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CHAPITRE VI

EXPÉDITION DD HSIIOOE. — AtlTUCBE ET PROSSB.

La guerre d'Italie ajoutait à la gloire de la France qui avait créé une nation et acquis Nice et la Savoie, humilié la Russie, et racheté par la victoire de l'Aima les désastres de la Bérésina; Napoléon, persuadé que de telles grandeurs consolideraient sa dynastie, se proposait d'endiguer et les torrents et les révolutions. Mais la Loire, le Rh6ne, la Garonne, eurent des inondations meurtrières; à l'intérieur, les hommes d'ordre s'éloignaient du gouvernement à propos de la question romaine ; à l'extérieur, le spectacle de l'Italie effrayait tout le monde, car on ne pouvait prévoir de quel c6té le sphinx allait se tourner, pour arriver à défaire les traités de ISIS et à se venger de Waterloo. Aussi la Belgique et la Suisse prirent des précautions, bien que légalement reconnues pays neutres ; les princes d'Allemagne en firent autant; on ne voulait ni retirer les troupes ni les désarmer; on disait

EXPÉDITIOn DU MEXIOUE. 95

que l'Autricbe désirait se dédommager de ses pei-tes par l'acquisition de tout le Danube ; que l'Angleterre songeait k faire de la Sicile une Malte plus grande ; et en même temps qu'à Spithead elle avait montré un déploiement extraordinaire de forces navales, elle agissait sur le monde entier au moyen de ses banques. Napoléon sentit donc le besoin de détourner l'attention par de nouvelles guerres.

Au Mexique, au temps où l'Espagne était occupée par Napoléon 1", la noblesse et les prfttres avaient levé en 1810 la bannière des anciens monarques aztèques, l'étendard blanc et bleu avec la Madone de la Guadeloupe, et s'étaient séparés de la mère-patrie. Mais, au moment où il semblait que le Mexique devait marcher dans les voies prospères de l'indépendance, il tomba dans l'anarchie; tour k tour république et empire, de 18S1 à 1863, il subit 310 insurrections militaires.

Les États-Unis convoitaient ce pays riche, qui possède les positions les plus importantes pour le commerce, tant extérieur qu'iutêrieur; ils lui enlevèrent la moitié de son territoire et fomentèrent les dissensions qui finirent toujours par de violentes annexions. De là, des conflits continuels; l'Europe s'en mêla et conçut l'idée de ramener au repos les anciennes colonies en y établissant la monarchie, ft commencer par le Mexique. Sans s'effrayer ni de l'exemple d'Iturbide qui, fait empereur, avait été fusillé, ni de la dictature malheureuse de Santa-Anna, l'Espagne essaya d'y placer sur le trAne un infant; mais l'expédition échona.

lia France y avait déjà envoyé une Sotte pour venger l'as* sassinat d'un consul ; pour contraindre le Mexique à payer de grosses dettes, contractées^envers des banques françaises et anglaises, elle combina une expédition avec l'Espagne et l'Angleterre. Les flottes de ces deux dernières puissances se retirèrent bientôt, et Napoléon III continua seul une guerre désapprouvée de toute la France, mais qui favorisait la maison de banque Jecker. Dans la pensée philanthropique de guérir un pays grand comme la moitié de l'Europe, peuplé de sept millions d'habitants, bouleversé par quelques milliers d'aventuriers, il voulut établir là un autre élément de cette fédération latine qu'il rêvait, et offrit d'y mettre pour empereur l'archiduc Maximilien, comme s'il eût voulu donner à l'Autricbe une compensation pour la perte de la Lombardie.

L'Autriche s'était proposé de réparer ses pertes sur le con-

96 LBS TRENTE DBBNIËRES AHHËES.

tinenl en se fortiflaot sur mer. C'était l'unique moyen de défendre la Vénétîe et de conserver l'empire sur l'Adriatique. Mazimiliea travaillait à ce but; dans son ambition poétique, il s'était fait construire un délicieux palais à Mîramare, audessus de Trieste; de là il voyait encore l'Italie et secondait le développement de la marine, champ nouveau ouvert à l'Autricbe.

