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Bretagne, Gotentin et Vendée

Le massif armoricain, Bretagne, Gotentin et Vendée, est assez stable dans son ensemble, et les épicentres, plus nombreux que riches en secousses, se montrent surtout aux extrémités orientales des deux grands anticlinaux qui en forment l'ossature, tandis que le synclinal intermédiaire n'en renferme presque pas. Cette stabilité générale relative s'explique, puisqu'il s'agit là d'un horst d'ancienne consolidation, à peine dérangé pendant les périodes secondaire et tertiaire.

L'anticlinal du Nord présente un essaim d'épicentres autour de Brest et ils reparaissent nombreux aux environs de Saint-Malo ; les îles normandes elles-mêmes sont assez fréquemment ébranlées. Cet anticlinal, surtout archéen, est à peu près parallèle à une ancienne ligne éruptive Tréguier-Jersey, qui accuse une ligne de moindre résistance, dont l'existence est évidemment liée au plissement postcarboniférien. On est ainsi amené à penser que l'alignement des épicentres aux deux extrémités de l'anticlinal n'est pas fortuit et résulte des mêmes causes profondes que la ligne éruptive et le plissement. Les eiforts qui ont ouvert la Manche, ont commencé à une époque assez ancienne, mais se sont continués tardivement, alors qu'elle formait la basse vallée d'une grande Seine prolongée vers rOuest. Il n'est donc pas étonnant que ces actions aient aussi pu laisser trace sous forme de séismes. Ce qui rendrait assez plausible cette dernière suggestion, ce sont les secousses qui agitent également les côtes anglaises et françaises sans que l'on sache exactement d'où ils émanent : leur origine est peut-être en pleine Manche. Ces efforts se manifesteraient donc encore maintenant surtout dans Tangle du golfe de Saint-Malo et vers la racine du Cotentin. Ce serait un argu-

* Mémoire sar les tremblements de terre ressentis en France, en Belgique et en Hollande depuis le iv* siècle de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (Afem. Ac, de Bruxelles, XVni. 1844).

H. Duchaussoy. Les tremblements de terre en Picardie (Bull, soc, linnéenne du Nord de la France, Xi, n*« 254, 305, 1893. Amiens).

SS GÉOGRAPHIE SÉI8H0L0GIQUE

ment en faveur de l'augmentation, pendant les temps historiques mêmes, de la surface marine dana ces parages, mouvements d'ailleurs contestés par certains auteurs. On aurait dfes lors une série de quatre phénomènes successifs, dérivant depuis les temps les plus reculés d'une même origine tectonique : éruptions cambriennea des îles nor-

Flg. i. — Bretagne, Coteotio et Veodëe.

mandes et du Trégorois, plissement post-carboniférien, affaissement ultérieur et enlin séîsmes actuels.

Les épicentres se disposent à peu près de la même manière sur l'anticlinal du Sud de la Bretagne, et ils accompagnent fidëlemenl l'épanouissement en éventail que les plissements présentent en Vendée. Cette simple remarque corrobore donc fortement la communauté d'origine tectonique. Au Nord de la Loire, vers le Sillon de Bretagne, les épicentres se présentent avec une densité notable-

ment moindre qu'au Sud, phénomène qui se retrouvera dans TErzgebirge où les grands filons de quartz de ses pentes méridionales sont entourés de véritables oasis de repos au milieu d'un district très fréquemment ébranlé.

Les séismes vendéens ne sont pas seuleitient en relation, au moins certains d'entre eux, avec le plissement hercynien, mais au S. £. ils paraissent dépendre aussi de la faille de Youvant, grâce à laquelle les agents de destruction ont respecté les petits bassins houillers qui s'échelonnent de Chantonnay au lac de Grandlieu. Cette dislocation se prolonge jusque dans la rade des Coureaux de Belle-Ile, ébranlée récemment. On sera d'autant moins surpris de lui voir jouer un rôle séismogénique que, d'après Barrois*, elle aurait eu un second mouvement post-crétacé. D'un autre côté elle présente à très peu de chose près la direction du plissement de la Cornouailles bretonne. On peut donc la considérer comme un effet concomitant du plissement, de sorte que l'attribution des séismes à la faille ne change pour ainsi dire rien, quant aux causes profondes des trois ordres de phénomènes successifs : plissements, faille et séismes, tout comme cela s'est présenté pour l'anticlinal du Nord avec les épanchements éruptifs en plus et l'affaissement de la Manche aux lieu et place de la dislocation vendéenne.

Le foyer d'ébranlement de la basse Loire est oblique par rapport au plissement hercynien. Or il s'agit là d'un ancien golfe tertiaire, non seulement asséché par colmatage, mais encore soulevé à une époque très récente. Il y a eu autour de l'estuaire, et même plus en amont, une série de mouvements récents de sens contraires qu'il n'est pas étonnant de voir se perpétuer sous la forme atténuée de séismes.

Avec le foyer séismique assez important d'Angers et d'Ancenis ^, on retombe sur l'extrémité des plissements hercyniens. D'ailleurs le Silurien est ici très disloqué, et un long bassin houiller (Ancenis- Chalonnes) fait retrouver en partie les conditions séismogéniques de la Vendée.

i, — Plateau Central firançalB.

