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Fîg. 70. — Profil du chemin de fer de Mexico à La Vera Gruz.
Mémoires de la Société Antonio Alzate de Mexico. Ce nombre consi* dérable indique évidemment qu'elles sont d'origine volcanique et qu'elles doivent être attribuées à un reste de vitalité de l'Orizaba.
La séismicité dépasse Oaxaca pour continuer jusqu'à Salina Gruz et Tehuantepec, où les secousses, restreintes au versant paciGque, restent fréquentes, mais bien moins violentes.
Non content de donner, comme ses prédécesseurs, une origine tectonique aux tremblements de terre du Mexique central, en les associant à la faille dont l'existence est maintenant fort douteuse, Deckert a fait intervenir cinq autres lignes transversales d'instabilité et de fracture tout à la fois : Golima-Zapotlan-Guadalajara- Aguas Galientes ; Goalcomân-Morelia-Guanajuato ; Acapulco-Ghilpancingo-Iguala-Mexico ; Oaxaca-Orizaba ; Tehuantepec-Minatitlan. Bôse en a fait bonne justice, en montrant qu'elles n'existent que sur les cartes et résultent de liaisons arbitraires établies entre les principaux épicentres apparents.
Le versant atlantique de l'isthme de Tehuantepec, ou le bassin du Goatzacoalcos, est extrômement stable, en dépit de velléités plusieurs fois manifestées par le San Andres Tuxtla de se rallumer; les mugissements de ce volcan sont célèbres aux alentours. Dès 1850^,
* Bamard. The Isthmus of Tehuantepec (Washington, 1852).
404 GÉOGRAPHIE 8ÉISM0L0GIQUE
ces conditions aséismiques avaient été mises en avant pour le choix d'une voie interocéanique^ plus favorable à ce point de vue que celle des lacs de Nicaragua.
On a déjà parlé du Chiapas, à propos du Centre-Amérique, dont cet État fait géologiquement partie.
2. — Grand Bassin de rutah et versant pacifique des États-Unis
et du Canada.
L'Ouest des États-Unis est caractérisé par l'énorme et double chaîne des Montagnes Rocheuses et de la Sierra Nevada, dont les deux branches comprennent entre elles la dépression sans issue du bassin du Grand Lac Salé de l'Utah, et dont le versant occidental lui-même comprend la fosse du Sacramento et du San Joaquin, séparée de l'Océan par les Coast Ranges de Californie. Les tremblements de terre y sont maintenant bien connus, grâce aux travaux de Holden et d'autres S et la géologie commence à être bien éclaircie par les recherches de la pléiade d'explorateurs que le Geological Survey dirige vers ces contrées.
Les Rocheuses proprement dites dominent les plaines du Missouri. Du Wyoming au Nouveau-Mexique, c'est un grand anticlinal de très ancienne existence, que la mer n'a entamé que temporairement au Crétacé supérieur. Deux mouvements orogéniques s'y sont fait sentir, le premier au milieu du Carboniférien, le second au Jurassique, et l'on y reconnaît aussi deux phases de plissement à la fin des temps crétacés et au Miocène inférieur. Cette dernière époque est déjà fort reculée, et d'un autre côté des laccolithes de roches intrusives ont consolidé les Rocheuses de l'Est, qui ne connaissent guère les tremblements de terre par suite de l'établissement d'un équilibre stable. Seules quelques secousses ont été signalées jusqu'ici autour du lac Shoshone dans le Yellowstone National Park, et à Helena, dans le Montana occidental. On voit que les grandioses phénomènes éruptifs de tous ces territoires, quoique éteints depuis peu, à l'époque pléistocène seulement, ne jouent aucun rôle séismogénique.
Les tremblements de terre sont peu fréquents, et en tout cas peu redoutables au Sud, dans les plateaux du Colorado et de l' Arizona.
* Liât ofrecorded earlhquakes in California, Lower Califomia, Oregon and Washington territory (Sacrajnento, 4887). — Id. Â Catalogue of earlhquakes on ihe pacifie coast, 1769- 1897 (Smithsonian miscellaneous collections^ n* 1087. City of Washington, 1898). — G. D. Perrine. Earlhquakes in California in 1898 (Washington, 1899).