C'est là que lui arriva l'invitation des Mexicains, ou plutAt de cette portion qui toujours parle an nom de la nation ; et Napoléon lui répétait arec insistance qu'il ne pouvait refuser cette couronne. » C'est votre devoir de vous rendre aux vœux des populations qui vous attendent comme leur sauveur. Votre refus serait regardé-par l'Europe comme un acte de faiblesse, et vous seriez aussi coupable que je serais moimême méprisable si je ne vous soutenais jusqu'à la fin avec toutes les forces de la France. »

Maxîmilien, malgré ses vrais amis, accepta et Napoléon en le quittant lui disait très afi'ectueusement : « Vous m'avez rendu le plus grand service, et je vous en serai toujours reconnaissant. »

Maximilien débarqua au Mexique, appelé par les vœux des autorités, avec la bénédiction du souverain pontife et avec les meilleures intentions; mais les partis se ranimèrent, surtout celui de Juarez, autrefois président et représentant le parti national contre l'étranger. Rien ne réussit : Napoléon retira indignement son armée; les États-Unis firent valoir là aussi la doctrine de Honroe qui refuse aux Européens le drdit de s'immiscer dans les affaires de l'Amérique; des difficultés s'élevèrent avec la cour pontificale à laquelle pourtant l'archiduc se montrait dévoué; en somme, la réaction nationale prévalut; l'argent et la fidélité firent défaut; Maximilien fut vaincu et fusillé à Queretaro; sa femme devint folle.

La réputation de Napoléon en demeura atteinte, parce que la France s'était déclarée très opposée 4 cette expédition, et d'autant plus qu'il courait des bruits de guerre et que, dès le commencement de 1866, tous les États s'armaient.

L'union du SIeswig et du Holstein au royaume de Danemarck mit celui-ci en contact avec la Confédération germanique. Pour passer sous silence les prétentions des prélats et des chevaliers, il n'y avait pas moins de dix princes

AUTHICHB ET PHUSSB. 9?

invoquant des droits h la succession. Parmi les prétendants était la Russie, qui de la sorte aurait pu prendre une place en Allemagne; si, au contraire, le Danemarck se forttfiaitpar l'union Scandinave qu'on projetait, la Russie se trouverait enfermée dans la Baltique, comme elle l'est dans la mer Noire. Cela donnait une grande importance aus deux duchés, et au milieu des agitations de 1848 éclata le débat entre les Danois et les Allemands, qui, avec l'idée de la nationalité germanique, aspiraient à s'annexer le Sleswig, prenant l'Bider pour frontiëre de l'Allemagne. Le roi Frédéric III élargit la Constitution dans un^ens libéral, mais le Holstein crut être lésé, et il se souleva, excité par le duc d'Augustenbourg, l'un des prétendants : la Prusse le favorisa, et alors commença un conflit de la plus grande complication, comme Il arrive lorsqu'à la justice et eux traités on veut substituer le principe très incertain de la nationalité.

Dans le choc entre la Constitution danoise, donnée parle nouveau roi ChrisUan IX de Gliicksburg, et les privilèges fédéraux, on donna et on retira des statuts et des lois fondamentales; on songeait à faire du Holstein un État indépendant, tandis que le Sleswig resterait annexé au Danemarck; on multiplia les conférences, les protocoles , les protestaUons contre ce morcellement d'un royaume , qu'on voulait traiter comme on avait traité la Pologne , contre cette manière de disposer des peuples ainsi que d'un troupeau ; mais il n'y avait pas d'autorité morale pour empêcher cette iniquité.

La Prusse désirait vivement devenir une puissance maritime; et la diète germanique, opposée aux Danois par principe de nationalité , la cbargea d'exécuter sa décision à main armée. L'Autricbe, par jalousie, prit part & l'expédition, voulant que les deux duchés et celui de Lauenburg ou restassent au duc d'Augustenbui^, ou fussent annexés & l'Allemagne.

