CHAPITRE VII
FRANCE ET PHCSSE. — LR COHHL'NlSlfE.
Na^iDiiin Napoléon, démentant les principes conservateurs au nom *iiXf^" desquels il avait été élu, pour s'égarer dans les labyrinthes de la révolution, montra qu'il n'était pas un de ces génies qui surgissent pour mettre fin aux bouleversements et en retirer les fruits, mais un parvenu audacieux gâté par la fortune. Conspirateur incorrigible (1), il innovait trop pour s'attacher les conservateurs, et pas assez pour contenter les démocrates; il improvisait les solutions et les changements, mais le talent ou la force d'âme lui manquait pour persévérer dans ses idées et les mettre à exécution. Il écrivait sa lettre à Ney sur les réformes à introduire dans le gouvernement pontifical ; puis à peine de Falloux l'en eut-il blftmé, qu'il la retirait, bien que tous y eussent vu un vrai programme. Il souleva la guerre de Crimée, et la termina sans rien conclure. Il coupa court à la guerre d'Italie, et y gagna un voisin qui, disait-il, lui causait de grands maux de tête. Dans l'expédition du Mexique, entreprise avec imprévoyance et pour des motifs peu nobles, il se déshonora en abandonnant sa créature. Il avait séduit la France sous prétexte de la sauver de la révolution ; sous le même prétexte, il occupait
(I) L« prince Albert diuit de Napoléon : ■ Il eit né compiratanr, il a Técu en conspirateur, et, i l*ige oti il est, il ne pourrait changer son caractère; il a (oi^'ouri comploté, et a'eit toajours déflé. Pour réiuiir, il aiait beioin d'un allie. L'Angleterre ùtait le leul allié qui lui convînt; mais parce que ralliance anglaiis ïmpli'^ue l'obierration des traités et le progrès d« 1» civilisatioD, elle lui a causé plus d'an ennui. >
FRANCE ET PBUSSe. — LB COUUHISHE. 107
Rome; mais tandis qu'il entretenait l'effroi parmi les cooser-. valeurs en leur montrant les attentats de l'anarcbic, par ses guerres il alléchait les révolutionnaires. 11 voulait l'unité italienne, et il la contraria; il se donnait des airs de dictateur à l'égard du Piémont, et il se laissait traîner par lui à la remorque; il voulait l'autorité du pape, et il en prépara la ruine avec des fleurs et des caresses. Il rêvait une alliance latine, dans laquelle entreraient l'Espagne, le Mexique, les Principautés Danubiennes , la Confédération italienne ; mftme, son idéal était une grande fédération européenne, avec le libre échange, une capitale unique, des expositions universelles, et un congrès où on aurait obtenu le désarmement général et l'apaisement de toutes les querelles. En préchant la paix, il semait partout la discorde. Instruit par l'exemple de son oncle (1), il ne souhaitait ni conquêtes ni guerres : pourtant il y était poussé par ceux des siens qui croient la France toujours destinée à primer sur ses faibles voisins. Ainsi il fut l'ami de tous, et l'ennemi de tous. Détestant la Sainte Alliance, il voulait punir d'abord la Russie, puis les Bourbons, puis l'Autriche; il aurait voulu punir même la Prusse : et comme Bismark l'invitait & démembrer l'Autriche, en lui promettant la Belgique et le Luxembourg, il refusa, mais le laissa diriger toutes ses forces contre cette même Autriche. Quand il Ib vit grandir extraordinairement, il demanda des compensations et se résigna à ne pas les obtenir.
n ât des expéditions heureuses en Syne, en Chine, en Cochinchine, à Madagascar, Il eut des moments véritablement glorieux, à la tête de l'alliance occidentale avec l'Angleterre et l'Autriche : les puissances, sachant qu'il représentait la révolution, ce cauchemar de tous, n'osaient lui résister; et lui, il laissait tout supposer, feignant d'hésiter, et ainsi gagnait du temps : à la fin, il ne décidait rien, mais laissait
(1) Napoléon 1» lai-iiiAm«, après la batailla de Harengo, âorivait i l'empflreiiT Franfoii II ; ■ Au mîliea de ces blesiëi, et eatouri de quinu mille cadavret, j« conjure Votre Majeaté d'écouter la voix de tliuiiiaDilâ •t de ne point permettre que les loldats de deux valeureuieH et puiuanle» nation* l'ëgorgent pour dei iotéréls qui leur mut étranger». >
NapoMon III le gloriflait tonjoura d'accomplir tes idée* de «on oncle, aortoat en ce qni regarde la Ubération de l'Italie. Et oomme je lui objectait que Napolton I" aurait bien pu acheTer cette délivrance et qu'il avait fait le contraire, il me répondit qu'il en avait été empdclié par les codLnnellei inimitidf de l'Aatriclie et de l'Angleterre.
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les autres glisser sur ta pente où il l'es avait conduits. Il parut se révéler dans plus d'un discours, mais il n'eu permettait pas la discussion; il reavoyait de jour en jour le couronoemeDt de l'édifice qu'il avait promis à une nation jalouse da ses droits, mais pouvant se résigner à les laisser de côté pour no certain temps.
Avec la confiance illimitée qu'il obtenait, il put disposer d'immenses ressources : par la réduction des intérêts dans trois emprunts nationaux, parmi lesquels celui de 1868 fut plus de trente fois couvert, il réalisa presque deux milliards. La prospérité du commerce et de l'industrie suffisait au reste, et déjà en 1866 étaient dépensés 31 milliard^, dont 7 milliards 300 millions pour le seul ministère de la guerre. Beaucoup de ces dépenses étaient réellement utiles et productives ; il fit cultiver 15,000 hectares de terres en friche; il établit ii cités ouvrières, 39 fermes dans des contrées désertes; il eu renouvela un nombre pareil ; il éleva un village agricole; & Vincennes, il avait une ferme pour faire des expériences sur les engrais de Georges Ville ; il faisait élever du bétail qui s'expédiait ensuite jusqu'aux extrémités de la terre, et se vendait parfois 10 ou 13,000 francs par tète; il répandait les instruments, les machines, les plantations et les ensemencements des meilleurs produits; il &t dessécher des marais, reboiser etgazouner les pentes dénudées; des digues et des écluses prévenaient les inondations.
