‹ Les tremblements de terreChapitre 66 sur 112 · IB · texte numérisé non relu

IB

iS-

'^ \ Ji^i»

Fig. 33. — Principaax tremblements de terre de ChémaJcha.

(D'après Weber.)

sèment en préparation sur la basse Koura, entre des failles tout à fait analogues aux dislocations périadriatiques, qui prolongent vers le Frioul et le Tyrol l'effondrement de l'Adriatide entre la Dalmatie et l'Italie. Suess se demande si la Caspienne n'est pas destinée à s'ouvrir quelque jour un large golfe dans cette direction, et allfiuit encore plus loin, si ces phénomènes ne présagent point un effondrement de toute la partie orientale de l'Asie mineure, comme suite àl'effondrement récent du continent égéen. Dans cette dernière hypothèse, ce ne seraient plus seulement les tremblements de terre de la Géorgie qui seraient en jeu, mais ceux de toute l'Arménie. A la suite d' Abich, beaucoup de géologues pensent aussi que les éruptions boueuses de la presqu'île d'Apchéron et du littoral voisin du delta de la Koura sont liées tant aux fractures géorgiennes qu'à celles qui s'ébauchent

224 GÉOGRAPHIE 8ÉISM0L0GIQUE

et se préparent dans la Caspienne, comme conséquence de reflbndrement de sa fosse méridionale.

(( Nulle part, peut-être, dit le célèbre géologue', la liaison des ce tremblements de terre, qui crevassent le sol, avec les phénomènes <c des volcans de boue, des salses, des gaz inflammables qui pénè- « trent à travers les fissures de la terre, et des sources de pétrole, « n'a été mieux déterminée, ni plus manifeste que dans l'extrémité « Sud-Est du Caucase, entre Chémakha, Bakou et Saillan; c'est la « partie de la grande dépression Aralo-Caspienne dans laquelle le « sol a été le plus souvent remué par les tremblements de terre. »

Au sud de la Koura s'étend un épais et vaste manteau de produits éruptifs, qui cache le substratum sédimentaire et n'a pas permis jusqu'à présent de faire une lumière complète sur les vicissitudes de cette région extrêmement tourmentée, dépendance du massif arménien. Ce qu'on en sait suffit, cependant, pour affirmer que les mouvements de la fin de l'époque tertiaire y ont atteint une extraordinaire intensité, expliquant bien d'une façon générale une instabilité qui ne le cède en rien à celle de la basse Koura.

Entre ce fleuve et son grand affluent, TAraxo, s'étend l'Anticaucase, parallèle au Caucase. Formé de deux chaînes en partie noyées sous les déjections volcaniques, l'entre-deux des montagnes est marqué par la dépression profonde du lac Goktcha ou Sevanga, occupant un véritable cirque volcanique, prolongé au S. E. par le bassin de l'Akara. L'instabilité n'y est pas exagérée.

Les tremblements de terre se donnent au contraire libre carrière dans la vallée de l'Araxe, qui sépare l'Anticaucase de l'Ararat. Ordobad, Nakhitchévan, Alexandropol, et surtout Ërivan ont eu, à de nombreuses reprises, des catastrophes à inscrire dans leurs annales. Abich met ces séismes en relation avec un système compliqué de fractures profondes, correspondant elles-mêmes au développement gigantesque de l'activité volcanique dans toute la haute Arménie, où les couches du premier étage méditerranéen ont été morcelées et portées à de grandes altitudes, à une époque récente. Ces mouvements, dont on ne saurait guère nier la persistance sous forme séismogénique, ont alterné avec les éruptions trachytiques, de sorte qu*au nord de Nakhitchévan une première série de cassures a précédé l'effondrement de la clef de voûte, auquel est dû la vallée de TAraxe.

Plus au N. W., le plateau entre les hautes vallées de la Koura et

« Ueber Daghestan, Schagdagh und Ghilun {PoggendorfsAnnaUn, LXXVI, 1849, 157).

de TAraxe atteste l'existence d*un vaste bassin lacustre tertiaire, encore incomplètement asséché et dont les derniers témoins doivent leur survivance aux perturbations amenées dans le régime hydrograpliique par l'accumulation des produits éruptifs. Quoi qu'il en soit^ ce district séismique, prolongeant celui d'Erivan et d'Alexandropol, paraît avoir tout autant à redouter des tremblements de terre, si Ton en juge par ceux d'Akhalzyk et surtout d'Akhalkalaki. Cette dernière ville a été le théâtre, le 19 décembre 1899, d'un grand séisme étudié par Mouchkétov^ et ses collaborateurs. Mais ils ont malheureusement bien plus dirigé leurs recherches sur les conséquences de l'événement que sur ses causes tectoniques, de sorte qu'ils n'ont pas fait la lumière sur le problème géologique de sa genèse.

Page 1