‹ Les tremblements de terreChapitre 35 sur 112 · Sibérie · texte numérisé non relu

Sibérie

La chaîne de l'Oural sépare les continents nord-atlantique et sinosibérien, et occupe l'emplacement d'un géosynclinal primaire, où, du Dévonien au Permien, les couches atteignent une grande épais* seur et s'y présentent en continuité. La séparation marine entre l'Europe et l'Asie s'est maintenue au moins jusqu'à TOligocëne. On est encore assez peu Gxé sur l'époque de la surrection de la chaîne, que certains croient assez tardive. Quoi qu'il en soit, l'Oural n'a joué à aucun point de vue le rôle des grandes rides tertiaires qu'accompagnent les géosynclinaux méditerranéen et circumpacifique, puisqu'il n'a pas été plissé récemment. Sa chute est brusque sur le versant sibérien, où les terrains sont extraordinairement disloqués sans perdre pour cela les caractères d'une surface dès longtemps dénudée et arasée. Du côté russe au contraire, si la plate-forme est la très ancienne continuation de la plaine sibérienne, du moins le relief de l'Oural a été rajeuni par des dislocations assez récentes accusées par des failles, qui ont découpé sur ce versant des escarpements de grès et de quartzites parallèles à l'axe. On peut donc, au moins par places, s'attendre à une séismicité modérée, puisque aucun plissement tertiaire ne s*y est produit. C'est bien en effet ce qui se passe : de Perm à Nijné-Taguilsk et à Zlatooust règne une région pénéséismique, à cheval sur la chaîne et appartenant ainsi aux deux aires continentales. Parfois même, les secousses ébranlent les deux versants, ce qui fait songer à des mouvements d'ensemble.

Depuis une époque très reculée, la Sibérie est arrivée à son état actuel ; les mers secondaires l'ont presque respectée et les transgressions tertiaires à peine entamée ; aussi l'ancienneté de sa construction est-elle pour ce pays le meilleur garant d'une stabilité qui ne se dément qu'en certains points de son immense surface.

La Sibérie occidentale n'a jamais été dérangée depuis les temps carbonifériens, date de son émersion, troublée seulement par une éphémère transgression oligocène. Aussi est-elle aséismique, sans toutefois ignorer complètement les secousses, puisqu'on en connaît deux à Ichim et une à Kourgane. Il n'en est pas de même pour l'avant-pays de l'Altaï; deTomsk à Sémipalatinsk et à Krasnoïarsk sur riénisséï se développe une région au moins pénéséismique, qui, ne passant pas au Nord au delà de Tomsk à Kolyvan, ne s'étend pas absolument sur la véritable plaine. Sa partie la plus instable est certainement Kouznetsk, fort éprouvée en juin i898 : Tolma-

GÉOGRAPHIE 8ÉISM0L0GIQUE

tchev ^ a reconnu que Faire épicentrale de ce tremblement de terre s'est disposée conformément à la structure des couches sous-jacentes, ce

Kolywan

Fig. 17. — Altaï et dépendances.

qui Ta conduit à en faire un séisme transversal et d'origine nettement tectonique. Bogdanovitch fait jouer un rôle important aux affaissements et aux failles dans la formation du relief du haut bassin de rirtych ; mais cette explication ne pourrait être valable pour les

* Tremblement de terre de Kou^etsk dn 7 (19) juin 1898 (Bull, comm, séism. centr. permanente. II, 1903, 291 ; en russe).

iU GÉOGRAPHIE 6ÉISM0L06IQUE

tremblements de terre que pour une faible partie de la surface de la région d'ébranlementy sa géologie étant encore trop mal connue pour permettre l'attribution de ces secousses à des accidents particuliers de suffisante ampleur. Il faut se contenter de signaler que par une coïncidence, sans doute non fortuite, un bassin houiller se rencontre au sud de Kouznetsk. De là à songer aux circonstances séismogéniques des bassins homologues de l'Europe moyenne, il n'y a qu'un pas ; les mouvements du géosynclinal primaire n'y seraient pas complètement éteints^

Entre Tlénisséï et la Lena s'étend jusqu'à TOcéan Glacial une immense pénéplaine au soubassement archéen plissé peu visible, caché qu'il est presque partout sous le Paléozoïque resté à peu près horizontal. Délaissés par la mer depuis des temps si reculés, des ambeaux de terrains à lignites assimilables aux formations lacustres gondwaniennes en font l'homologue du môle hindoustanique ; ces deux môles sont symétriques par rapport à l'antique coupure qui a toujours existé entre les masses continentales des hémisphères Nord et Sud. D'immenses coulées, qui semblent avoir débuté au Gondwanien, et qui à l'époque jurassique, avaient atteint l'archipel François-Joseph dans l'Océan Glacial, correspondent à celles du Dekkan, tout en leur étant quelque peu antérieures. Ces traits communs ont assuré la parfaite stabilité séismique des deux môles, sibérien et hindoustanique.