Paris fut transformé au prix d'environ un milliard ; 1 81 millions furent dépensés k construire des rues, en abattant 18,000 maisons; Napoléon était secondé dans cette œuvre par te préfet Haussmann qui avait des appointements de 75,000 francs, sans parier de 940,000 francs dont il ne rendait pas compte. La dette de la ville qui, en 1830, était de 714 millions, s'élevait en 1866 à 1 milliard 895 millions, mais Paris était la métropole de la richesse, du goût, de l'industrie, et par là on tenait occupée une population remuante; il est vrai, d'un autre côté, qu'on attirait ainsi à Paris des troupes d'ouvriers, et qu'avec les salaires et le luxe grandissaient le dérèglement et l'avidité des jouissances matérielles.
La merveilleuse Exposition de 1867 attira à Paris tous les mérites et tous les vices : cinquante-huit souverains et, parmi eux, ceux de Russie et de Turquie, accoururent pour payer un tribut d'admiration k cet aventurier heureux.
PRAKCE ET PRUSSE. — I£ COMJIUNISHE. 109
Napoléon voulait 6tre tout, oiËme auteur ; il aimait plus la pompe que les résultats positifs. U avait épousé une Bspagnole, la comtesse de Montijo ; bientAt il en eut un fils, dont le pape fut le parrain : quatre-vingt-six évSques prirent part au banquet donné, en cette occasion, à l'Hûtel de Ville; une souscription populaire, de S à 39 centimes, produisit 60,000 fhincs.
L'empereur flattait les catholiques, mais il leur déplaisait par ses hésitations à émanciper l'instruction publique, parsa peur des associations religieuses et charitables, et pour avoir laissé dépouiller le pape (1). Il flattait les libéraux, mais il se les aliénait par des coups d'Ëtat; des intrigues de cour éloignaient ses vrais amis. U payait les journaux, voulant par eux créer une opinion publique artiflcielle, et pourtant ils aboyèrent contre lui. Les légitimistes ne marchaient pas d'accord entre eux ; le parti orléaniste se bornait à une opposition académique ; les républicains étaient réduits au silence. On attenta plus d'une fois à sa vie, comme on avait attenté à celle de Louis-Philippe. Ses agents s'enrichissaient; il se laissait voler ; il changea cinquante ministres , mais l'amabilité de Morny, le dévouement mystique de Persigny, le zèle de Billault, de Fould, de Drouyn de Ûiuys , de Thouvenel, de Baroche, de Rouher, n'étaient pour lui que des instruments ; il appelait ou renvoyait ces hommes à son caprice, sans que la nation sût même pourquoi. Les élections, qui firent sa préoccupation constante en tant que manifestation du sentiment public, étaient toujours accompagnées de corruption ; une presse corruptrice et des exemples, qui venaient de haut, étendaient l'immoralité ; le niveau intellectuel baissait. Il restait l'influence des esprits et des caractères élevés de Thiers, Guizot, Montalembert, de Broglie, Nettement, et d'un grand nombre de militaires, parmi les* quels Cavaignac. Dans les derniers temps moururent des hommes remarquables : Montalembert, Berryer, Lacordaire, de Brogtie, Troplong, Lamartine (S), Viltemain, Lanjuinais, Jomini, Sainte-Beuve, etc.
Mais bien plus encore que les opposiUons académiques ou
(1) Nona avons entendu Napoléon répondre L qaelqn*UD qui lui demandait de UÏMerles Italiens occaper Rome : B Rome, vousI'anrN; maisrons ne pouvez cependant pas prétendre que nous vous la donnions nous-mêmes. >
(3) Peu avant la mort de Lamartine, on lui av^t alloué la rente d'un capital de SSO.OOO francs.
110 IBS THENTE BERIflËRBS ARHfiBS.
que les partis dynastiqaes, il fallait craindre l'agitation souterraine des communards, représentés par les élèves ou héritiers de quelques utopistes , comme Fourier, Saint-Simon, Pierre Leroux, qui sacrifiaient la justice et le droit au Moloch du prt>grès collectif; ou comme Proudboa qui disait : « La propriété, c'est le vol » ; et par une armée d'ouvriers associés au nom de la jasltce et de la fraternité, mais qui, l'écume à la bouche, avec la plus grande précision dans les formules, avec audace dans l'attitude, poussaient à la haine et à la révolte, détruisaient la société sous prétexte de la réoi^niser, etTÉglise en la qualifiant complice de l'injustice et des abus (!]; ils rejetaient toute supériorité , môme celle du talent, et proclamaient toutefois des systèmes autocratiques et autoritaires. Si le libéralisme disait : «L'Étatestle maître absolu; l'Église et la Famille n'ont d'autres droits que ceux qui leur sont accordés par les organes législatifs, mais la propriété doit rester inviolable » ; le socialisme niait cette restriction illo- ^que. Pour lui, l'État est l'unique régulateur de la propriété, comme du reste; au lieu de concentrer les richesses entre les mains d'un petit nombre, il faut de nouvelles règles sur la propriété, sur l'hérédité, sur le commerce, sur le salaire; le propriétaire n'est qu'un usufruitier ; plus de droit d'héritage; plus de mariages, ni religieux ni civils ; la femme est dispensée de devenir mère; les enfants doivent être élevés, non par les parents, mais par l'Etat et en commun; c'est i
(I) ProadhoD rajelait les maux de notre sociale sur la morale chrétieoDe deTeoue corruptrice parce qu'elle s'appuie sur la ProTidence, la rédemption, la jogemeiit. Que penser de lu ProTidence Ul ; a des pauTres et des riches; le pëchj originel montre l'homaie déchu «t méprisable, et, par conséquent, les pouToirs bumaics nécessaires pour te réprimer et perpétuer la misère; le dogme de la rédemption fait consister ta régénération dans une théurgie, comme sont les sacrements ; la religion dessèche t'actiTité hnmaine, affaiblit la volonté et laisse l'homme an ponvoir de l'homme. Dieu, image de la natnre humaine, est une abstraction, une idole de 1a pensée philosophique, la sanction d'une morale débilitante. Oaerre done aui anges, aux archanges, aux Dominations, aux Principanlée, à l'Eglise, aiti conciles, au parlement, à la chaire, i la personnalité, el josqu'an chef même de cette incommensurable anarchie, A l'absolu des absolus, k Dien. Ainsi s'épurent les idées ; ainsi s'élahlit te règne du beau, du boa, du vru, o!i l'homme seul est te principe de toute morale et de toute Justice, parce qu'il porte la morale et Is justice dans sa raison et dans sa conscience; ainsi l'égalité est restaurée, la misère disparaît, le salariat est aboli et l'homme élevé i la digiùté de participant. {De la Jvttice daru la rtvolttlion el dana VÈglUt.)
