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Chine et Indo-Chine

La description séismique de la Chine rencontre les plus grandes difficultés ety au point de vue des renseignements sur les tremblements de terre, ce pays se présente dans des conditions toutes spéciales. Les annales de l'Empire du Milieu remontent à la plus haute antiquité et renferment de très nombreuses informations sur toutes sortes de phénomènes naturels ; en particulier, les chroniques Wen- Hian-Thoung-Khao, et Thoung-Kien-Khang-Mou, débutent à dix-huit siècles avant notre ère. Biot^ en a extrait les grands désastres dus à des phénomènes naturels et les tremblements de terre. Peut-on en faire état? La question est assez délicate. En effet, la lecture de ce catalogue donne l'impression générale d'une très grande exagération ; les détails les plus extraordinaires s'y mêlent à des observations qui, si elles étaient dégagées de ces erreurs grossières, porteraient au contraire Tempreinte d'une grande précision et d'une parfaite authenticité. De plus, il n'est pour ainsi dire aucune de ces calamités publiques, inondations, éboulements de montagnes dans un pays où les inconsistantes Terres jaunes s'écroulent avec la plus grande facilité, grands orages, épidémies, etc., qui ne soit, dans ces vieilles annales, mentionnée avec tremblement de terre, comme d'un accompagnement ou d'un avant-coureur constant et obligé. L'identification géographique est doublement difficile, parce que les voyageurs et les missionnaires européens traduisent chacun dans leur propre langue des noms complexes, à prononciation chinoise variable elle-même suivant les diverses provinces, et aussi parce qu'une extrême antiquité de certaines grandes villes leur a fait successivement porter difiérents noms. C'est donc un travail malaisé, et restant sujet aux doutes les plus graves, que de déterminer la répartition géographique des districts plus ou moins instables, la

* An orographie sketch of Gorea (J. of the Collège ofSc. Imper. Univ. of Tokyo, XIX, art. 'I, 1903).

* Catalogue général des tremblements de terre et soulèvements de montagnes, observés en Chine depuis les temps anciens jusqu'à nos jours. Littéralement traduit du texte original des auteurs chinois et présente à l'Académie des Sciences de Paris le 5 mai 1839 (Ann. phyê. et chim., 3« série, H. 1841, 372).

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stabilité des autres résultant uniquement du silence des chroniqueurs. Malheureusement, ceux-ci ont surtout écrit pour les pays où se trouvait la capitale de leur propre époque, et Ton sait combien de fois elles ont changé sous les diverses dynasties.

D'après ces annales, il existerait en Chine des régions fort exposées aux tremblements de terre, ainsi qu'on le verra tout à l'heure. Or, depuis plusieurs siècles, les missionnaires chrétiens ont publié maintes relations sur cet empire. Beaucoup fourmillent d'observations scientifiques de tout genre, et l'on ne voit guère se confirmer la séismicité des régions dont il s'agit, les mentions de chocs étant plutôt rares. Il faudrait donc admettre, si l'on accepte les chroniques anciennes, et l'objection est grave, que la Chine a acquis à notre époque, et depuis les temps historiques, une stabilité relative succédant à un état de grande séismicité, du moins en certains districts, changement dont aucun autre pays du monde ne fournit d'exemple à la surface du globe.

Les documents récolés par Biot ont été complétés par Mouchkétov et Orlov dans leur grand catalogue, déjà cité, des tremblements de l'empire russe et des pays adjacents. Pour la Chine, ils donnent un nombre assez considérable de faits, recueillis surtout par les agents commerciaux et politiques russes depuis longtemps installés dans le pays. Le texte donne l'impression qu'il ne s'agit pas d'observations directes, mais seulement rapportées sur la foi de fonctionnaires indigènes, par suite sous le coup des mêmes difficultés que précédemment. L'identification des noms géographiques est encore plus difficile après leur transforfnation en russe. Il est fort regrettable qu'Omôri n'ait publié qu'en japonais son catalogue des tremblements de terre chinois depuis les temps les plus anciens jusqu'à la fin de la dynastie des Min '.

De tout cela résulte pour l'instabilité séismique une distribution géographique sur laquelle il est nécessaire de faire les plus expresses réserves.

