SCÈNE VIII
LA DUCHESSE, MADAME DE SERIZY, put*FER- RAGUS, LUCIEN, DE MARSAY et RONQUE- ROLLES.
MADAME DE SE RIZ Y
Qu'avez-vous, chère belle?... Qu'avez-vous donc?...
LA DUCHES SE.
Approchez-vous, entourez-moi, protégez-moi !...
MADAME DE SE RIZ Y
Mais contre qui ?...
LA DUCHESSE
L'avez-vous vu cet homme, ce démon qui m'a insultée, qui m'a menacée !...
MADAME DE SERIZY
Ici ? chez moi ?. . .
LA DUCHESSE
Ah ! je me souviens... C'est là qu'il est entré... je vous dis que c'est là...
MADAME DE SERIZY
Mais, chère belle, il n'y a dans le salon bleu que mon frère qui fait paisiblement son whist avec quelques amis.
LA DUC HESSE
Ouvrez cette porte, brisez-la s'il le faut...
MADAME DE SERIZY
Remettez-vous, de grâce...
LA DUCHESSE
Vous hésitez, vous refusez... Eh bien, j'irai moi-même. Elle s élance vers la porte, qui se rouvre, et on voit reparaître Ferragus, vêtu avec richesse et distinction : il a les cheveux blancs et porte la toison d'or au cou. Lui î .. . encore lui !.. ,
madame de sérizy, bas à la Duchesse en désignant
Ronquerolles qui accompagne Ferragus.
Vous voyez bien, chère belle...
ferragus, à Ronquerolles.
Vive Dieu ! monsieur de Ronquerolles, vous avez une chance infernale, et je renonce à lutter contre vous. Je vous demanderai ma revanche un autre soir.
RONQUEROLLES
Quand il vous plaira, mon cher marquis.
FERRAGUS
Mille grâces.
la duchesse, à part.
Allons, du calme! de la force!
ronquerolles.
Que me dit-on? madame la duchesse est souffrante,
MADAME DE SERIZY
Oui, elle vient même de nous alarmer sérieusement.
RONQUEROLLES
Mais alors, il faut...
LA DUC HESSE
Merci de votre intérêt, monsieur de Ronquerolles... Je suis mieux, beaucoup mieux. Pardonnez-moi, ma bonne Sérizy, et faites, je vous prie, agréer mes excuses à tous vos invités... J'ai dû vous sembler fort ridicule tout à l'heure, mais je m'explique maintenant ma sotte algarade... C'est la quatrième nuit que je passe au bal cette semaine, et, restée seule un instant, vaincue par la fatigue, je me suis assoupie sur cette causeuse, où quelque mauvais rêve m'aura éveillée en sursaut... Ce n'est rien, Dieu merci, j'en suis quitte pour la peur, et me voilà redevenue tout à fait vaillante !
FERRAGUS
C'est un bonheur pour tous, madame la duchesse.
la duchesse, avec interrogation.
Monsieur?...
ferragus, s' inclinant très-bas* Marquis de Funcal, madame... [Il s'éloigne et va causer avec Ronquerolles sans perdre la Duchesse des yeux.)
la duchesse, à part.
Ce changement subit, complet. >. G'est vraiment à douter que ce soit lui... et pourtant ce regard rivé sur moi... Bas à madame de Sérizy.) Dites-moi, ma bonne Sérizy, connaissez-vous bien la personne qui parle en ce moment à votre frère?...
madame de sérizy.
Mais cette personne-là vient de vous dire son nom. C'est le marquis de Funcal, un grand seigneur portugais, arrivé tout récemment de pays impossibles.
LA DUCHESSE
Ah!
MADAME DE SERIZY
On le dit riche comme Crésus ou comme Nucingen...
LA DUCHESSE
Et vous êtes bien sûr que c'est réellement là le marquis de Funcal.
MADAME DE SERIZY
Comment? Si j'en suis sûre? mais il est descendu à la Légation de Portugal, et c'est l'ambassadeur qui me l'a présenté lui-même.
LA DUCHESSE
A la bonne heure.
MADAME DE SERIZY
Du reste, je compte bien vous le présenter aussi.
LA DUCHESSE
Non... non... c'est inutile... Mais à propos de présentations, où donc est le général Armand de Monriveau, que vous nous aviez promis pour ce soir?
MADAME DE SERIZY
Je ne l'ai pas encore vu, mais il ne peut tarder à venir.
LA DUCHESSE
J'ai entendu faire de ses exploits comme général et de ses aventures comme voyageur des récits tellement merveilleux, que je suis fort curieuse de le voir; c'est un homme, à ce qu'il paraît, dont l'expérience a été un poëme en action , et qui a fait , à coups d'épée, de meilleurs romans que ceux que d'autres font à coups de plume.
MADAME DE SERIZY
C'est le roi de ma fête, comme vous en êtes la reine ; aussi, je suis heureuse et Mère de mettre ces deux majestés en présence... Eh! tenez... le voici...