FRANCE ET PRUSSE. — LE GOMMOinSHe. 111
l'Etat à les nourrir, c'est à l'Etat à les employer ; l'ouvrier ne doit pas recevoir un salaire proportionné à son travail, mais le salaire fliépar l'État; l'État organise et distribue toutes choses. Mais l'Etat, ce n'est ni Napoléon III ni Guillaume IV ; c'est la majorité, maltresse, caissière, institutrice, exerçant le despotisme jusque sur les consciences; l'individu et la Tamille sont réduits h néant; on efface le nom de Dieu, imprimé dans les cœurs avec les baisers d'une mère ; comme si c'était élever un peuple que de le faire descendre au niveau de la brute ; comme si l'incrédulité n'était pas l'auxiliaire des tyrans, le- chemin qui mène à la servitude.
Ne connaissant, comme un trop grand nombre a coutume de nous le montrer, d'autre liberté que celle de penser comme eux , ils ne souffrent ni la contradiction , ni même la controverse ; si, à leurs affirmations antisociales, quelqu'un oppose ou les institutions législatives ou les règles de la morale, on lui siguiâe que cela est de la politique et de la religion : il n'a donc qu'à se taire.
L'Associalion internationale de» travailleurs qui, de l'Augleterre, s'était répandue en France, en Belgique, en Suisse, en Allemagne, promulguait des décrets sans appel, lixait les tarifs et les salaires, organisait les grèves, payant ceux qui restaient sans travailler. Non contents d'éliminer absolument les chefs d'industrie et leurs employés, non contents de se coaliser pour obtenir une augmentation de salaire, ils voulurent forcer les membres de l'Association à se conformer aux décisions d'un comité directeur. Pour cela, ils recouraient même à la violence, jetaient de l'acide sulfiirique à la figure de ceux qui résistaient; on mêlait aux pièces d'étoffes des épingles, aux machines de la poudre Ailmibante, on tuait les bètes de somme, on brisait les instruments, on assassinait : et de tels actes étaient considérés par eux comme de droit naturel.
On le vit surtout dans les épouvantables procès des émouleurs de SchefBeld {saw grindert). Ils prétendaient que la société repose sur l'injustice, la violence, la fraude ; donc le contraire est juste, loyal et boni^'est ainsi que les Peaux-Rouges d'Amérique regardent comme des représailles légitimes le meurtre des Faces pâle» qui envahissent leurs terres pour les défricher.
Puisque donc non seulement la puissance, mais l'autorité doivent résulter.du nombre, c'est par tes ouvriers et avec les
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ouvriers qu'il faudra résoudre et les problèmes économiques, et les problèmes politiques et sociaux, avec les ouvriers exaltés contre la société actuelle. Et le torrent grossissait; d'autant plus que de perfides déclamateurs obscurcissaient les questions par les sophismes et par les passions, et que les gouvernants aveugles ne voulaient point voir l'orage qui s'avançait, persuadés que ces songes se dissiperaient en face du sens commun, et que les tentatives échoueraient, grâce k la force dont ils disposaient. Mais qui donc, au mois de janvier 184ft, aurait jamais soupçonné que dans la multitude couvaient les idées et les aspirations que révélèrent tes journées de Juin contre lesquelles n'étaient plus une barrière sofllsante ni les paroles des sages, ni les écrits des savants; il fallut leur opposer le fUsil dont chaque bourgeois dut s'armer pour défendre sa demeure et sa femme. Or, le peuple, quand il est tranquille et qu'il voit les bètes sauvages déchaînées contre lui, préfère encore le pouvoir absolu qui les réprime. D'ailleurs les gouvernements ont naturellement peur d'être entraînés plus loin qu'ils ne voudraient, et de ne pouvoir résister au mouvement lorsqu'il commencera. Sentant l'obligation d'assurer la tranquillité publique, de sauver le plus grand nombre de leurs sujets, les idées d'ordre, les principes conservateurs, ils portent souvent atteinte à la liberté et à l'égalité, sous prétexte de les or-
Ainsi Napoléon crut de son devoir de serrer les freins. Après chacune de ses guerres, il avait promis d'élai^r la Constitution. Après l'expédition d'Italie, il permit aux Chambres de discuter la politique générale et de proposer des amendements aux lois. Le 29 janvier 1867, il écrivait à Rouher qu'il voulait « donner aux institutions do l'Empire tout le développement dont elles sont capables, et mettre le couronnement à l'édiQce élevé par la volonté nationale » ; mais cela se réduisit à permettre aux députés de faire .des interpellations et & accorder le droit de réunion. La France demandait davantage; aussi, à la fin, il changea le gouvernement autocratique en un gouvernement représentatif, accordant l'initiative au parlement, avec des ministres responsables, à la tète desquels il mit l'avocat Emile Ollivier.
C'était la neuvième constitution depuis 89, et la première qui se fût introduite sans secousse par le triomphe de l'opinion de la nation, je veux dire des journaux. L'empereur
THAirCB BT PRDSSB. — LE COSMUinSHB. 113
TOuIat alors demander à la France si elle était contente de lui; 7,160,000 votes répondirent affirmativement, confirmés par des applaudissements, universels comme le suffrage, et surtout dans l'armée. Et on disait : n Plus de révolution, plus de réaction I » et l'on était à la veille de la déb&cle.
Napoléon n'avait pas compris h quel péril il exposait la France en laissant à cOté d'elle se former deux puissants États, l'Italie et la Prusse. Bn 1866 il était resté simple spectateur, permettant à la Prusse d'écraser l'Autricbe k Sadowa. Alors on lui avait dit à l'oreille : n Du Rhin à Berlin, il n'y a pas quinze mille soldats. Si vous vous présentez avec cent mille hommes sur les bords du grand fleuve, tous les princes allemands, indignés du fratricide commis par la Prusse, se joindront à vous ; c'est la seule fois que les Allemands verront volontiers les Français. Vous devenez l'arbitre de la situation; la Prusse devra arrêter ses triomphes sur l'Autriche, abaisser ses prétentions, conserver l'équilibre en Europe. » Il n'écouta pas. La Prusse, profitant de sa longanimité, se lançait dans des invasions , excitait la défiance chez tous ses voisins, et obligeait partout à de grands armements dans l'incertitude du lendemain.
