RELIGIEUSES. — CHUTE DD POUVOIR TBMPOUL
Après la réforme reli^euse et la révolution anglaise, deux partis coexistent, mélangés de vérité et d'erreur : les libéraux, qui cherchent le vrai; les théosophes, qui cherchent le bien; ceux-là avec l'expérience, ceux-ci avec la révélation. Ils ne peuvent ni se détruire, ni se concilier: sépac^ment, la raison humaine d'un cOté, le sentiment religieux de l'autre, sont insuffisants. Désunis, ils privent la société d'un de ses éléments et de cette direction suprême à laquelle doivent converger ces deux forces.
La société, appliquée aux intérêts matériels etauz plaisirs, et enivrée de la science, devient de plus en plus sceptique : elle insulte les saints avec la même légèreté qu'elle traite la patrie , la science et l'honneur ; elle imagine des utopies et la morale indépendante. Dieu, l'ftme, les corps sont de purs concepts, qui n'existent que parce que nous les avons dans l'ciprit. Et cependant les idées et les questions religieuses se mêlent à tous les bouleversements politiques, pour aboutir à des pratiques du culte ou à des institutions ecclésiastiques, comme en Amérique et en Angleterre, ou, au contraire, pour les combattre , comme dans la philosophie allemande, les romans français, le gouvernement italien.
Le protestantisme orthodoxe est dans une telle décadence qu'on ne s'attarde plus aux confessions de foi classiques, et qu'on ne se dispute plus pour leur sincérité. Des critiques téméraires attaquent la Bible et jusqu'à la divinité du Christ, comme l'école de Tubingue, qui, à la suite de Baur, refait l'histoire du premier siècle, et entend d'une autre façon l'évangile de saint Jean; comme aussi, les écoles d'Oxford et de Cambridge ^vec les Revues et les Essais de Golenso, Pellison, Temple, William, Powell, Jowell. La théologie allemande, suivant l'impulsion donnée par Schleiermacher, cherche à réparer les dégâts que le crilicisme fait au chris-
1M us TISNTB DEUflÂBES AHHÉBS.
tianisme, et i coaserver la personnalité dn Ghriat. Uae communion mystique avec le Cbrist, sans commentaires historiques ou religieux , devait tenir lieu des dogmes et des pratiques traditionnelles dont on démontrait le vide et l'insufQsance. Lechler à son tour réfutait Baur.
Ces doctrines furent popularisées par les Vies du Christ, d'ailleurs si différentes, de Strauss (1) et de Henan. Elles réveillaient l'arianisme. Jamais on De déclara la guerre au christianisme avec un tel accord de propos et une telle persévérance d'action. Avec le cruel courage de ravir au peuple les convictions qui fortifient et consolent, les apMres du doute attaquent toute croyance, jusqu'à la foi en Dieu qui ne peut pas ne pas être; citons en ce sens les Armâtes de FUmveriilé libre de Francfort; ou bien, avec l'athéisme hégélien, ils versent l'ivresse à la liberté, comme le font Hazimilien SUroer, Heine, Jullersieben, Freiligrath. D'autres veulent ensevelir la Bible sous des millions de siècles, en l'identifiant avec un système naturel, comme avaient fait les inquisiteurs de Galilée.
De même qu'en politique on met en avant le suffrage universel, ainsi en matière de doctrines et de pratiques sacrées on prétend à une compétence universelle, on oppose le mot de science à l'enseignement religieux. Dans l'homme on ne voit que l'intelligence, non le sentiment ; la tète, non le cœur. Entre la cellule primitive et l'être pensant et libre on ne veut mettre que la force , agissant par des siècles qui n'ont point commencé et ne finiront pas. Les physiologistes prétendent tout expliquer par des lois physiques ; ils renient la poésie, la philosophie, la religion, tout ce qui pour l'homme est objet de croyance et d'amour; il n'y a d'autre science que celle de la nature, et pour cela il faut s'affranchir de la métaphysique , c'est-à-dire de ces idées par lesquelles l'individu se met en rapport avec l'univers ; de ces vérités prîmiUves qui s'identifient avec les sentiments de chacun , et qui ihip-
(1) DaTid-Frédéric StrsuM (l80B-7t] pnbli« eu 1835 loa livre : Dot Leben Jesut kritùch bearbeiUt; il en modifla Igb doctrines dam t'^dilion nonvalla qu'il en donaa ea 1SG4 pour le peuple allemand, et où, teaaDt compta de tant d'étudei faites, dani cet interralle, sur lei origioea du cbrittianiame, il refait cette Vie & aa façon, rejetant lea tradiliona le« plna reçuea, et TOTant dana l'ÉTan^le beaucoup d'imperfection a lur lee queetioaa de politique, de icjenoe, de vie sociale. En iSIS, il publia ■ la foi ancienne et la foi nouvelle b; IA, il ec demande :« Sommes-nous encore chrétiens t ATons-nous encore une religion I Comment oompreDona-nonsIe moDdel Comment goaverDont-nona notre viet ■
AFFAïaSS HBLI6IEUSBS. 1S7
penttout homme d6s qu'il relève la tête en cessant de se courber sur son sillon ou son établi, son verre ou sonencrier(l).
