Iles A l*e8t de Java. Moluques, Gélèbes et Bornéo
Gomme pour Java et Sumatra, les informations séismiques, relatives à toutes ces îles, résultent des listes publiées annuellement par le Natuurkundig Tijdschrift voor Nederlandsch-Indië des nombreuses observations faites par ses correspondants, fonctionnaires militaires ou civils, répandus suivant les progrès de la pénétration européenne. Pour les années antérieures, on a les catalogues de Perrey *. On est, en somme, fixé d'une manière très satisfaisante sur la stabilité ou l'instabilité générale de la plupart des îles principales.
Les géologues ont discuté et discutent encore beaucoup sur la division des Moluques en divers arcs d'âge et de constitution différentes,
* Documents sur les tremblements de terre et les phénomènes volcaniques aux Moluques : !'• partie. Groupe d'Amboine {Ann. soc. d'émulation des Vosges, IX, III, 1837). — 2* partie. Groupe de Banda (/<i.,X, I, 1858). — 3* partie. Groupe de Ternate(/d.,X, II, 1859). 4* partie. Groupe de Sangir (Id., XIII, 1860).
GËOGRAPIIIE SËISHOLOGIQUE
sur la délimitation des lignes volcaniques an* ciennes et récentes, enfin sur les derniers mouvements qui les ont amenées à leur état actuel de morcellement. L'homologie avec les Grandes et les Petites Antilles, le golfe du Mexique, la Méditerranée et la chaîne Caraïbe, n'ont pas donné lieu à de moindres divergences d'interprétation'. Mais toutes ces discussions ne sau raient en aucune fa^on diminuerl' influence des causes générales de la grande instabilité qui règne , k des degrés d'ailleurs divers, dans ces îles. Dû reste, le fait qu'elles appartiennent aux deux géosynclinaux a dû amener une grande complication de mouvements , qui rend malaisée la tâche de départager les différentes opinions , toutes peut-être exactes, malgré d'apparentes contradictions. Il suflîra, dès lors, de suivre les groupesd'iles
■ B. Kotâ. On Ihc grolosic Btrucluro of tlie m&lay&o Arcliipclago (Jourii. of Ihe Coll.
oftc. Imp. Univ. of Tokyo. XI, 1-ui't II. tl3. 1899).
qu'une certaine communauté de situation géographique et de constitution géologique permettra de considérer comme naturels et à peu près autonomes.
Baliy Lombok, Soembawa, Flores, Lomblen, Pantar et AUor forment une première traînée rectiligne et morcelée, prolongeant Java avec tous ses terrains volcaniques et sédimentaires. Les nombreux détroits qui séparent les îles les unes des autres correspondent trait pour trait à ceux qui à l'époque miocène coupaient Java en trois tronçons ; il s'est trouvé seulement qu'ils n'ont été ni soulevés ni comblés. Aussi les circonstances d'instabilité séismique y sont-elles de tout point comparables, avec cette seule différence que le talus de rOcéan Indien ne suit plus leur bord méridional, mais cet accident n'ayant pas, comme on l'a vu, d'influence séismogénique à Java, son éloignement vers le Sud n'introduit ici aucune circonstance nouvelle et stabilisante, au point de vue des tremblements de terre ; aussi y a-t-il peu de vagues séismiques de ce côté, mais seulement à l'extrémité Nord de Flores. Â Bali, Boelélens: et Negara ; à Soembawa, Bima; à Flores, Endeh, Maumeri et Larantoeka, sont les foyers principaux d'ébranlement, et probablement apparents, donc sans grande signification, ces villes étant les plus importants centres de colonisation. Â Pantar se termine la série des évents volcaniques de l'alignement de Sumatra et de Java.
Les îles extrêmes du Sud, Soemba ou Sandelhout, Sawoe, Rôti, Samaoe et Timor, forment également un ensemble assez naturel émergeant des profondeurs de 6 000 à 7 000 mètres de la fosse de Maclear. Toutes présentent un substratum archéen, et l'activité volcanique n'y existe probablement que sous la forme boueuse, les éruptions du Bibitubo, près de Dillé, indiquées par Perrey \ étant peut-être apocryphes. Soemba, en partie granitique, est stable. Quelques séismes seulement agitent Randjocwa et Sawoe, oùl'Ëocène est très redressé. Il en est de même de Baâ à Rôti, où se montrent le Permien, le Trias et le Jurassique. Les roches éruptives crétacées font leur apparition à Timor, où le Tertiaire prend une certaine importance ; Atapoepoe, Dillé et la presqu'île de Koepang ont eu des tremblements sévères à déplorer, mais ce ne sont que des épicentres apparents. Pour autant qu'on peut en juger, la partie portugaise de Timor est la plus stable, ce qu'on peut provisoirement expliquer dans une certaine mesure par un plus grand développement de l'Ârchéen que dans la partie méridionale, ou hollandaise. On a reconnu du Permo-
* Le Bibitubo, volcan do Timor {Nouv. ann. des voyages^ 1858, III, 135, IV, 303).
