuffisance du Grand Égout se faisait sentir davantage, et, à chaque orage, les points bas de la Chaussée-d'Antin et des faubourgs du Temple, Montmartre et Saint-Honoré étaient submergés.

« En 1830, MM. Girard et Duleau posent et font adopter à la « ville le principe de décharger le Grand Égout, et d'établir dès « lors de nombreuses et longues lignes d'égouts descendant c directement à la Seine '. »

En 1833, M. Emmery propose et la ville met à exécution un système rationnel d'entrée d'eau pour l'assainissement des rues ^.

Ce système peut se formuler très simplement : Pour faire disparaître tout cassis transversal aux carrefours des rues et assainir la rue en même temps, il faut établir une bouche d'égout aux points bas du ruisseau qui enveloppe un îlot de maisons, et, pour compléter l'assainissement, placer une borne-fontaine ou une bouche d'eau sous trottoir aux points hauts du même ruisseau. Il faut, bien entendu, faire que le nombre de ces points hauts et bas soit un minimum, par conséquent le réduire, à moins de circonstances spéciales, à un de chaque sorte.

Telle était bien l'idée de M. Emmery, et il l'a mise en pra-

1 Emmery, Annales des Ponts et Chaussées y 1856, 2* semestre, p. 29i. ^ Emmery, Annales des Ponts et Chaussées^ i836, 2* semestre, p. 291.

^ J!4Uii ^

S6 LES TRAVâUX SOUTERRAINS DE PARIS.

tique conslammenl pendant les sept années qu'il passa au service municipal (de 1852 à 1859).

Mais à cela ne se bornent pas les améliorations introduites dans le service par M. Emmery.

Jusqu'alors les bouches d'égout se composaient : i' A l'origine, d'une entrée d'eau, sorte de gueule énorme ' , béanle sur la voie publique, répandant l'infection de l'août dans tout le quartier, aussi repoussante à la vue qu'à l'odoral, servant à absorber rapidement le produit des pluies, qui y arrivait souvent de fort loin et avec les prol>orlions d'un torrent.

2° Aux points bas sans issue des chaussées fendues, dites culs-de-lampe, d'une grille dont les vides s'obstruaient rapidement sous l'amoncellement des débris de toute sorte : paille, chiffons, fumiers et autres objets qui stationnaient longtemps et en abondance sur la voie publique, à celte époque oij les eaux pluviales étaient le seul agent du lavage dos rues ((ig. 8).

II résultait de là qu'à chaciue pluie ces culs-dc-lampe se couvraient en quelques minutes d'une vaste nappe d'eau qui venait battre les murs dos maisons voisines.

' Voici ULi eiemplo de l'ii^nijc vi'jimenl barbare qu'on a fait quelquefois des colrres d'eau .

« La rue du PorlHahon, dans laquelle se li'ouve l'embouchure de l'ëgout du Miial-Blanc. « est lellement disposée, i cause de ms doui trotloirs, que c'est i la surface même du sol « que les outricrs laissent les eaux s'accumuler en barrant complùLcment l'ouTerture; il ré- H suite de celle disposition faviiniblo qui |iermel k l'eau de tomber de plus haut, qu'aucun il égoul n'c&t plus promplemcnt, plus [larrailemenl et plus facilement nettoyé que celui-li. » (Parent-Duchàlelel. K$tai sur tet cloaque» et égouU de Paiii, p. 100.)

Une rue de l'aris, convertie en étang pour netloytr un égoul, cl un homme de la poitée d'esprit de ParenUDuchàtolel citant ce procédé comme un exemple il suivre, que dire do cela, si ce n'est que nous avons lellement marché dans la voie du progrès que nous ne pouvons plus comprendre les errements d'un passé liifn rapproché de nous cependant^

F\g. S. — Bouche d'égout piur chaussée fendue.

M. Emmery subslilua, à ces entrées d'eau défectueuses, nos bouches sous trottoir actuelles, si peu gênantes pour la circulation des voitures et pour les voisins,' et qui, tout en absorbant une grande masse d'eau, ne s'obstruent presque jamais et répandent bien moins d'odeur ^

Une amélioration considérable qui suivit immédiatement la construction des égouts fut la conversion des chaussées fendues des rues en chaussées bombées *, et la généralisation de la construction des trottoirs.

Enfin, c'est encore à M. Emmery qu'on doit les caries des eaux et des égouts de Paris, plans statistiques qui depuis cette époque n'ont cessé d'être tenus avec une complète régularité.

En 1833, un premier crédit fut voté pour lever le plan et faire le nivellement des égouts de Paris. Avant cette époque, on l'a dit plus haut, non seulement on n'avait aucun document statistique sur ces ouvrages, mais on ne connaissait même pas leur position exacte. On peut donc dire que M. Emmery a complété l'œuvre si bien commencée par M. Duleau.