La géologie de la Chine n'est pas encore bien connue, et, dans son ensemble, tout milite en faveur d'une pénéséismité générale. Elle est en effet composée de massifs anciennement plissés, recouverts de Primaire le plus souvent peu dérangé de l'horizontalité, et qui n'ont guère subi que des mouvements verticaux peu favorables à Tinstabilité. Les dislocations tertiaires ne les ont pas entamés ; au contraire, ils leur ont été un obstacle puissant et rigide.

* Shinsai Yob6 Ghôsakkwai Hôkoku {Reports of Ike imp. tarthq, inoest. Comm. in japanese language, n« 19, 1899, 85).

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Nous allons décrire les différents groupes d'épicenlrea, toujours avec cette restriction qu'ils dérivent principalement des chroniques douteuses des anciens annalistes. Mac Gowan ' a établi un petit catalogue des secousses modernes.

Le Chan-Toung montre un foyer d'ébranlement à la racine de la

Fig. 19. — Chine,

presqu'île, et de nombreuses secousses ont été rapportées à LaT- Tchéou. On se trouve là bien près d'une faille correspondant à la vallée du Weï-Ho, et limitant à l'Est le massif du Taï-Chan, où le substratum archéen est recouvert de Gambrien et d'autres couches primaires restées horizontales. Celte dépression ferait presque une île de la presqu'île, et d'anciennes cartes des missionnaires y portent une communication marine par canal. Le massif du Taï-CIian est coupé de failles qui l'abaissent vers le Nord. Ainsi donc, l'instabilité de ce district ne saurait être attribuée qu'à ces fractures et au mouvement d'affaissement correspondant, au moins provisoirement. Les tremblements de terre ne sont pas rares à Pékin, et en 1731

' Ëorthquakes in China (Trat

i. Soc. of Japan, X, I

il s'en produisit un assez grave, sinon aussi désastreux que le dépeignent les relations des missionnaires. On ne peut donc dire que cette ville ait uniquement accaparé les secousses du pays environnant sans ôtre un véritable centre séismique, et on est ainsi certain qu'il en existe un à peu de distance. La séismicité s'étend à l'Ouest jusqu'à Thaï-Yuen-Fou, au Sud à Khaï-Fong-Fou, et surtout à Lo- Yang, actuellement Ho-Nan-Fou, une des plus anciennes capitales de l'empire. De la sorte, le Chan-Si et le Ho-Nan constitueraient une région séismique assez bien définie. Il s'agit là d'un territoire montagneux qui a rejeté le cours du Fleuve Jaune, ou Hoang-Ho, vers le Sud, depuis la grande muraille jusqu'à son coude vers l'Est à Pou- Tchéou, lorsqu'il se heurte au puissant massif du Tsin-Ling. Les épicentres s'y montrent assez nombreux, mais sans atteindre nulle part l'importance de ceux mentionnés plus haut. Tout ce territoire est formé de sédiments cambriens non plissés, reposant en discordance sur l'Archéen, et ces caractères s'étendent au Liao-Toung et à la Corée, où les tremblements de terre sont infiniment plus rares et moins sévères. Il faut donc encore s'adresser aux nombreuses failles qui accidentent le massif, et pour Pékin, en particulier, à celle de Nankoou, qui a déterminé l'affaissement vers la grande plaine du Petchili.

La puissante chaîne du Tsin-Ling, sur la rive droite du Weï-Ho du Chen-Si, est entourée d'une région instable importante, s'étendant de Si-Ngan-Fou et Hoa-Tchéou à Nin-Tchéou à TOuest et King- Yang au Nord. On ne saurait tirer aucune déduction de son histoire ni de sa structure géologiques, parce que c'est un trait orographique trop anciennement plissé et constitué. 11 est difficile de se prononcer sur la réalité de la légende d'après laquelle un tremblement de terre aurait violemment séparé du Hoa-Chan, près du confluent du Weï-Ho, le mont Foung-Tiao-Chan.

La province du Se-Tchouen serait assez instable aussi. C'est une dépression antéjurassique, où un grès rouge a imposé de nombreux décrochements au tracé du fleuve Bleu, obligé de suivre successivement et momentanément le cours inférieur de ses divers affluents. Ces accidents jouent-ils un rôle séismogénique ? La question est encore insoluble. En tout cas, ces séismes sont certainement tout à fait indépendants de ceux du Yun-Nan, région plissée qui appartient au domaine des mouvements tertiaires.