.Pendant que PalmerstoD, avec son ambiguïté ordinaire, protestait que l'Angleterre interviendrait, si les Allemands

n attaquaient et saccageaient Copenhague et emprisonnaient le roi » , 60,000 Allemands s'avançaient contre 40,000 Danois et, malgré une valeureuse résistance, ce roi dut renoncer anx duchés; les Prussiens les occupèrent, et, dans la convention de Gastein, on déclara qu'ils appartiendraient en commun à l'Autriche et à la Prusse. Mais cette dernière acquérait le Lauenbnrg , Friedriksfort et le port de Kiel , le

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9S LES TBBNTX DBilHlàBES AHlfËKS.

meilleur de l'Allemagne ; l'Autriche perdait son titre & fttre considérée comme la protectrice des petits princes qui , se sentant menacés, lui en voulurent de s'être faite la complice de cet abus évident de la force. Trop tard l'Autriche s'aperçut de l'arrogance de la Prusse qui voulait de ces pays se Ikire une province, pour dominer sur la mer du Nord et avoir en main toutes les forces fédérales , et qui cependant criait que l'Autriche menaçait d'envahir les duchés ; prétendait même que les petits princes de l'Allemagne eussent à se déclarer pour elle ou pour l'Autriche; et disait que la Confédération germanique était une forme de gouvernement vieillie, qu'il fallait en trouver une autre, produit du suffrage universel. Les princes allemands protestèrent; la discorde éclata.

Entre tous ces princes, la maison d'Autriche dominait; elle possédait son archiduché, l'Autriche inférieure, c'està-dire la Styrie, la Carintbie, la Garaiole, le Frioul, le littoral de l'istrie; l'Autriche supérieure, c'ést-à-dire le Tyrol avec le Trentin et le Vorarlberg; la Souabe et la Silésie autrichienne; les royaumes de Bohème, de Galicie, de Lodomérie , de Hongrie ; la Dalmatie, la Lombardo-Vénétie. Les sympathies du plus grand nombre des États allemands étaient pour elle ; et quand, au théâtre, on entendait déclamer : « Mon bras est consacré au service de l'empereur : avec l'Autriche combattons pour les affaires allemandes , pour le peuple allemand, pour la patrie allemande » , on répondait par des applaudissements enthousiastes.

En face d'elle , la Prusse avait rapidement grandi ; elle s'était érigée en royaume et comprenait l'ancien duché ou Prusse orientale ; la Prusse royale , qui lui était venue par le démembrement de la Pologne; le duché de StelUn; les quatre marches du Brandebourg; le duché de Silésie qu'elle avait enlevé à l'Autriche; une partie de la basse Lusace enlevée à la Saxe ; le duché de Magdebourg et différentes fractions de territoire, éparses à travers les pays allemands. Lesdomainesde la Bavière, qui pourtant avait grandi depuis qu'en 1777 l'électoratde la maison Palatine fut réuni à celui de Bavière, manquaient aussi de cohésion.

Dans ses anciennes aspirations la Prusse tendait à l'unité ; et cependant elle était divisée aussi bien par la configuration géographique , dont sous avons parlé , que par la religion : elle comptait beaucoup de catholiques, et pourtant

AUTUGHE ET PaUSSB.

elle est l'cBurre du luthéranisme, soa œuvre préférée. Deox écoles s'y posaient en rivales : l'une , fidèle aux traditions,conservant les indépendances locales, les États provinciaux, les franchises de l'aristocratie, de la bourgeoisie et de l'Ëglise ; l'autre, radicale, demandait des Constitutions démocratiques, une armée nombreuse, et croyait l'unité allemande nécessaire pour résister ft la Russie qui aspirait à l'Oder, et & la France qui prétendait au Rhin. Le parti féodal se maintenait vigoureux et serré autour du roi, qui, même lorsqu'il fut obligé de donner une Constitution à la façon moderne, garda toujours l'absolutisme dans sa manière de faire, parla du haut du trAue d'après ses propres inspirations, et déclara tenir la couronne de Dieu et de ses ancêtres.