Sur ces entrefaites, l'Espagne, au milieu de ses troubles i incessants, demandait un roi, et la Prusse voulait y mettre sur le tr6ne un Hohenzoliem de sa maison royale. Ainsi, la France allait 6tre menacée du cAté de Perpignan comme du cAté de Strasbourg. Lorsque les hommes prudents avaient conseillé de s'unir à l'Autriche pour maintenir l'équilibre européen, on ne croyait pas pouvoir, en moins de quatre mois, mettre l'armée française en état d'affronter les Prussiens prêts depuis longtemps. Maintenant que ces mâmes Prussiens étaient enhardis par leurs succès, on déclarait que c'était un crime de douter seulement de la supériorité d'une nation qui prend facilement feu dès qu'on parle de guerre; et d'une extrémité k l'autre de la France on criait ; « A Berlin ! »
Bu voyant deux nations, comptant chacune environ quarante millions d'habitants, se préparer à un choc, l'Europe fut effrayée comme k l'approche d'un désastre universel. Le pape offrit sa médiation et ne fut pas écouté. On espérait que l'Autriche profiterait de ce moment pour se venger de la Prusse, que les petits princes de l'Allemagne prendraient leur revanche, que lltalie montrerait sa reconnaissance
lli LES THBIfTB OERHI^BES ANNËBS.
pour le peuple et pour l'homme à qui elle devait son indépendance.
Napoléon rejetait sar la Prusse la faute de l'invasion, et proclamait : « Le glorieux drapeau que nous déployons de nouveau contre ceux qui nous provoquent, est le même qui . a porté, à travers l'Europe, les idées civilisatrices de notre grande révolution ; il représente les mêmes principes et inspirera les mSmes sentiments. Je me place moi-m6me à la l£te de cette valeureuse armée qu'animent l'honneur et le devoir envers la patrie ; je sais ce qu'elle vaut, puisque dans . les quatre parties du monde j'ai vu la victoire s'attacher h ses pas. M
De son côté, la Prusse déclarait faire la guerre, non à la France, mais à Napoléon; et Wagner disait: «Combattons pour le principe de la nationalité, le plus juste, le plus durable, le plus bienfaisant pour la constitution des États et la délimitation de leur territoire. »
Le S6 juillet, sept jours après la déclaration de guerre, de cinq à six cent mille Prussiens étaient prêts à entrer en campagne ; cinq lignes ferrées, qui conduisent à la frontière, avaient transporté par jour quarante-deux mille hommes, et une quantité énorme de canons, de voitures, de munitions, de chevaux; tandis que la France, toute à sa hardiesse provocatrice, ne pouvait mettre en ligne que 180.000 combattants, prodigieux dans l'attaque, mais inhabiles dans la résistance. Cette rapidité, qui empêchait l'armée prussienne de se fatiguer, St que les Français n'eurent pas le temps de s'aguerrir, ni d'armer la garde nationale dans un pays nullement préparé à l'invasion. GrAce k cette merveilleuse mobilisation, les Prussiens eurent l'avantage dans une campagne ob, comme dans les anciennes guerres, on ruina les contrées, on extermina les hommes, non pour revendiquer quelque droit légitime ou pour un but généreux, mais pour humilier un peuple et un souverain. La guerre, ainsi prévue et pourtant aussi mal préparée, déclarée si imprudemment, si déplorablement menée, dura très peu de temps. Vaincuesà Saarbriick, à Wissenbourg, & Wœrth, à Forbach, les troupes françaises durent se retirer sur Metz; à Sedan 240,000 Allemands, dans une bataille de quinze heures, défirent complë- "fto""*'" ^■^^■**' les Français ; Napoléon lui-même se constitua prisonnier, unbiiqua Paris, en tumulte à l'annonce des désastres, déclara déchu
FBARGE ET FHUSSB. — LE COHHUNISUe. 115
cet empereur que, peu dé mois auparavant, il avait divinisé ; il acclama la république et, dans son obstination à vouloir résister, nomma un gouvernement de la défense nationale qui, manquant d'unité, surtout après la chute de Metz, défendit mal Tours et Orléans. Les débris de l'armée tentaient des efforts de différents cAtés, en particulier sur la Loire; battus, ils se formaient de nouveau ; mais les Prussiens accouraient partout, employant à leur service l'artillerie prise dans les forteresses conquises. Tandis que, dans la guerre des peuples en 1813, toute l'Allemagne et la Russie ensemble ne pouvaient ranger en bataille à Leipsig que iOO,000 soldats, maintenant, même après les pertes éprouvées à Sedan, la seule Prusse tenait encore 800,000 hommes sur le territoire français. En 180 jours son armée livra 190 combats, fut victorieuse en 17 batailles rangées, s'empara de 26 places fortes, de l!JO drapeaux, de 6,700 canons, &t prisonniers, 11,650 olïiciers, 363,000 soldats. Enfin elle vint assiéger la capitale.
Autour de la ville règne une enceinte.de 45 kilomètres établie au temps de Louis-Philippe, avec des forts détachés. On improvisa d'autres ouvrages; mais il est difficile de défendre une ville d'une énorme superficie et très peuplée, lors mftme qu'on emploierait les plus ingénieux moyens pour assurer sa subsistance et ses communications. Les sorties ne réussissaient pas; le bombardement était furieux; la famine croissait. La cité de la richesse, du luxe, de la délicatesse, des arts, avec ses deux millions d'habitants, fut réduite à se nourrir de ce qu'il y a de plus grossier et de plus malpropre; elle était entourée des ruines de ses villas, réduites à l'état de palissades ; ses plantations d'arbres étaient transformées en barricades; les bibliothèques et les musées étaient couverts de sacs de sable destinés h les préserver ; l'éclairage , la nuit, était rare; il fallut mesurer le combustible durant un hiver rigoureux; pendant cinq mois do siège, on attendait avec anxiété que quelque pigeon apportât des nouvelles du dehors, où l'on en envoyait par ballons ou par des flotteurs sur le fieuve. Après 130 jours de siège et ii sorties, on capitula, et une seconde fois, chassant les Bonapartes, les Prussiens entraient dans Paris.
