CHAPITRE IV
TRACÉ DU COLLECTEUR GÉNÉRAL
Ce qui me préoccupait le plus dans le travail dont je me trouvais chargé, c'était la partie du programme qui imposait Tobligation de conduire toutes les eaux d'égout à Taval de Paris.
On avait, il est vrai, fait un premier pas dans ce sens lors de la construction de la rue de Rivoli. L'ingénieur en chef, direc^ teur du service, avait, à celte époque, proposé d'établir sous la voie nouvelle un égout collecteur pour rejeter vers l'aval de Paris les eaux de la rive droite; cette proposition avait été adoptée, et le collecteur construit en 1851 , 1852 et 1853.
C'est le premier égout oii Ton ait posé un chemin de fer pour faciliter le nettoiement, mais la section était trop petite, la cunelle insuffisante pour recevoir toute l'eau même en temps sec ; de plus, la construclion n'avait été poussée que jusqu'à la place de la Concorde, et il aurait été difficile d'aller beaucoup plus loin faute de pente suffisante.
En effet, le débouché de ce collecteur se trouvait établi à l'entrée du quai de la Conférence, à l'altitude 27 mètres. En réduisant à 0",50 la pente qui, dans la partie alors construite, est de 1 mètre par kilomètre, on arrivait à la barrière de Passy à l'altitude de 25", 70, c'esl-à-dire à 1 mètre à peine au-dessus de l'étiage de la Seine, et aux fortifications (on parlait déjà de l'annexion) à 24^,25, soit au niveau de l'étiage.
Ces conditions élaienl déleslablcs ; la moindre crue du fleure devait remonter dans Tégout et en paralyser le service, et Texpérience a fait voir depuis que ces interruptions du nettoiement des collecteurs sont désastreuses, qu'il faut de grands sacrifices pour réparer le temps perdu : dans ces conditions, le collecteur n'aurait certainement pas fonclionné.
En outre, on salissait les eaux du fleuve dans la traversée de Sèvres, de Sainl-Cloud, du Bois de Boulogne, de Neuilly, etc., c'est-à-dire dans la plus riche et la plus luxueuse partie de la banlieue de Paris.
J'eus alors la pensée qu'il serait loisible de profiter du long détour que fait la Seine en se repliant sur elle-même, pour diriger les eaux d'égout beaucoup plus en aval par une galerie plus courte, et de gagner ainsi toute la différence de pente du fleuve depuis les fortifications vers Billancourt jusqu'au point choisi.
Je reconnus qu'en suivant le tracé du boulevard et de la rue Malesherbes, de la route d'Asnières et de la rue du Bac-d'Asnières, on pouvait faire passer en souterrain sous le promontoire Monceau une galerie qui, partant de la rue de Rivoli avec une pente de 0"*,50 par kilomètre, aboutirait en Seine vis-à-vis du village d'Asnières un peu en aval du pont.
Cette galerie qui n'avait que 5 kilomètres de longueur (1 kilomètre de moins que celle qui aurait été dirigée de la rue Royale aux fortifications en suivant les quais) pouvait passer sous le chemin de fer d'Âuteuil sans en atteindre la voie, et sous le pont du chemin de fer de TOuesl à la traversée de la route d'Asnières, sans exiger le relèvement du sol au delà de la limite réglementaire.
La construction de l'égout collecteur devait singulièrement diminuer le danger des crues de la Seine.
C'est ce que montre le tableau suivant, qui donne les hauteurs des plus grandes crues et les altitudes du remous dans Paris.
TRACÉ DU COLLECTEUR GÉNÉRAL
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