Sous l'impulsion vigoureuse des hommes remarquables que l'Administration municipale avait su choisir, les égouts, dont l'utilité était bien comprise désormais, se construisirent avec une rapidité inconnue jusqu'alors.

Tandis que dans les quatre siècles qui ont précédé le nôtre, depuis le premier égout voûté par Hugues Aubriot, le réseau s'était allongé de 5 kilomètres en moyenne par siècle; de 1806 à 1823, de 500 mètres par an, et, de 1824 à 1831, de 1 kilomètre par an; nous voyons, de 1832 à 1836, l'allongement

< Emmery, Annales des Ponts el Chaussées^ 1834, 1*'' semestre, p. 244 et suivantes.

* H. Emmery cite un fait curieux qui prouve combien, dans Paris, il était nécessaire de construire les égouts avant de faire une conversion. Quelques années avant 1833, et avant d*avoir construit les bouches d*égout nécessaires^ on convertit la partie de la rue Saint- Uonoré qui avoisine le Palais-Royal en ch:iussée bombée; mais il y eut submersion des rezde-chaussée à la suite de plusieurs orages, et la clameur publique obligea TÂdministration à ordonner le remaniement du pavé et son rétablissement en chaussée fendue. (Annales des Ponts el Chaussées ^ 1836, 2« semestre, p. 292.)

aimuel s'élever en nombre rond à 8 kilomèlrcs- (Voir ci-contre la Carie des égouls de Paris au l"""^ janvier 1837.)

Au fur et à mesure que ces travaux s'exécutaient, on faisait disparaître les énormes bouches saillantes qui déshonoraient et infectaient les rues. liCs trois dernières furent supprimées en 1836.

Les grilles, qu'on substituait d'abord aux grandes bouches,

cessèrent d'être en usage vers 1840. On faisait disparaître peu à peu celles qui avaient été établies en même temps qu'on construisait les trottoirs ; on les remplaçait par de nouvelles bouches,

Fig. 0. — Bouche J cgout pour chaussée hombée. CnCOrC CU USagC aujour-

d'hui, et les ingénieurs de la voie publique convertissaient en chaussées bombées toutes les chaussées fendues dont les carrefours pouvaient être atteints par les ramifications des égouls (fig. 9).

Les projets d'cgouts étaient donc accompagnés d'une élude de nivellement des rues, etl'on cherchait à réduire au minimum, c'est-à-dire à un, le nombre des points bas de chaque îlot de maisons, afin de réduire également à un le nombre des points hauts et par conséquent des bornes-fontaines.

Sous les successeurs de M. Emmery, les travaux ne marchèrent pas avec moins de rapidité; ils ne se ralentirent un peu qu'en 1848 et 1849, à cause des événements politiques; encore la longueur d'égouls exécutée ces deux années fut-elle de 6565 mètres.

Nous approchons enfin d'une époque qui marque dans This-

s AU I"J? JAJiVl F. lï 185.7.

DES ÉGOUTS DANS LA PRËHIËnE PARTIE DU XIX' SIÈCLE. 50

toire des égouls, non seulement par la rapidité de leur développement, mais par une transformation d'importance capitale dans les types adoptés.

Depuis longtemps on avait reconnu l'avantage qu'il y aurait à placer les conduites de la distribution des eaux de la Ville dans des galeries où il serait possible de les visiter en tout temps pour les entretenir et les réparer.

L'égout Saint-Denis, constmit sous le premier Empire, avait été disposé pour recevoir des conduites d'eau, et, en effet, dès cette époque, on y avait placé la conduite de 0°,25 qui alimente encore aujourd'hui la fontaine des Innocents (fig. 10).

Mais les agrandissements de section que ce système exigeait

donnaient lieu à une augmcn- i i,.. lo. - tgom de h ruo âiint-uonij. talion considérable dans le

chiffre de la dépense, et lorsque MM. Duleau et Emmery arrôlèrent leurs lypcs d'égouts, ce mode de pose des conduites fui à peu près abandonné. On ne construisit qu'un petit nombre d'cgouts-galeries, tels que ceux de Ciichy et de Miroménil. Los autres égouts étaient pour la plupart trop petits pour qu'on pût y poser une conduite d'eau.

M. Mary, lorsqu'il fut chaîné de la direction du Service des eaux et des égouls de Paris, chercha à revenir, au moins pour la petite distrîbution, à l'idée de M. Girard.

Il porta à 0™j80 la largeur minimum des égouts, ce qui permettait d'y poser des conduites de petite dimension, de 0"',081 et de 0™,108 par exemple.