L'Assemblée constituante réunie à Bordeaux nomma ^ Thiers chef du pouvoir exécutif; il négocia la paix avec le roi de Prusse et ses généraux. Les conditions furent la ce»< sion de l'Alsace et d'une grande partie de la Lorraine, avec
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les forteresses que Louis XIT avait fait élever comme une barrière iofrandiissable; le payement de 5 milliards en trois aos, pour que le territoire fût évacué et que les 360,000 soldats et officiers prisonniers en Allemagne fussent rendus àla liberté. 80,000 Prussiens restaient k Paris, 20,000 h Dijon, d'autres détachements stationnaient en divers lieux. L II était facile d'envenimer le peuple contre ces douloureuses mais inévitables conditions; de toutes parts se montrèrent des démagogues, animés par Hugo, par Gambetta, Flourens, Delescluze, Pyat. Paris élut une autre Assemblée en oppositionà celle de Versailles, et dans cette ville, à peine délivrée des Prussiens, commencèrent les pillages et les assassinats ; ce parti de communards, que nous avons esquissé plus haut, se déchaînait; dés qu'il cessa d'être retenu par le frein, il proclama la Commune, avec des barricades, des canons, des mitrailleuses, et parmi des horreurs qui surpassèrent tout ce qu'on a pu voir de plus barbare en ces quatre-vingt dernières années (1). Des portiers transformés en dragons, des apothicaires devenus colonels, cbercbaient des occasions de mon^ trerleur héroïsme; tandis que les savants parmi eux se promettaient des merveiltes de leurs inventions en physique et en chimie, du picrate, de la dynamite, du sulfure de carbone, de l'azoture de brome,etinventaient des bombes asphyxiantes, qui auraient tué d'un seul coup 200,000 Vermillais. Résolus à ne laisser derrière eux que des cadavres et des décombres, ils avaient accumulé des barils de poudre sous des pAtés entiers de maisons, préparé des détonations électriques, des bombes chargées de pétrole qui propageaient l'incendie; on empêchait les habitants de sortir de leurs maisons embrasées; les ministères, l'hûtel de ville, la maison artistique de Tbiers, les marchés, les greniers, la colonne de la place VendOme, tout cela fut démoli ou brûlé; dans les derniers jours, le magnifique palais des Tuileries fut incendié.
Dans l'ivresse du sang, les prisonniers Airent égorgés; quatre-vingts personnages, pris comme otages par les communards, furent fusillés, entre autres l'archevêque de Paris
(1) Voyez, eolre autr«t, Ifuius nu Caup, la ConvuUUmtde Paru; ht Otage» pendant la Commune; Ehnbst Davdbt, Agonie de la Commune; Veron, la Iroiaiime Invatian. M. Vacbon décrit toute» les œuvres d'nrt qui fureat détruites pendant la Commune; eDCre toutei, on recette surtout U Bibliotbique du Louvre, inceudide dans la nuit du !4 mai 18T1 : elle contenait plus de 100,000 volâmes, tous de (ihoix.
FRANCE ET FHUS3C. — ht COUIUinSHB. 117
et des ecclésiastiques. On inventa des anneaux renrermant un poison très subtil, avec une pointe perçante; les femmes feignant d'accueillir les Versaillais et de leur serrer la main, devaient ainsi leur faire une blessure qui se gangrenait. Ce mépris de sa propre vie et de la vie d'autrui s'appelait un acte patriotique.
Ces exemples fuirent suivis dans d'autres villes, et toute la France fut en proie à des inquiétudes aussi grandes que du temps des Prussiens. Enfin la trûnpe régulière put, au pris de beaucoup de sang, dompter la Commune dans Paris : l'ai^ mée de Versailles avait perdu 3,000 hommes ; les communards, des milliers; parmi ces derniers beaucoup furent passés par les armes, ainsi que des femmes qui avaient été les mégères de cette furie de désastres et do démolition. On a calculé que chaque journée de cette guerre civile a coûté Zb millions (1).
La paix, stipulée le 10 mai 1871, fut ratifiée le 13 octobre, dans des conditions plus défavorables à cause de cette révolution; mais l'Assemblée dut l'approuver, et elle ordonna des prières publiques « pour supplier Dieu, disait-elle, d'apaiser nos discordes civiles et de mettre un terme aux maux qui nous affligent». Par celte paix, la France perdait 14,508 kilomètres carrés de terrain et un million et demi d'habitants. En 1815, on avait dû donner 700 millions pour indemnité de guerre; aujourd'hui, il fallait payer 5 milliards. L'avidité de l'étranger reçut promptement cette rançon ; mais d'immenses dégAts restaient à réparer & l'intérieur, partout la dévastation et la ruine; les pertes agricoles s'évaluèrent à 4,200 millions; 140 millions furent assignés comme indemnité à Paris, 130 aux départements. On peut donc faire monter à 14 milliards les charges de cette guerre, sans parler des souiFrances morales, des pertes commerciales et des
(1} Recueil ilei trailii, convenlioru, loii, décrets et autret aetei relatif* à la paix avec f Allemagne, par M. Villbfoht, eu 5 groa yolnmet. Ouvrage précieui parce qu'il Tait coannitre doq seulement les con«équeace« de cea ddtaatree et de ces monstnioailiSe, mais encore la recouttitulion du paj»* la eonterratioD des anciens traités envers les divan Ëtat« allemands. Les dépeoiM dei tribunsui contre l'insaireccioD de mai 1871, jugements, «lécutioDS, s'élevèrent à 13 miltions; I«b indemnités de la guerre et de la Commune, à SSfl raillions. Le chiffre des emprunts fut de 631 millions î la perte des rentes capitalisées sur les territoires céàm représente plus d'un milliard ; la reconstitution du matériel de l'armée de terre et de la marina repréiante 3 milliards; «u tout, 14 milliards.
bvGoogIc
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morts : et la France se trouvait sans armée, saas argeat, sans gouvernement, sans amis.
On mit uo imp6t sur les matières premières; on établit une monnaie de confiance ; on ouvrit un emprant national de 3,500 millions, hypothéqués sur les chemins de fer qui doivent, eu 1945, revenir à l'État et valent 12 milliards; l'emprunt fut couvert pour i,100 millions.