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carboniférien aux environs de Koepang, de sorte que la pénéséis* micité de cette région tient sans doute à la présence d'un synclinal de cette époque. Ces suggestions sont seulement provisoires.
Entre l'Australie et la Nouvelle-Guinée s'étend une mer dont le peu de profondeur contraste avec les abîmes de 4 000 à 5 000 mëtres de la mer des Moluques, formant au sud de Céram une sorte d'ombilic, qui est presque de toutes parts entouré d'îles. Les îles qui séparent cette cuvette de la mer d^Âustralie se développent à l'Est de Timor en trois arcs concentriques et de constitution bien différente : à l'intérieur une série de volcans insulaires, actifs ou éteints, de Kisser à Seroea, et où l'on ne connaît guère de séismes qu'à Dammer; l'arc médian, de Wetter à Babber, est caractérisé par la série des sédiments primaires et secondaires, sans préjudice de roches éruptives anciennes, et ces îles sont pénéséismiques; enfin l'arc extérieur desTenimber, ou Timor-Laoet, des Kei ou Ewab, et desÂroe, est surtout tertiaire, et peu ébranlé. Par l'âge et le. faible dérangement de leurs couches, ainsi que par leurs constructions coralliennes, on ajoutera ici par leur faible séismicité, on a pu assimiler ces trois derniers groupes d'îles aux Bahamas, situées aussi à l'extérieur des arcs successifs entourant la mer des Caraïbes, homologue de celle des Moluques.
Céram et Boeroe limitent cette mer au Nord. Elles forment une bande orientée E.-W. de terrains archéens, en particulier de micaschistes, associés à iin calcaire d'âge inconnu. Sur le versant méridional de la première, l'existence de couches secondaires est certaine ; on y a aussi rencontré des roches éruptives crétacées, mais l'activité volcanique actuelle fait entièrement défaut. Sur la côte septentrionale se montrent deux faibles centres d'ébranlement, Waahai et Waroe, dont la séismicité ne dépasse pas celle qu'on peut attendre d'une zone ancienne. Mais au Sud, Âmahei et Elpapoetih à Céram, Kajelie et Tiffoe à Boeroe, ressentent de nombreuses secousses. Le 30 septembre 1899, un tremblement de terre désastreux a désolé l'extrémité occidentale de Céram, et Yerbeek * en a localisé l'épicentre un peu à Test d'Elpapoetih, justement sur une fracture presque rectiligne traversant la baie du même nom, puis suivant toute la côte Sud, parallèlement à deux autres cassures concentriques plus intérieures qui comprennent entres elles Âmboine et Saparoea. Si une énorme vague compléta la catastrophe, il ne faudrait pas en conclure à une
* R. D. Verbeek. Kort Verslag over de a&rd-en zeebeving op Ceram, dcn 30«^a septeiilberl899 (Naluurk, Tijdschr. voor Ned. Indië, LX, 218, 1900). Id, Aardbeving van Ceram des 30-IX-1899» Extratcnuii ofQciele rapporten (/c/.,219).
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origine sous-marine du séisme, produite qu'elle a été simplement par un gigantesque éboulement de falaise, à la suite du tremblement de terre. On a ainsi pu prendre sur le fait un phénomène qui ne doit pas manquer de se produire parfois, et qui masqué par la couverture liquide peut causer des erreurs sur l'interprétation de semblables vagues. La détermination de Tépicentre faite par Verbeek, sur une longue cassure parallèle à Taxe de Céram, à ses deux côtes, et aussi aux isobathes de l'ombilic si voisin et si profond de la mer des Moluques, conduit invinciblement à cette conclusion que les efforts tectoniques qui ont creusé Fabîme sous-marin continuent à
Epicentre du (remèUment de terre du, 3o Septembre fâS9
— — — — Dfslocar'cns
Fig. 85. — Dislocations de Cërani.