Cette région se définit d'elle-même. Sauf l'enclave jurassique des Causses au Sud et le petit massif annexe, mais pour ainsi dire indé-

* Répartition des tles méridionales de la Bretagne et leurs relations avec les failles d'étirement (Ann. soc. géol, du Nord, XXVI, 2. Lille, 1897).

* Perrey. Notice sur les tremblements de terre ressentis à Angers et dans le département de Maine-et-Loire (Bull. soc. industr. d'Angers, n«* 4 et 3. 15« année, 1844).

pendant du Morvan au Nord, elle constitue une division bien naturelle à tous les points de vue. Assurément son histoire géologique n'est point simple, mais au milieu des nombreuses vicissitudes qu'elle a subies domine le fait caractéristique de n'avoir jamais depuis les temps les plus reculés été complètement immergée, et de représenter un important fragment de la grande chaîne hercynienne de l'Europe moyenne, témoin réduit à l'état de pénéplaine disloquée et de toutes parts entourée de sédiments secondaires et tertiaires formant les golfes profonds des Causses au Sud et de la Limagne au Nord.

Les séismes y sont très rares et peu intenses, comme on devait s'y attendre pour un massif resté fixe, au centre de la France si souvent bouleversée.

Si l'on part du Midi, on voit que la Montagne Noire est absolument aséismique; cela s'explique, car elle a résisté aux mouvements pyrénéens qui ont poussé contre sa bordure méridionale les sédiments du Languedoc auxquels elle a servi de butoir, et précisément on ne connaît là qu*un point, Bédarieux, où quelques secousses rappellent vraisemblablement les effondrements, conséquences ultérieures de cette poussée venant du Midi.

L'absence de tout plissement rend bien compte de la parfaite stabilité des Causses. Cette observation mérite d'être relevée, car la structure karstique passe pour être éminemment favorable à la séismicité ; mais il y faut en plus l'architecture plissée, comme dans l'Europe sud-orientale, ainsi qu'on le verra plus loin. Le manque de tremblements de terre dans les Causses montre aussi qu'on a exagéré le rôle séismogénique des éboulements par dissolution, phénomène qui s'y produit sur une grande échelle, et dont l'étude a conduit de Martel à la création d'une véritable science autonome, la Spéléologie.

Le Plateau Central montre sa plus importante région séismique, bien modérée toutefois, le long d'une longue zone Nord-Sud s'étendent de Montluçon et Montmarault à Saint-Flour et Langeac. Il ne saurait être là exclusivement question de plissements comme cause séismogénique^ parce que si une telle origine peut être à la rigueur invoquée pour la partie nord de la traînée houillère très plissée qui s'étend de Champagnac et Mauriac à Commentry, il n'en est pas moins vrai que les séismes ne se font pas sentir dans sa partie méridionale. La même raison semble aussi devoir faire exclure la faille qui accompagne à l'ouest cette remarquable série de petits bassins, déposés, pense-t-on, dans une coupure analogue au Canal Calédonien.

LEUROPE MOYENNE DE L'ATLANTIQUE A LA SILÉ81E 6i

On ne peut plus faire intervenir l'activité volcanique, car elle ne coïncide que très partiellement avec la zone séismique. Seules les secousses de Mont-Dore pourraient reconnaître cette cause. La même raison s'applique évidemment à la faille séparant la Limagne tertiaire du socle granitique de la chaîne des Puys d'Auvergne, et à laquelle on ne pourrait attribuer avec quelque probabilité que les rares secousses de Riom et de Clermond-Ferrand, qui justement présentent un caractère nettement linéaire. Les chocs ressentis à Pontgibaud et à Chantelle ne peuvent être en relation avec la coupure de la Sioule, simple vallée d'érosion sans caractère tectonique. Bref, la zone séismique en question est vraisemblablement d'origine multiple et diverse, et les causes possibles signalées toutes également en faible activité.

Le Puy est un centre assez notable d'ébranlement. Reste de la puissante activité volcanique du Yelay, continuée jusqu'au pléistocène après son maximum pliocène, ou suite du mouvement d'affaissement du bassin lacustre tertiaire? On ne saurait guère prendre parti. La seconde interprétation a cependant pour elle la stabilité parfaite de la plus grande partie de la chaîne volcanique des Puys, du Cantal et de l'Aubrac. D'un autre côté, les autres bassins lacustres analogues, Limagne, Bourbonnais, Roannais, Forez, etc., sont entièrement aséismiques, de sorte que les secousses du Puy restent sans explication nette.

Quelques séismes ont affecté le bord oriental du Morvan, autour des bassins houillers. De nombreuses dislocations peuvent en rendre compte, mais le remarquable faisceau de plis hercyniens, qui s'étendent de Saint-Ëtienne et Vienne à Semur et Avallon, ne peut guère en être rendu responsable. On notera la stabilité de tous ces bassins houillers, en opposition avec les tremblements de terre qui agitent ceux du Nord, déposés dans un grand géosynclinal carboniférien.

A plusieurs reprises, tout le massif central a été secoué par des tremblements de terre de grande extension, mais dont les épicentres sont tout à fait indéterminables. Il semblerait s'agir là de mouvements d'ensemble, de cause profonde, au sujet desquels on ne peut, en l'état actuel de nos connaissances, émettre aucune suggestion défendable sans hypothèse risquée.

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