‹ Les tremblements de terreChapitre 51 sur 112 · Versant atlanti<ine de l'Amérique du Sud · texte numérisé non relu

Versant atlanti<ine de l'Amérique du Sud

L'extrême simplicité des contours de la masse continentale de l'Amérique du Sud, ainsi que la régularité de son relief descendant en pente douce depuis les Andes jusqu'au bord de l'Océan, enfin l'analogie de ses caractères géologiques avec ceux de l'Afrique, font présager pour le versant atlantique une stabilité que l'observation confirme en tout point, ainsi qu'on va le voir successivement.

Le bassin de l'Orénoque occupe l'emplacement d'une mer tertiaire, maintenant comblée par les alluvions quaternaires, dont les éléments ont été fournis à Térosion fluviale par la surrection des Andes. On n'y connaît qu'un seul foyer d'ébranlement aux environs de Ciudad Bolivar et de Guayana Yieja. Il ne semble pas qu'il y ait jamais eu là de tremblement de terre, même simplement sévère. Plus en amont et sur la rive droite, un affaissement aurait eu lieu en 1790 à la suite d*un grand séisme près du confluent du Rio Gaura, mais ce fait, men->

* Sur la signiÛcaUon géologique des anomalies do la gravité (C. R. Ac. Se, Paris, CXXXVU. 827, 23 novembre 1903).

170 GÉOGRAPHIE 6ÉISM0L0GIQUE

lionne par de Humboldt et Bonpiand S supposerait pour ces régions une instabilité que rien n'est venu depuis confirmer.

Les Guy ânes présentent un substratuni archéen, recouvert par des grës et des basaltes. Cette pénéplaine est peu sujette aux tremblements de terre, et la plupart de ceux qu'on y a observés, tout au moins les plus forts, viennent de la Trinidad, ou des Petites Antilles. En tout cas ils ne sont jamais sérieux.

De Humboldt (/. c, p. 353) relate qu'un grand tremblement de terre ébranla en 1798 le haut Orénoque et les bords du Rio Negro, que réunit ensemble le Cassiquiare, par un curieux phénomène géographique, preuve de l'indécision du relief de l'ancienne pénéplaine archéenne. A priori, tout contredit Taffirmation que ce fait, s'il était prouvé, attesterait dans ces parages l'existence d'une région d'ébranlement. La seule raison d'instabilité que l'on pourrait invoquer là, mais d'ailleurs bien hypothétiquement, serait que les affluents de gauche de l'Amazone présentent encore des changements de pente et des rapides, là où les schistes cristallins affleurent dans les vallées, indice qu'un soulèvement en bloc a eu lieu à une époque assez tardive pour que les cours d'eau n'aient pas encore eu le temps de régulariser leur profil longitudinal, en nivelant les seuils qui encombrent leurs lits.

Le Brésil, au sud de l'Amazone, est un des pays du monde qui ont le moins changé depuis de longues époques. Si l'on néglige, le long du fleuve, un ruban tertiaire, il ne reste que des assises dévoniennes et carbonifériennes régulièrement étalées sur le substratum archéen seul plissé, tandis qu'au-dessus règne une couverture de grès secondaires d'origine terrestre que l'érosion a découpée en montagnes tabulaires. Ces territoires sont maintenant réduits à l'état d'une pénéplaine sans grand relief, dont la structure actuelle résulte d'une émersîon longtemps prolongée que n'a troublée aucune vicissitude importante. Ils doivent donc a priori être indemnes de tremblements de terre, en dépit du doute que pourrait faire naître l'absence d'observations en un pays exploré si récemment, avec bien des lacunes encore, et à peine entamé par la civilisation. On en connaît un à Serpa, et un dans la province de Matto-Grosso. Ils ne sont guère plus fréquents au Para. Un très secondaire foyer d'ébranlement paraît se trouver autour de Rio de Janeiro et dans TEtat de Minas Geraes. En 1901 se produisit à Bom Succeso une série de secousses, qui eut son maximum en septembre, et se termina le 8

* Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Coniinenl fait dans les années 1799 à 1S05 (Relation historique, Vdl. 328).

LE CONTINENT AFRICANO-BRESILIEN 171

par un séisme presque sévère. C'est le seul dans ce genre qu'on y ait jamais signalé, et il ne suffît pas à faire de cette région un foyer bien instable. Ces secousses peuvent s'expliquer par le fait que la Serra Gérai est l'escarpement terminal d'un plateau de grës.

C'est seulement du cap San Roque à Bahia que l'isobathe de 4 000 mètres est rapprochée des côtes de FAmérique du Sud. Partout ailleurs elle s'en tient assez loin pour continuer sous l'Atlantique les pentes douces du continent. Un étroit ruban de Crétacé le long du littoral entre les deux points mentionnés plus haut, et la nature volcanique de l'île Fernando Noronha, indiquent la présence d'une ancienne ligne de dislocations, dont le jeu est parfaitement éteint, puisqu'on n'a pas observé de séismes dans cette région.

Montevideo etBuenos-Ayres, autrement dit la coupure de la Plata, forment un centre séismique, d'ailleurs ébranlé bien rarement et peu énergique ment. L'immense plaine basse du Gran Chaco n'a jusqu'ici fourni aucune observation de secousses, et nous n'en connaissons qu'une seule pour le bassin du Paraguay.

On ne connaît aucun tremblement de terre en Patagonie, région à laquelle semble devoir assurer un parfait repos séismique l'absence de tout dérangement de ses couches tertiaires émergées. Un seul a été signalé dans le détroit de Lemaire, et un autre à Punta Arenas, où des observations météorologiques se font depuis quarante-trois ans, mais pas un seul pour la station d'Ushuvaya. La stabilité des territoires magellaniques et de la Terre de Feu est donc manifeste, malgré l'époque récente du morcellement de leurs couches secondaires ou primaires, et des produits éruptifs qui s'y rencontrent. Les Iles Falkland, ou Malouines, lambeau de couches paléozoïques plissées, indépendant de la Patagouie tertiaire, n'ont fourni aucune observation séismique.

Ainsi se vérifient bien les pronostics annoncés sur la stabilité générale de tout le versant atlantique de l'Amérique du Sud, ce dernier fragment occidental du vaste continent africano-brésilien, plus ou moins hypothétique, il est vrai, mais en tout cas partout à Tabri des tremblements de terre, grâce à l'ancienneté de son modelé, qu'aucun plissement n'est venu rajeunir nulle part, les mouvements verticaux de morcellement ou autres n'ayant Je plus souvent que peu d'influence séismogénique, comme on a pu le constater déjà tant de fois.

Page 1