Napoléon, tombé comme tombe un arbre sans racines, se retira en Angleterre; il supporta dignement son malheur, sans maudire ni les vainqueurs ni les traîtres; il mourut à Chislehurst en 1873. Son fils, qu'il avait salué à sa naissance Il comme l'espoir de l'avenir, destiné à perpétuer un système naUooal » (1), alla, après sept ans d'exil, combattre des tribus sauvages de l'Afrique; il y fut tué en juin 1879; avec loi tomba le parti bonapartiste {i).
Quelques-uns avaient cru qu'à un souverain tombé Us pourraient en substituer un autre ; mais voilà qu'il s'éleva des prétendants légitimistes, orléanistes, impérialistes. Un moment Henri V sembla devoir l'emporter comme représentant !a paciScation et l'ordre; mais, fidèle à son programme, il déclara ne recevoir la couronne que comme un droit légitime, et refuser le drapeau tricolore, symbole de la révolution. Il fut mis de cAté, et on vota la république.
Adolphe Tbiers (1797-1877), historien national, d'une facilité inépuisable de parole , et d'une mémoire très tenace , se déclarant du parti populaire par son origine, bonapartiste par éducation, aristocrate par ses goûts et ses habitudes; avait combattu les Bourbons avec les libéraux, sans pouvoir souS'rir le despotisme, mais sans croire à la république ; il servît les d'Orléans toujours avec fidélité, pas toujours d'une manière utile, car sa nature ardente le mettait en opposition avec le calme et la prudence de Guizot : il ne faisait pas de la poIiUque suivant des théories, mais l'adaptait aux circonstances, sachant les moyens de répandre la crainte ou d'etciter
(1) L'amour de Napoléonpourson SU étul«itr#me.L» voyant malade, il disait : «S'il meurt, je ne serai pa« ledernier&proclanter la république. ■ Ce fut une bcëqs émouyaule, i la distribution dea récompeusM & l'Biposition de 1837, lorsque, Napoléon ne voalaat pas se présenter lui-m&na comme les autres, pour recevoir une grande médaille qui lui avait Hé ddcarnée pour aei cités ouvriferes, il se la fit apporter par le prince im> pénal, qu'il bai«a au milieu d'applaudlsaemeuts indescriptible».
(!) On avait dit la même phrase lorsque Napoléon II mourut A Vleona, te 22 juiUet iS32.
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les espérances. Comme historien, il est plutôt dessinateur que coloriste; par beaucoup de mouvement, il etcite moins l'émotion que l'attention; il avaitdisculpé la révolution, puis divinisé la force en Napoléon, et, par le retour de ses cendres de Sainte-Hélène, il en avait ravivé le culte. Hais quand Napoléon 111 fit le coup d'État, Thiers ftit arrSté. Aussi, pendant tout le second Empire, il en garda rancune ; il fut flatté lorsque l'empereur, dans une de ses proclamations, s'arrêta k le réfuter. Visant en tout à l'utilité de la Prance, il fut toujours opposé à l'unité italienne; il défendit très chaudement la souveraineté du pape. Les désastres ayant commencé, Thiers, malgré son âge, parcourut l'Europe, cherchant quelque alliance pour sa nation, surtout du côté de l'Italie qui, en envoyant une armée aux Alpes, pouvait faire une diversion très opportune. Lorsque les illusions s'évanouirent, il oe désespéra pas encore de la patrie; l'élection de vingtrsix départements, et vingt ans de sa vie consacrés à la défense de l'ordre le désignaient au choix de l'Assemblée de Bordeaux qui le prit pour président. Et lui, ayant employé le reste de ses forces à arracher la capitale à l'anarchie et le territoire à l'occupation ennemie, à organiser les départements démembrés, k rétablir les routes et les canaux interceptés, il accepta la charge de chef de l'État.
L'Assemblée qui, pour la première fois, avait librement choisi ses représentants, était très forte, bien que divisée en partis ; honnête, mais sans cohésion. Elle établit un gouvernement républicain avec une Chambre élective de députés et de sénateurs, qui devaient confier le pouvoir exécutif à un président irresponsable, nommé pour sept ans, avec des ministres responsables. Hais ceux qui avaient souffert ou avaient fait souffrir, ceux qui voulaient jouir ou se venger, agitaient le pays entre le radicalisme et l'impérialisme; la presse continuait sou ofBce d'être mécontente de tout, dans un pays qui, à peine échappé à la tempête, appelle à lui les vents et les orages. Il ne faut donc pas s'étonner si Thiers, avec un grand sens pratique, mais sans esprit de gouvernement, et flatté comme on flatte les rois, fut bientôt renversé. On le remplaça par le maréchal de Uac-Mahon qui avait heureusement conduit la guerre d'Italie, mais malheureusement celle de France (1). Avec la majorité républicaine, Mac-Hahon
(1) lùic-BfaJiioii, Qé à Sull; en 1803, «Uts da 3ftiiit-Cjr, eomhftttit long-
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gouTerna loyalemeot; mais, en butte aux soupçons, miDé par les contradictions entre des ministres qui agissaient ea sens difTérents, il ne put achever le septennat. Sans qu'il y eâl de secousse, on lui donna pour successeur Grévy, profondémeat et hoDufttement républicain. Mais il faut toujours se demander : « Où allons-Doua ? »
I Cependant la France, loin de succomber à de si grands désastres, retrouva vite toute l'apparence d'une prospérité admirable, grâce à sa vitalité financière, à l'activité et à l'esprit de sa population et à l'affluence des étrangers qui apportent le numéraire et en rapportent des marchandises; aussi la richesse en valeurs courantes dépasse la richesse immobilière. On en eut une magnifique démonstration en 1878, dans une troisième Exposition universelle, où l'on voulut prouver que la pompe de l'Empire n'éclipsait point celle de la République. Les dimensions des b&timents, la variété des objets exposés, l'affluence des exposants et des étrangers, les ffites somptueuses, la courtoisie des hAtes, la cordialité universelle, resteront comme autant de merveilles pour qui les a vues, et comme nae leçon pour les peuples, dans la prospérité comme dans les désastres. Car, à la manière dont elle les supporte, on connaît la valeur d'une nation. Ce qui étonnait plus encore que la grandeur de cette enceinte de 73 hectares, c'était de voir Paris, comme un phénix, renaître de ses cendres avec son hAtel de ville , ses ministères, l'hApital qui a coûté 35 millions [1], le Grand Opéra pour lequel ou en a dépensé S6, des hospices, des églises, des palais, des magasins, des marchés; la distribution des eaux, l'éclairage au gaz et à l'électricité , toutes les industries se perfectionnaient et se développaient ; les écoles et les arts étaient en faveur.
