‹ Les tremblements de terreChapitre 52 sur 112 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LE PACIFIQUE ET LES TERRES ANTARCTIQUES

i . — Le Pacillqne.

La question d'une aire continentale ayant occupé l'emplacement du Grand Océan est encore très controversée, mais sa solution définitive ne saurait avoir la moindre influence sur le problème étudié iciy puisque Ton ne rencontre sur son immense surface qu'une région pénéséismique, celle des Sandwich, et une seule région séismique, celle des Mariannes. D'un autre côté, si l'on tient compte des abîmes sous-marins et des rides qui en accidentent le fond justement dans les parages de ces archipels, on peut se demander si Ton ne serait pas là en présence d'un prolongement non encore émergé du géosynclinal méditerranéen. Il serait, en effet, bien surprenant que ce cercle de plus grande mobilité de l'écorce terrestre ne se fermât point sur lui-même, à la surface de la sphëre et au travers du Pacifique. Dès lors, les Mariannes, au lieu de constituer une anomalie, lui appartiendraient réellement, à moins qu'elles ne forment une branche annexe du géosynclinal circumpacifique, en prolongement de l'arc japonais, tout comme la branche turkestane du géosynclinal méditerranéen, mais où ferait défaut une surrection analogue à celle du Tien-Ghan. Quoi qu'il en soit, la géologie et l'histoire du Pacifique sont encore trop obscures pour que l'on puisse se prononcer en toute connaissance de cause.

D'une façon générale, les conditions séismiques de l'océan Pacifique sont assez bien connues.

Au large du Mexique, quelques secousses sous-marines ont été observées dans les parages des îles Revilla-Gigedo, et la côte voisine, elle-même d'ailleurs très instable, est exposée à de dangereuses vagues d'origine séismique. Il en sera reparlé à l'occasion du Mexique.

On ne connaît aucun tremblement de terre dans les îles volcaniques des Galapagos.

Les Sandwich sont célèbres par leurs volcans, en particulier le Kilauoa et son lac permanent de laves fluides. Les secousses du sol y sont assez fréquentes, au moins dans l'île d'Hawaï, et des obser-

LE PACIFIQUE ET LES TERRES ANTARCTIQUES

valions suivies faites à Hilo et à Chris Ichurch, do 1843 : donnenl une fréquence moyenne annuelle de 13, ce qui ne pond pas à une trts grande instabilité. Elles ont été recueillies par Perrey dans ses catalogues annuels'. On a aussi les obser»

valions de Lymann ' et de Brigham'. L'éruption de 1868 fut d'une colossale énergie, de très nombreuses secousses l'accompagnèrent, mais une seule, celle du 2 avril, fut vraiment sévître.

La formation de crevasses et des éboulements considérables en furent les conséquences. Malgré tout, comme sa production a été très intimement liée à la conflagration volcanique, et que des tremblements aussi violents ne se sont jamais produits dans le cours du XIX* siècle, on est fondé à considérer l'archipel des Sandwich comme seulement pénéséismique. Certaines années s'y : même sans secousses,

i 1874, corres-

telle 1849. Ces Ues émergent d'un seul jet au-dessus de profondeurs de 5000 mètres, d'un étroit seuil se prolongeant loin vers le N. W. et que jalonnent des îlots inhabités. Il serait donc actuellement illusoire de chercherdes causes géologiques profondes pour en expUquer les secousses, qui peuvent ti'ès bien, d'ailleurs, être une processus volcanique lui-même.

' Sur les tremble menU de Urre et les érapliona volcaniques d&ns l'archipel hawaïen, eu IB6B (Soc. imp. ti'Arl. Se. nat. et ArU utileê de Lyon, 12 Tévrier 1809).

* SeeouiHS de tremblements de terre depuis 1ST2 (Trud, d'une lettre i W. L. Green, ministre des AIT. étr. d'Uawal. Bull. soc. giogr., Paris. 1875, 101).

' On tbe Tolcsjiic phenomena ot Uic Hawaian islands (Botton Soc. o/ nat. hitt., l. Port 111, 373).