Celte nouvelle section fut appliquée aux égouts construits jusqu'en 1851.

On comprenait de plus en plus l'importance de cette nouvelle destination des égouts, mais on reculait devant Taugraen-

lation de dépenses qu'exigeaient les galeries destinées à recevoir les grosses conduites d'eau.

Telle était la siluatiou lorsqu'en 1851, un des ingénieurs du Service municipal, M. Mille, montra qu'on pourrait accroître considérablement la section intérieure des égouts sans accroître beaucoup le cube dos maçonneries et par conséquent le chiffre des dépenses.

En revenant en effet de l'exposition de Londres, après avoir fouillé les archives de la Cite et de la métropole, il en rapportait un profil ovoïde très économique, mais constituant une innovation très hardie que M. Dupuit, personnellement, n'Iiésila pas à accepter, en principe, pour la nouvelle galerie à construire dans le faubourg Saint-Antoine.

Restait à y convertir également l'Administration, ce qui fut beaucoup plus difficile.

11 faut savoir en effet que, jusqu'alors, les égouls de Paris

Fig. il. — Type d'égout iDcicn. Fig. H. — Type d'égoul aducl.

avaient été construits suivant le profil de la figure H. Les murs qui portent la voûte devaient avoir l'épaisseur nécessaire pour résister à la poussée des terres.

On tenait aussi à ce que Tégout fût établi sur une base lai^o et solide.

On comprend facilement la peine qu'eut M. Mille à faire adopter, au lieu du type admis, le profil ovoïde représente par la figure 12.

Les ingénieurs, habitués à la règle de Perronnet, qui fixe à un pied (0",32) l'épaisseur des plus petites voûtes, n'acceptaient pas volontiers des parois en maçonneries qui n'avaient que 0'",15 d'épaisseur; la forme ovo'ide leur paraissait manquer de stabilité. Les Anglais, à la vérité, construisaient depuis longtemps, à Londres, des égouts ovoïdes, mais les plus grands avaient des dimensions restreintes qui ne paraissaient pas justifier suffisamment la hardiesse du novateur.

M. Dupuit néanmoins soutint énergiquement son collaborateur. 11 fit voir dans son Traité sur les Eaux, publié en 1854, que la forme ovoïde résistait beaucoup mieux à la poussée des terres, même avec de faibles épaisseurs, que les formes droites admises jusqu'à ce jour, et il réussit à la faire adopter dans l'avant-projet d'assainissement présenté par lui en 1855.

Une autre amélioration considérable s'Introduisit vers la même époque dans la construction des grands égouts.

En 1851, lorsqu'on ouvrit la rue de Rivoli, on résolut d'y construire une grande galerie pour intercepter les eaux des égouts que, depuis 1830, on ne dirigeait plus vers l'égout de Ceinture, et qui tombaient directement en Seine.

On discutait dans le cabinet de M. Dupuit les dispositions de celte galerie; un ingénieur étranger au service, M. Watier, qui assistait à cette conférence, proposa d'établir dans l'égout une cunette garnie de deux banquettes aux angles desquelles on fixerait deux cornières qui formeraient un chemin de fer. Cette idée fut trouvée excellente et elle fut adoptée par M. Dupuit.

Les ingénieurs chargés de dres- ''«■ "■ - SL^* " "■"""' ser le projet de l'égout arrêtèrent

les dimensions de cette cunetle, ainsi que l'indique la figure 13. I^ largeur de l^.SO, qui a été adoptée depuis pour toutes les cunettes d'égouts à rails, est peut-être trop petite.

Un wagon fut construit pour transporter les matières extraites de l'égout; il fut muni d'une vanne qui devait pousser ces matières dans la cunetle, jusqu'à ce qu'elles fussent réunies en tas assez considérable pour être chargées commodément dans le wagon. Cet appareil n'eut, il est vrai, qu'un succès médiocre : nous dirons pourquoi en parlant du nettoiement des égouts. Mais il n'en est pas moins l'origine du système actuel de curage des grands égouts.

En même temps qu'on introduisait ces améliorations dans la construction des galeries, on modifiait d'une manière non moins heureuse leur réseau général .

On a vu que le mode d'assainissement de MM. Duleau et Emmery consistait à disposer le réseau des égouts de manière à placer une bouche au point bas du ruisseau de chaque îlot de maisons. On supprimait ainsi à la fois et ces cassis transversaux, si gênants pour les voilures, qu'on trouvait à tous les carrefours, et ces longs ruisseaux que les eaux pluviales devaient suivre pour trouver une bouche d'égout.

