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Caucase

Les nombreux désastres séismiques de Chémakha sont à bon droit tristement célèbres, et le Caucase avec ses dépendances, jusqu'à TArménie, forme une région presque partout en butte à des tremblements de terre toujours fréquents et souvent destructeurs sur de grands espaces. Les phénomènes séismiques y sont assez bien connus, et il se publie un périodique spécial à l'observation physique de Tiflis.

Au nord de la chaîne du Caucase, une longue dépression réunit la Caspienne à la mer d'Azov. C'est le cours à moitié desséché du Manytch, reste d'un détroit ponto-caspien réunissant les deux mers, et que les eaux remplirent jusqu'à l'aurore des temps actuels. Cette traînée d'eaux saumâtres forme la véritable séparation entre l'Europe et l'Asie. En partant de là, on aborde le Caucase par une série de chaînes parallèles plissées, au nombre de quatre au moins, formées*de terrains tertiaires et secondaires, et dontle flanc méridionalest toujours le plus abrupt. Leur surrection est assez récente, puisque le Sarmatien y est relevé à plus de 2 000 mètres dans le Daghestan, à l'orient de la chaîne. Ces plis se retrouvent à Yladikavkas et dans les presqu'îles de Taman et de Eertch. De ce même côté, les couches jurassiques, néocomiennes et tertiaires plongent en concordance ; au Sud au contraire, celles des deux premières époques sont discordantes entre elles, preuve d'un premier mouvement orogénique.

L'axe de la chaîne du Caucase est archéen dans ses deux tiers occidentaux à l'ouest du Kazbek, et elle tombe tout d'un coup par des escaliers parallèles sur les vallées du Rion et de la Koura. Cette dernière est certainement une vallée de fracture, déterminée par la faille dite de Géorgie, qui correspond de ce côté à un mouvement de descente, contre-partie du relèvement des couches sarmatiennes du Daghestan. Les volcans Kazbek et Elbrouz se sont, par une anomalie singulière, dressés en pleine chaîne, après la formation des vallées qui ont été comblées par leurs produits. L'axe archéen lui-même s'est renversé vers le Sud, et la partie orientale de la puissante ride s'est affaissée sous la Caspienne entre la presqu'île d'Apchéron et le grand Balkhan, ne laissant à sa place qu'un long seuil sans profondeur qui sépare cette mer en deux cavités. Toutes les parties basses des vallées de la Koura et de l'Araxe forment une aire d'affaissement, s'étendant selon toute apparence à toute la partie méridionale de la Caspienne, et qu'Abich et Suess regardent comme tendant à se con-

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tinuer le long de la faille de Géorgie. Malgré son important relief, le Caucase ne plonge pas à pic dans la mer Noire, dont le fond ne s'ap* profondit que loin du littoral. Au sud de la Géorgie, les terrains secondaires et éruptifs, tant tertiaires que modernes, s'enchevêtrent confusément, ne permettant pas de définir encore d'une façon claire les mouvements récents auxquels on pourrait assigner un rôle séismogénique.

Passant maintenant à Tétudc des tremblements de terre de ces vastes territoires, on voit d'abord que les presqu'îles de Kertcli et de Taman sont stables, en dépit de leurs volcans de boue et de leursplissements sarmatiens.

Le versant nord du Caucase est assez souvent ébranlé. Les hautesvallées des principaux affluents de gauche du Kouban ont donné quelques secousses, et l'instabilité s'accentue plus sérieusement à Stavropol et à Piatigorsk. Ce dernier point est bien connu par le grand développement de l'appareil hydro-thermal, et par lespitons et les dykes rhyolitiques de ses environs, indices de dislocations et de mouvements récents, puisque les produits éruptifs ont percé les sédiments crétacés et tertiaires. Autour du remarquable coude que fait le Térek vers le N. Ë. avant d'atteindre son delta, se développe une région séismique assez importante, souvent secouée, mais où cependant les tremblements de terre n'ont jamais été que sévères. Les épicentres y sont nombreux et s'étendent jusqu'à Vedeno, Groznyie, Mozdok et Yladikavkas.