La Baïkalie est un pays fréquemment secoué par des tremblements de terre, parfois même assez sévèrement. La région d'ébranlement s'étend au moins de Nijné-Oudinsk à Kirensk à l'Ouest, de Petropavlovskoïe à Nertchinsk à l'Est, et à Kiakhtaet Ourga en Mongolie au Sud. Le maximum de l'instabilité se montre tout autour de la moitié méridionale du lac Baïkalet aux environs, — haute Angara et vallée inférieure de la Sélenga. La structure de ces vastes territoires est extrêmement compliquée, mais elle est tellement ancienne qu'on ne peut attribuer ces séismes à aucun de leurs traits, même les plus remarquables, comme par exemple Tensemble des plissements précambriens qui, de Krasnoïarsk à Irkoutsk et Kirensk, forment ce que Suess a si heureusement appelé l'amphithéâtre d'Irkoutsk. Il faut donc provisoirement encore, renoncer à assigner des causes particulières et locales aux secousses et se borner pour la partie la plus instable à invoquer cet étonnant accident tectonique qu'est le Baïkal, tout en se demandant pourquoi le Nord du lac n'est pas aussi instable. On a beaucoup discuté sur sa formation, mais on semble s'accorder maintenant à lui assigner une très grande ancienneté, quoiqu'il ait rejoué plus récemment, comme le prouvent les érup-

lions volcaniques de son pourtour méridional, montrant bien que c'est une ligne de disjonction. Celles du Vitim sont peut-être même encore plus récentes. Vers Minousinsk, on possède des indices de dislocations hercyniennes qui se seraient propagées à Touest du Baïkal et le Permo-Trias du bassin de l'Angara a été lui-même plissé à une époque tardive. L'Angara supérieure et la Sélenga inférieure sont considérées par beaucoup de géologues comme les deux tronçons d'un même fleuve coupé par le colossal effondrement, et justement ces deux parties de vallées sont apparemment le siège des secousses les plus fréquentes et les plus sévères. Conformément à cette suggestion du rôle séismogénique de ces vallées^ le tremblement de terre du 1 2 avril 1902 a eu ses isoséistes allongés parallèlement au thalwegsupérieur de l'Angara. Au surplus, les mouvements de l'époque pontienne ont eu assez d'ampleur pour qu'on ait pu croire à la formation récente du Baïkal, et dès lors ces séismes leur seraient en partie attribuables^

Cette région pénéséismique se soude à celle de l'Altaï, mais il serait téméraire de faire intervenir la grande faille de Tlénisséï dans la genèse des séismes de l'ouest de la Baïkalie. A TEst, au contraire, son extension au delà des monts lavlonoï permet de s'adresser à la fracture grâce à laquelle leur crête entre le Baïkal et Teinta en serait une des lèvres relevée, soit absolument, soit relativement. Des géologues ont attaché une certaine importance à l'affaissement qui a, sur plus de 250 kilomètres carrés, accompagné les tremblements de terre de janvier 1862 dans le delta de la Sélenga. Il y a là une fausse interprétation d'un phénomène tout accessoire, résultant seulement du peu de consistance des matériaux détritiques et alluvionnaires soumis aux vibrations séismiques, juste au bord des pentes à pic et si profondes du Baïkal.

Les côtes de la mer d'Okhotsk ne sont pas sans être secouées par quelques chocs, qui y font supposer l'existence d'une région pénéséismique d'une extension d'ailleurs tout à fait indéterminée dans l'intérieur. En 1851,1a presqu'île Baboutchkine et l'embouchure de la Sligane ont été le siège de secousses répétées. Cette côte fait partie du géosynclinal secondaire traversant la Sibérie jusqu'aux bouches de la Lena, mais dont le caractère, comme tel, est beaucoup moins certain que celui de l'Oural, son symétrique; en tout cas, il n'a pas été le théâtre de mouvements tertiaires. Quoi qu'il en soit, cette région d'ébranlement peut être regardée comme le pendant de celle

* Si la ville de Rarakonim a bien été ruinée par nn tremblement de terre & la fin du xin* siècle, ainsi que le rapportent des historiens, ou au commencement du xiv*(1303), d'après Mouchketov et Orlov, c'est qu'il faut étendre Jusque-là les limites méridionales de la région baikalienne d'ébranlement.

de Nijné-Taguilsk par rapport au géosynclinal supposé. D'ailleurs, les dislocations paciûques semblent avoir joué un rôle dans ces parages de la Sibérie orientale, et c*est ainsi que la côte au S. E. d'Okhotsk est un mur rectiligne que Ion peut considérer comme la lèvre d'une fracture limitant un compartiment effondré sous Tocéan, nouvelle cause séismogénique possible.

Toute la Sibérie orientale est de très ancienne architecture, où prédomine la direction des Stanovoï. Aussi est-elle remarquablement stable, en dépit de quelques rares secousses observées à Olekminsk, Iakoutsk et Yerkhoïansk, comme il convient en un pays que la mer n'a pas recouvert depuis les temps primaires, ce qui, en raison du peu de relief exclut grands mouvements et profondes dislocations.

Enfin les éruptions trachytiques et basaltiques prennent dans ce pays d'autant plus d'ampleur qu'on se rapproche davantage du Pacifique, fait favorable à Tintervenlion des mouvements qui ont constitué cet océan, sous la forme atténuée des séismes de la mer d'Okhotsk.

Page 1