Mais les eaux ménagères continuaient à s'écouler à ciel ouvert dans le ruisseau de la rue en contournant chaque îlot de maisons. Malgré le lavage des ruisseaux, ces eaux n'en répandaient pas moins une odeur fort désagréable à leur sortie des tuyaux de descente des maisons. En hiver, elles formaient en se congelant un obstacle à la circulation, et enfin, il faut bien le dire, il n'était pas digne d'une ville comme Paris de voir ses rues bordées d'égouts à ciel ouvert, lorsque depuis longtemps, à Londres, toutes les eaux privées étaient absorbées souterrainement.

Le décret du 26 mars 1852 fit disparaître celte imperfection.

L'article 6 est ainsi conçu :

« Toute construction nouvelle dans une rue pourvue d'égout « devra être disposée de manière à y conduire souterrainement

DES ËGOL'TS DANS LA I'REHISrE PARTIR DU XIX* SIÈCLE. 45

« les eaux pluviales ou méuagôres; la même disposilicn sera « prise pour toute maison en cas de grosses réparations el en ; tous cas avant dix ans. »

L'arrêté prcfectoral du 19 décembre 1854 complète celte disposition législative. Il oblige tous les propriétaires à perdre leurs eaux par une galerie d'égout (fig. 14) ayant S^.SO de hauteur sous clef el l^.SO de largeur aux naissances de la voûte, et munie d'un Inyau de ventilation de 5 décimètres carrés montant Jusqu'aux combles de la maison '.

De ces prescriptions nouvelles devait résulter un très grand progrès dans les conditions générales de sa- ., ,, . ,...,, .. ,.

o tjg. 14. — Tji« de gilenc digoul iimiieulier.

lubrité de la voie

publique, mais elles cntrainaienl aussi des dépenses considérables.

L'application du système de MM. Duleau et Ëmmery n'exigeait en effet de canalisation que dans la moitié des rues do Paris; la conséquence forcée du nouveau décret, au conti'aire, était ta canalisation com])lètc de loutcs les rues. Toutes les prévisions antérieures se trouvaient donc radicalement changées; on trouvera dans un mémoire présente au Conseil municipal, le 4 août 1854, par M. Haussmann, Préfet de la Seine, l'expose du nouveau système d'assainissement de l'édiiilé parisienne.

D'après ce projet, toutes les rues devaient être munies d'égouls assez grands pour recevoir non seulement les conduites d'eau, mais aussi un réseau complet de tuyaux destinés à conduire hors la ville les liquides des fosses d'aisances.

' Ed fuil, l'obligalion de ce tujau d'ÛTcat a été abaadoDncc.

Des branchements d'égouls particuliers établissaient une circulation complète entre la galerie de la voie publique cl les maisons. Chaque branchement recevait le tuyau de plomb qui puisait dans la conduite publique Teau destinée à ralimenlalîon deTimmeuble; c'était par là que celte eau revenait ensuite à régout après avoir servi aux usages domestiques.

Les eaux-vannes se mélangeaient dans ce même branchement aux eaux pluviales; le vidangeur suivait ce chemin pour extraire des réduits, remplaçant les fosses, les tinettes renfermant les matières solides. On supprimait ainsi la vidange à ciel ouvert, opération dont toute la population parisienne a tant à souffrir. De là l'obligation de donner de grandes dimensions à ces galeries parliculières.

Un certain nombre d'égouts collecteurs, munis de rails, devaient enfin conduire toutes les déjections solides et liquides à l'aval de la ville.

Déjà, dans le système de MM. Duleau et Emmery, la surface de la ville avait été divisée en un certain nombre de bassins ; chaque bassin devait être assaini par un égout maître qui recevait tous les branchements dirigés vers les points bas des ruisseaux.

Mais l'étude de chaque bassin avait été faite isolément; les dimensions, les pentes, l'altitude des radiers des égouts étaient fixées sans qu'on se préoccupât du bassin voisin.

Le nouvel ensemble, au contraire, établissait en principe une solidarité complète entre les égouts débouchant dans le même collecteur. 11 fallait donc refaire une étude générale.

En effet, le programme de 1854 fut suivi, dès 1855, d'un projet qui avait la prétention d'y être conforme.

Malheureusement ce projet supposait la reconstruction com* plète des 155 kilomètres d'égouts existants. Les collecteurs, sans s'étendre assez loin vers l'aval, arrivaient à une cote beaucoup trop basse; les eaux de la Seine y auraient pénétré à la moindre crue, ce qui eût rendu le service impossible en hiver.

Enfin, la dépense, estimée 135 millions, était une trop lourde charge pour les finances de la ville.

Il fallait donc remanier entièrement ce projet, en s'imposant l'obligation de conserver presque toutes les anciennes galeries; ce fut la tâche à laquelle je dus m'appliquer en prenant possession du service.

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