MONTAGNES ROCHEUSES ET DÉPËT(DÂNCES *05
Il existe cependant un médiocre foyer d'ébranlement à Pagosa Springs, Prescott et Tucson, qui se prolonge jusqu'à Nogales dans le Mexique. Une architecture tabulaire, morcelée par les fameux Caûons et des failles datant de l'époque tertiaire, rend bien compte de cette stabilité par absence totale de plissements, quoiqu'il s'y soit produit des cassures tellement récentes qu'elles ont affecté les produits volcaniques pliocënes. Dans la vallée inférieure du Colorado, Fort Yuma est quelquefois ébranlé, fait à rapprocher, sous toutes réserves d'ailleurs, des curieuses dépressions d*effondrement qui s'y creusent jusqu'à 90 mètres au-dessous du niveau de la mer voisine et que la sécheresse du climat transforme en déserts salins. Le peu d'importance des tremblements de terre inGrme l'opinion que les efforts orogéniques y seraient encore à l'œuvre.
D'après de Nadaillac^ à l'exemple des anciens Grecs, les Indiens de Pueblo Bonito (pays des Navajos, Nouveau-Mexique) auraient eu l'habitude d'insérer des rondins verticaux et horizontaux de bois dans la maçonnerie de leurs habitations pour s'opposer aux effets des tremblements de terre. Gomme ils sont rares, et en tout cas peu à craindre dans ces territoires, nous inclinerions à penser, non que les séismes ont cessé dans le pays depuis l'époque de ces constructions, mais plutôt, si tel était bien le but de ce dispositif, que ces Indiens, venant par émigration d'un pays instable, auraient conservé l'usage en question, auquel cas la séismologie éclairerait un problème ethno~ graphique.
L'entre-deux des Montagnes Rocheuses et de la Sierra Nevada comprend deux territoires bien distincts : les nappes éruptives du Nord, Washington, Orégon et Idaho, et le Grand Bassin de l'Utah. Les tremblements de terre sont jusqu'à présent à peu près inconnus dans la région volcanique, dont les nappes ont recouvert le Pliocène et n'ont cessé de s'épancher que pendant le Pléistocène, à Tépoque du grand lac Bonneville. Ce déluge de laves a recouvert la surface du pays et n'a plus subi que des effondrements locaux, sans conséquences séismiques posthumes actuelles. A peine peut-on citer quelques secousses à Boisé Gity.
Il n'en va pas de même dans le Sud. La dépression du Grand Lac Salé occupe, d'après Suess, l'emplacement d'une ancienne chaîne qui a été plissée tant à l'époque jurassique qu'à l'époque tertiaire, et dont la clef de voûte se serait effondrée entre les cassures des monts Wasatch à l'Est et de la Sierra Nevada à l'Ouest. Le Lac Salé lui-
* Les Cliff-Dwellers (Revue des questions scientifiques, X. Oct. 1896, 385. Louvain).
40« GÉOGRAPHIE SÉ18M0L0GIQUE
même n'est que l'humble reste des immenses nappes Intérieures de Bonneville à l'Est et de Lahontan à l'Ouest, accusées par leurs terrasses successives, et qui recouvraient le pays à l'époque pléistocëne. Mais ce trait géographique si important est maintenant à peu près disparu ou en voie d'extinction finale^ et ne saurait avoir d'intérêt pour la séismologie. Ce qu'il importe au contraire de savoir, c'est que les Monts Wasatch tombent sur la dépression par une cassure que signalent les secousses modérées de Paris, Sait Lake City, Provo City, Cove Creek, Fillmore, Pioche et Hebron. Ce rôle séismogénique de la fracture est corroboré par les chocs tout aussi faibles qui se font sentir le long d'autres failles secondaires du bassin à Winnemuca, Unionville, Eurêka, etc. S'ils étaient dus au dernier plissement, tertiaire, les épicentres seraient sans doute beaucoup moins clairsemés. Malgré tout, le Grand Bassin reste fort stable, moins toutefois que son homologue du Mexique, le Bolson de Mapimi, et les séismes n'y sont que des phénomènes rares et sans très grande importance, supérieure cependant à celle qu'ils montrent dans la région éruptive du Nord-Ouest.