Maintenant la France a une population de 36 millions d'habitants ; les armées de terre et de mer comptent 5TS,000 hommes et 120,000 chevaux; sur le pied de guerre, il y a 1,750,000 combattants ; les revenus sont de S milliards
tampi ea Afrique, et, e» p^rticnlier, au siige de Conttantiae en 1837 ; il (ùt nomind général de brigade en IStS, géadr*! de diyiiion en IS53. Au ■ifege de Sébutopol, en «'emparant da U tour HftlftVoff, il décida de la baudlle et de la campagne. Il fut fait sénateur, puis envoyé pour soumettre la gnnde Kabjlie. Dans l'eipédilion d'Italie, il gagna le titra de maréchal et celui de doc de Haganta ; puii il gouverna l'Algérie ; dans la guerre de 1B70, il fut bleeté et fait priionnieri Sedan, Il rentra en France i temps pour dompter l'insurrection de Paris et la Commune.
(1) liai* le nombre des lits pour lei malade* ; a été réduit de SOO & IDO,
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7S7 millions ; les dépenses, de i milliards ; la dette, de 23 milliards.
Dans l'Algérie, justement admirée pour sa beauté et sa fertilité, et peuplée de deux millions et demi d'habitants, il est très difficile, sans parler des agitations fréquentes, surtout pendant la Commune, de s'assimiler des races distinctes par l'origine, les coutumes, la religion; il faudrait savoir s'atta* cher, récompenser, intéresser les colons, et ne pas considérer ce pays seulement comme un appendice, un pays dont la France n'est qu'usufruitière, comme un champ de bataille où, parmi les souffrances et les difficultés, se forment les meilleurs officiers.
La France possède, en Océanie, les Iles Marquises, la Nouvelle-Calédonie, avec uQ ensemble de 79,000 habitants. En Afrique, elle en a un demi-million, dans la grande lie de Madagascar, au Sénégal, dans les belles lies de la Réunion dont la capitale est Saint-Louis; en Amérique, elle en compte 350,000 à la Martinique, à la Guadeloupe, à la Guyane ; enfin elle possède la Cochinchine occidentale, avec 1 , 500,000 habitants, et la ville de Saigon. Mais, comme l'Italie, la France a essentiellement besoin de ne pas se faire d'ennemis, d'expier ses prétentions en bornant ses espérances, de recouvrer ses forces vitales par la paix de l'âme.
Son ennemie victorieuse est moins prospère; elle manque d'argent après en avoir tant reçu (1). Lorsque Guillaume eut établi son quartier dans le palais de Versailles, sa nation voulut le féliciter en lui donnant le titre d'empereur héréditaire de l'Allemagne; c'était le 18 janvier, le jour même où, en 1701, Frédéric I** avait été nommé roi de Prusse. Ainsi, ce saint-empire romain catholique, par lequel l'Allemagne avait eu la prééminence en Europe, arrivait aux mains d'une puissance, née du luthéranisme, développée par lui, et pour lequel le roi, Guillaume, avait voulu que dans toutes les églises, le 10 novembre 1870, on célébr&t l'anniversaire de Luther.
Il était naturel que les catholiques y eussent à souffrir ; ils forment cependant untiers de la population (2). La peur de se
(1) Aprèa la partage de» inilliardi entre lea différeota Étata allemanda pour Isa in<l«iiiDiier de leara dépense*, il en retta encore plus d« la moitit eomme gain réel.
(S) Il 7 a en PmMe 2S millioni at demi de proleatants; IS millions de eathoUqnea rorosina ; «t 2,800 greoa.
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voir détesté par eux amena le gouvernement k se faire détester en les poursuivant, surtout en s'en prenant aux évfiques polonaiset aux jésuites, que les gouvernementsprenneDt pour perpétuel plastron ; on se vanta qu'on n'irait jamais à Ganossa comme y avait été l'empereur Henri V. Bismark, le ministre omnipotent.touche à peine 45,000 francs de traitement; mais, après avoir dit à l'Assemblée de Francfort ; « J'espère vivre assez pour voir la barque des fous se briser contre le rocher de l'Église », il faisait maintenant profession de croire à un Dieu révélateur, mais de haïr les prêtres et le pape, autant qu'il idolâtrait la science (Xuiturkampf). Aussi on vit impo* ser l'enseignement laïque et donné par l'Etat; on punît les abus du clergé, et, sous ce nom, souvent on dénonça le zèle des prêtres ; on défendit les excommunications, même pour des fautes ecclésiastiques ; on déclara que la résistance des évftques ae pouvait ae jmtifier : ceux-ci, persécutés, se réunirent à Fulda pour se défendre. Des rigueurs semblables atteignirent tes protestants eux-mêmes, puisque ce qu'on vent, c'est que l'Église soit soumise à l'État. Plus tard, ou fatigué de la pire des monotonies, qui est celle de la violence, ou comprenant que la lutte, quelque formidable qu'elle fût, ne réussissait ni k détruire ni à déshonorer l'Église, Bismark inclina vers la tolérance et jusqu'à la réparation des injustices. Son but était de donner la force à l'État; il avait émancipé le parlement de la puissance militaire, puis de l'autorité financière; maintenant il en restreignait les attributions, et déclarait : « Si j'avais cru l'absolutisme utile pour consolider l'unité de l'Allemagne, je n'aurais pas hésité & le conseiller h l'empereur. » C'est à cela qu'il employa les hommes et les choses; il s'allia aux conservateurs et aux républicains, aux philosophes et aux cléricaux; il concilia les actes les plus contradictoires et les plus violents. La Constitution de la Confédération des États allemands '' commença h fonctionner le i mai 1871. A la tète est l'empereur héréditaire. L'exercice des pouvoirs est confié k l'empereur et à un conseil de représentants des États. Le parlement, formé des députés élus par le peuple, modère le pouvoir impérial qui, en certains cas, doit procéder d'accord avec les États fédérés, mais en gardant toujours la prédominance. Les membres du Reichstag jouissent de l'irresponsabilité pour tout ce qu'ils disent dans le parlement. Le pouvoir exécutif est confié au gouvernement impérial pour les
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ffaires du debors aussi bien que pour celles de l'intérieur : la diplomatie agit au nom de l'Empire; au nom de l'Empire, on déclare la guerre et l'on fait la pais ; l'Empire a la juridiction suprême dans les cas de conflit entre les États fédérés et de haute trahison. L'Alsace et la Lorraine ont un gourernement à part.