A mesure que la Toi décline, la superstition grandit; tandis que se développent le spiritisme ( Wallace, Hom, AUan Kardee, Crookes, Butlerow), et la démonologie {Canway), on jette en proie an public des visions, des miracles) des prophéties ; on accepte la clairvoyance, c'est-à-dire une science intuitive, inconsciente d'elle-même, sans limite de temps et d'espace.
La maçonnerie prend des aspects divers selon les pays, mais partout elle se révèle plus franchement, et désormais c'est à découvert, du moins quant à l'organisation extérieure, qu'elle tend h débarrasser la société des liens de toute autorité héréditaire ou religieuse. Jules Ferry, depuis ministre de la République française, déclarait le 9 juillet 1876, dans la logo ta Clémente Amitié, qu'il y a une intime affinité entre la maçonnerie et le positivisme, que la morale sociale peut maintenant vivre tpute seule, et, laissant de c&té les béquilles de la théologie, marcher librement à la conquête du monde.
Les Israélites ont acquis partout la plus grande puissance; t
(1) Quelques thiolo^ens se «ont oppogés an psathéUme arec ta méthode du traditionalitme ; ils refaseut tonte valeur à la raison humaine : l'intellect n'a rien qn« ce qui tui a ét^ commniiiqné i pas d'évidence personnelle, si bien que l'homme doit loi^ours s'en référer à ce qui lui a, été enaeigné; la raison n'est rien, la révélation est tout. Toute diacusaion se résout ainsi en une question de fait : Telle doctKne est-elle contenue dans la révélation t Telle opinion est-elte conforme ou contraire A l'enseignement de rÊglise ) Néant que la philosophie, inutile toute diaoussion sur la nature des choses, B d'une preuve oii le raisonnement vient an secours de la foi. C'est la plus absolue contradiction qu'on ait pu opposer i, ce sibcle qui, ivre d'orgueil et d'argumen talions, avait fait de l'homme le maitre absolu da la société : on lui proavait qne, sans la société, il n'j a pas même d'homme. La religion avait été appelée une invention humaine; on prouvait que non seulement la religion, mais encore la pensée et la parole sont les produits d'une révélation eitrinsÈque et positive. L'homme s'arroge une autorilA chimérique sur ta vérité, et on lui prouve que la vérité est purement extérieure, et que l'homme n'a pas en soi la règle de Bon propre jugement et do sa propre certitude. Ainsi sont bstlnsa les plua grandes erreurs du siècle, l'individualiame, le déiame, le ratïonaliame. Tel fut l'ouvra^ de Lamennais. On reaaemblait ainsi i ceux qui, pour faire disparaître les troubles politiques, aboliraient la liberté. Séparer la foi de la raison, c'est séparer le catholicisme de la liberté.
Le* vrais catholiques, d'après lamétbode scolaatique, opposent la science i la science, la raison à la raison, la liberté chrétienne à la fausse liberté- La vérité peut se défendre par elle-même, et c'est ce caractère qui la distingue de l'erreur, pourvu qu'on poursuive cette défense loin du trouble des passions, avec la léfleiion et avec nne impartiale sincérité.
tS8 LBS TURTE DBliniUS AHRËES.
ils sont une partie principale dans beaucoop de pays du Levaat, et si la Roumélie s'oppose au traité de Berlin qui ordonne de naturaliser les juifs , c'est parce qu'ils prédomineraient sur tes naturels, Disraeli (depuis lord Beaconsfleld) exprimait la confiance que les juifs survivraient au gouvernement parlementaire, et se réjouissait que le monde ador&t un grand banquier juif, Rothschild; une actrice juive, la Hachel; un compositeur juif, Meyerbeer. De fait, partout ils sont puissants , et en quelques lieux ils prédominent par l'argent, l'activité, l'habileté, la doctrine.
