CHAPITRE III
Le trait dominant de la géographie, et en même temps de la géologie de l'Europe centrale, ou plutôt moyenne, est la chaîne des Alpes, résultat d'un grand plissement tertiaire qui en a continué plusieurs autres plus anciens, et de sa contre-partie l'effondrement contemporain de la dépression méditerranéenne. Au Nord et en avant de ces deux grands accidents parallèles se dresse une série de massifs, ou de horsts, archéens et primaires^ qui, de la Bretagne à la Meseta ibérique, s'étendent de l'Ouest à l'Est jusqu'à la Bohême, sans compter d'autres plus orientaux jusqu'à l'Oural, qui seront étudiés ailleurs. Ils ont fait obstacle aux mouvements alpins et ont protégé contre le plissement les sédiments primaires, secondaires et tertiaires déposés dans leurs intervalles et en avant d'eux jusqu'à la Manche, la mer du Nord et la Baltique. Mais s'ils ont eux-mêmes supporté, en général, l'effort des plissements armoricains, ou hercyniens, ils n'en ont pas moins conservé la situation d'îles au milieu des mers changeantes qui, à diverses époques géologiques, baignaient leurs pieds et s'avançaient ou se reculaient alternativement. L'ancienneté des plissements, ou l'architecture tabulaire des sédiments séparant les massifs, expliquent pourquoi ces territoires échappent aux désastres séismiques, tout en étant, ici ou là, le théâtre de tremblements de terre ordinairement modérés, par endroits fréquents, mais rarement sévères.
On ne peut dire d'une façon absolue que les plissements tertiaires n'aient pas atteint ces régions. En particulier, les Pyrénées ont surgi à la suite d'un plissement de l'époque éocëne, c'est-à-dire antérieurement aux mouvements alpins, qui ont atteint leur apogée au Miocène. Il est donc plus naturel d'étudier les Pyrénées avec le géosynclinal méditerranéen, quoique cette chaîne n'en fasse point strictement partie, et aussi la Meseta ibérique avec l'Europe moyenne parce que, si elle est séparée des autres massifs homologues, son histoire géologique n'en est pas moins absolument identique.
Dans ces pays d'ancienne et haute culture^ les rensei^ements séismologiques abondent, quoique des études systématiques ne fassent que commencer à y être organisées çà et là. La répartition des tremblements de terre y est donc connue d'une manière très satisfaisante, comme on le verra progressivement par la mention en temps et lieu des principaux catalogues régionaux, en particulier celui de Perrey * pour la France et les Pays-Bas.