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Les Andes du Nord. Colombie et Venezuela

Des pics de la Fragua, entre les sources de la Magdalena et du Caqueta, affluent de l'Amazone, s^étend en Colombie et dans le Venezuela jusqu'à la Trinidad un immense arc montagneux convexe vers le Nord et qui borde la mer des Caraïbes à l'est du Golfo Triste. Il porte successivement les noms de Cordillère orientale. Cordillère de Mérida et Cordillère Caraïbe. Cette partie de géosynclinal comprend encore les deux Cordillères qui, à partir du nœud du Pasto, enserrent la vallée du Cauca, ainsi que le littoral colombien, et enfin le bassin de l'Atrato; mais l'isthme du Darien ne lui appartient point.

La géologie de ces pays est peu connue dans ses détails, et les renseignements séismiques ne sont sérieux que pour le bassin de la Magdalena, et le Venezuela *. Toutefois les catalogues généraux ont fourni assez de documents pour permettre de se faire une idée satisfaisante des principaux foyers d'ébranlement, ne serait-ce aussi que par la connaissance des villes qui ont eu le plus à souf&ir des tremblements de terre. La description des circonstances séismiques sera faite de l'Est à l'Ouest, c'est-à-dire en partant des points les mieux connus.

* R. I barra. Temblores y terremotos en Caracas (Caracas, 1862).

368 GÉOGRAPHIE 6ÉISM0L0GIQUE

Du littoral nord de la Trinîdad au fond du Golfe Triste , la chaîne Caraïbe, d'axe archéen ou primaire, se développe en ligne droite le long de la mer, puis s'infléchit au S. W. par la Cordillère de Mérida jusqu'aux sources de TApure. Sur le flanc méridional, les sédiments secondaires sont assez peu relevés et disloqués et font suite aux terrains tertiaires presque horizontaux des Llanos, stables et d'ailleurs situés en dehors du géosynclinal. Sur le versant septentrional, entre la crête et la dépression du lac de Maracaybo, les couches sont au contraire violemment plissées et redressées jusqu'à la verticale. Ici l'isobathe de 4 000 mètres s'éloigne beaucoup du littoral ; partant de l'ouest de l'îlot d' A ves, elle descend directement au Sud pour se retourner en direction E.-W. de façon à longer le chapelet des îles Sous-le-Vent, de Blanquilla à Oruba. Ainsi la chaîne Caraïbe surgit d'un socle immergé et doucement incliné jusqu'à la profondeur de 2 000 mfetres, d'où émergent les îles qui se dressent au sommet d'une ride tombant rapidement à 4 000 et 5 000 mètres sur la Méditerranée antillienne. Dans les îles Sous-le-Vent se retrouvent des lambeaux de couches primaires, des sédiments secondaires, des dépôts quaternaires, et enfin des roches éruptives d'âge encore assez mal déterminé d'ailleurs ; elles forment donc une bande qui a subi des vicissitudes nombreuses, surrections et affaissements, et en particulier le Crétacé y est en plusieurs points fortement relevé et plissé. Quoi qu'il en soit, les séismes n'y sont pas redoutables.

A l'orient de la Sierra de Mérida s'étend la profonde et large dépression du lac de Maracaybo, que Sievers * regarde comme une cavité d'effondrement en partie colmatée, comblée et flanquée au Nord par des fragments archéens : à TEst la presqu'île de Paranagua, à l'Ouest le noyau de celle de Goajira et le massif de la Sierra Nevada de Santa Marta. Ces lambeaux, homoJogues de ceux de la chaîne Caraïbe, tendent comme elle à converger vers le S. W. de façon à se rattacher, malgré une grande interruption dans la basse Colombie, à l'axe archéen de la grande Cordillère entre la Magdalena et le Cauca. De ce côté le Quaternaire, et surtout le Jurassique, prédominent sur le Crétacé, et Tossature ne réapparaît plus qu'à l'ouest de l'Atrato. On s'occupera d'abord de l'arc Trinidad-Picos de la Fragua, où il n'existe que des volcans de boue, contrairement au puissant appareil éruptif de la haute Colombie ; les régions à tremblements de terre vont être mises en parallèle avec ces traits géographiques et géologiques généraux en allant de l'Est à l'Ouest.

* Die Cordillère von Mcrida, nebst Berner kungcn ûbcr das karibische Gebirge (Geogr. Abhandl. herausgeg. von A, Penck, III, n* 1.)

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370 GÉOGRAPHIE SÉISMOLOGIQUE

Une première zone très instable s'étend de Spanish Town à Cumana, correspondant ainsi à un élément bien défini de la chaîne Caraïbe, seulement interrompu sur d'étroits espaces par la Boca del Drago, faille d'effondrement, vers l'Est, et par la dépression de Carupano, autre fracture. Les ruines de Cumana sont à bon droit célèbres dans l'histoire des tremblements de terre, et Gariaco y a largement participé. Le golfe de Paria pénètre profondément vers l'Ouest en marchant à la rencontre de celui de Gariaco, de sorte qu'ils forment une importante coupure tectonique. Une plaine basse de même direction, reste de lagunes colmatées, les réunit. De vagues traditions indiennes relatent une irruption de la mer dans cette dépression peu avant l'arrivée des Espagnols. La double péninsule archéenne d'Asaya est donc séparée de la chaîne mésozoTque parallèle du Sud, ou de Gumanacoa, par une cassure qui aurait rejoué récemment, et dont un reste de mobilité expliquerait amplement les séismes fréquents et destructeurs de ces parages.