Les Israélites qui, il y a trente ans, étaient relégués dans un quartier spécial, même à Turin, se rendent maintenant respectables et redoutables par leurs mérites, par l'argent, par leur solidarité cosmopolite; ils ne font pas d'adeptes, mais leur nombre s'accroît. On en compte 7 millions, dont une moitié en Europe, à savoir : en Russie, 1,200,000; en Autriche, 853,700; en Prusse, 384,500; en France, 80,000; en Angleterre, 19,000, etc. Cinquante familles juives étaient venues des États-Unis, en 1867, pour coloniser la Palestine; mais l'essai ne réussît pas.
En Allemagne.on travailla beaucoup à rétablir les croyances juives, en les épurant des intrusions de la Cabale et des Arabes. A ce but s'appliquèrent Mendeissohn, Munck, Regg^ode Goritz.etLuzzatode Trieste (1800-65) qui, outre des travaux philologiques, a laissé des leçons de théologie dogmatique et morale, soutenant que la religion mosaïque est l'expression de la philosophie la plus élevée, avec les grands principes de la providence et de la miséricorde, avec la pratique de l'humanité et de la justice.
Il y a les juifs traditionalistes, fermes contre les persécutions et intolérants; il y a les libéraux, qui, sous l'autorité de Dieu, cherchent l'harmonie entre la Providence et la société. Orthodoxes et progressistes s'accordent dans le monothéisme, et les rabbins font plus d'attention à la morale qu'aux croyances. Reste toujours la restauration de l'idée messianique et de la nationalité juive.
Boudha et Confucius ne font pas de prosélytes. L'islamisme a toujours pour dogme la haine contre les dissidents. Bien peu d'apostats quittent cette religion, tandis que, hors de l'Europe, elle fait encore, parmi les idolâtres et les boudbistes, des conversions plus nombreuses que le christianisme, parce qu'elle contrarie moins les instincts sensuels.
AFFAIHES tlBUGIEDStiS. 129
La théologie chrétienne, contrariée autrefois par les rois comme elle l'est maintenant par les démocrates, devient plus polémique qu'apologétique ; elle touche aux questions biologiques, elle est patristique, pour montrer les rapports de la raison avec la foi. Tandis que, dans les églises protestantes, manque toute vigueur de cohésion, peu de fldëles quittent l'Église catholique poar les nouvelles ou les anciennes hérésies, et encore prétendent-ils ne pas renier l'unité, comme les Vieux-Gatholiques. Pourvu que l'arbre soit sain, l'orage peut le briser ; les racines pousseront des rejets.
Le problème capital est la relation de l'Église et de l'État, ^^"^i*' surtout en Italie, au Mexique, en Prusse, en Suisse, et en général partout où la royauté n'ahsorbe pas le sacerdoce. L'Église avait prévalu sur l'État tant qu'elle lui était restée associée dans l'unité organique du catholicisme. L'État, devenu plus vigoureux, s'employa à lui soustraire les attributions royales; mais il va trop loin quand il veut, non seulement la réduire aux simples lois de nature, mais la confisquer et se l'assujettir. Ce fut l'œuvre du siècle passé; ce fut une source d'injustices et la cause d'une anarchie qui durera tant que l'expérience n'aura pas amené l'équilibre entre deux pouvoirs de nature différente, maïs tons deux autonomes.
Dans la révolution de 1848, l'Église recouvra quelques libertés, et les évéques espérèrent en conquérir de plus grandes par la puissance de l'union.
En Allemagne et en Suisse se répandaient les associations de Pie IX et de saint Charles Borromée ; à WQrtzboui^, une assemblée d'évèques allemands réclama les droits de l'Église, c'est-à-dire la liberté de parler, d'écrire, la liberté des associations, des pratiques du culte. Le luthéranisme orthodoxe, de son cûté, repoussa la fusion prussienne de toutes les sectes et l'Église libre {ffarlea Lôke, Sartory, Rudelbach).
