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CHAPITRE IV

ji quHiioi Quand on reproche aux diplomates d'avoir tant à cœur la

jSrirSfrV conservation de la Turquie, ils répondent que ce n'est pas

''^'" du tout par amour de la Turquie elle-même, mais par crainte

de la Russie dont la tradition est d'aspirer à Constantînople ;

et la Russie sur le Bosphore, ce serait l'Europe aux pieds du

czar.

Tandis que les autres puissances étaient occupées à guérir les blessures faites par la révolution et à s'oi^aniser à l'intérieur, la Russie, demeurée à l'abri des bouleversements, après avoir aidé l'Autriche ft vaincre la Hongrie dans la crainte que le concours des populations turque et polonaise n'augmeut&t l'incendie, restait la principale protectrice de la légitimité monarchique et voyait ses forces s'accroître. A chaque ébranlement de l'Europe, à chaque soulèvement des races en Autriche ou en Turquie, elle gagnait des territoires

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et de l'inauence, menaçait l'Allemagne et aspirait à dominer sur la Méditerranée, pendant qu'un siècle auparavant elle bornait son ambition h la mer Blanche. Durant la Révolution, au moment où la diplomatie n'était pas en état d'empfichcr l'invasion de pays d'une si grande importance, elle avait, avec 75,000 hommes, occupé les principautés du bas Danube. Elle avait donc la prépondérance dans le Levant par son protectorat sur les principautés , par la possession des bouches du Danube, par le domaine exclusif sur la mer Noire, par son ingérence parmi les populations chrétiennes de la Turquie. Jérusalem est un lieu saint pour les musulmans non moins que pour les chrétiens, dont toutes les sectes accourent pour y prier, chacune ayant ses églises. Les Grecs schismatiques y étaient sensiblement plus nombreux que les catholiques romains : ces derniers qui, en 1740, y possédaient dixneuf chapelles, n'en avaient plus que neuf en 1850; même, les Grecs s'étaient emparés des sanctuaires les plus vénérés et avaient détruit les tombeaux de Godefroy de Bouillon, de Baudouin, des autres croisés, les considérant comme des envahisseurs étrangers. Les catholiques recoururent à la France qui se plaignit h la Porte : celle-ci &t droit à ces demandes et proposa un accord ; mais la Russie se mit à la traverse, et envoya à Constantinople le prince MenzikofT : l'envoyé soutint les droits du rit grec , se plaignit qu'on les eût lésés, et, dans un message menaçant et discourtois, appuyé d'armements dans la Bessarabie, affirma que le protectorat des chrétiens orthodoxes dans tout l'Orient regardait la Russie. La Porte, toujours faible et hésitante, accéda à cette déclaration en signant un flrman ; et comme dix ou douze millions de Grecs vivent dans l'empire turc, ce firman reconnaissait au czar une vraie supériorité et constituait un nouvel État dans l'État. Les Grecs qui, eu lieu de s'en tenir aux limites reconnues au royaume hellénique , attendaient toujours une circonstance favorable pour recouvrer les limites naturelles, avaient constamment vu un ami dans tout ennemi de la Turquie. On vit de suite, dans les provinces encore soumises aux Ottomans, commencer ce mélange d'intrigues et d'efforts généreux, ces agitations de trompeurs et de trompés, de victimes et de sacrificateurs d'où naissent les révolutions. L'étoile polaire des Grecs était la Russie ; leur Messie, Meuzikoff, qui tat tbté k Constantinople, exalté dans les journaux, chanté dans la Thessalie et la Macédoine ; tous comprenaient

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que, gr&ce à ce firman, la Russie se mettait, en réalité, à leur tête; ils regardèrent leurs droits et leurs privilèges comme transférés h cet envoyé du czar, l'empire turc ne devait plus 6tre qu'un fief de la Russie.