L'ambition de la Prusse, moins dissimulée depuis la mort de François 1", troubla entre elle et l'Autriche cette harmonie que la Sainte-Alliance avait créée et conservée. Tandis que l'Autriche , embarrassée par les mesquines jalousies du joséphisme, ne savait pas se mettre franchement à la tête des ca- Uioliques et laissait cette source d'influence à une puissance de second ordre comme la Bavière, la Prusse cherchait à grouper tous tes protestants en une seule confession de foi, autour de la cattiédrale de Cologne. L'Autriche avait des sujets de toute langue, parmi lesquels les Slaves l'emportaient sur les Allemands; la Prusse, avec des sujets dont no sixième à peine n'était pas allemand, caressait les penseurs, favorisait les savants ; en contact avec les petits États, elle était habile à se les concilier et à rejeter sur d'autres l'odieux de ses propres rigueurs. L'Autriche, se complaisant dans son système patriarcal, cachait jusqu'au bien qu'elle faisait; la Prusse avait soîa de proclamer bien haut par les dispensateurs de la renommée le peu qu'elle faisait. Enrichie moins par de grands profits que par des épargnes réalisées sur les douanes et l'armée, la Prusse appelait dans ses Universités des grands hommes et les introduisait même dans le conseil des rois; par le moyen de la Lippe elle joignait l'Ems au Rhin et, par conséquent, à la mer Noire; elle h&tait la libération des propriétés et des majorais; — et par l'afiï'anchissement des serfs, poursuivi selon le dessein de Stein et de Hardenberg, elle augmentait le nombre des citoyens actifs. Un aurait désiré une bonne organisation des Etats, pour ramener ainsi à un corps politique ce qui n'était qu'une agrégation de provinces;

100 LES thbutb DBRinàBes akuébs.

mais le roi n'ayait jamais consenti à réaliser les promesses, faites en 1813, de donner une CoDstituLion ; il accorda seulement des diètes provinciales oîi devaient fitre représentés les différents états et les corporations civiques avec le droit d'être consultés sur les impôts, mais sanS;pouvoir faire des propositions au gouvernement; même le roi se ficha lorsque les provinces rhénanes demandèrent à conserver les jugements par jury, comme sous l'Empire ihinçais.

Au couronnement de Frédéric-Guillaume IV, les députés des provinces rappelèrent au roi les promesses de son père, et le désir qu'on avait d'une Constitution uniforme : il leur accorda seulement que les états publieraient leurs débats ; et, par là ils purent exprimer leurs vœux et réclamer d'autres garanties ; on obtint la libre communication entre le clergé et Rome, l'égale répartition des fonctions publiques, sans exclusion de catholiques ni de juife ; enfin on arriva au point qu'il fallut réunir ces États généraux si longtemps promis et toujours différés.

Le roi, homme d'étade et do conscience, partisan de l'école historique, protesta, à l'ouverture de l'assemblée, contre les constitutions écrites, déclarant qu'il fallait pIutAt s'appuyer sur les précédents du pays et sur l'accord entre le roi et les sujets. Ce ton et la restriction apportée aux attributions des Ëtsts généraux déplurent tellement que les États se séparèrent en colère, et le roi perdit l'envie de les réunir de nouveau.

Pendant la guerre de Crimée , la Prusse était restée dans la neutralité; pendant celle d'Italie, elle déclara que leMincio était une barrière nécessaire h l'Allemagne, et mobilisa son armée pour s'opposer à la France qui troublait l'état défini par les traités de 181S; mais, en réalité, elle ne fit rien pour l'Autriche , si ce n'est que dans une entrevue & Tœplitz les deux souverains s'assurèrent réciproquement leurs possessions. Guillaume'" IV (1795-1861), l'homme de la Sainte Alliance, avajt en 1848 dominé la révolution, et il lui répugnait de violer les conventions; mais, atteint d'une maladie mentale après 1856, il établit la régence de son frère qui, ensuite, lui succéda.

Ce dernier avait combattu dans la guerre des nations; il se plaisait à l'armée et dans les batailles ; les idées de nationalité lui souriaient, mais il penchait pourtant vers les doctrines conservatrices, et quand il fut couronné à Kcenigs-

AUTBICRE ET FB0SSB. 101

berg, il professa « que les souverains de la Prusse reçoiTaat la couronne de Dieu seul, et que, par sa grflce, le pouvoir royal est rendu saint et inviolable a . En conséquence, il avait protesté contre les usurpations du Piémont; et, même en reconnaissant le nouveau royaume d'Italie, il insista pour qu'on ne vint pas compromettre la paix de l'Europe en faisant revivre la question de la Vénétie, regardée toujours comme essentielle pour la Confédération germanique; à l'intérieur^ il réprimait la liberté de la presse et des réunions.

