‹ Les tremblements de terreChapitre 3 sur 112 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

ville de Charleston, s'étendant à presque tout le bassin du Mississipi. En 1892, une grande partie du Japon était dévastée ; 7 000 morts et 17 000 blessés restaient sur le terrain. En 1894, ce fut le tour de laLocride, et, un an plus tard, celui du Turkestan; de 1895 à 1897, au cœur de TAllemagne alpine, une suite incessamment renouvelée de secousses, funestes pour les édifices, tint en éveil les habitants de la paisible ville de Laibach en Carniole. En 1897, le Bengale et TAssam subirent le désastre le plus complet qu'on eût enregistré dans ces parages; et comme si l'Inde n'avait pas, à cette occasion, payé un tribut suffisant, la vallée du Gange et le Cachemire devaient, huit ans plus tard, être le théâtre d'une catastrophe presque aussi terrible. Enfin voilà qu'il y a peu de semaines, la Calabre, si fort éprouvée à tant de reprises, est redevenue, comme en 1783, un champ de morts et de ruines. Ainsi, à un sujet auquel naguère les spécialistes seuls auraient accordé leur attention, les événements se sont chargés de donner une telle actualité, qu'un livre traitant de cette matière peut se présenter tout seul, même au grand public.

D'autre part, pendant que se déroulait cette suite de catastrophes, la science en faisait son profit. On n'avait pu s'empêcher de remarquer que, le plus souvent, les tremblements de terre les plus destructeurs sévissaient dans des pays dépourvus de volcans actifs, et atteignaient leur maximum d'intensité juste dans les régions de Técorce terrestre que la géologie désigne comme étant les plus disloquées. Mieux on étudie cette écorce dans le détail, et plus on est obligé d'y reconnaître partout la trace de nombreux efforts de rupture ou de flexion. C'est, comme on l'ajustement dit, une y éritahle Jiiarqueterie^ composée d'une foule de compartiments, difl^érents de composition et de structure, qui ont dû Jouer maintes fois les uns par rapport aux autres. A coup sûr, ce jeu doit se poursuivre encore, puisque la déperdition de la chaleur interne et l'éjaculation des matières éruptives suffisent à troubler perpétuellement l'équilibre de l'écorce. Ne serait-ce pas là le principe de tous les tremblements

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de terre de grande amplitude, de ceux au moins qui couvrent un espace incomparablement supérieur à celui qu'une explosion volcanique pourrait ébranler?

Pour résoudre cette question, une étude d'ensemble s'imposait. Elle a été poursuivie de deux façons.

D'une part, depuis plus de vingt ans, sous l'active impulsion d'un savant anglais, M. John Milne, l'Association britannique pour r avancement des sciences a réussi à coordonner dans ce but les efforts de tous les spécialistes. Elle a ainsi créé une véritable ligue, comprenant une quarantaine d'observatoires, convenablement répartis sur la surface de la terre, et tous munis d'appareils enregistreurs identiques. Après moins de trois années de fonctionnement régulier, la centralisation des diagrammes obtenus a fait tout récemment ressortir des résultats infiniment remarquables, lesquels confirment avec éclat la liaison des tremblements de terre avec les ruptures d'équilibre de notre écorce. Du même coup s'est révélé ce fait inattendu, que, chaque année, une centaine d'ébranlements sont assez forts pour secouer la masse entière du globe, et se propager à son intérieur de manière à parvenir même aux antipodes, dans des conditions qui permettent d'apprécier la distance de l'observatoire au centre d'ébranlement.

Or, pendant que se poursuivaient ces éludes délicates, qui nécessitent le concours d'un bon nombre d'observateurs et d'instruments, un homme s'est trouvé, en France, pour entreprendre à lui seul un travail de coordination analogue par la voie d'une statistique graphique bien comprise. Avec autant de patience que de discernement, il a catalogué, et marqué sur des cartes, tous les tremblements de terre authentiquement enregistrés, en leur appliquant un figuré en rapport avec la fréquence et l'intensité des secousses. Cette monographie du phénomène, le même homme l'a mise en rapport constant avec la structure géologique et la topographie des contrées correspondantes, et ce seul rapprochement lui a suffi pour formuler, dès 1895, une loi qui, affranchissant le phénomène séismique de toute dépen-

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