Les tremblements de terre deviennent au contraire fréquents et sérieux vers l'Ouest, dès le flanc oriental de la Sierra Nevada de Californie. Tout d'abord s'impose une remarque, conGrmant trop bien l'indépendance des phénomènes séismiques et volcaniques pour être passée sous silence : c'est que la partie de la chaîne occidentale, Cascade Range, où dominent les grands cônes à peine éteints du Shasta, du Mont Hood et du Mont Rainier, est justement de beaucoup la moins ébranlée. On ne s'occupera donc pas du Nord de la chaîne, et tout ce qu'on en va dire se rapporte à sa partie méridionale, au sud du Shasta, c'est-à-dire à la Sierra Nevada.
Quelques séismes ont été mentionnés au Fort Klamath, et c'est non loin de là que Russell ^ a signalé dans la Surprise Valley, et sur de grandes distances, des indices de mouvements très récents d'anciennes fractures dont la végétation n'a pas encore eu le temps de faire disparaître la fraîcheur ; les dénivellations atteignent une quinzaine de mètres. Il est difficile de mettre en doute la relation entre les phénomènes.
Le versant oriental de la Sierra Nevada est le plus raide, mais il correspond à un relief bien moindre que l'opposé, descendant jus-
* À geological rcconnoissancc in southcm Oregon {4^^ Ann, Rep, U, S. GeoL Survey, 1882,83-431).
Id. À geological reconnoissance in central Washington {U. S, GeoL Survey Bull., n« 108,4893).
qu'aux basses plaines du Sacramento et du San Joaquin. La ride montagneuse tombe sur le Grand Bassin par une énorme faille, dont le rejet n'est pas inférieur à 1800 mëtres. D'aprës DillerS sa formation est trës récente, et ce serait Taffaissement du Grand Bassin qui aurait mis cet accident en valeur, en rendant sa saillie apparente. RusselP a reconnu qu'elle a rejoué à l'époque quaternaire, car, dans la Lundy Valley, les moraines et les deltas torrentiels sont recoupés par un escarpement de 15 mëtres de dénivellation. Des mouvements aussi récents ne peuvent que correspondre à une certaine instabilité le long du versant oriental, et c'est bien ce que vérifient les observations. En effet, deux districts séismiques s'y montrent, celui du lac Owen et celui de Virginia City. Le premier a été, de 1868 à 1872, le siëge de trës nombreuses secousses et l'épicentre a été donné comme se trouvant prës des sources de la Kern River, c'est-à-dire au pied du Mont Whitney ; du moins estrce là, ainsi qu'à Long Pine, qu'ont été ressentis les chocs les plus nombreux. Mais la rectitude et la profondeur de l'Owen's River, sur le flanc oriental du mont, infirment cette maniëfe de voir, car elles démontrent l'importance de cet accident tectonique. Ces secousses ont été attribuées, mais sans preuves, aux phénomënes volcaniques éteints de ces parages, l'état de fraîcheur de certains des cônes montrant que leur extinction est peu ancienne. La grande secousse du 17 mars 1872 est venue, par Ténorme extension de son aire d'ébranlement le long de la Sierra Nevada et le nombre considérable des chocs consécutifs, donner un démenti à cette explication, qui a contre elle le caractëre local des séismes de cette nature. Celui-ci a causé des dommages importants à Long Pine. D'aprës Whitney ', il aurait ébranlé simultanément la Sierra Nevada entre le 34' et le 38' parallële ; aussi en a-t-on fait un mouvement d'ensemble de la chaîne, d'origine nettement tectonique. Sans aller contre une interprétation que les circonstances géologiques locales rendent trës plausible» surtout si l'on réfléchit au peu de temps écoulé depuis les mouvements les plus récents bien constatés dans la chaîne, il faut cependant observer que la défectuosité des mesures du temps, dans un pays mal outillé, même maintenant, au point de vue du réglage de l'heure, à plus forte raison il y a une trentaine d'années, ne permet guëre d'affirmer cette simultanéité du choc sur une aussi longue distance.