Divers concordats ont été conclus : le plus remarquable est celui que François-Joseph obtint en 1855. Joseph II avait amoindri la grandeur de l'Autriche en lui enlevant la force du catholicisme et de l'apostolat, par laquelle seule elle pouvait pénétrer en Asie et devenir une frontière morale contre la Russie. Après lui, l'Église fut tenue dans un assujettissement qui lui donnait l'odieux de ta domination et les désavantages de l'oppression ; la bureaucratie s'imposait au clergé, et le peuple s'indignait de voir ses pasteurs traités de haut par les employés. François-Joseph voulut que l'Église devint
BUT. miT. — T. XX. •
130 LES TRBNTK DERHiàBBS AltHÉES.
libre dans tous ses actes de gouvernement intérieur; libre de publier des écrits, de choisir ses évëques et ses curés, d'établir ou de restreindre des ordres monastiques, de communiquer avec les fidèles et le souverain pontife, de régler tout ce qui concerue ses sacrements, aa discipline, ses biens. En somme, il restaurait la loi canonique à laquelle Joseph H avait substitué la volonté de l'empereur; par là, cependant, il n'aurait pas enlevé cette égalité des citoyens devant la loi, égalité regardée comme la meilleure conquête du siècle; ainsi, l'ecclésiastique serait resté passible des tribunaux ordinaires; mais, dans le cas de sentence capitale, on aurait dû communiquer le procès aux évfiques. Aux évoques aussi on confiait l'inspection de la presse, avec le pouvoir de défendre ce qui blesserait la discipline ou le dogme (1). De la sorte s'établissait, non pas la séparation, mais la distinction des deux pouvoirs; non leur antagonisme, mais leur harmonie. Sicette mesure fut une consolation pour ceux qui sont capables de reconnaître que toutes les Ubertés s'enchaînent entre elles , il n'est pas d'injures que les libéraux lui aient ménagées, et les gouvernements postérieurs furent contraints de l'abolir.
Mais l'Église et l'État ne sont pas deux sociétés dont l'une doit régner, et l'autre disparaître; ce sont deux espèces de l'universelle société humaine, distinctes entre elles seulement par leur but prochain et par les moyens d'atteindre ce but. Que si le devoir indispensable de l'Église est la sanctificaUon de l'esprit humain , elle a droit aux moyens intrinsèques et extrinsèques d'obtenir cette sanctification. Qu'elle ait été dominatrice , pendant un certain temps , ce n'est pas une raison pour la rabaisser; pas plus qu'un fils ne se révolte contre son père , parce que celui-ci le tient en tutelle. Si les coteries théosophistiqnes et exégétiques ruinent le sens religieux; si le vulgaire confond les crédules et les croyants; si des hommes passionnés, à qui l'on jette comme une injure le nom de cléricaux, injurient d'autres hommes comme ca-
(1) Il j ftTsit aton en Autriche 115,370 ecdéiiutiqnes, entre lesqueli 1 patriarche, 4 primats, 11 archevèquei, SB évéquei, 720 eouventa areo 59 abbéi, iS provinciaux, 6,794 prAtrea régulien, B4S clercs, 340 novices, 1,917 frires lais, ISS jéHuites; 298 monastères de femmes avec 5, ISS religieuiM dont 104 soeurs da la charité. Le revenu des bén^acet t'éUvatt à 8,77a,S84 florins. Les couvents avaient an rentes 4,3SB,1I7 florins; les églises, 6,0B3,SSI ; le* écoles, 3S9,!5S.
CHUTE DD POUTOin TEKTOBBI. 131
tholiquea, libéraux, et imposent des abstentioas imprudentes, vilipendent tout ce qui vient & leur secours sans avoir la soutane et le bréviaire, et rapetissent ainsi l'Église universelle à des partis de journaux ; ce n'est pas une raison pour s'attacher i eux avec une haine, toujours injuste quand elle atteint une classe entière , et pour voir une ennemie de la société civile dans cette société qui n'a d'autres armes que la persuasion et la parole , dans cette religion qui juge d'après la pureté des intentions et concilie la foi et le raisonoement (I).
