GHUTB DU POUVOIR TEMPOREL
On lui demanda de rétablir le Statut, il déclara qu'il en a Tait une trop triste expérience en 1848; en conséquence, dans ses États subsistait encore la multiplicité des juridictions ; la révolution l'avait contraint i des procès, à des condamnations, et à l'aggravation des impAts. C'en était assez pour que, ne pouvant sérieusement l'accuser de cruauté, on l'accus&t de s'opposer au progrès moderne ; et cependant, après le retour de Gaete, il établit six ministères, un conseil d'État et une consulte pour les finances; organisa dans un esprit très libéral l'administration des provinces et des municipes , fit réviser le code pénal de 1632 et le code civil de 1834 , favorisa l'industrie, multiplia les écoles pour les gens de la campagne, fonda un institut pour l'enseignement professionnel, une chaire d'agriculture et une société d'borticuiture ; augmenta les magasins de réserve pour les blés; encouragea les plantations sur le littoral et le déssëcliementdu lacFucin, des marais Pontins, de ceux d'Ostie et de Ferrare (1). On entreprit des chemins de fer , des lignes télégraphiques , une correspondance météorologique; des asiles pour l'enfance, pour les orphelins, pour les sourds-muets sont ouverts; les hôpitaux améliorés; lesprisons rendues moins tristes et accommodées au système pénitentiaire; on fonda des collèges, des séminaires, des chaires nouvelles dans sept universités. L'archéologie est encouragée par des fouilles et des restaurations nombreuses; l'étude de l'antiquité sacrée, par le musée de
(l)L'a^rorof»ano,(l'unaniperflciede!00,0a0hacU.reB,eBtdiTiiieiilroû e«Dt soixante grandea propriétés, dont quatra-Tingt-mie appartieniiânt A dM corps ecDléaiaatiqaea ; les antres sont des biens tenus en âddicommis, en majorais, on des riservea pour les ni« tSaés. Son état, déjà miiérabla an temps d'Horace, empira anx Ages barbares, et an milien de tant de ruinée, lei pontifes s'attachèrent & l'aasainir et k le peupler. An Tiii* siècle, le pape Zacbarie établissait des Tillages (domui eullx) dans la campagne. Siita IV, en ltT7, permit à. ohacun d'ensemencer un tiers des terres laissées incnltes, même contre la f otouté dee possesseurs, mais en leur pajant une rente, i dira d'experU. Jules II et Clément VII améliorèrent cetM ineenre, restreignirent la libre pltore, accordèrent des faveurs aux agriculteurs. Sixte V accéléra le progrès en émancipant le commerce des blés. Beuolt XII flt & l'agrieutture des avances de 15 millions. Paul V emploja vingt millions de lirrea à accroître la production dn blé et i prévenir la renchérissement du pain. Pie VI, outre les grands travani des marais Ponlins, avait fait, sur las conseils de l'abbé piémontaia Cacberano de Briohetasio, un plan général pour la mise en culture de la campagne romaine, plan arrêté par la révoïnUou. Pie VII, à aon retour, promulgua une loi trfei opportune, qui pourtant n'«nt pas d'effet.
134 LES THEHTE DERIflàflES iKHÉES.
LatraD, et les travaux poursuivis aux Catacombes et dans les anciennes basilî<iues, par les publications des monuments et des inscriptions, par les œuvres des PP. Marchi et Ganicci, et du commandeur de Rossi. L'astronomie eut d'illustres représentants (l).Les papes, avec des ressources si limitées, ont plus fait pour les beaux-arts que les rois leurs contemporains.
Cependant le pape avait une liste civile à peine de six cent mille écus, et sur laquelle pesaient l'entretien des palais apostoliques, le traitementdu Sacré Collège, des congrégations, de la secrétairerie d'État et des nonciatures du monde entier, la conservation des musées et des bibliothèques, les réparations des églises, monuments d'art. Mais l'État, diminué de deux millions et demi d'habitants et réduit à 900,000 seulement, ne donnait plus qu'un revenu de cinq millions et demi, tandis que toutes les anciennes dépenses subsisUient ; les incessantes attaques du royaume nouveau obligeaient le pape à entretenir une armée de 25,000 soldats, avec des arsenaux, des casernes et des h6pitaux : de là une charge annuelle de 25 millions.