Tout citoyen est soldat de 30 à 38 ans ; pendant cinq autres années, il fait partie de la landwehr; on a ainsi un soldat sur cent habitants ; la durée du service est abrégée en proportion de l'instruction. Hais l'instruction elle-même se donne toujours en allemand; c'est un grand moyen d'unification, comme, du reste, le service militaire où, dans le serment du drapeau, tous promettent fidélité à l'empereur. Outre les réserves, dix-sept corps d'armée forment un effectif de 997,000 hommes pour l'infanterie et de 106,000 pour la cavalerie, sur le pied de guerre ; en temps de paix, il y a 640,000 hommes; il faut ajouter 146,000 artilleurs, 50,000 ouvriers pour les travaux du génie ; 56 bâtiments à vapeur jaugeant 81,000 tonneaux. Les inexpugnables forteresses de Metz et de Strasbourg font face à la France; 700 kilomètres de côtes, vis-à-vis da l'Angleterre, ne laissent pas d'effrayer celle-ci ; et la force exubérante de la Prusse la fait craindre de la Suisse, de la Belgique, du Danemark, de la Hollande, de l'Autriche et même de l'Espagoe. Si la Prusse n'a pas demandé la flotte de la France, c'est qu'elle n'avait pas de ports pour l'y retirer, ni de mer pour l'utiliser, fermée, comme elle l'est, par les deux Boit et par les glaces de la mer du Nord. Aussi convoite-t-elle la Hollande : elle abesoin de l'Elbe, duWeser, de l'Ems, qui débouchent dans la mer du Nord; et en attendant elle tente des accommodements avec la Suède pour s'en faciliter l'accès.
Jean, roi de Saxe (mort en lfi73), célèbre traducteur de Dante et qui, avec son ministre Beust, avait toujours cherché à maintenir la concorde entre l'Autriche et la Prusse, se mit avec l'Autriche, en 1866, et par là exposa son royaume; mais ensuite il se réconcilia avec la Prusse et avec elle combattit la France. Les autres États sont aussi à la discrétion de la Prusse depuis qu'elle commande leurs armées, et ils jettent des regards inquiets vers leur avenir.
Fichte, avantia bataille d'Iéna, s'emportait contre « les mesquines prétentions du sentiment national ». Maintenant cet empire a 3,340,000 sujets qui ne parlent point l'allemand :
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c'est un douzième de la population; dans ce nombre, il y a l.SOO.OOO Polonais, 230,000 Français, 150,000 Lithuaniens, 150,000 Danois. Ce qui les tient unis, c'est l'hallucination produite par le succès, la force du. gouvernement, le souci des améliorations en tète desquelles il faut mettre l'égalisation des fonds nobles et non nobles, les caisses de retraite pour les professeurs, les sociétés de secours pour les blessés à la guerre. On favorise les études, mais on cherche en vain à rétablir l'ordre au milieu d'une immoralité qu'on ne dissimule pas (1) ; d'innombrables sociétés fomentent un honteux agiotage , mais multiplient les routes , développent le commerce, l'industrie, les institutions.
Hegel, dans la Philosophie du droit, soutient que le monde se développe en trois époques : la dernière , la plus grande, sera l'époque allemande. Alors un seul peuple représentera l'esprit du monde, et, comblé d'honneurs et de prospérité, U
(i) L« dépulâ Luker ajftDt, dans Je parlemeat de Berlin, découTert k touB les jeux l'abims de cormptioD oâ i'«aroaçait la Prusse, soa collègue Koebel-Dceberitz qui, dans une lettre, t'avall félicita de son courage et (le BOD vrai patriotisme, lui répondit : ■ L'année 184S, que les géDénitioos à venir voudront effacer de l'histoire de l'Europe avec toutes )m larme* de leur* j»ax, s'est ouvert* par une totale conftjgion des idées sur lé droit. Les coupables tentatives foitea ponr établir une monarchie par la grice du peuple, et assujettir les monarques A la changeante majorité d'une représentation populaire, avec des ministres responsables, n'ont pu être arrêtées qu'A grand'peine et avec le secours de la force armée. En 1S49, en mettant en avant une liberté plus étendue, on a inauguré l'État légal moderne avec son absolutitme souverain, destiné i paraljser et i. absorber toutes les autres puissances tociales, sous te prétexte d'une fausse humanité, à genoux devant la liberté illimitée de l'iadividu. Avec l'État légal a paru le droit du suffrage universel qui exprime la volonté du peuple : volonté mensongère, parce qu'elle reposa non sur la valeur du vole, mais lur le nombre des votants, c'est-à-dire anr ime multitude sans autre volonté que celle qu'on lui impose.
■ Plus tard, au nom de la liberté, on a vu s'établir le droit de l'usure qui, dans ses conséquences pratiques, n'est autre chose que la ipoliation des Taibles par les forts ; l'empire de l'astuoe et de l'agiotage sur le« honnêtes gens; une provocation au culte de Mammon, dont le drapeau porta écrit : u Vie de luxe tara travail, AsiervUsement du Iravail à la brutalité du capital. » Et c'est ainsi qu'on déchaîne cette béte féroce qui est le lion du communisnie. Les masses qui ont la vue courte et sont eicitées par de fausses espérances, crient : ■ Liberté illimitée au capital! Auociation colotiale de la richettel Nom voulons notre part des biens de la terre i A bas le> obstoclei! plus d'exclusion! i Ainsi, dans le court espace de vingt-cinq ans, on a laissé se cretueraa immense abîme sur le bord duquel toute l'Europe aujourd'hui ohaoeelle. u
APFAI1B5 KEUGIBDSBS. ISS
donûDera sur les autres nations par t'irrésistjble puissance de l'intelligence. En face de lui, les autres peuples ne conserreront plus aucun droit.