Mais I»8 hommes prudents trouvent toujours plus nécessaire de distinguer les deux pouvoirs sans les séparer. L'hostilité contre les personnes et les choses religieuses, que «J^'l^l^ nous avons vue introduite en Piémont comme un moyeu de succès, se répandit dans tout le nouveau royaume ; la démocratie, après ses protestations de respect de 1848, en vient à imiter les anciens rois en reniant la liberté religieuse, et fait sa principale machine politique de déclarer la guerre aux prêtres et de braver leur chef suprême, non seulement dans les journaux, les caricatures, les théâtres, les livres, les discours, mais jusque dans les proclamations des généraux et les invectives des députés. Un d'eux déclarait que ■ la révo- « tation est la guerre contre le Christ et contre César; adore « qui voudra dans sa maison ses dieux pénates; la religion « de la révolution divinise l'homme, sa raison, ses droits, « foulés aux pieds par l'Église ». Un personnage excitait les rois à se venger des outrages que leur avait faits Grégoire VII, il y a huit cent cinquante ans (9). Une société de libres
(1} Stti ftdei Ht tuper ratiotum, milia tamen unguam aller rafiontm tt fidem vera dûtetuio tste poletl, quum idem Deiu, qui mytttria révélai et fidtm mfltndii, animo humano rationU lumen inditlerit. — Concile du
L«i objections ds la critique hétérodoie et de l' incrédulité sciealiSqtM contre l'Évangile, et les réponeee que non eeulement deH catholiques, mais encore des hommes de croyance différente ont écrites pour la défense et l'explication de l'ËTangile, peuvent se voir daoi le trarail de Carlo Hari» CoTo., Il nuovo tettamenio «olgariiiato td etpotlo m notet segetiehe e moraH (Naplss, 1ST9), «oit dane le* préfacée, toit dans l'abondant commentaire que l'aatenr joint à la traduction. — Parmi lea commentateurs de la Bible, ngnaloni les deui RoaeDmtUlar, W. Orimm, Oodet, Ver-
(2) L'original Heine mettait en scène un Allemand classique, professant que M> nation dcrait venger sur la nation française le supplice de Conndin de Souàbe.
139 LES THBIITB DBBMI&BES AHHÉBS.
penseurs avait pour mot d'ordre : » Plus de prèlres aux maria- « ges, à la mort, à la naissance de nos enfants. » Et le prince Jér6me, cousin de Napoléon, disait ; ic Quel cst le programme « de la Révolution? La guerre à outrauce contre le catholi- « cisme. » On appelait cléricaux ceux qu'on voulait bafouer; les mots de politique tuitionale, aspiratiùns nationales, succédaient i. la phrase : Mort à l'étranger 1 On répétait que l'Italie n'était pas complète tant qu'elle n'avait pas Rome pour capitale ; alors l'abondance de toutes les béatitudes se répandrait sur l'Italie.
Spectacle étrange ! Le bon peuple se complaît aux moqueries et aux calomnies que les viveurs déversent sur les prâtres : ce sont les prêtres cependant qui lui expliquent l'auguste problème de sa pauvreté, et lui montrent «quelle sera la récompense de ses obscures souffrances. Seule l'Eglise a l'explication des deux mystères de la vie humaine : la douleur et le péché ; elle est le seul être moral subsistant par luimême. Sa résistance, juste à divers degrés, prouve aux gouvernements qu'il y a quelque chose en dehors d'eux ; qu'ils ne peuvent point tout ce qu'ils veulent, et qu'ils doivent peser ce qu'ils désirent faire.
Pie IX, sans être profond théologien, était très versé dans l'Écriture et les Pères. Parfait gentilhomme, beau, aux yeux pénétrants , à la voix forte, à la parole facile, passant avec souplesse du gracieux au pathétique, de la caresse au reproche, du populaire au sublime, plein de sympathie pour les infortunes et de générosité à les adoucir ou les consoler; laissant les affaires h ses docteurs, mais dirigeant les plus importantes, avec confiance en son inspiration personnelle, et pour cela même avec fermeté dans les résolutions une fois prises, il avait su se faire respecter des princes et aimer des peuples.
Dans la durée d'un règne qui fut plus long que celui de tout autre pape, il fut témoin et partie dans les événements éclatants qui changèrent la face de l'Europe et renversèrent quelques-unes des choses qu'on pouvait croire les fondements de l'ordre dans la religion, la politique, la société, la philosophie et l'art. Il était jaloux de l'intégrité de la foi, de la correction de la discipline, de la solidité de la hiérarchie ; et aux préjugés populaires, aux sophismes savants, aux ambitions royales, aux consciences égarées,il opposait l'exposition absolue des vérités cardinales.
zecbvGoOgIC