Entre les 5** et lO"" parallèles Nord, les îles de la Micronésie, Caro- Unes et Marshall, surtout coralligënes, forment une longue série se rattachant aux Iles Palaos. Elles sont bornées au Nord par des abîmes descendant au-dessous de 8 000 mètres. On connaît seulement deux secousses à El Correor (Carolines).

L'archipel en partie volcanique des Mariannes contraste avec les précédents par son extrême instabilité. Il figure une traînée méridienne comprise aussi entre des abîmes de 6 000 à 8 000 mètres, mais dont il n'est très rapproché que le long de son bord oriental, l'opposé ne descendant au contraire d'un seul jet que jusqu'à 4000 mètres. La pose d'un câble sous-marin a môme fait connaître des profondeurs de 9 590 mètres entre les îles Guam et Medway. Les tremblements de terre, fréquents et désastreux, ont été longtemps recueillis dans le bulletin de l'observatoire de Manille. On a d'ailleurs d'autres documents ^ Le socle des Mariannes est le prolongement de celui des îles, volcaniques aussi, Bonin-Sima, et par un seuil il se rattache au Japon. Ces dernières et d'autres clairsemées dans ces parages n'ont jamais été l'objet d'observations séismiques, et leur liaison avec ce dernier pays se décèle par leurs lambeaux de roches volcaniques et nummulitiques. Des manifestations volcaniques sousmarines y ont été signalées, mais les séismes proprement dits n'y paraissent ni fréquents, ni redoutables. La séismicité, extrême à Guam, où les missionnaires des Philippines ont observé pendant de longues années, est probablement de môme ordre dans les autres îles de l'Archipel des Mariannes, car on y connaît aussi des désastres, parla tradition, il est vrai. La grande instabilité de cet archipel doit attirer Tattention, en même temps que sa liaison indéniable avec le Japon. Malheureusement sa géologie et son histoire sont trop obscures encore pour qu'on puisse affirmer qu'il s'agit là d'une branche annexe du géosynclinal circumpacifique, auquel cas sa séismicité trouverait là une claire explication, tout au moins à un point de vue général.

De très rares séismes agitent la Polynésie ; on en connaît trois à Tahiti, et deux aux îles de la Société. Le 3 janvier 1903, une énorme vague d'origine probablement séismique a désolé les Pomotou, où l'on n'avait pas eu l'occasion d'en signaler de semblables jusque-là.

D'assez nombreux tremblements de terre sous-marins, indépendants de ceux de la terre ferme» ébranlent fréquemment l'angle

* M. Saderra Maso. Brèves apuntes sobre los volcanes y los fenômenos seismicos de las islas Marianas {Dep^ ofths Int, Philippine Weathêr Bureau, ManHa central 06«eri;a' /ory., Sept. 1902,226).

LE PACIFIQUE ET LES TERRES ANTARCTIQUES 175

rentrant du Pacifique, au large du Pérou méridional et du Chili. Il ne serait pas étonnant que des observations ultérieures longtemps continuées fassent découvrir autour des îles San Ambrosio (ou Desventuradas)^ et surtout de Juan Fernandez, quelque région séismique purement océanique, placée ainsi au bord de la branche, remontant vers le Nord, de Tisobathe de 4 000 mètres, et correspondant ainsi exactement à celle de Daussy et du rocher de Saint-Paul dans TAtlantique équatorial. Rien ne manquerait même à ce rapprochement, car il semble bien que, dans ces parages du Pacifique également, se soient à plusieurs reprises manifestés des phénomènes volcaniques sous-marins.

Toutes les autres îles occidentales du grand Océan appartiennent au géosynclinal circumpacifique.

± — Terres antarctiques.

11 n'est pas aussi arbitraire qu'on pourrait le croire tout d'abord de parler ici des terres antarctiques. Elles forment, en effet, une masse continentale probablement autonome ; les anciens sondages de Ross ont montré que sur quinze degrés environ de longitude, de part et d'autre du méridien de la Nouvelle-Zélande, elles sont entourées de profondeurs océaniques considérables, disposition confirmée par les mesures bathymétriques effectuées par Texpédition de la « Belgica » (1897-1899) entre TAmérique méridionale et la Terre de Graham ou ses dépendances.