Le golfe à l'ouest de Barcelona et la plaine du Rio Unare correspondent à une interruption de la chaîne. Ge sont des territoires crétacés et tertiaires, se reliant à ceux de même nature des Llanos. Ges derniers sont stables faute de dérangements, car ils sont restés horizontaux ; mais le littoral l'est-il au même degré, en raison de la communauté de constitution géologique ? G'est probable, sans que l'absence de renseignements et de centres dès longtemps colonisés permette encore de l'affirmer.

Vient ensuite la Sierra de Garacas, si gravement exposée. Son relief est considérable, et elle se présente comme une gigantesque falaise au-dessus de La Guayra. Tout fait présumer que les tremblements de terre sont ici d'origine tectonique, comme le lac de Yalencia qui est le trait géographique le plus saillant. Tout ce bloc montagneux est instable au plus haut degré.

Plus à l'Ouest, la Gordillère s'abaisse beaucoup et fait place à la dépression de Barquisimeto, et les séismes, sans disparaître complètement, perdent du moins toute sévérité.

On a déjà vu que les îles Sous-le-Vent ne ressentent que peu de secousses propres, en dehors de celles qui leur viennent du continent. Ge fait, et l'absence de séismes sous-marins dans la mer des Garaïbes, montrent que la fracture représentée par l'isobathe de 4 000 mètres, — si toutefois c'est une cassure correspondant à l'effondrement de la Méditerranée antillienne, — a du moins perdu toute mobilité.

L'instabilité renaît au plus haut degré le long du flanc nord-occi-

dental de la Sierra de Mérida, et sur tout son développement de Trujillo à San Cristobal del Tachira^ avec maximum au Sud, mais sans dépasser, avec ce degrré du moins, la dépression du Rio Zulia, affluent du lac de Maraeaybo. Au contraire le versant des Llanos est beaucoup plus stable. Cela résulte sans aucun doute de ce que la surrection de la Cordillère n'a que peu dérangé les sédiments de ce côté, tandis qu'elle se présente comme un véritable mur de 3 000 mètres au-dessus du lac de Maraeaybo, avec des bouleversements qui ont relevé les couches secondaires et tertiaires jusqu'à la verticale, et non loin desquelles Lagunillas, ville récente, a autant souffert en 1892 que Mérida depuis sa fondation. Sievers a observé que les roches cristallines de l'axe de la Cordillère ont à peine frémi sous l'action du tremblement de terre qui a renversé Cucuta, Rosario et San Antonio en 1875.

La dépression à moitié colmatée du lac de Maraeaybo est vraisemblablement un territoire effondré, comme contre-partie de la surrection de la chaîne, et la ville du même nom ne ressent que de rares secousses peu sévères, qui proviennent peut-être de la Sierra de Perija, formée de Crétacé énergiquement plissé*.

L'énorme massif primitif isolé de la Sierra Nevada de Santa Marta n'est pas aussi stable que sa constitution aurait pu le faire supposer par analogie, et la ville du même nom a parfois souffert, mais incomparablement moins que les localités voisines de la Sierra de Merida. C'est un fragment de la chaîne caraïbe. On ne manquera pas d'observer que, plus à l'Ouest, l'isobathe de 4 000 mètres quitte la côte pour remonter au Nord, mais il ne faut pas donner à cette remarque plus d'importance qu'elle n'en comporte réellement, puisque l'on a signalé plus haut la stabilité des îles Sous-le-Vent, qu'elle suit de fort près.

La basse Colombie, sans ignorer les séismes, est stable. Comme à la Trinidad, les volcans de boue, Galera Zamba et Turbaco, n*y ont apporté aucun danger de tremblements de terre. On connaît un certain nombre de secousses pour Cartagena de las Indias et Mompox ; et un séisme du Rio Sucio s'est étendu, en 1882, sur tout l'isthme de Darien; il aurait été assez sévère et donné des inquiétudes pour l'avenir aux constructeurs du canal interocéanique de Panama. Ces craintes n'étaient d'ailleurs pas justifiées.

L'Atrato, sur la mer des Antilles, et le Rio San Juan, sur le Pacifique, coulent dans une dépression tertiaire qui forme la véritable

* Sievers. Die Sierra Nevada de Santa Marta und die Sierra de Perija (Zeitschr. d, Ges. f. Erdkunde, XXUl, 1).

372 GÉOGRAPHIE 8ÉISM0L0GIQUE

séparation entre rAmériquo du Sud et TAmérique centrale. On n'y connaît pas de secousses, et la seule indication scientiGque possible, faute de renseignements sur sa stabilité ou son instabilité, est qu'on est là bien en dehors du géosynclinal secondaire, tel qu'il a été tracé par Haug ; mais cela ne prouve pas absolument que les mouvements tertiaires n'aient point atteint ces deux vallées.

De la Cordillère orientale on ne sait rien au point de vue séismique ; elle est probablement stable, s'il se confirme qu'elle est de constitution surtout cristalline.

Du Cerro de Pasto se détachent deux autres Cordillères, avec axes archéens, contre lesquels le Crétacé est fortement redressé ; elles séparent le versant pacifique et les vallées synclinales du Cauca et de la Magdalena. Des tremblements de terre du versant occidental, l'on ne sait absolument rien; mais ceux de Popayan, Cali, Honda et Bogota ont causé de véritables désastres. Leur origine est probablement la même que pour ceux du versant septentrional de la Sierra de Mérida, sans que le dévelopement inusité de l'appareil volcanique dans la haute Colombie ait rien ajouté à la séismicité puisqu'il manque dans le Venezuela. Hettner et Link ^ n'ont signalé de vraies cassures que dans les environs de Bogota.

* Zur Géologie und Minéralogie der Ck>lambianiâchen Anden (Berlin, 1888).

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