Les plaines orientales anglaises
Le versant anglais de la mer du Nord est formé par une succès** sion de sédiments, déposés depuis Tépoque carboniférienne dans des mers ouvertes vers l'Orient. Ainsi appuyés contre le bord du vieux continent atlantique, c'est-à-dire au pied des chaînes calédonienne et armoricaine qui en formaient l'ossature, ils se présentent en bandes grossièrement parallèles et d'ancienneté croissante de l'Est à l'Ouest. De nombreuses alternances d'émersion et d'immersion en sont toute l'Iiistoire géologique, et en particulier la chaîne pennine, qui coupe l'Angleterre du Nord au Sud entre Tisthme de Solway et Derby, date d'une époque de peu postérieure au Carboniférien ; mais les actions extérieures de destruction ne nous ont conservé que de faibles restes de son ancienne splendeur. Son relief est beaucoup plus accentué sur la mer d'Irlande que sur la mer du Nord; aussi laséismicité, d'ailleurs très modérée, y est-elle plus grande à l'Ouest qu'à l'Est. La dernière immersion partielle du versant oriental date de l'époque pléistocène, alors que la mise en communication des deux mers, presque sous les yeux de l'homme, n'a plus laissé subsister qu'un réseau hydrographique tronqué sur la Manche et la mer du Nord.
Cette disposition des bandes sédimentaires en pentes douces et cette architecture tabulaire peu dérangée font prévoir une grande stabihté, que confirme l'observation en dépit de nombreuses traces, sur les côtes, de mouvements positifs et négatifs très modernes.
Sur le versant de la mer d'Irlande, les domaines des plissements calédoniens et armoricains (ou hercyniens) ont laissé subsister à l'Ouest de la chaîne Pennine, et entre le High Peak et Bradshaw Hill, une lacune : territoire carboniférien et triasique au Sud, appartenant donc géologiquement, sinon géographiquement, aux plaines orientales, tandis qu'au Nord s'étend le pittoresque District des Lacs. Les mouvements qui ont relevé la pénéplaine orientale vers l'Ouest ont d'autant plus disloqué les terrains qu'ils étaient plus rapprochés de l'obstacle — ici, la chaîne calédonienne — dont ne subsistent
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que les débris, et c^estpour cela que les séismes sont moins rares à rOuesty du côté où le relief est aussi le plus accentué.
Les secousses sont relativement assez fréquentes dans le Carboniférien de Manchester et le Trias du Lancashire. Dans chaque cas particulier, des dislocations locales ne manquent pas pour les expliquer d'une manière plausible. Ainsi la faille de Tlrwell, s'étendant sur 20 milles de Poyton à Bolton avec un rejet d'au moins 1 000 mètres en certains endroits, est considérée par Davison comme jouant un rôle dans les séismes du district houiller de Pendlcton, d'ailleurs ti*ès disloqué par d'autres accidents.
Le pays des Lacs, au squelette éruptif ancien, s'étend sur l'Ouest des comtés de Cumberland et de Westmoreland. C'est un bloc cambrien et silurien, émergeant des grès rouges triasiques et permiens et du Garboniférien. Il est coupé par de profondes entailles qui amènent bien au-dessous du niveau de la mer le fond des lacs linéaires, aux bords abrupts, qui les remplissent. En particulier, les Lochs Windermere et Thirlmere se prolongent Tun et l'autre de chaque côté du massif, dont ils sont la plus importante ligne séismique, d'après la distribution des épicentres sur cette longue fracture diamétrale.
On a déjà dit que le versant oriental de la chaîne Pennine est très stable, et il y a peu d'observations intéressantes à y faire. Aux environs de Birmingham, un petit groupe d'épicentres doit sans doute son existence aux dislocations du Garboniférien, sinon plissé, du moins relevé contre la chaîne Pennine, et Davison * attribue les séismes de Leicester à des mouvements d'une faille anticlinale précarboniférienne, hypotlièse assurément risquée, en raison môme de la grande ancienneté de cette faille, à moins qu'elle ait rejoué à une époque postérieure, ce que nous ignorons.
Davison, à propos d'un séisme du 21 juin 1904, est revenu de nouveau sur les tremblements de terre de Leicester* pour confirmer son opinion antérieure relative au rôle séismogénique de la faille de Woodhouse-Eaves, qui n'affecte pas le Trias. Si l'ancienneté de cet accident ne permet pas d'admettre, sous forme de séismes, un reste de vitalité des efforts tectoniques auxquels il doit naissance, il n'est cependant pas trop risqué de supposer, remarque applicable à beaucoup de cas analogues, que, par manque d'équilibre le long de la
• On the Leicester earthqaake of Augusl 4U>, 1893 {Proc, of ihe roy. Soc, LVH, 87).
* The Leicester earthquakes of Augusl 4t>i, 1893, and Juno 21»^ 1904. (Quart, joum, of the geol. Soc, LXI. 1. London, 1903).
dislocation, ou par toute autre cause, des mouvements se produisent encore de nos jours le long des deux lëvres de la faille en donnant lieu à des séismes. Il est bien évident qu'une certitude absolue ne pourrait s'obtenir qu'au moyen d'observations directes telles que celles instituées à la faille de Ridgeway dont on a parlé dans l'introduction.
Comme capitale, Londres a certainement enregistré à tort et à son seul profit beaucoup de secousses venant d'ailleurs, mais non signalées en d'autres points et qui n'y avaient pas leurs épicentres. Ce foyer d'ébranlement est donc plus apparent que réel, et doit être rattaché, soit aux plissements armoricains des Downs, soit aux dislocations transversales du bombement wealdien, dont une faille, celle dite de Médina, semble jouer un rôle important pour les séismes de l'île de Wight. C'est dans ce sens seulement qu'on peut se rallier à l'opinion de O'Reilly (/. c.) d'après lequel une ligne séismique traverse TAngleterre sud-orientale en reliant la côte méridionale du Pays de Galles à l'embouchure de la Somme, conformément aux idées de Godwin- Austin qui, dès 1855, soupçonnait la continuité des couches de houille jusque sous Londi*es et ses environs. Dès lors, les quelques tremblements de terre de ces parages relèveraient encore plus clairement des plissements armoricains. De cette façon, il y aurait aussi continuité avec le district séismique du bassin houiller franco-belge, par-dessous la Manche, simple et peu profonde tranchée ouverte à une époque très récente entre la France et l'Angleterre, au travers de terrains qui se correspondent exactement de rive à rive.
Le tremblement de terre du 22 avril 1882 dans l'est de l'Angleterre a été l'objet de travaux importants et Rockwood ' résume la communication faite en mars 1885, à l'Ëssex Field Club, par Meldola et White, en rapportant que, d'après ces savants, le séisme a été produit par la décompression des roches profondes.
* An account of the progress in Vulcanology and Seismology in tbe ye&r 1885 {Smithsonian Rep. for 1885, N« 634. Washington, 1886).