La politique de 1815 était donc peu modifiée, lorsque i Schleinilz et Bemsdortf furent remplacés au ministère par Bismark. Celui-ci avait pris place à la diète parmi les conservateurs appelés parti de la Gazette de la Croix : il déplorait que le roi fit des concessions aux révolutionnaires en donnant la Constitution et en soutenant le SIeswig cévolté contre le Danemark; il se moquait de ces visionnaires qui parlaient d'unité germanique , pendant qu'il importait de se grouper autour de l'Autriche, ancienne puissance allemande, qui avait souvent avec gloire manié l'épée de l'Allemagne, Toutefois Bismark ne tarda pas & changer d'avis , et , dans ses missions à Pétersbourg et à Paris, il semait la haine et la peur de l'Autriche: la constitution fédérale de l'Allemagne, suivant lui, ne suffisait plus; il fallait l'unité nationale au lieu de toutes ces autonomies rachitiques. Persuadé de la puissance illimitée de l'État, et convaincu que la mission historique de la Prusse était de grandir l'Allemagne et d'abattre le papisme, pour atteindre ce but il ne se souciait ni de la justice ni de la parole donnée , professant que la force prime le droit {Macht vor Recht].

Au milieu des désordres de 1848, on avait déjà obtenu, en Prusse, l'abolition des corvées personnelles et de la distinction entre les biens nobles et les biens ordinaires; puis l'église luthérienne s'était émancipée delà bureaucratie. La Prusse, qui s'était fortifiée eu se constituant comme un centre pour lit science , avait grandi encore par l'union douanière \Zolbierein) et par son organisation militaire, elle visa plus haut après 1849 : elle donna plus d'attention à l'armée ; elle avait d'excellents généraux comme de Moltke et Roon , et si le budget de la guerre paraissait excessif au parlement, Bismark ie raillait et le congédiait; il ne fallait pas, disait-il, s'inquiéter des libertés , mais de la force ; le libéralisme est un hochet qui convientaux petits États, comme la Bavière ou

lOS LBS TBEHTB SKMIËHBS AKNÉES.

le grand-duché de Bade ; mais la Prusse devait réunir toutes ses forces afin d'accomplir, par le fer et le sang, la grande oeuvre donton avait laissé échapper l'occasion en 1848.

Dans cette ardeur générale pour les innovations, l'Autriche avait, en 1862, essayé d'arriver à l'hégémonie, en annexant à la Confédération germanique même ses Etats non allemands ; de ta sorte, l'Allemagne se serait étendue de Trieste à Kiel, avec 75 millions d'habitants, et aurait acquis la suprématie sur la Baltique et l'Adriatique; elle serait devenue le centre de l'Europe, comme elle l'était au moyen fige, et elle s'attachait indissolublement les possessions italiennes. Hais les deux puissances ne s'accordèrent pas ; et même Bismark dénonça ce projet comme une menace pour l'Europe, et surtout pour la France ; par là il flattait Napoléon III. Lorsque tous s'effrayaient de ces bruits de guerre , celui-ci espérait trouver l'occasion d'acquérir les provinces rhénanes ; TAngleterre, s'apercevant que l'unité allemande tournerait au désavantage de la France, se réjouissait secrètement. [ L'Autriche se sentait menacée : cependant ni elle ni personne ne doutait de sa supériorité dans les armes : d'après les traités, les différends entre les membres de la Confédération germanique devaient être réglés par la diète; ou, si la diète ne le faisait pas, tous les petits princes de l'Allemagne devaient appuyer l'Autriche qui était leur tutrice. Dans le fait, on ne pensa pas à des accommodements ; et l'Autriche ne vit se déclarer ouvertement pour elle que le Hanovre, la Saxe et le Wurtemberg.

Les premiers électeurs de Brandebourg, à l'exemple des autres princes de l'Allemagne , n'avaient de troupes permanentes que pour leur garde personnelle. Jean-Sigismond enrAla 1,400 hommes quand il eut à s'assurer la succession de Berg et Juliers; dans la guerre de Trente ans, il n'opposa aux Impériaux et aux Suédois que 8,000 fantassins et 3,000 cavaliers. Après la paii de Westphalie, Frédéric-Quillaume fut des premiers k s'apercevoir que le monde appartiendrait désormais aux soldats, et, en 1653, il porta son armée à 26,000 hommes, choisis parmi les petits propriétaires et les industriels; avec eux il fit les campagnes qui lui valurent le titre de Grand Électeur.