Parfois le pape s'écria : « Ils ont dit que je bais l'Italie. Ahisi, je l'ai toujours aimée I j'ai désiré son bonheur, et Dieu sait combien j'ai prié et je prie pour cette malheureuse
(1) Dans le but de montrer que U icience est opposa & la foi, on a Touln aoutanir goe le grand larint Angelo Secchï te mentait A lui-mbii« qnand il professait (luijésuite depuis l'Age de qniiiie ans jusqu'à u mort} lapins stricte orthodoxie; et que son catholicisme était une feinte, qui la montrait sans caraotAre. La SB aoât lB7T,ilécriTaitauP. Capri,deReggioi
■1 Ajaut tUjà la les insanitâs de Mirabelli, qui prétendait saToir mieux que moi-mime mes propres Mutimeuta, ja pensais que touto réponse était du temps perdu pour moi, puisque, quoi que j'eusse pu dire, la réplique était prête : ■ Je ne disais jamais ce que je pensais. ■ Et alors, oonunent savoir ce qna ja pensais I Celait Traiment comique I II j arait une antre voie, celle das tribunaux; mais comment prouTer que je ne panas pas antra chose que ce qna je dis, ai l'on oe fait plus attention ni anz paroles, ni auK faits cependant asseï éloquents!
■ Il j avait un troisiime mojen : l'euTo^er lui et tonte sa compagnie ou nUeUem et c'était, je crois, la seule voie t suine, c'est-à^Jife ne pas s'inquiéter de ces pauvres genii un peu malades d'intalligenoa. Je laissai donc courir lea choses, et je me suis résolu i faire de même à l'aTenir, faire U bien tt laiutr dire.
■ Mais en même temps ja ne puia m'empécher da compatir à l'égaroment de notre paurre jeunesse, consumant ainsi tant da forces vires qui pourraient servir an bien dala patrie, an vrai progrès, et au bonheur dans cette vie et dans l'autre, et s'agitant dans nn tourbillon où, s'il y a beanconp de mouvement, il n'y a vrument aucun avancement, peut-être même 7 a-t-il maroha en arriére, et, bt\ka,ï» ptul-étre est-il encore de trop. ■
CHDTR DD PO0TOni TBMFOBBL. 135
nation. Ce n'est pas une nnJté que celle qui se fonde sur l'égolsme. Elle n'est pas bénie, l'unité qui détruit la charité et la justice, qui foule aux pieds les droits des ministres de Dieu, des bons fidèles, de tous. »
Dépouillé par la violence , il ne voyait pas pourquoi il se croirait obligé à en venir à une conciliation avec un royaume qui avait déclaré Rome sa capitale nécessaire, mettant l'unité catholique en opposition avec l'unité nationale : & cause de cela, la spontanéité de la vie morale avait disparu, et on accusait l'Église de tout ce qu'il y avait d'impopulaire; bienUïton proscrit les prêtres, on chasse les moines, on s'ingère dans les choses de l'Ame, on trouble les œuvres de piété ; on prohibe et insulte les églises, les processions, les prédications ; on impose l'éducation athée à ceux qui se préoccupent de conserver la foi chez leurs enfants ; on fait bon accueil à des prêtres apostats, et on leur distribue décorations, chalres.secrétariats. La liberté des cultes ne profitait qu'aux hétérodoxes, qui multipliaient les écoles, les temples, les prédications, tandis qu'on enlevait au clergé catholique ses bénéfices, ses revenus (1), le droit de faire les actes de l'état civil, de s'occuper des œuvres de charité, et jusqu'à l'exemption du service militaire.
Pour souffler sur ce feu, il y avait les apAtres du protestanUsme qui, sous le nom d'évangéliques, de vaudois, d'anglicans, on d'autres, se mirent avec ardeur à répandre des bibles et des opuscules composés dans leur esprit, à prêcher
(1) La loi du T Juillet 1B6T BboLiisait tes élres mor&uz ftccléusitiquM, excepté lei paroiami, lapprimait lei corpor&tîoiu rsligieuMi inni exception, hiUaiit pauer letin bien» ui Dom&iae, refondant les évtehéi, le* CM)onic»U, le« béo^flcM Ulqnet «t ceux de patronage domailique; et inr le tout, on prélevait 30 ■/, en faTenr do Trésor. On lapprima aïoii i,iS4 corporationa religiensea aT«o S0,25S individua et des bieni d'un rerenade !4,61S,STB fr.; plua 4S,T11 autres êtres moraux eccléBiai tiques, dotés d'une rente da 2I,S03,813 &. — 16,12! autres furent obligés de eonvertir leurs immenblet an reotei sur l'État; et leur dotation rapportait !t,4t3,B0i tr. — Oa avait donc an total de 70,695,997 pour les reTenus dea dotations. Le* biens meubles, reTenus au Domaine, selon les aelesde prise de poueuion. Talent 339,776,078 &., auxquels il faut ajouter 22 millions et demi pour les emphjléoses de Sicile, et une augmentation de tlT millions sur les prix de vente aux «Dchkres. — A Rome, il y avait ISI maison* religiente*; la patrimoine de o«ll«« qnl ftirent sappriméa* monte à SO million* ; il j avait 323 églises. En 1B77, le* bien* immeuble* dont le Domaine avait pria pussesaion furent en grande partie landiu ponrlavaleur de 1,122 millioni; il en restait A vendre pour 109 million*,— Voj. Atutflet de SlalûHque, 1979, série 2*, voL I.