Les puissances européennes s'en efiVayërent et engagèrent la Turquie à se dédire. De là un échange de notes diplomatiques aussi compliquées qu'en 1831. Avec cette hypocrisie, qui est une turpitude nouvelle ajoutée à toutes les turpitudes anciennes de la diplomatie, tous protestèrent vouloir la paix ; et en définitive éclata une des plus rudes guerres dont l'histoire ait conservé le souvenir. Sous des prétextes, qui ne manquent jamais en pareil cas, l'armée russe passa le Pruth, occupa les provinces danubiennes, et la Sotte russe bombarda la flotte turque dans les eaux de Sinope. > Napoléon, toujours désireux de rompre les traités de 1815, intima àla Russie l'ordre de se retirer; sur le refus de celle-ci, il fit alliance avec l'Angleterre et la Porte, excitant les autres puissances à prendre part à une guerre juste et morale. Les flottes française et anglaise entrèrent dans la mer Noire et bombardèrent Odessa, marché du commerce russe, en même temps qu'elles bloquaient Cronstadt, port de Saint-Pétersbourg. L'Autriche aurait dû, par reconnaissance, s'allier à la Russie; mais cela l'aurait exposée à une attaque dans ses provinces occidentales et à une révolte en Italie et en Hongrie : elle demeura fidèle à ses traditions conservatrices, et se borna à s'entendre avec la Prusse pour assurer la franchise des droits civils et religieux des chrétiens soumis aux Turcs : par l'occupation de la Moldo-Valachie elle éloigna la guerre de la Hongrie et, par conséquent, le danger d'un soulèvement : pendant qu'elle garantissait ainsi la Russie contre une attaque de ce côté et en même temps contre une insurrection de la Pologne, elle sauvait l'Europe d'une guerre intérieure, si bien que les alliés se virent contraints de changer leur plan.

Quand les guerres sont longues, personne ne sait où elles aboutissent : les peuples, et surtout les Grecs et les Piémontais, sentirent leurs espérances se réveiller; ils voyaient se briser cette alliance des puissances du Nord, qui était l'éternel effroi des révolutions; la France et l'Angleterre, pensaient-ils, marchaient unies temporairement, mais leur inimitié nationale ne tarderait pas à reparaître ; la conflagration devenue universelle mettrait de nouveau en question le sort

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du monde, et^lors sonaerait l'heure des peuples qu'on avait en vain voulu h&ter par les conspirations et par l'insurrectioD.

Napoléon fit, par le Moniteur, déclarer « loyalement à ceux qui croiraient pouvoir profiter des circoastauces pour troubler l'ordre, en Grèce ou en Italie, qu'ils nuiraient aux intérêts de la France ; celle-ci dérendait l'intégrité de l'empire ottoman à Constantinople , mais elle ne soufi'rirait point les attaques de la Grèce, et ne permettrait pas qu'on essay&t de séparer, sur les Alpes, les drapeaux de la France et de l'Autriche, unis, comme elle l'espérait, en Orient. »

Les Grecs se calmèrent; mais l'Autriche demeura ferme dans sa neutralité : ainsi elle sauva l'Europe d'une guerre générale, mais su ruina elle-même, mécontentant et son ancienne alliée qui la trouvait ingrate, et les ennemis de la Russie qui jurèrent de la punir.

Les alliés occidentaux, après avoir en vain essayé de forcer la Baltique, se tournèrent vers l'Orient, et le 34 septembre débarquèrent en Crimée 93,000 Français, 35,000 Anglais, 8,000 Turcs, 15,000 Piémootais.Ilsourentàfaire d'immenses efforts et à endurer d'horribles soulTrances dans une campagne qui dura même plus qu'on l'eut supposé ; il fallut envoyer de nouvelles troupes pour combler les vides faits par le canon, les tempêtes, les pluies, le choléra. Bien des chefs de l'armée (Raglan, La Marmora, Saint-Arnaud) succombèrent ; il y eut un demi-million de morts; le czar Nicolas en mourut, brisé peut-être par le chagrin, et il laissa une succession difficile h son fils Alexandre ïl.

Les Russes vaincus à la bataille de l'Aima, les Occidentaux occupèrent Balaclava, campèrent devant Sébastopol, une forteresse de premier ordre, et en commencèrent le bombardement. Les Russes l'abandonnèrent après y avoir perdu 17,000 bommes. L'Autriche mit fin à cette guerre d'extermination en faisant préciser par les alliés quelques points sur lesquels on traiterait de la paix, et en imposant à la Russie de les accepter, par la menace de s'unir aux puissances occidentales. La Russie dot se résigner; la paix fut proclamée, et ainsi se termina une guerre entreprise sans but précis, menée sans vigueur, finie sans prévoyance.

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