* Onthe geologyof NorthCalifornia((/. S. GeoL Survey Bull., n* 33, 1886).
* The quaternary historyof Mono Valley (^'^ Ann» Hep, U. S. Geol, Survey, 259).
' The Owen's valley earthquake of March 26th, 1872 (Overland Monlhly, Âttgost and September 1872. IX, 273).
408 GÉOGRAPHIE 8ÉISM0L0GIQUE
Lors de Texploration de Wheeler en 1875^ Duckweiler lui montra à rextrémité Nord du lac Owen, les preuves qu'un calcaire avait été soulevé de 14 mètres au moment du tremblement de terre, et qu'il s'était formé en même temps de nombreuses fissures dont l'une d*au moins 12 milles du Nord au Sud, avec un rejet d'une douzaine de pieds correspondant à l'affaissement de sa lëvre orientale ^
D'une façon générale, Gilbert* attribue les séismes du Grand Bassin de l'Utah à l'action même, toujours en puissance, de la surrection des chaînes qui le bordent. A l'Ouest, la faille du pied oriental de la Sierra Nevada, formée lors du tremblement de terre de la vallée d'Owen en 1872, et à l'Est, celle du pied occidental des monts Wasatch se correspondent exactement. Mais cette dernière est interrompue sur une distance notable entre Warm Springs et Ëmi* gration Gaûon, près de Sait Lake City; d'où ce géologue tire cette conclusion, que l'effort de surrection ne s'étant pas manifesté de ce côté dans les temps récents, cette ville aurait d'autant plus à craindre pour l'avenir que le délai qui lui sera imparti par les forces naturelles en action se prolongera davantage.
L'autre district séismique du flanc interne de la Sierra Nevada s'étend de Susanville au lac Mono. On peut soupçonner qu'il n'est vraiment pas distinct de celui qui a déjà été signalé au nord dans la réserve indienne de Klamath, non plus que du précédent; autrement dit une longue région d'ébranlement s'étend sur tout le versant jusqu'au lac Owen : seul, le manque des observations faites au hasard des établissements miniers, souvent éphémères, l'aurait en apparence coupée en plusieurs tronçons. Quoi qu'il en soit, au Sud de Susanville, un des points le plus souvent ébranlés, trois fractures longitudinales successives jalonnent la Sierra Nevada, et présentent ce caractère commun d'avoir leur lèvre occidentale relevée, les couches plongeant tantôt à l'Ouest et tantôt à l'Est. On peut donc, si l'on veut exclure l'effondrement du Grand Bassin comme cause générale d'instabilité, vu sa date trop ancienne, invoquer ces dislocations plus récentes. La formation de ces failles est, en effet, tellement récente que Reyer' a décrit sur les bords du lac Fardyce des parois granitiques polies par les glaciers et recoupées par des failles postérieures. Ces lacs, assez nombreux sur le versant oriental, n'ont aucune signiGcation tectonique
* Holdcn, L c, 92.
* À Iheory of ihe earthquakes of the Grcat Basin, with a pracLical applicaUon (Amer. Journ.ofSc, ni.XXVII, 49.1884).