jouer un rôle séismogénique évident. Cette conclusion n'est pas foi^ cément inconciliable avec l'absence de foyers connus d'instabilité sur le reste de ce littoral sud-occidental, car elle peut résulter de ce qu'il n'y a pas de centres suffisamment colonisés, et d'ailleurs les grands accidents ne sont pas toujours instables sur tout leur parcours. Enfin, dernier argument prêtant moins le flanc à la critique, la côte orientale est beaucoup plus éloignée du centre de l'ombilic, de sorte que la pente sous-marine y est bien moindre. Ce rôle séismogénique de la fracture est corroboré, d'autre part, par l'extrême instabilité de Saparoea (ou Honimoa), et surtout d'Amboine, au Sud et au Sud- Ouest de la baie d'Elpapoetih, îles toutes deux comprises entre deux autres failles concentriques et subordonnées à la première, et où apparaît le Tertiaire moyen, inconnu à Céram. En se rapprochant du centre de l'ombilic, la séismicité s'est notablement augmentée. A Amboine, le Wawani passe pour avoir eu une éruption volcanique en 1674, mais Kotô a démontré que cette catastrophe avait une
origine purement séismique. Le voisinage des abîmes de la mer des Moluques peut aussi expliquer indirectement les séismes de Kajelie, et surtout de Tiffoe de l'île Boeroe. Le grand volcan si actif, l'Api de Banda, fait partie du petit archipel du même nom surgissant d'un seul jet de fonds de 7815 mètres, et les tremblements de terre y sont fort fréquents.
Halmaheira, ou Djilolo, est remarquable par sa structure chirographaire, indice sinon toujours d'effondrements de golfes lobés, tout au moins de la juxtaposition d'éléments divers et discordants favorables à la séismicité. Le substratum ancien n'y est encore connu qu'à Batjan, et partout ailleurs les roches éruptives crétacées et tertiaires se monti*ent souvent recouvertes par les déjections des volcans actuels de la côte occidentale, principalement ceux des petites îles de Batjan et de Temate. Le Tertiaire est connu à Halmalieira. Les pentes marines entourant l'archipel sont plutôt faibles. Si les tremblements de terre sont habituels et sévères sur la côte occidentale, les observations manquent encore pour les péninsules de l'Est et les îles de Morotaï et d'Obi ou Ombirah. Est-il indifférent pour l'instabilité, d'ailleurs non exagérée, d'Halmaheira qu'à l'époque de la mer lutéUenne (Éocène moyen), l'axe du géosynclinal passait précisément sur cette île, ce qui a dû correspondre aux amples mouvements ultérieurs?
L'île de Gélèbes présente, à un degré encore plus accentué, la structure chirographaire. Sa presqu'île du Nord, ou le Menado, est d'une extrôme instabilité, qui commence dès sa racine à la baie de Donggola. Tontoli, Gorontalo, Bolaang-Mogondo, Menado et Tondano sont les principaux foyers apparents d'ébranlement, mais il est bien probable que toute la presqu'île est uniformément exposée aux tremblements de terre. Cette étroite arête granitique et archéenne se termine vers le Nord par le Minahassa, aux nombreux volcans, qui se continuent en mer par ceux de Sangi, où les séismes ne sont guère moins fréquents et redoutables. On y observe une grande dépression tectonique, comprise entre des horsts granitiques, et son point le plus bas est au lac Limbotto, non loin de Gorontalo. Il est d'autant plus vraisemblable que cet accident joue un rôle séismologique qu'il se prolonge par une longue ligne volcanique, de moindre résistance par conséquent, jusqu'au volcan Sanguil (Mindanao) par ceux du Minahassa et des îles Siawoeh, Sangi et Sarangani. La presqu'île de Gorontalo, ou de Menado, ce petit archipel et la péninsule du cap San Agustin au S. E. de Mindanao forment au Sud et à l'Est la bordure d'une mer profonde de 5 000 mètres entre Gélèbes, Mindanao, les
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Jolo et Bornéo. Par une très remarquable coïncidence,oute8 ces terres sont très instables, à Tunique exception de Bornéo, qui seule, a des côtes descendant en pentes douces vers le fond de ce nouvel ombilic. L'absence de vagues séismiques sur la côte Nord du Menado, c'està-dire du côté des abîmes, laisse à supposer que Tinstabilité n'est pas directement due à l'accident, mais aux dislocations qu'on y a signalées, et qui doivent être en relation avec sa formation. D'assez nombreux séismes agitent en même temps le Minahassa, Sangir et Ternate, et il est très possible que leurs épicentres se trouvent en mer.