136 LBS TRBRTE DBUlfeRBS AlffliES.
le reoTersemeot de l'idolàtriA catholique et la régéoératioa évangélique. Ils ne travaUlaient pas tant à insinuer de nouvelles doctrines qu'à détacher et & déshabituer de l'ancienne; ils ouvrirent des chapelles et des écoles, prodiguant les livres hétérodoxes, mal mêlés à des livres obscènes et immoraux.
Quelques députés dans le parlement, avec le courage et la confiance dont on a perdu l'habitude, osèrent repousser la séparation si préconisée de l'Église d'avec l'État, et chercher au contraire l'accord de l'État avec l'Église, indépendants l'uD et l'autre dans leur propre sphère d'action, dans l'exercice amical de leurs pouvoirs, dans le but commun de rendre prospère la société humaine. Les césarïstes, qui sacrifiaient leur dieu à leur roi, sollicitèrent lasuppression des ordres religieux ; et nous, minorité dans la Chambre, mais majorité dans le pays, nous défendions de toute notre puissance la liberté, déposant des milliers de pétitions envoyées de tous les points du royaume pour demander qu'on conserv&t au moins ceux qui s'appliquent à l'instruction et aux œuvres de charité. En fait, laissant de cdté les raisons historiques et juridiques, et l'égalité de tous les citoyens, et la faculté qu'a chacun d'opérer son propre salut comme il croit devoir l'opérer, l'Église n'est pas seulement la directrice du culte, elle a l'éducation et l'apostolat ; au clei^é , on peut demander qu'il ait une science égale à celle des laïques, qu'il ne s'enchalue pas aux formes extérieures, qu'il ne s'arrête pas & maudire ce que font les autres, mais qu'il agisse lui-même, jouissant de la liberté et la réclamant pour tous, combattant pour elle et avec elle ; qu'il ne se perde pas en des controverses sur des doctrines philosophiques et sur des généralités en dehors de la pratique, ou en récriminations irritantes contre les personnes ; qu'il mette de câté les expédients pour n'entreprendre que des réformes durables, et ne se renferme pas dans un parti de minorité exclusive, étranger aux préoccupations du reste du pays.
Mais l'État obtint plus qu'il n'aurait osé demander, puisque les catholiques se retirèrent de la Chambre avec la malheureuse formule : « Ni élus, ni électeurs », comme si l'Italie, parce qu'elle est le siège du souverain pontife, était condamnée à ne pas s'occuper de ses intérêts les plus vitaux; et avec cette abstention fut perdue l'influence qu'on pouvait exercer même sur les choses religieuses.
Combien cependant demeuraient fidèles au pape dans
CHDTK DU raOTOIR TEHTOHEL. 137
tonte ritalie, on le vit lorsqae la guerre fut déclarée à l'Autriche. Dans la crainte que te méconteutemeut ne provoquât des émeutes, on publia une honteuse loi des suspects, en vertu de laquelle, au gré des préfets, ou incarcérait, on bannissait des prêtres surtout et les personnes réputées cléricales. Alors, le ministère étant armé de pleins pouvoirs, et les fidèles épouvantés de tant d'arrestations et de dénonciations dans les journaux et jusque dans le parlement, ta suppression des corporations religieuses fut décrétée sans discussion, ainsi que le mariage civil.
Devant cette adoration de l'Etat disparaissaient et la sanction du temps, et les conventions solennelles, et les déclarations unanimes des puissances. Nous avons vu comment la convention de septembre 1864 paraissait faire de Florence la capitale, a&n de sauver Rome. Mais ministère et parlement montraient qu'ils l'entendaient en un sens diamétrale ment opposé & celui de la France ; et l'on se mit k dire que Florence était une capitale provisoire, une étape vers Home Le ministère, tout en déclarant qu'on ne voulait point par 1& renoncer le moins du monde aux aspirations nationales, ni consentira l'intervention d'autres puissances, répétait que la question romaine était une question morale, s'engageait à ne pas user de moyens violents : il ne se confiait que dans la force des progrès, « si bien que la politique du royaume à l'égard de Rome consisterait à obser\er et à lïiire observer le principe de non-intervention, et à employer tous tes moyens de l'ordre moral pour atteindre à la conciliation entre l'Italie et la papauté, sur la base de l'Église libre dans l'Eut libre».