Dans la Chine centrale, la dépression lacustre du Tong-Ting-Hou est entourée d*épicentres, parmi lesquels Ou-Tchang-Fou est de beaucoup le plus important.

De Hong-Kong et Macao jusqu'à Tembouchure du Yang-Tsé- Kiang, la côle est jalonnée d'épicentres à nombres modérés de séismes observés par des Européens, et la séismicité semble atteindre son maximum dans le Kiang-Sou autour de Nanking, si Ton en croit les documents chinois, qui mentionnent de nombreux tremblements de terre ayant ébranlé cette antique capitale. Le promontoire de Ning-Po et l'archipel voisin des Tchou-San formeraient un axe autour duquel, d'après von RichthofenS la côte se soulève lentement au Nord jusqu'au golfe du Liao-Toung, pour s'abaisser au Sud. Il est difQcile de faire jouer un rôle séismogénique à un mouvement d'une aussi grande lenteur. Les plis anciens, coupés abruptement par ce littoral, ne sauraient non plus être invoqués. Il ne resterait donc qu'à faire très hypotliétiquement appel aux mouvements tertiaires pacifiques, comme dans la mer d'Okhotsk, en s'appuyant sur la proximité du géosynclinal dont fait partie Forrnose.

L'île d'Haïnan est peut-être éprouvée par les tremblements de terre, si du moins Ton en croit les quatorze désastres mentionnés de 1523 à 1822 par son poète national Ch'iu'. Mais cela ne s'accorderait guère avec la stabilité bien avérée de la Chine méridionale et du Tonkin, autrement dit l'affaissement post-liasique de tous ces pays au sud du fleuve Bleu serait un phénomène complètement éteint et sans influence séismogénique, aussi bien que les grandes fractures miocènes du bassin du fleuve Rouge de la colonie française. Au surplus, il s'agit là d'une architecture tabulaire peu favorable aux séismes. C'est une simple suggestion provisoire que de rapprocher les quelques faibles secousses d'Haïphong des dislocations des terrains houil- 1ers de la baie d'Along, en se rappelant par analogie les séismes du synclinal carbonîférien de l'Europe moyenne. Il y a, d'ailleurs, une zone d'affaissement le long de la côte tonkinoise, et une longue fracture de 50 kilomètres se montre dans cette baie avec la direction N. N. E. des nombreux accidents du Yun-Nan instable.

Dans rindo-Chine, au Siam et au Cambodge, quelques pauvres secousses signalées çà et là suffisent pour attester une stabilité qui n'aurait pas manqué d'être contredite par les faits, depuis Tassez longue pénétration de ces contrées par la colonisation européenne. Ces territoires ont d'ailleurs peut-être échappé complètement aux grands mouvements himalayens, sauf le récent ennoyage de la mer plate qui les sépare de Bornéo.

• China, Geologische Reisen undSludien (Berlin. 1877-1885). ' Bncyclopedia Britannica, 9tb édition. Art. Ualnan, XI, 335.

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En résumé, si Ton taxe d*exa^ération les anciennes chroniques de Tempire chinois, et tant que des observations systématiques n'auront pas infirmé cette opinion, d' ailleurs concordante avec le silence des voyageurs et des missionnaires modernes depuis plusieurs siècles, il faut penser que la Chine et ses dépendances du Nord ne renferment que des districts pénéséismiques, comme on pouvait le prévoir pour un antique massif à peine effleuré par les mouvements tertiaires et dont les plissements déjà éteints au Gambrien ont été recouverts en discordance par le Primaire horizontal. Quant à la Chine du Sud, le principal plissement est postcarbonifëre et laisse plus de raison à l'existence de régions instables ; c'est ce que montrera l'avenir des observations. Depuis cette époque reculée, les vicissitudes se bornent à des affaissements par gradins, et l'expérience montre qu'une semblable architecture tabulaire, seulement brisée, reste généralement à l'abri des secousses nombreuses ou désastreuses-. Quoi qu'il en soit, il est grandement à désirer que des observations suivies dans l'intérieur, et particulièrement là où les annales indigènes rapportent des catastrophes, viennent avec le temps confirmer une pénéséismicité probable, mais en contradiction avec ces documents. Et si l'avenir venait à leur donner raison, la Chine présenterait une anomalie absolument unique au monde, qu'il faudrait expliquer.

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