Sur la côte Caspienne au nord du Caucase, les ports de Derbent et de Pétrovsk ont fourni un certain nombre d'observations séismiques,etlesépicentres deviennent plus rapprochés entre Kouba et Bakou. L'ignorance complète dans laquelle on se trouve relativement à la vraie position des foyers d'ébranlement^ empêche d'assigner une influence séismogénique soit au mouvement de relèvement des couches sarmatiques à 2 000 mètres et plus, soit à l'existence de la fosse septentrionale profonde de la Caspienne. En 1885, au N. W. de Derbent, un tremblement de terre aurait crevassé et fait ébouler le mont Chatyle, mais en l'absence de renseignements précis sur cet événement, il faut faire d'expresses réserves sur l'intensité des secousses au Daghestan.

D'Anapaà Soukoum-Kalé, le versant Sud du Caucase est court et raideetles tremblements de terre sont assez fréquents. Sotchi est le point pour lequel on a mentionné le plus de secousses sur ce littoral. La vallée supérieure duRion, de Koutaïs à Orbéli et à Oni,est encore bien plus sujette & des ébranlements, dont aucun cependant n'a encore

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jamais été désastreux ; on n'en connaît que de sévères avec des éboulements dans les montagnes. Il y a là une faille importante, dont il y aura lieu de rechercher par des études de détail le rôle séismogé nique possible.

L'instabilité commence à devenir vraiment sérieuse avec le versant gauche de la Koura. De très nombreuses observations séismiques ont été relatées à Tiflis^ grâce probablement en partie à sa qualité de ville ancienne et importante, mais il ne semble pas qu'elle ait jamais eu à souffrir de graves dommages, et la ruine de Mtzkhet dans son voisinage, en 1283, doit être regardée comme ayant été exagérée par les chroniqueurs arméniens. Rien ne prouve que Tiflis soit le véritable foyer d'ébranlement et l'accumulation d'épicentres riches au Sud (mont Somhetske) et au N. W. (Douchet, Kvichet etPassanaour), juste dans la direction de Vladikavkas, autre centre important situé du côté opposé de la chaîne, devra dans l'avenir attirer l'attention du savant directeur de l'Observatoire physique de Tiflis, M. Hlasek S de façon à décider si cette sorte d'alignement séismique apparent n*a pas une cause géologique profonde. Vers l'Est, jusqu'à la Caspienne, le versant méridional du Caucase montre des épicentres plus nombreux et plus importants.

A l'extrémité de la chaîne, la malheureuse ville de Chémakha ne compte plus ses catastrophes. Ses tremblements de terre ont fait l'objet de recherches devenues classiques d'Abich*, dont les vues ont été acceptées par Suess et d'autres géologues. Non seulement les isoséistes des grands tremblements de terre les mieux connus sont allongés sur une ligne Marazy, Chémakha, Baskhal, parallèle à Taxe du Caucase, au cours de la Koura et aux failles géorgiennes, mais encore leurs épicentres, variables sur cette ligne, n'en sont d'ailleurs jamais éloignés ainsi qu'on peut le constater sur la carte annexée par Weber' à son étude du désastre du 31 janvier 1902. Ce fait met nettement ces tremblements de terre en relation avec la chute de la voûte caucasienne au Sud, accident qui contraste avec les plissements du Daghestan, deux événements post-sarmatiens et bien évi* demment contre-partie l'un de l'autre. Dans cette même région de la

' Rapports mensuels de la slaiion à pendule horizontal de Vobservatoire physique de Tiflis. Observations faites au moyen du triple pendule horizontal de von Rebeur-Ehlert, 1900 (en russe et en allemand).

' Geologische Forschungen in den kaukasischen Lândern (II, Wien. 1878) ; /d. Geolo^ gische Beobachtungen in den Gebirgslàndem zwischen Kur und Araxes (Tiflis, 1867) ; Id, Ueber ein im Caspischen Meere erschienene Intel. Beitrfige rar Renntniss der Schlammvulkane der Gaspisclien Région (Petersburg, 1863).

^ Tremblement de terre de Chémakha du 31 janvier 1902 {Mémoires du comité géol.t nouv. sér, n« 9, 1903). (Résumé en fr.).

basse Koura, Noukha, Ëlisabethpol, Choucha et Lenkoran sur la Caspienne, sont de très importants foyers d'ébranlement, mais leurs tremblements de terre ne sont pas à comparer, même de loin, avec ceux de Ghémakha, tout en ne laissant pas que d'être parfois fort graves. Ce territoire bas, compris entre le Caucase et TAnticaucase, a été considéré par Abich comme une aire d'affaissement, comprenant et continuant la fosse profonde méridionale de la Caspienne. On aurait ainsi affaire à des séismes en intime relation avec un affais-

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