* Zwei Profile durch die Sierra Nevada (Seue$ Jahrbuch, f. 3fin., Bcilage-Bd. IV, 291, 1886).
intéressante, car beaucoup résultent, comme le Tahoe, à l'ouest de Carson City, de barrages causés par les produits éruptifs au travers des têtes des vallées. Au lac Mono, des mouvements très modernes ont détruit l'horizontalité primitive des terrasses lacustres visibles jusqu'à 205 mètres au-dessus de son niveau actuel. L'aséismicité de ce versant serait donc pour surprendre ; mais si Tinstabilité n'y approche pas de celle du littoral, il faut en voir la raison dans l'ancienneté de la surrectionde la Sierra Nevada, qui ne lui a pas permis de se plisser à l'époque tertiaire, et dont les principales dislocations sont les failles longitudinales post-miocènes. Gomme ces accidents n'ont cessé qu'à la (in du Tertiaire ou au commencement du Quaternaire, lorsque la chaîne a été définitivement isolée du Grand Bassin, le peu de temps écoulé depuis cet événement suffit amplement à rendre compte des séismes de son flanc oriental et aussi, faute de plissement récent, à expliquer pourquoi il est moins exposé que les Goast Ranges.
Le large littoral pacifique des États-Unis présente des conditions à tous égards bien différentes. Du Shasta jusqu'au lac Tulare, les fleuves Sacramento et San Joaquin arrosent en sens inverse une longue dépression ovale, comprise entre la Sierra Nevada et le Pacifique, et débouchent sur l'océan par un estuaire commun, la coupure de San Francisco. Au Sud, un seuil marécageux sépare le haut San Joaquin du bassin sans écoulement du lac Tulare, qui prolonge simplement cette dépression à double pente. Suess assimile ce curieux sillon déprimé à la vallée longitudinale du Ghili; les deux Gordillères côtières ont, en effet, ce caractère commun que la série paléozoïque y manque, ainsi que la moitié inférieure de la série mésozoïque qui repose sur un soubassement granitique; mais tandis que l'accident chilien n'a qu'une pente du Nord au Sud et a vu submerger sa partie méridionale, la dépression californienne est à double déclivité ;vers son centre; l'instabilité décroît régulièrement du Nord au Sud au Ghili, tandis qu'ici, très grande dans la vallée du Sacramento, moindre dans celle du San Joaquin, elle ne disparaît nulle part complètement, comme entre Ghiloé et l'isthme d'Ofqui.
Les Goast Ranges se détachent au Shasta de la Sierra Nevada et les tremblements de terre les ébranlent partout avec une énergie qui ne subit guère que des rémittences locales. Aussi beaucoup y ont causé de sérieux dommages, sinon de véritables catastrophes. Autour de San Francisco, les épicentres se pressent plus nombreux que partout ailleurs ; mais il est actuellement impossible de dire si cela prouve une plus grande séismicité, les nombreuses aggloméra-
GÉOGRAPHIE 8ÉISM0L0G1QUE
San Francisco
Santa Cru:
Monkerey
•VKnnefnucah
Unîonvillf
Eurêka
San Simeo
San Lui.
Obispo
Santa Bar
P A CfF^^^^^
Fig. 71. -Californie.
lions urbaines dans la grande banlieue de la reine du PaciQque ayant facilité dans cette région les informations, qui sont plus rares vers Los Angeles, ville plusieurs fois aussi désolée, à un degré tel qu'en dépit des apparences, le Sud pourrait bien être plus instable encore. Non loin de Los Angeles, le nom même de la vallée de Los Temblores atteste une instabilité depuis longtemps reconnue.
Dans quelle mesure la géologie des Goast Ranges justi(ie-t-elle la fréquence et l'énergie de ces tremblements de terre ? C'est ce qu'il s'agit de rechercber. A l'époque crétacée, la côte occidentale de la masse continentale des Rocheuses coïncidait à peu près avec le pied de la Sierra Nevada du côté PaciQque, et les couches néocomiennes se sont constituées aux dépens du substratum archéen de la zone litto* raie. Un violent plissement a suivi cette phase et produit un intense métamorphisme dans la grande chaîne. Du Crétacé supérieur au Miocène se sont formées les couches de la série de Chico-Tejon, concordantes entre elles, mais discordantes sur le Néocomien plissé. Puis est survenu un plissement post-miocène, moins accusé, et qu'a suivi l'activité volcanique pliocène, à peine éteinte à l'heure actuelle. Ce second plissement, malgré son peu d'intensité relative, se perpétue peut-être sous la forme de séismes, et les efforts qui lui ont donné naissance sont sans doute les mêmes que ceux des premières phases. Les couches sont beaucoup plus plissées, disloquées et dérangées dans les Coast Ranges qu'au pied de la Sierra Nevada, ce qui explique bien leur plus grande séismicité. Quant à citer des influences séismogéniques particulières, on ne trouve guère à signaler, et sous toutes réserves, que les failles découpant la presqu'île de San Francisco; Lawson^ considère comme une aire d'effondrement la baie de San Francisco et ses diverses branches, Suisun Bay, etc.