Drouyn de Lhuys, ministre de Napoléon, déclarait : « Par la convention, nous avons garanti qu'il coexiste en Italie deux souverainetés très distinctes : celle du pape dans ses limites actuelles, et celle du royaume; par moyens moraux, nous entendons la persuasion, l'esprit de conciliation, l'influence des intérêts moraux et matériels, l'effet du temps qui, en calmant les passions, doit faire disparaître les obstacles h la réconciliation d'une puissance catholique avec le chef de la catholicité; pour les éventualités non prévues, la France se réserve une absolue liberté d'action (1). »
(i) L» 15 laptembre, Nigra, minUtre d'Italie à Paris, annooce qu'an a ■igné la conrention par laquelle l'Italie Rengage à ne pat attaquer le ttr-
ibïGoogIc
138 LB3 THBKTE DBBHlfeHBS AHNÉES.
Le parti qui identiflftit les intérftts de la société avec ceux de l'Église , et voyait le salut de l'une dans rémancipation de l'antre , avait en France contribué à l'avènement de Napoléon qui, pour ce motir, afSchait des sentiments catholiques ; il voulut pour parrain de fou fils le pape, qui t'appelait « très cher fils en Jésus-Christ » ; il reçut la sainte 'eucharistie dans un sanctuaire fameux de la Bretaf^e; il demanda à genoux la bénédiction de l'archevêque de Paris. Il est vrai que dans le congrès de Paris il avait laissé attaquer et menacer un prince qui, dans cette assemblée, n'avait ni un représentant ni un défenseur ; et tandis qu'avec ses soldats il protégeait le trdne ponti&cal (1), il laissait publier les
riloire actuel du Saint-Père, «l à emptcker, même par la force, toute attaqu* venant de l'extérieur.
Aprts le> MnglantfiB journées deTurio (SI et S2 septembre), 1* géuÀrftl Lamormora, chargé de former un DOUTeau miaiattre, publia le S7 lep. tentbre *oa programme ■ acceptant la convention itipuléa par le gouvernsment fraudai» n , c'est-à-dire da ne pas aller i Rome par la force. Dana la «nil«, des doutes s'élsTirent sar l'interprétation de la conventioD, et, après une conférence entre Droujn de Lhuja et Nigra, le 2 noTembre, ilerant l'empereur, il demeura flié, que par la coQTention lltalia était obligée à ne pas occuper et à ne pai permettre qu'on ocoupit Roms par la force. Le 7 novembre, Lamarmora écrivit une dépêche déclarant que les ministres italiens « ont la volonté, et savent qu'ils ont la force d'exécuter scrupuleuse ment le traitd dans ion intégrité ■ et iU repoussent ■ jusqu'à la pansée des voies artlBcienies. L'Italie ae confie dans l'aotioD de la civilisation et do progrès ■. L« 17 mai lB6t, Viseonti-Vanosta, mi< niatre des allkires étrangères, écrivait à Nigra : ■ Volonliers nous acceptons l'obligation da ne pas attaquer et da'aa pas laisser attaquer le territoire romain par des forces régulières ou Irrégulières. ■ Le 13 septembre, Drouyn da Lhuys, ministre des nffaires étrangères en France, écrivait à M. de Sartigea, ambassadeur français à Rome, que a la gouvernement italien avait renoncé à réaliser par des mojena violents son projet de s'établir dans la cité des pontifes ».
(1) Napoléon au duc de Qrammont, juin lgS9: «Il icaporte beaucoup que lea populations de l'État romain sacbent bien qu'il n'j a pas et qu'il ne peut 7 avoir de contradiction entre les actes et les paroles du chef de la nation française. Il a exprimé son sentiment vif et profond quand il a dit avoir grandement à ccenr l'indépendance de rttaJia ; mais il a auui promis de maintenir inviolable la souveraineté temporelle da pape, regardée comme nécessaire par cent cinquante millions de consciencea. Les Légations ont cru pouvoir s'attaquer à Rome : l'empereur apprécie le sentiment qui fait accourir sons les armes vingt mille volontaires dans les rangs de l'armés italienne ; mais il ne peut ni reconnaître u! sanctionner cet acte. Pourtant l'empereur ne croit pas avoir le droit ou le devoir de s'immiscér dans les affaires iutérieurea des Légations. Si cependant la révolution franchissait lea Apennins et menaçait Rome, où sont des troupes françaises, o«ll«s-oi s'; opposeraient, eto... •