Quand la Prusse devînt un royaume, Frédéric I" n'avait pas une organisation militaire stable, mais ses soldats acquirent de la pratique dans la guerre de Flandre. Au siège de

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Tournai, les soldats anglais s'étant moqués des siens , Frédéric-Guillaume I*' s'appliqua à les transformer; tout tendit de sa part à avoir de bonnes troupes; soins, dépenses, mariages mÊme servaient à fonner ou à acheter des grenadiers. Sous Frédéric U , que sa philosophie n'empêchait pas d'avoir la fureur de conquérir, l'armée se rendit fameuse par ses victoires sur l'Autriche et sur la France. A partir de ce moment, la réputation militaire de la Prusse resta établie en Europe. Et cependant, k la bataille d'Iéna, l'armée prussienne fut, en un seul jour, détruite par l'armée française. Alors le ministre Stein et le général Schamorst s'appliquèrent à lui donner une organisation nouvelle qui permettait, en 1819, de mettre en campagne 260,000 hommes.

Tous les Prussiens non infirmes sont soldats à vingt ans, et doivent servir pendant trois années, formant la première catégorie de la ùmdwehr, qui comprend les citoyens de 20 à 32 ans ; deux fois par an ces soldats se réunissent pendant trois semaines pour faire les exercices, et, en temps de guerre, ils constituent l'armée active. Les hommes de 33 à 40 ans sont dans la seconde catégorie qui , en temps de guerre , est chargée de la défense des places et des garnisons. En cas d'invasioD du territoire, on convoque la landsturm comprenant tous les citoyens âgés de moins de 50 ans. On ne fait aucune distinction de naissance; il n'y a pas d'exemption, pas de remplacement; tout citoyen est soldat,etquanâila cessé de l'être, il conserve encore pendant neuf ans les habitudes militaires. Les derniers rois de Prusse ne se montrèrent pas trop partisans de la guerre; pendant ce temps toutefois ils augmentèrent leurs forces, et, les fusils à aiguille ayant été inventés, ils en pourvurent toute leur armée , avec laquelle maintenant on allait combattre entre frères (1).

(1) Voici, d'aprëi Kolb, l'effectif des diff^rguteB tuméa*, ea IS69 : Or>nde-BrâUigi)«, lei Report.... 3,2i0,00D

lodei compriMi.... 2311,000 Danemark 40,000

Pranea 970,000 Snâde 99,000

RuMie ISO.OOO Norrbge 11,000

Autriche... SSO.OOO Eipagne 120,000

FrasM 400,000 Portugal 33,000

LereaUde l'AUenuigne 230,000 Qrbce 10,000

ÉUU italien! 350,000 Turquie 190,000

Belg:iqas S0,000 Uarint de* direraee

Hollande, l'Inde com- pniMuice* 200,000

P"»* ^'''''"' Totat 3,912,000

A reporter 3,2i0,000

104 LES TKBNTB DBEHIÈRBS AlfNËES.

C'est ici qu'il faut placer un épisode italîea. Quand Napoléon posa en programme l'Italie libre jusqu'à l'Adriatique, les Vénitiens sentirent grandir leurs espérances d'indépendance ; mais par la paix de Zurich ils se trouvèrent de nouveau encbainés à l'Autriche. Celle-ci chercha inutilement à se les concilier par des concessions et des constitutions, d'autant plus qu'ils étaient excités par le royaume d'Italie qui regardait comme une obligation pour lui de se compléter par cette acquisition ; mais les tentatives répétées de révoltes et de conspirations ne firent que multiplier les victimes.

Bismark profita de cette aspiration, et proposa à l'Italie d'attaquer l'Autriche sur le Mincîo, pendant qu'il l'attaquerait lui-m6me en Allemagne. Et comme l'Autriche protestait qu'elle voulait la paix, on lui répondait de le prouver par la cession de la Yénétie , cet éternel foyer de troubles. Mais ni sa dignité , ni ses engagements arec la Confédération germanique ne lui permettaient de faire cette cession : elle s'y montrait du reste disposée, pourvu qu'elle acquit en échange un territoire équivalent.

Bien qu'il répugn&tàdes Allemands de combattrecontredes Allemands et au roi Guillaume de s'allier avec un roi usu rpateur, comme il l'appelait, et avec un chef de bandes, poussé cependant par ce démon qui veut des ruines et par ces ruines d'autres ruines encore , il laissa ses ministres stipuler un accord avec l'Italie à laquelle on avança 130 millions. Celle-ci redoubla donc ses menées contre la Vénétie, secondée en cela par l'ardeur nationale ; on excita la Hongrie à se soulever ; et des bandes garibaldiennes se préparèrent à envahir la Dalmatie et le Trentin.