D'après les tracés des aires pléistoséistes que Deckert a donnés des principaux tremblements de terre de la baie de San Francisco» leurs grands axes sont tantôt parallèles et tantôt perpendiculaires à la côte et aux Coast Ranges, preuve qu'ils dérivent de deux causes tectoniques différentes. La même disposition se remarque aussi autour de Los Angeles et de San Diego, et là s'ajoute cette circonstance que les ellipses sont si bien coupées par le littoral, que la conclusion d'un épicentre sous-marin s'impose nettement. D'un autre côté, risobathe de 4 000 mètres ne s'éloigne j amais beaucoup du littoral californien, sauf au Nord du cap Mendocino, au delà duquel la séismicité diminue beaucoup le long de l'Orégon; d'ailleurs d'assez
' C.A. Lawson. The Geomorphogeny of the Coast of Northern California [Bull. Department ofgeol, Univ. Calif. 1, 263. — i5th Ann. Rep. U, S. Geol. Survey, 399).
412 GÉOGRAPHIE SÉISMOLOGIQUE
nombreux séismes sous-marins ont été observés au large de ce même cap. La pente du talus submergé atteint aussi son maximum entre San Francisco et le cap Mendocino, de telle sorte que toutes ces considérations concordent pour faire attribuer un rôle séismogénique indéniable à l'accident que représente ce talus. On ignore si risobathe représente une fracture, mais elle est parallèle au plissement des Goast Ranges, aux failles longitudinales de la bande littorale Pacifique telles que Suess les a indiquées, et à la Sierra Nevada elle-même, et il en est de même pour la direction des grands axes de bien des séismes californiens : cette communauté de direction entre tant de phénomènes divers ne saurait être fortuite et fait de suite penser à la persistance des mêmes efforts tectoniques. Enfin Becker^ croit que chacune des poussées orogéniques antérieures a eu pour effet d'ajouter une nouvelle bande plissée au versant occidental de la bande saillante déjà existante. Les séismes actuels des Goast Ranges représentent-ils un troisième plissement, soit en préparation, soit avorté à cause d'une plus grande rigidité des couches acquise avec le temps ?
Dans plusieurs circonstances les géologues américains ont observé des sandstone dykes dont ils attribuent la formation à des tremblements de terre d'époques anciennes, exactement comme on l'a vu dans Texemple d'Alatyr, signalé par Pavlov et mentionné au chapitre traitant de la Russie.
Jusqu'à présent, il n'a pas été mentionné de secousses sur le versant pacifique de l'Orégon. Il y a donc une lacune séismique entre Grescent Gity et Portland (Wash.) ; elle correspond à la Gascade Range. Gependant, le 14 décembre 1873, un tremblement de terre à grande aire d'action a eu pour ligne épicen traie de Wallawalla à Portland le cours de la Golumbia, perpendiculaire à la côte. Deckert le met en relation avec l'accident tectonique emprunté par le fleuve pour sa traversée de la Gascade Range et l'on ne connaît pas d'autre séisme avec cette disposition. G'estpar l'emplacement actuel de cette chaîne que la mer néocomienne des Goast. Ranges de Galifomie contournait le Nord de la masse continentale, pour s'étendre dans TEst de l'Orégon jusqu'à une distance inconnue. Gette difiérence d'histoire géologique avec laGalifornie n'est, à coup sûr, point indifférente à la différence deséismicité de Tune et de l'autre région, d'autant plus que la stabilité de l'Orégon se continue à l'est de la Gascade Range dans le pays des nappes volcaniques. Le massif de Klamatha
* Geology of the Quicksilver deposits of thc Pacific slope (S^^ Ann. Rep. V. 5. GtoL Suf*vey, 96 i).