Il ne saurait être ici question d'obser\'ations séismologiques, et nous ne savons encore quelles observations a pu faire en 1901 la <c Discovery » à la baie Mac Murdo, dans la Terre Victoria, où elle a dû installer Un séismographe Milne. Outre que ces terres ont été jusqu'à présent peu étudiées, les tremblements de terre sont très difficiles à observer dans les régions polaires en général, car ils peuvent être très facilement confondus, à terre, avec les mouvements imprimés à de frêles habitations par les vents soufflant presque constamment en tempête, et à bord par ceux de la banquise, qui étreintle navire et lui communique toutes les pressions variables auxquelles elle est soumise. Mais peut-on, dans une certaine mesure, pronostiquer les conditions séismogéniques de ces terres? Les granités et les roches éruptives anciennes signalées par Arctowski S le géologue de la « Belgica »,

* Géographie physique de la région antarctique visitée par l'expédition de la « Belgica » {Bull, soc. roy. belge de géogr., 1900. N* 1).

Id. The antarctic voyage of tho a Belgica » during the years 1897, 1898, and 189^ (Smiths, Rep. for 1901, 377. Washington, 1902).

Id. et A. F. Renard. NoUce préliminaire sur les sédiments marins recueillis par l'expé-

176 GÉOGRAPHIE 8ËISM0L0GIQUE

corroborent Tidée que cette masse continentale est stable ; par contre, ce savant assimile complètement aux Andes méridionales de la Terre des États une chaîne entrevue par l'expédition. Il en fait un ridement tertiaire, ce qui laisserait la possibilité d'y supposer des tremblements de terre, si précisément toute l'extrémité delà chaîne américaine n'en était parfaitement indemne. Il va sans dire qu'aucun argument pour ou contre n'est à tirer des volcans anciennement connus et si élevés, Erebus et Terror, au sud de la Nouvelle-Zélande, pas plus que de ceux soupçonnés tels par les explorateurs belges, île Pierre V et Mont William (65« S. — 64« W.).

D'aucuns^ ont mis les séismes en avant, comme cause des périodes glaciaires, en conséquence du refroidissement produit par les masses considérables de glaces mises en mouvement à la suite de violents tremblements de terre des calottes polaires et dérivées vers les basses latitudes. Sans discuter une théorie qui n'est guère acceptable, il y a lieu d'observer que dans le Pacifique sud-oriental les navigateurs attribuent à des tremblements de terre la mise en liberté des icebergs, lorsqu'ils les rencontrent à des époques prématurées et inusitées. On ne possède pas d'observations directes relatives à un phénomène d'ailleurs plausible, au moins sur une petite échelle.

Note. — Cette stabilité des terres antarctiques, que nous n'avions fait que présumer faute (Inobservations, vient d'être, au moins pour un point particulier, confirmée pleinement pendant l'impression de l'ouvrage. En effet, Bernacchi, membre de l'expédition anglaise de la Discovery, a installé un pendule horizontal de Milne a nie Ross, par 77» SO' 55" S. et IdOni' 43" E. La sUtion éUit située À 15 milles des volcans Terrer et Erebus, et ce dernier resta en constante activité pendant toute la durée des observations, du 14 mars 1902 au 31 décembre 1903. Cependant aucun macroséisme ne s'est fait enregistrer, ce qui exclut toute secousse à 50 milles à la ronde, et en outre 136 séismogrammes tracés par Tappareil correspondaient À des séismes émanés de fojers situés À plus de 500 milles. Cette distance est le rayon sphérique d'une calotte dans l'intérieur de laquelle ne s'est produit aucun mouvement du sol pendant cette période de 21 mois et demi — [Milne. Prelimin&ry notes on observations made vitb a horizontal pendulum in the antarctic régions (Proc. of the royal soc, vol. A, LXXVI, 284. London, 1905). Traduit en allemand. {Die Erdbehenwarle, IV, 192. Laibach, 1905.)]

dition de la a Belgica » {Ac. roy. de Belgique. Mém. couronnés el autres, LXI, 1901 Séance du 7 juillet 1900).

* Piette. Conséquences des mouvements séismiques des régions polaires (Angers, 1902).

Page 1