On ne sait rien des tremblements de terre qui peuvent agiter le reste de Célëbes, sauf pour le Sud de la presqu'île de Mangkasar, oii la ville du même nom, Balangnipa et Bonthain ressentent quelques secousses, d'ailleurs modérées. Cette presqu'île est formée à l'Ouest par une chaîne éruptive et à l'Est par une chaîne tertiaire récente plissée, de même direction méridienne. Saleijer au Sud est une île voisine, également pénéséismique ; elle consiste à l'Est en un chaînon de roches volcaniques à pentes rapides et à l'Ouest en Tertiaire marin récent.
II est assurément très hardi de faire des pronostics en semblables matières ; cependant, comme les îles de Socla-Besi, Mangoeli, Satalieboe, Banggaai, Peling et la presqu'île de Banggaai prolongent évi* demment, au moins au point de vue géographique, la bande de Géram et de Boeroe au Nord d'une autre fosse profonde, homologue de l'ombilic do la mer des Moluques, on est presque en droit de penser que, peut-être, les futures observations dans ces terres encore peu connues y décèleront une région séismique analogue à celle de Géram, Saparoea, Amboine et Boeroe; son existence est rendue vraisemblable parles secousses déjà mentionnées à Senana, et par une importante série, en avril 1898, à l'île Oena-Oenaou Binang-Oenang, dans le golfe de Tomini, accompagnant, il est vrai, une éruption volcanique. Gette conclusion est, bien entendu, subordonnée à laçons^ titution géologique encore tout à fait obscure de ces îles et de la grande presqu'île Banggaai de Célèbes oriental.
Jusqu'à présent, on avait considéré Bornéo comme une dépendance du continent sino-sibérien, dont elle aurait fait, croyait-on, partie depuis les temps paléozoïques, et que seul l'ennoyage d*une mer plate en séparerait maintenant. Si son aséismicité, au moins probable, était dès lors une conséquence toute naturelle de cet état de choses, il faut renoncer à cette opinion, depuis qu'on a découvert dans cette île des couches marines triasiques, jurassiques et créta-
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cées plissées. Les tremblemenls de terre n'y jouent qu'un rôle très effacé, du moins sur les côtes, les seules parties colonisées de l'île, et la fréquence moyenne annuelle n'y dépasse guère deux ou trois secousses ; elles ont été observées à l'Ouest, dans la plaine de Pontianak, et surtout à l'Est dans celles de Bandjarmasin et de Samarinda. Si donc l'on réserve la question de la séismicité de l'intérieur, à peine encore exploré, cette rareté des secousses tendrait à prouver que les actions post-crétacées de plissement sont éteintes par trop d'ancienneté, ou que les efforts correspondants sont complètement épuisés.
La côte du Nord-Ouest de Bornéo présente des volcans de boue des deux côtés de la baie de Brunei, fermée par l'île de-Labouan, qui a été elle-même le théâtre d'une éruption boueuse, le 21 septembre 1897 ^, en coïncidence avec un grand tremblement de terre dont l'origine se trouvait certainement dans la mer profonde de Soulou, et dont il a déjà été question. Il semble que le séisme ait été pour quelque chose dans la production du phénomène. Quoi qu'il en soit, cette côte est stable en dépit des importants plissements que G. Schmidt' a constatés dans les couches tertiaires tout autour de la baie. Cette dernière observation montre bien que Bornéo ne doit pas être exclue du géosynclinal, ainsi que le fait Haug, puisque le Tertiaire y est plissé à l'opposé du détroit de Mangkasar, par où ce géologue fait passer la limite occidentale du géosynclinal.
Les suggestions particulières que Ton peut faire au sujet des rares tremblements de terre de Bornéo se réduisent à peu de chose. Pontianak avoisine la chaîne des volcans andési tiques éteints, récemment reconnus au Sud du fleuve Kapoewas, et Samarinda n'est pas très loin des caps Kamiongan et Mangkalihat, à l'extrémité orientale d'une chaîne dont la constitution et la structure paraissent identiques avec celles de la presqu'île si instable du Nord de Célèbes ; dans ce dernier cas, les causes de séismicité auraient passé de l'autre côté du détroit de Mangkasar.
* G. Agamemnone. I terremoU di Labuan del 21 settembre 1897 (Rendiconti d. A. Ace. d. Lincei. VII. 155. 1898).
' Ueber die Géologie von Nord- West Bornéo und eine daselbst entstandene « Neue Insel » (Beiirage xur Gtophytik, VU, 1-128. Leipzig. 1904).
Dr Hortmsl's. •> TremblemenU de terre. 29