été disloqué à la (in des temps jurassiques ; pénéplaine dominée par des massifs de plus grande résistance, son immunité séismique s'explique par Tancienneté de ces accidents et par l'absence de plissements récents.
Les secousses reparaissent bien à Portland sur la basse Golumbia, mais elles ne deviennent fréquentes que tout autour de la baie de l'Amirauté et au moins jusqu'à Vancouver, sans cependant y être jamais redoutables. II serait encore prématuré de faire avec les conditions géologiques un rapprochement capable d'expliquer leur production. L*extrême complication des découpures delà côte et des dislocations de la fameuse Olympic Range, à l'extrémité N.W. de l'Ëtat de Washington, laisse seulement supposer d'énergiques actions postcrétacées, car tel est Tâge des couches qui s'y rencontrent. Quoi qu'il en soit, ces tremblements de terre présentent des aires d'ébranlement très allongées sur les axes de la baie de l'Amirauté et du canal de Géorgie ; ainsi leur relation avec la tectonique de la dépression est manifeste. C'est bien plus rarement que les isoséistes s'allongent sur l'axe du détroit de Juan de Fuca, au pied de l'Olympic Range. Par conséquent, la première dépression joue un rôle séismogénique plus net que la seconde, qui est transversale. Autrement dit, la plupart de ces séismes sont longitudinaux par rapport au Pacifique et aux chaînes qui le bordent.
On est peu fixé sur le degré de séismicité du versant pacifique des Rocheuses canadiennes ; on sait seulement que, le 24 février 1890, un violent tremblement de terre aurait dévasté l'île Skidegate et l'Archipel de la Reine Charlotte, et que les secousses ne sont pas rares dans les environs de Sitka. C'est une côte à Qords bordée de chaînes plissées; d'intenses chevauchements du Primaire sur les dépôts crétacés ont été observés sur le bord des grandes plaines canadiennes. Selon de Lapparent, un mouvement de bascule a ouvert la voie à deux séries d'éruptions antépliocënes, et un affaissement partiel a découpé la côte en Qords. Il y a bien là des facteurs d'une instabilité au moins modérée, telle que les séismes connus doivent la faire supposer. Si, s'en tenant aux analogies, on observe que risobathe de 4 000 mètres quitte définitivement cette côte pour s'en éloigner beaucoup, l'on devra prévoir que les observations de l'avenir ne décèleront point de régions vraiment séismiques sur le versant occidental des Rocheuses de la Colombie britannique.
La Cordillère archéenne, paléozoïque et mésozoTque, se prolonge dans l'Alaska, et du Tertiaire se montre sur le bas Yukon. Les tremblements de terre n'y peuvent résulter, d'une manière générale, que
GÉOGRAPHIE SÉI8M0L0GIQUE
te
de la cassure au bord du Pacifique, si tant est qu'il y en ait une représentée par les énormes profondeurs que Ton y rencontre. L'Alaska est seulement pénéséismique. Le seul tremblement de terre important que l'on y connaisse est celui de septembre 1899, à la baie de Yakutat, avec de nombreux chocs consécutifs y des vagues séismiques ct^ dit-on, l'affaissement d'une partie de la côte , dernier fait qui mérite peu de créance.
L'arc des îles Aléoutiennes , tertiaires et à peu près toutes d'origine volcanique, éteintes ou actives ^ , est plus souvent ébranlé que l'Alaska, ce qui peut tenir à sa position au bord même de l'abîme sous-marin.
* Al. Perrey. Documents sur les tremblements de terre et les phénomènes volcaniques des fies Aléoutiennes , de la péninsule d'Aijaska et de la c6te N.O.
d'Aménque (Mém, Ac, Se, Arts et BelleS'Lellres de Dijon, 1865) .