L'Autriche , ayant eu vent de ces intrigues avec la Prusse , fut contrainte d'envoyer en Italie une armée qui s'éleva jusqu'à 200,000 hommes ; cependant à Napoléon et aux autres puissances qui s'interposaient, elle promettait de désarmer, à condition que l'Italie et la Prusse en feraient autant. Tout fut inutile ; les hostilités ne tardèrent pas à commencer. L'armée autrichienne avait pour général en chef Benedek ; l'armée prussienne commandée par le prindb Frédéric , par Herwarth, Steinmetz, avec une rapidité merveilleuse, occupa le Uolstein, entra en Saxe et à Leipzig, puis en Bohême ; à la bataille de Sadowa, une des plus meurtrières du siècle, l'Autriche perdit 16,000 prisonniers, 40 drapeaux, 180 canons ; en un mois fut finie une guerre que l'on prévoyait

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devoir durer aussi longtemps que la guerre de Trente ans. Eu même temps , l'Italie de sou côté commençait les bos> tilités, franchissait le Mincio; mais, à Custozza, l'armée italienne, mise en déroute, dut se. retirer devant les Autrichiens commandés par l'archiduc Albert; et la flotte, qu'on avait tant vantée, était battue à Lizza par la flotte autrichienne sous les ordres de TegetolT. Pour cela, il avait fallu tirer de l'Allemagne 300,000 hommes qui auraient pu disputer la victoire , même après la défaite de Sadowa. Alors François- Joseph céda la Vénêtie à Napoléon qui eu fit présent à l'Italie ; et les petits États ne pouvant plus subsister désormais, l'empereur des Français espérait partager l'Europe avec Bismark. Quant au roi d'Italie, la paix faite avec l'Autriche, il put dire ; » La patrie est libre de toute domination étrangère, u

D'après les préliminaires de Nicolsburg , suivis de la paix de Prague le 33 août, l'Autriche renonçait à la Lombardo- Véuétie et & tout droit sur le Sleswig et le Holstein ; elle re* connaissait que la Confédération germanique était dissoute, et acceptait sur ce poiut la nouvelle organisation et les institutions qu'il plairait à la Prusse d'y introduire, l'Autriche demeurant exclue. La Prusse, à uu territoire de S8Û,000 kilomètres carrés avec 1 9 millions d'habitants, unissait le royaume de Hanovre, la Hesse électorale, une partie delà Hesse grandducale et de la Bavière, le duché de Nassau, les duchés du Steswig et du Holstein , la ville de Francfort, arrivant ainsi à une superficie de 352,000 kilomètres carrés et à une population de 93 millions et demi de sujets. La Bavière, le Wurtemberg, te grand-duché de Bade, la Hesse, la principauté de Lichtenstein survécurent et demeurèrent isolés. Le Limbourg et le Luxeraboui^, détachés de l'Allemagne , restaient à la Hollande. La Saxe obtint dil^cilement d'être conservée comme un membre de la nouvelle fédération.

Le 34 février 1867, le parlement allemand rassemblé & Berlin discutait la nouvelle Constitution , et le roi déclarait : « Je remercie la Providence de ce qu'il m'est permis, de concert avec une assemblée telle qu'aucun prince allemand n'en a vu, depuis des siècles, une semblable autour de lui, d'exprimer de grandes espérances; j'en remercie la Provi* dence qui conduit l'Allemagne au but désiré par son peuple , par des chemins que nous n'avons ni choisis ni préparés. »

Tant que des intérêts et des aspirations contraires subsis-

lOS LES TRENTE DBBHIÈRBS ARIfÉBS.

tent, la paix ne peut être qu'une trtve; et bien songent !a guerre est nécessaire pour remédier à des maux que la lenteur ne reraitqu'envenimer.Car.entreies déclarations patriarcales du roi de Prusse et le langage soldatesque de l'Autriclie, le socialisme allait s'échaufTant et chez les philosophes , qui proclamaient toujours plus absolue l'indépendance de l'indi- Tidu, et dans les journaux, dont quelques-uns prêchaient onvertemeut la communauté des biens , des femmes et des enfants.

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